Le Sporting de Charleroi a battu le fameux record de points de l'histoire du club, réalisé en 1993-1994 : 59 points après conversion des 41 points de l'époque avec la victoire à deux points. Cette année-là, la bande à Robert Waseige avait décroché la quatrième place, qui signifiait la qualification pour la Coupe de l'UEFA. Mais malgré ce record, il y a fort à parier que les Zèbres de Jacky Mathijssen échoueront cette année aux portes de l'Europe.
...

Le Sporting de Charleroi a battu le fameux record de points de l'histoire du club, réalisé en 1993-1994 : 59 points après conversion des 41 points de l'époque avec la victoire à deux points. Cette année-là, la bande à Robert Waseige avait décroché la quatrième place, qui signifiait la qualification pour la Coupe de l'UEFA. Mais malgré ce record, il y a fort à parier que les Zèbres de Jacky Mathijssen échoueront cette année aux portes de l'Europe. Nous avons retrouvé les Carolos de 1994. Avec quelques années en plus, ils ont soulevé les points de comparaison entre les deux générations. Sans oublier parfois d'évoquer celui qui évolue à leur position d'antan. 45 ans, ancien entraîneur des gardiens : " Bertrand Laquait a constitué une chance énorme pour Charleroi. C'est un professionnel à 200 % et je pense que son ascension est parfaitement méritée. Il ne se contente pas de ce qu'il a et veut toujours plus. Il se prépare pour son match et ne laisse rien au hasard aux entraînements. Ce n'est pas pour rien qu'il n'a pas été blessé en deux ans et demi de présence en Belgique. Laquait semble une exception dans le monde pro actuel où les jeunes n'ont plus envie de se donner à 100 %. Avant, on vivait le foot de 8 h du matin à 20h ". 33 ans, entraîneur d'Aische en P1 : " Ils se retrouvent un peu dans la même situation que nous, onze ans plus tôt. Sur papier, on ne nous plaçait pas non plus parmi les trois, quatre premiers de Belgique mais par notre mentalité, on a su renverser des montagnes. Un autre point commun entre les deux générations : l'entraîneur. Avec Robert Waseige, nous disposions d'un des meilleurs de D1. Sur un noyau de 20 éléments, il arrivait à en faire jouer 18 à 120 % de leur possibilité. Et je pense qu'on peut tenir le même discours avec Mathijssen. Les résultats aidant, chacun avait pris de l'ampleur. Eric Van Meir est devenu international, Dante Brogno a explosé. Moi, je devais occuper le couloir droit et je pense que dans le système de Waseige, il s'agissait avec le poste d'arrière gauche de la place la plus gaie à occuper car l'entraîneur ne nous bridait jamais. On pouvait évoluer librement vers l'avant. Je me souviens ainsi avoir inscrit plusieurs buts. Maintenant, c'est Frank Defays qui occupe le poste d'arrière droit. Il a vécu pas mal de mauvais moments avec le club mais a toujours conservé un discours positif. C'est le capitaine qui a su faire redescendre certains de leur nuage. Comme toute personne qui a commencé sur l'homme, il est très fort défensivement mais avec son vécu et son expérience, il a pris de l'envergure et apporte de plus en plus le danger offensivement. Il est un des meilleurs arrières droit du championnat ". 38 ans, ancien entraîneur de Namur : " Notre grande force en 1994, c'était l'esprit de groupe, la solidarité. Mais il y avait aussi de la qualité. Tout le monde travaillait pour tout le monde et c'est ce qui se passe cette année. On retrouve petit à petit l'ambiance d'antan. Pourtant, il n'y eut pas de gros changements. En 1994, j'évoluais comme libéro en décrochage. J'étais le gars qui replaçait ses coéquipiers. J'avais 28 ans et je parlais énormément. Le joueur qui me ressemble le plus, c'est peut-être Thierry Siquet. C'est un gars d'expérience, filou, roublard et qui a son importance dans une équipe qui comporte autant de jeunes. Ibrahim Kargbo et Badou Kere sont davantage des chiens de garde, très durs sur l'homme. Comme à notre époque, les joueurs ont évité de trop évoquer l'Europe dans la presse. Nous, c'était pareil. On en discutait beaucoup entre joueurs en disant qu'il ne fallait rien lâcher car on était très près de notre objectif. Mais on évitait de se mettre la pression en s'épanchant dans la presse ". 40 ans, il travaille à la Région Wallonne : " Cette saison, l'équipe était plus que valable avec notamment un gardien qui avait la toute grande classe. Mais défensivement, j'ai pu encore constater quelques lacunes. Pour être européen, il faut être concentré de la première à la dernière minute. Dans, ces conditions-là, être battu à domicile face au Brussels, ce n'est pas permis. Quand on s'est qualifié pour l'Europe, cela faisait 25 ans que le club attendait cela. On ne se prenait pas au sérieux et on était solidaire. Moi, quand je montais sur le terrain, je savais que je jouais devant des ouvriers qui déboursaient une partie de leur salaire pour venir nous voir. La moindre des choses, c'était de sortir trempé de la pelouse. Nous étions une génération de conquérants et de battants. On me mettait la pression en me disant que je devrais surveiller des attaquants du calibre de Daniel Amokachi ou Josip Weber et moi, je me motivais en me répétant que j'allais les bouffer. Waseige m'affirmait qu'il comptait sur moi pour museler l'attaquant adverse et que c'était 50 % de la victoire. Je savais qu'il s'agissait d'un rôle ingrat mais j'espérais que l'adversaire ne toucherait pas une quille. Je passais inaperçu par rapport à quelqu'un comme Dante mais il le savait et à la limite, il venait me remercier. Je ne retrouve pas encore cet état d'esprit au sein du groupe actuel. Je trouve que les stoppeurs actuels laissent trop de liberté à leur vis-à-vis. Un mètre, c'est un mètre de trop. Kargbo joue davantage sur l'homme mais il reste encore de temps en temps tête en l'air. Finalement, je me retrouve plus dans des garçons comme Defays ou Siquet. Defays est un clubman qui se bat pour ses couleurs même quand le bateau coule. Siquet a du caractère également. Je pense qu'il y a également un déficit au niveau de la parole. Nous étions une bande de gueulards. On se connaissait à 100 %. Si je faisais une erreur, je savais que le libero la réparerait et que je devais me relever le plus vite possible pour le couvrir. Dans la formation actuelle, je vois encore certains qui baissent les bras trop vite. Ceci dit, il y a une amélioration par rapport à la saison passée. Le club se construit et il dispose désormais d'une bonne base. Mais ils n'ont pas encore atteint leur apogée comme nous en 1994 ". 39 ans, tenancier d'une taverne à Gosselies : " Il y a peu de points de comparaison entre les deux équipes si ce n'est leur esprit de corps. Même le système de jeu diffère. Moi, j'occupais le poste d'arrière gauche et je prenais beaucoup de place ( il rit). Physiquement, les deux latéraux étaient très forts. Il fallait du coffre pour couvrir le flanc. Mais on pouvait compter sur des joueurs intelligents devant nous. Monter vers l'avant fait partie du caractère. Cela ne s'acquiert pas. Ainsi, si Loris Reina monte moins que moi, il a certainement d'autres armes. C'est un Français et cela se voit. Ils sont formés très tôt et arrivent en équipe Première avec déjà un bagage que les jeunes belges n'ont pas. Defays monte davantage cette année car il peut se le permettre : sa formation dispute la cinquième place. Quand on lutte pour la descente, un défenseur doit se concentrer sur sa tâche première. Enfin, notre équipe était rodée. Le schéma de Waseige était immuable et quand Pär Zetterberg et Olivier Suray sont partis, les remplaçants n'avaient qu'à s'imbriquer dans le puzzle. Tibor Balog ne manquait pas de qualités et Roch Gérard était déjà prêt ". 37 ans, entraîneur adjoint du Lierse : " On avait perdu Zetterberg et la finale de la Coupe. Personne ne nous attendait à pareille fête. Cette année, on a vécu le même scénario. Personne ne pensait que Charleroi, qui s'était sauvé à la dernière journée, allait se battre pour une place européenne. Ils ont su aller chercher en France des joueurs méconnus. Les meilleurs ne forment pas nécessairement la meilleure équipe. Cela se vérifie. En 1994, on allait au feu tous ensemble. Le danger pouvait surgir de partout : Brogno , Neba Malbasa, Jean-Jacques Missé Missé. Cette année, on peut voir la même chose. Les flancs sont particulièrement dangereux. Moi, je devais évoluer comme médian défensif et régler l'équilibre de l'équipe, surtout que l'on disposait avec Roch Gérard et Rudy Moury de défenseurs offensifs. Ma tâche consistait à garder le centre fermé. Cette saison, on a parfois vu un dispositif comprenant deux récupérateurs mais ce qui importait surtout, c'était de conserver cette constance dans l'axe, que ce soit en défense avec Siquet ou en milieu de terrain avec Sébastien Chabaud. Ce dernier est particulièrement utile au système organisé de Mathijssen. Il demeure constant dans ces prestations et je le répète, la constance dans l'axe, c'est très important. Maintenant, il faudra voir comment ce groupe supportera la pression car on attendra beaucoup d'eux la saison prochaine ". 39 ans, joueur à Couillet en Promotion D : " Le groupe carolo marche particulièrement bien car les joueurs ont appris à écouter les consignes et à les respecter. Cependant, je crois que la performance de 1994 fut plus difficile à réaliser car à cette époque, le niveau de la D1 était particulièrement élevé. Waseige m'a placé en médian offensif, comme distributeur. Je devais servir les attaquants et m'occuper du médian défensif adverse lorsque celui-ci montait. Je recevais beaucoup de ballons et je fonctionnais un peu comme un électron libre, ce que l'on ne voit plus actuellement à part peut être Pär Zetterberg ou Marius Mitu. Le Charleroi actuel est beaucoup plus enfermé dans son schéma tactique. A ma place, ils évoluent à deux : Laurent Macquet et Nasredine Kraouche avec parfois Toni Brogno ou Majid Oulmers. Macquet possède une très bonne vision du jeu avec de la technique. Il sait trouver ses partenaires en une ou deux touches de balles. Par contre, il lui manque un peu de rapidité et il ne s'engage pas assez dans les duels. Son jeu de tête n'est pas non plus comparable au mien. Kraouche me ressemble davantage. Il agit plus comme un médian offensif. Il est très fort pour lancer les attaquants. Il est rusé et malin et sait chercher la meilleure position pour distribuer. Il est particulièrement efficace et même si on croit toujours qu'il a quelques kilos en trop, il dispose d'une bonne accélération. Quand à Oulmers, il s'agit avant tout d'un ailier gauche. Il n'a qu'un pied et pour évoluer comme distributeur, il faut savoir se servir des deux pieds. Que ce soit en 1994 ou maintenant, on retrouve la même ambiance. On sortait souvent ensemble et on ne disposait pas spécialement de leaders. Chacun l'était à tour de rôle. C'est la même chose pour cette formation-ci ". 46 ans, responsable du recrutement au Sporting : " L'équipe de 1994 demeure la meilleure génération que Charleroi ait connue. Il y avait un bloc et on le retrouve cette année. Comme il y a 11 ans, on possède un noyau qui mélange expérience et jeunes talents venus de nulle part comme Gregory Christ ou Oulmers. On a dû chercher ces éléments. Avant de se décider pour Izzet Akgül, je me suis déplacé à Namur à sept reprises. Il a un potentiel énorme et on peut le comparer à Missé Missé, qui, en 1994, venait de Promotion. Akgül a encore une plus grande marge de progression mais il doit rester les pieds sur terre. Oulmers me ressemble un peu car il est gaucher et a tendance à se déplacer sur le flanc gauche. Mais il est plus rapide tandis que je détenais une meilleure vista. Cette équipe n'a pas encore atteint sa plénitude et comme on ne devrait pas connaître trop de changements, on peut s'attendre à ce qu'elle grandisse. Même si toute le monde risque de nous attendre au tournant la saison prochaine ". 39 ans, entraîneur adjoint au Sporting : " Les lois du jeu sont différentes. L'arrêt Bosman est passé par là et on peut difficilement comparer les deux formations. Mais comme à notre époque, beaucoup de joueurs de l'entrejeu sont capables de faire la différence. Et la défense est composée d'éléments d'expérience avec Siquet et Defays. Voici les deux parallèles que l'on peut établir. Moi, je pouvais occuper un poste au milieu ou en attaque. Comme dribbleur, on peut faire une comparaison avec Christ mais il marque encore trop peu. Il fait profiter les autres de ses dribbles et de sa passe mais parfois, il doit se montrer plus égoïste en se mettant en position de tir. Izzet pèse énormément sur les défenses et il ne s'en sort pas mal quand on regarde le nombre de matches qu'il a disputés. En un mot, on peut conclure en disant que cette équipe a la saveur d'un très bon potage. Pour le réussir, il a fallu mixer plusieurs ingrédients ". 45 ans, agent de joueurs : " Je n'ai vu que la première rencontre du championnat contre La Louvière. Puis j'ai suivi le club avant de rentrer en Serbie. Mathijssen fait du très bon travail. Il a organisé efficacement son équipe. Il prône un football prudent et sait tirer le maximum de son groupe. Mais je ne crois pas que ce football ait le même charme que celui de 1994. On était porté vers l'offensive. Sur toute ma carrière, mes deux années à Charleroi resteront les plus belles. Malgré le travail exigeant que l'on nous imposait, il y avait une vraie amitié et le noyau était bien équilibré. Personne n'était nécessaire mais tout le monde se sentait indispensable. On ne négligeait personne. Lors de la première saison de Waseige, on évoluait en 4-5-1 avec Brogno comme deuxième attaquant. Puis en 1993-1994, on est passé en 4-4-2 avec à mes côtés, un certain Misse Misse ". 36 ans, il monte une structure de détection et d'entraînement en Afrique : " La formule magique résidait en 1994 dans la responsabilité du groupe. On avait de l'expérience. Même moi. J'arrivais certes de Promotion mais j'étais quand même international camerounais et j'avais déjà été champion dans mon pays. Mathijssen a insufflé cet esprit de combativité propre à ce club. Il manquait à ce groupe un leader. Il l'a trouvé en la personne de l'entraîneur ". Stéphane Vande Velde" Contrairement à la nôtre en 1994, cette équipe n'a PAS ENCORE ATTEINT son apogée " (Michel Rasquin) " En 1994, il n'y avait PAS DE LEADERS. Chacun l'était à tour de rôle. Comme maintenant " (Tibor Balog)