Le Golfe Persique n'est pas un cimetière d'éléphants où les monstres sacrés viennent montrer une dernière fois leur ivoire. Certes, des stars y obtiennent un dernier cachet, y font la publicité du football, comme ce fut le cas de Romario au Qatar, mais des jeunes s'y montrent, à l'image de John Utaka, de Lens, qui se révéla en Egypte, à Ismaïlia, et à Al-Saad, l'actuel club qatari de Luka Peruzovic, avant de partir à la conquête de la vieille Europe.
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Le Golfe Persique n'est pas un cimetière d'éléphants où les monstres sacrés viennent montrer une dernière fois leur ivoire. Certes, des stars y obtiennent un dernier cachet, y font la publicité du football, comme ce fut le cas de Romario au Qatar, mais des jeunes s'y montrent, à l'image de John Utaka, de Lens, qui se révéla en Egypte, à Ismaïlia, et à Al-Saad, l'actuel club qatari de Luka Peruzovic, avant de partir à la conquête de la vieille Europe. " Je travaille actuellement avec un attaquant qui est une version améliorée d' Emile Mpenza : une vraie bombe ", certifie Luka Peruzovic. Il évoque les qualités de Keita qui s'imposera tôt ou tard au top. Au début de l'été, l'ancien coach de Charleroi, d'Anderlecht et du Standard est revenu chez lui, en Belgique. Il a un peu soufflé, entre deux saisons au Qatar, et était étonné par l'évolution de nos habitudes. " Je suis peut-être déjà rompu au rythme de vie beaucoup plus calme qui règne dans les pays du Golfe Persique que je connais le mieux : l'Arabie Saoudite et le Qatar ", dit-il. " La circulation est de plus en plus intense en Belgique. J'ai été sidéré par le nombre croissant de motos : c'est impressionnant ". Pourtant, ce n'est pas ici que l'actualité a fait le plus de bruit. Le Qatar est adossé à l'Arabie Saoudite et il suffit de remonter un peu vers le nord afin de se retrouver en Irak. La guerre y a fait rage et les troupes anglo-américaines sont lancées à la recherche de Saddam Hussein, perdent régulièrement des soldats lors de leurs missions. Le Golfe Persique n'est-il pas, plus que jamais, une poudrière qui peut, un jour ou l'autre, embraser bien plus que la région ? Doha, la capitale du Qatar, n'est-elle pas le QG du staff américano-anglais ? " Oui mais, moi, je n'ai jamais vu un soldat de près ou de loin ", précise tout de suite Luka Peruzovic. " Tout est calme, chacun vaque à ses occupations sans le moindre problème ". Il en faut plus pour l'ébranler. Cet homme est devenu un bourlingueur du monde. Luka n'a pas besoin de carnets pour se fondre dans une société et un pays. Peru adore être confronté à d'autres cultures. Il apprécie, en retire des contacts enrichissants, des échanges qui façonnent sa personnalité. Luka Peruzovic adapte ses théories sportives aux réalités du pays où il travaille. Les obligations dues au ramadan ne l'ont pas étonné. Du temps où son pays natal, la Croatie, faisait partie de l'ex-Yougoslavie, il avait des équipiers et des adversaires bosniaques de religion musulmane. Luka est un fils de Split dont le port s'ouvre sur l'Adriatique et les autres mers de la planète. Son fils, Luka Junior, travaille à bord de grands yachts, en Europe et le long des côtes des Caraïbes ou du Pacifique : il espère acheter un jour son propre bateau. Les Peruzovic regardent les étoiles de père en fils. Leur sextant a souvent été utile. " Les gens sont chaleureux au Qatar ", avance-t-il. " Mais il y a une chose qu'ils adorent par-dessus tout : les vainqueurs. Avant de débarquer à Al-Saad, j'avais eu la chance de me forger un beau petit palmarès à Al Ahli, en Arabie Saoudite ". La saison passée, Al-Saad a réalisé un bon parcours : vainqueur de la Ligue (10 clubs), présence dans le Final Four du Qatar, gagnant de la Coupe de l'Emir, présence dans le top 16 de la Ligue des Champions d'Asie, etc. Luka et ses gars se sont rendus en Irak, en Syrie, en Arabie Saoudite où son prestige est resté immense. En mars, une nouvelle fit le tour du monde : Al-Saad avait transféré un monstre sacré en la personne d'un certain Romario. O Baixinho, le petit, alors âgé de 37 ans, deuxième meilleur buteur de l'histoire du football brésilien, derrière Pelé, tentait visiblement un dernier gros coup. Son contrat prévoyait un salaire de 1,5 million d'euros pour trois mois, une maison de grand confort pour sa famille et ses amis, etc. La direction d'Al-Saad espérait, selon certains propos confiés à Associated Press, que Romario signerait des exploits en Ligue des Champions face à Al Hilal (Arabie Saoudite), Al Ain (Emirats arabes unis) et Esteghlal (Iran). Il n'en fut rien car, contrairement aux attentes, le Carioca n'obtint pas sa qualification pour cette épreuve. Cette aventure se termina en queue de poisson. Même en championnat, Romario n'était pas dans le coup. Le physique ne suivait plus. A la fin de son séjour, il affirma, pour sauverla face, que le jeu d'Al-Saad était trop défensif pour lui. Personne ne fut évidemment dupe. Ce transfert était bien sûr inscrit dans une politique de communication du club et du pays. Al-Saad est désormais connu dans le monde entier et cela vaut son pesant d'or et de billets verts. Le Qatar a de la suite dans les idées. Au niveau de l'équipe nationale, le témoin est désormais entre les mains de Philippe Troussier, qui dirigea le Japon lors de la dernière phase finale de la Coupe du Monde. C'est une boule de feu, comme Monsieur Louka. Avant de travailler à Tokyo, Troussier £uvra au Nigeria, en Afrique du Sud, au Burkina Faso et en Côte-d'Ivoire. Le Français est très confiant et songe, bien sûr, à la phase finale des Jeux Asiatiques qui aura lieu à Doha en 2006. Le Qatar espère aussi être présent lors du rendez-vous mondial de cette année-là en Allemagne. Pour un tout petit pays de 11.437 kilomètres carrés et 600.000 habitants, dont 450.000 immigrés (pakistanais, indiens, philippins, égyptiens, palestiniens, etc), ce sont des objectifs ambitieux. A inscrire aussi dans ce contexte, les propos de Mohamed Bin Hamman, président qatari de l'AFC (Asian Football Confederation) : " Le football de ce continent se développe à tous les niveaux mais nous avons besoin d'aide : entraîneurs, marketing, administration. Le football est très important à travers toute l'Asie. C'est même le numéro 1. Le succès de la Coupe du Monde au Japon et en Corée a boosté le football sur tout le continent. Le potentiel est énorme. Je veillerai aux progrès à effectuer en matière de structures, d'installations, de formation des jeunes ". Troussier à la tête de l'équipe nationale du Qatar, la présidence de l'AFC : ce mini-pays est puissant et influent. Les clubs sont encore semi-pros : l'avenir est professionnel, le chemin est balisé. Rusé, Luka Peruzovic avait bien intégré et compris tout cela quand Romario débarqua au Qatar où, par ailleurs, la fédération surveille les clubs, organise tout, ne quitte pas les finances de chacun du regard. Romario, ce n'était pas son choix. Mais il n'allait pas refuser cette venue sous peine de se fâcher avec les initiateurs de ce projet plus proche de la communication et de la haute finance que du sport. Se passer de lui n'allait pas être une sinécure. Personne ne pouvait perdre la face en cas d'échec sportif hautement probable à 37 ans. Dans ce cas-là, l'entraîneur paye souvent la note. Dès le départ, le retard physique de Romario fut évident pour tout le monde. Il tenta de le résorber mais trois mois, cela passe vite. Luka Peruzovic l'aligna à l'une ou l'autre reprise : " Romario s'est éliminé lui-même. Il y a les vérités du terrain et elles ne se discutent pas. L'entraîneur n'est alors pas dans le débat ". Finement joué de la part de Luka Peruzovic. Il n'avait pas eu à prononcer de jugement. " Quand Romario enfila notre maillot pour la première fois, nous étions en tête de notre championnat ", se souvient-il. " Sa présence était impressionnante pour tout le monde et mes joueurs avaient tendance à lui refiler tous les ballons. Normal : Romario, c'est un mythe. Mais cela posait un problème. Romario avait encore des idées mais la tête ne peut rien quand les jambes ne suivent plus. Le Brésilie mesurait bien tout cela. J'ai eu de bons contacts avec lui. Il savait probablement que c'était la saison ou le défi de trop : c'était fini. Il ne joua que 240 minutes en deux mois, dont deux matches complets, n'était pas qualifié pour la Ligue des Champions, ce qui le chagrina tout de même ". La direction d'Al-Saad a bien compris le problème. Elle n'a pas retenu Romario qui s'en alla sur un flop mais avec un gros chèque en poche, et fit le maximum afin que LP y prolonge son séjour. Le moustachu de Waterloo a accepté et est donc retourné à Doha où il forme un solide duo avec Zeljko Mijac, l'anciencoach adjoint de Tomislav Ivic au Standard. " Je me suis totalement retrouvé dans le Golfe Persique ", avance Luka Peruzovic. " Le plaisir est à l'ordre du jour à Doha. J'aime la différence et la nouveauté. Je m'adapte, j'apprends, je progresse, je travaille, je suis heureux, je participe à de grandes aventures passionnantes à tous points de vue ". A sa façon, il est une espèce d' Henry de Monfreid du football. L'auteur des Secrets de la Mer Rouge adorait l'Arabie Saoudite, Djibouti, Oman, le Golfe Persique. Avec une plume ballon, Luka y a réécrit sa carrière comme tant d'autres : Tele Santana, Courcuff ou Davidovic, par exemple. Frank Leb£uf, le poisson pilote de Daniel Van Buyten à Marseille, a rejoint Luka Peruzovic à Doha. D'autres vedettes ont rejoint les 10 clubs du Qatar. " Ce sera chouette ", conclut Luka de Monfreid. " Je veux tirer le maximum de chacun et du groupe. La saison passée, Al-Saad a eu la meilleure attaque avec et surtout sans Romario "...