Neerpede commence à s'exciter en septembre. A la première brise automnale, les gens enfilent polaire et bonnet. Les joueurs d'Anderlecht, eux, ressortent leur costume bleu marine Hugo Boss - le même que celui du Real et du PSG. Il a été perfectionné dans ses moindres détails par les tailleurs de Carlo & Fils. La coupe est moderne et intemporelle à la fois. Les joueurs rayonnent de classe et d'assurance dans leur trois-pièces. D'ailleurs, si le règlement le permettait, Tielemans et Cie pénétreraient chaque arène ainsi vêtus. Ils sont dans leur élément.
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Neerpede commence à s'exciter en septembre. A la première brise automnale, les gens enfilent polaire et bonnet. Les joueurs d'Anderlecht, eux, ressortent leur costume bleu marine Hugo Boss - le même que celui du Real et du PSG. Il a été perfectionné dans ses moindres détails par les tailleurs de Carlo & Fils. La coupe est moderne et intemporelle à la fois. Les joueurs rayonnent de classe et d'assurance dans leur trois-pièces. D'ailleurs, si le règlement le permettait, Tielemans et Cie pénétreraient chaque arène ainsi vêtus. Ils sont dans leur élément. Ces dix dernières années, le Sporting a vécu des soirées de gala contre l'Athletic Bilbao, Hambourg, Arsenal, Dortmund, l'Ajax, Monaco et Tottenham. Guillaume Gillet, qui a disputé 62 matches européens sous le maillot mauve, témoigne : " J'ai rarement vu des Anderlechtois crispés au coup d'envoi, en Europe. Nous n'avions pas peur car le meilleur de nous émergeait toujours dans ces rencontres. Ça commençait quelques jours avant : pendant la mise au vert, la tension montait et le jour du match, nous étions tous hyper concentrés. Ces quelques % faisaient la différence alors qu'ils nous faisaient défaut contre les petites équipes belges. " Les joueurs sont formatés pour les soirées européennes. L'Europe est une drogue pour le Sporting, depuis 62 ans. Les chiffres sont éloquents : 383 matches en 59 campagnes. Cette saison, les Mauves en sont à leur 54e qualification d'affilée pour une épreuve européenne. Seul Barcelone fait mieux. " L'Europe est dans notre ADN, elle coule dans nos veines ", raconte l'attaché de presse, David Steegen. " Ça vient de l'histoire de ce club. Les rencontres européennes sont les faits majeurs de la saison. Si nous ne sommes pas bons sur cette scène, notre saison n'est qu'à demi réussie. Je vais vous confier quelque chose : à chaque crise en championnat de Belgique, nous repensons à la période de Robbie Rensenbrink. En neuf ans, il n'a gagné que deux titres nationaux mais il a joué trois finales européennes... c'est vous dire à quel point nous aimons l'Europe. " Cet amour est réciproque : l'Europe apprécie l'âme d'Anderlecht. Sportivement, les Bruxellois ont été ravalés au rang de nains mais ils n'ont pas perdu leur aura de grand club européen. " Sur le terrain, j'ai toujours ressenti une certaine forme de respect pour Anderlecht ", raconte Gillet. " Même de la part de clubs comme le PSG et le Bayern. Pas que nous leur ayons fait peur car le gouffre est trop important mais Anderlecht s'est forgé un beau palmarès et son nom conserve une note mythique. " Les dirigeants des grands clubs européens continuent à parler avec égard d'Anderlecht. Steegen l'illustre par une anecdote : " Avant la saison, on réunit tous les attachés de presse des clubs qualifiés. Pendant un forum à Wembley, pendant le lunch, un homme d'une soixantaine d'années m'a adressé la parole. C'était le responsable du service de communication du FC Barcelone. Il n'a pas tari d'éloges sur Anderlecht, il m'a rappelé les belles campagnes européennes sous la direction de Raymond Goethals et a cité des joueurs comme Rensenbrink et Tielemans. C'est pendant ce genre de réunions que je remarque que notre passé détermine notre image actuelle. " Les supporters d'aujourd'hui ont été séduits par les matches légendaires des années 70, 80 et début 90. Ces matches font partie de la mémoire collective de toute une génération de supporters. Ces dernières années, la relation des Mauves avec les tournois européens est moins idyllique : Anderlecht persiste à vouloir rivaliser avec les gros bras de la Champions League. " Pourtant, notre raison nous dit que nous n'avons rien à chercher en Ligue des Champions, sur le plan sportif ", explique Steegen, pour décrire le sentiment qui prédomine. " Ce n'est qu'une manière d'obtenir du prestige. Certains clubs européens jugent que jouer contre des petits comme nous est une corvée. On le sent et c'est pour ça que des réformes se préparent. Je peux suivre cette logique : pour nous aussi, il est moins amusant d'affronter Qabala que Chelsea. Il faut oser en conclure que notre place est plutôt en Europa League. Cette Coupe est d'ailleurs plus intéressante pour le coefficient. " Financièrement, les comptes sont vite faits. Un grand club belge peut facilement gagner vingt millions d'euros en Champions League. Gand en a même touché 28, pour avoir franchi la phase de poules. Les bénéfices sont moindres en Europa League. " Elle ne rapporte pas grand-chose ", confirme Steegen. " Il faut au moins passer l'hiver pour réaliser un bénéfice. La saison passée, nous avions un budget de six millions mais il fallait en déduire 150.000 euros de frais par match. Quand on a de la poisse avec le tirage, la vente des billets peut être très décevante. Comme cette année. On peut difficilement considérer Mainz comme une affiche attractive. Par contre, si un grand nom allemand comme Hambourg, Schalke 04, Dortmund ou le Bayern nous rend visite, le stade sera comble. Saint-Etienne est un grand nom pour les amateurs de football de ma génération mais il ne faut pas demander à des jeunes de quinze ans qui sont Hervé Revelli ou Gérard Janvion. Nos supporters veulent voir des super stars, même si nous n'avons pas l'ombre d'une chance contre de telles formations. " Les temps ont changé mais pourtant, le président Roger Vanden Stock, éternel optimiste, poursuit le même rêve impossible chaque saison : rejouer une finale européenne. La dernière date de 1990, contre la Sampdoria, en Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe, une épreuve rayée du calendrier entre-temps. Au début de l'année dernière, Vanden Stock n'a pas fait mystère de ses ambitions. " Si Séville peut disputer la finale et Bâle les demi-finales, nous devons pouvoir aller très loin aussi, avec un peu de chance. La Ligue des Champions est trop relevée mais en Europa League, nous pouvons continuer à rêver. " Il arrive que les joueurs y croient. En 2010, ils ont été éliminés de justesse en huitièmes de finale par Hambourg et deux saisons plus tard, ils ont réussi un 18/18 dans leur poule. " C'est surtout en 2010 que nous avons loupé le coche ", soupire Gillet. " En quarts de finale, nous devions affronter le Standard. La voie de la finale était ensuite toute tracée. " Pour rendre hommage à son glorieux passé européen, Anderlecht refuse systématiquement d'aligner une équipe B améliorée en Europa League. Ce serait un sacrilège au stade Constant Vanden Stock. Aucun entraîneur d'Anderlecht ne songerait un seul instant à imposer pareil camouflet aux supporters. " Pour certains clubs belges, et non des moindres, la Coupe d'Europe passe parfois après le championnat ", commente Ariël Jacobs. " Ils préfèrent assurer une bonne position au classement, en prévision de la saison suivante... A Anderlecht, on ne peut pas dire qu'on va négliger un match en Europe. C'est impossible. " Après leur piètre match contre Zulte Waregem le week-end dernier, les joueurs d'Anderlecht vont pouvoir enfiler leur plus beau costume, contre Qabala. C'est du moins ce qu'espèrent les 104 supporters qui accomplissent le long voyage en Azerbaïdjan. PAR ALAIN ELIASY - PHOTOS BELGAIMAGE" Sur le terrain, j'ai toujours ressenti un certain respect pour Anderlecht, même de la part de clubs comme le PSG et le Bayern. " GUILLAUME GILLET " Anderlecht ne peut pas dire qu'il va laisser tomber un match européen. C'est impossible. " ARIËL JACOBS