On s'attend à voir débouler un morveux sûr de lui, voire arrogant. Mazette, Vadis Odjidja Ofoe (19 ans) a osé claquer la porte d'Anderlecht en janvier de l'année dernière. " Je ne joue pas, donc je pars. " Cap sur Hambourg, un grand d'Allemagne où il s'est senti tout petit : 2 matches joués en un an. Un échec qui ne l'a pas empêché de bien rebondir : il vient de signer pour un grand de Belgique, le Club Bruges.
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On s'attend à voir débouler un morveux sûr de lui, voire arrogant. Mazette, Vadis Odjidja Ofoe (19 ans) a osé claquer la porte d'Anderlecht en janvier de l'année dernière. " Je ne joue pas, donc je pars. " Cap sur Hambourg, un grand d'Allemagne où il s'est senti tout petit : 2 matches joués en un an. Un échec qui ne l'a pas empêché de bien rebondir : il vient de signer pour un grand de Belgique, le Club Bruges. Depuis qu'il est gosse, on le compare à Vincent Kompany : même élégance, même métissage, mêmes postes sur le terrain - en défense et dans l'entrejeu. Et ce sont deux grands potes. Encore une raison de croire que Vadis est distant et très sûr de lui ! Mais rien de tout cela. Vadis est un gars charmant, discret, calme, très bien éduqué. Et cultivé. Il a obtenu son diplôme d'humanités alors qu'il était déjà dans le noyau pro d'Anderlecht à 16 ans. Et il est parfait trilingue. Il parle anglais car c'est la langue qu'il a toujours pratiquée en famille - son père est ghanéen, sa mère est gantoise. Néerlandais car il a d'abord grandi à Gand. Français vu qu'il s'est retrouvé dans une école d'Anderlecht à dix ans. Il se débrouille aussi très bien en allemand, fruit de l'année qu'il vient de passer à Hambourg... Vadis Odjidja Ofoe : Il faut se souvenir du contexte. J'étais depuis un bon moment dans le noyau A mais je ne jouais jamais. Quand tu es sur le banc, ce n'est déjà pas gai. Quand on t'envoie en tribune, c'est vraiment embêtant. Et quand tu te retrouves pour la trentième fois dans la tribune, ça devient insupportable. Il y avait une particularité à Anderlecht : le joueur condamné à la tribune ne l'apprenait qu'au tout dernier moment, après l'échauffement, quelques minutes seulement avant le début du match. Et c'était souvent pour ma pomme. J'avais fait toute la préparation avec le groupe, j'étais venu au stade à 10 heures du matin comme les titulaires, j'avais participé à tout le build-up, j'avais assisté à la discussion tactique, je m'étais habillé puis échauffé, puis tout s'écroulait alors que le match allait commencer. J'en avais vraiment marre. Je comprends que dans un club pareil, tout tourne prioritairement autour de la victoire. Mais qu'est-ce qui empêche le coach de lancer un jeune quand l'équipe mène 3-0 ou 4-0 à dix minutes de la fin ? Est-ce qu'Axel Witsel aurait aujourd'hui le Soulier d'Or si le Standard s'était acharné à le conserver sur le banc ou dans la tribune ? Mais ça n'a rien à voir. Quand c'est 4-0 à un quart d'heure de la fin, un réserviste de 27 ou 28 ans n'a qu'une envie : ne pas devoir monter au jeu. Par contre, un jeune rêve de jouer quelques minutes. Pour lui, c'est une deuxième Saint-Nicolas. Anderlecht a quand même eu suffisamment d'occasions de me lancer au jeu. Quand le club est déjà champion et qu'il reste un ou deux matches sans enjeu, pourquoi ne pas aligner carrément toute une équipe de -19 ? Elle peut perdre 10-0, Anderlecht a quand même le titre. J'en ai tiré mes conclusions : si on ne me fait pas jouer même dans les moments où il n'y a aucun risque, c'est mieux de partir. C'est tout le contraire : j'ai été très, très patient. Je me suis calé sagement sur le banc et dans la tribune pendant presque trois ans, je n'ai jamais rien dit, rien réclamé. Je ne veux pointer personne du doigt. Je constate seulement que d'autres jeunes ont souffert du même problème à Anderlecht et que la Belgique n'a pas la réputation de faire vraiment confiance à ses jeunes. Moussa Dembélé est un des meilleurs joueurs du championnat hollandais mais on le trouvait trop mauvais au Germinal Beerschot : cherchez l'erreur. Et qui oserait dire que Sven Kums n'a pas le niveau pour jouer à Anderlecht ? Mais lui non plus, on n'osait pas le faire jouer. J'y ai pensé parce que j'étais dégoûté, mais ça n'a duré que deux ou trois jours. J'ai l'avantage de pouvoir relativiser : je me disais qu'il y avait des choses plus graves dans la vie. Ce n'est pas parce que le club avait donné un boulot à mon père que je devais me sentir obligé de rester. Je voulais jouer, point à la ligne. Et la campagne d'Adidas, qui l'aurait refusée ? C'était très chouette d'être choisi comme nouvelle icône anderlechtoise d'une marque pareille. Hambourg m'a fait une proposition, c'était un grand d'Europe et j'ai foncé. Je savais dès le départ que ce serait très difficile de m'imposer là-bas mais j'étais sûr d'une chose : j'allais y apprendre énormément. Evidemment, ça ne s'est finalement pas passé comme je l'espérais. Mais je retiens le positif. J'ai progressé et vécu pendant un an avec un groupe très agréable dans une chouette ville où il y a toujours quelque chose à faire. Hambourg, c'est Anvers en dix fois plus grand et dix fois plus beau. (Il rigole). Je suppose que le jour où ils devront trouver un nouveau médian défensif, ce n'est plus à Anderlecht qu'ils iront faire leur marché... C'est un compliment mais c'est parfois lourd à porter. De toute façon, avons-nous vraiment tant de points communs ? Les positions que nous pouvons occuper sur le terrain, oui. La couleur de peau, aussi. Et peut-être ce côté toujours très cool. Mais pour le reste, nous sommes tout à fait différents. Oui, mais on peut alors dire que 90 % des joueurs sortis d'Anderlecht ont un profil comparable. Il faut savoir prendre du recul. Si je commence ce match en me disant que je dois tout faire très vite, que je ne peux pas perdre le ballon et que nous avons le sort de l'entraîneur entre nos mains, je risque fort de me planter. D'ailleurs, c'est la presse qui avait écrit que Mathijssen risquait de sauter. Au Club, on ne nous avait pas tenu ce discours-là. Le coach avait simplement dit que c'était un match comme tous les autres du deuxième tour : un match à gagner si possible. Anderlecht avait d'abord floqué mon prénom, sans rien me demander. Je ne trouvais pas cela logique et j'ai demandé qu'on rectifie. Tous les footballeurs ont leur nom de famille dans le dos. En portant mon prénom, je suis égoïste. En affichant mon nom, je montre du respect à ma famille. Aider l'équipe à faire un bon deuxième tour. Tout le monde parle de crise, mais est-ce qu'Anderlecht a tellement de points d'avance ? Un petit couac des Mauves et nous pouvons être en tête. Ah oui... Je rentre quand c'est 2-0 pour le Nigeria et je me retrouve complètement esseulé dans l'entrejeu. Tout le monde courait partout, le long des lignes, mais il n'y avait plus personne dans ma zone. Dès que je marquais un adversaire, un autre surgissait dans mon dos. Qu'est-ce que je pouvais faire ? Je ne pense pas avoir de lacunes tactiques particulières. Peut-être, mais j'assume. J'ai vécu une expérience unique, on ne me l'enlèvera jamais. Je voulais jouer, c'était ça, la priorité. Il y avait aussi un intérêt aux Pays-Bas, de Twente. Oui. On a discuté, c'était bien engagé puis ça a coincé. J'ai passé un test à West Bromwich Albion. La Premier League me tentait, mais avec ce club, c'était pour jouer le fond du classement. Et l'entraîneur m'a fait comprendre que je devrais patienter plusieurs semaines avant d'avoir ma chance. Moi, je ne voulais plus attendre. Cela fait presque quatre ans que je ne joue pas, j'étais assez pressé. Et revenir en Belgique un an après être parti, ce n'est quand même pas si grave, hein ! Ce n'est pas tout à fait vrai. Certaines personnes ont essayé de régler mon retour, mais moi, je ne suis allé voir personne du Sporting. Je n'aurais pas dit non d'office. Pfffttt... C'était une décision difficile. On m'avait fait des promesses et on ne les a pas tenues. Quand tu fais confiance à une personne et qu'elle ne la justifie pas, tu peux être tenté d'aller voir ailleurs. Tout à fait. Mais attention, ce n'est pas moi qui crie sur tous les toits que je suis un grand espoir. Ce sont les journaux qui s'en chargent. Non. Je suis content que ce club me fasse confiance, mais tout ce qui tourne autour de l'argent ne m'effraye pas. Peut-être. D'un autre côté, si Hambourg m'avait fait jouer, j'aurais peut-être été vendu pour 3 ou 4 millions. par pierre danvoye - photos: reporters