Ce vendredi 29 mai 2015, la FIFA organise ses élections pour la présidence, comme tous les quatre ans. Trois candidats s'étaient opposés, au départ, au président en exercice, Sepp Blatter, qui vise un cinquième mandat : le président de la Fédération néerlandaise Michael van Praag, l'ancien international portugais Luis Figo et Ali Bin Al-Hussein qui n'est autre que le Prince Ali de Jordanie. Ils n'avaient aucune chance. L'issue des élections ne faisait aucun doute : Blatter allait gagner. La seule question, c'était de savoir combien de tours de scrutin seraient nécessaires : un ou deux ? Mais personne ne doutait de sa victoire finale. Même pas Michel Platini. Pourquoi, sinon, le patron de l'UEFA aurait-il renoncé à se présenter face à son ancien mentor ? Selon les initiés, parce qu'il n'a guère envie d'en ressortir dans la peau d'un perdant. Il incombait donc à Van Praag, Figo et au Prince Ali d'entretenir un semblant de suspense. Dans un récent documentaire sur la FIFA, ses scandales et la toute-puissance de Blatter, diffusé par la chaîne américaine ESPN, Guido Tognoni, qui fut longtemps le conseiller en marketing de Blatter et qui est aujourd'hui l'un de ses plus fervents détracteurs, déclare : " Je ne sais pas ce que ces messieurs s'imaginent. Ils n'ont aucune chance de gagner. "
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Ce vendredi 29 mai 2015, la FIFA organise ses élections pour la présidence, comme tous les quatre ans. Trois candidats s'étaient opposés, au départ, au président en exercice, Sepp Blatter, qui vise un cinquième mandat : le président de la Fédération néerlandaise Michael van Praag, l'ancien international portugais Luis Figo et Ali Bin Al-Hussein qui n'est autre que le Prince Ali de Jordanie. Ils n'avaient aucune chance. L'issue des élections ne faisait aucun doute : Blatter allait gagner. La seule question, c'était de savoir combien de tours de scrutin seraient nécessaires : un ou deux ? Mais personne ne doutait de sa victoire finale. Même pas Michel Platini. Pourquoi, sinon, le patron de l'UEFA aurait-il renoncé à se présenter face à son ancien mentor ? Selon les initiés, parce qu'il n'a guère envie d'en ressortir dans la peau d'un perdant. Il incombait donc à Van Praag, Figo et au Prince Ali d'entretenir un semblant de suspense. Dans un récent documentaire sur la FIFA, ses scandales et la toute-puissance de Blatter, diffusé par la chaîne américaine ESPN, Guido Tognoni, qui fut longtemps le conseiller en marketing de Blatter et qui est aujourd'hui l'un de ses plus fervents détracteurs, déclare : " Je ne sais pas ce que ces messieurs s'imaginent. Ils n'ont aucune chance de gagner. " Les trois candidats en ont probablement pris conscience également. Il y a 15 jours, ils se sont réunis à Genève pour définir une stratégie commune anti-Blatter. Van Praag et Figo se retireraient, et Ali resterait comme seul challenger contre le président sortant. La candidature du prince aurait alors plus de poids, pensaient-ils. Parmi les trois, le Jordanien semblait avoir le plus de soutien dans le monde du football. Van Praag a joint le geste à la parole. Figo, sous pression et à contre-coeur, l'a imité peu de temps après. Mais pourquoi doit-on considérer la réélection de Blatter comme un fait accompli ? C'est très simple, affirment ses partisans : sa présidence a fait beaucoup de bien au football. Le Suisse, aujourd'hui âgé de 79 ans, est devenu le président de la Fédération Internationale de Football en 1998. Il a été réélu en 2002, 2007 et 2011. Et s'apprête donc à rempiler pour un cinquième mandat. En se représentant, Blatter renie la promesse qu'il avait faite, selon laquelle il vivait sa dernière période de règne. On suppose qu'il est revenu sur sa décision en raison de l'atmosphère de scandale qui entoure la FIFA depuis l'attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar. Près de la moitié des membres du Comité exécutif a été exclu, ou forcé à démissionner, à cause d'une corruption avérée ou de soupçons de corruption qui pèsent sur eux. Blatter a lui-même fait le ménage : plus que jamais, il s'est érigé en capo d'une famille mafieuse. Une image dont le fier Suisse voudrait se défaire avant de quitter son trône. L'histoire de Blatter à la FIFA commence en 1975. Un an après que Joao Havelange fut devenu le nouveau président d'une fédération qui n'était pas encore le mastodonte qu'elle est aujourd'hui. En 1974, la FIFA comptait huit employés, une caisse vide et organisait une seule compétition : la Coupe du Monde masculine. Elle était dirigée par Stanley Rous, un Anglais qui n'avait pas compris que le monde avait changé. Beaucoup de pays africains avaient regagné leur indépendance. L'arrivée au pouvoir d'Havelange en 1974 a marqué un tournant. Pour la première fois, un non-Européen dirigeait la fédération mondiale. Celle-ci avait été fondée en 1904 par sept pays. Sept pays européens, dont la Belgique et les Pays-Bas. Tous les présidents avaient été, jusque-là, des Européens de l'Ouest. Et subitement, Havelange a pris le pouvoir. Un Brésilien. Un an plus tard, Blatter fait son entrée. Engagé pour apporter de l'argent dans les caisses. Il signe ses premiers contrats commerciaux, organise en 1977 le premier Championnat du monde pour équipes de jeunes et crée des programmes de développement. Avec le dernier, baptisé projet Goal, la FIFA soutient les fédérations les plus pauvres. Elle construit des terrains de football et des infrastructures. Lorsque Blatter succède à Havelange en 1998, près de la moitié des 200 fédérations affiliées à la FIFA n'en ont pas les moyens. La générosité de Blatter apporte de l'eau au moulin de ses détracteurs. Ils le soupçonnent d'offrir de l'argent en échange de voix. Ce sont, en effet, les fédérations nationales qui élisent le président de la FIFA. Selon le principe : une fédération, une voix. L'Allemagne, avec ses 6,8 millions de joueurs affiliés, pèse aussi lourd que le plus petit pays d'Afrique. On peut comprendre que les grandes fédérations s'en plaignent. Les soupçons selon lesquels certaines personnes haut placées utiliseraient l'argent de la FIFA à des fins personnelles ne sont jamais très éloignés non plus. Mais au Malawi, au Cap Vert ou au Panama, on préfère évoquer ce que Blatter a fait pour le développement du football à l'échelle mondiale. Blatter agit-il de la sorte pour développer le football, ou parce qu'il sait que cela le rendra populaire et lui apportera des voix ? Les deux, probablement. Les gens qui le connaissent bien, affirment que l'argent n'est pas sa motivation principale, mais qu'il adore le football et le pouvoir. Dans le documentaire d'ESPN, son biographe le décrit comme un homme ambitieux, pour qui le petit village de montagne suisse où il a grandi est rapidement devenu trop petit. Blatter était l'attaquant du club local, le FC Visp. Un attaquant qui ne cédait jamais le ballon, trop attiré qu'il était par le but adverse. Marquer, c'est aussi ce qu'il fait comme président de la FIFA. Blatter a fait de la fédération internationale de football un succès commercial sans précédent. On lui doit, notamment, l'envolée du football féminin au cours des vingt dernières années. Il en assura la promotion à un moment où cela n'intéressait personne. C'est à lui, aussi, que l'on doit la justice interne rendue par des représentants des joueurs et des clubs. Ou le fait qu'une partie des énormes sommes de transfert doivent être reversées aux clubs formateurs. A son crédit, on doit reconnaître que la caricature qui est parfois faite de Blatter ne reflète pas la réalité. Dans le documentaire d'ESPN, un ancien équipier témoigne : " Je n'ai jamais vu, de toute ma vie, quelqu'un d'aussi charmant que lui. " Même Van Praag admet avoir été séduit par la personnalité de Blatter en tant qu'être humain. Ce même Van Praag qui, comme Figo et le Prince Ali, lui reprochent d'oeuvrer au développement du football dans tous les coins de la planète. Les critiques ont parfois un côté hypocrite. Car ses trois concurrents préconisaient eux-mêmes un accroissement des sommes allouées aux programmes de développement de la FIFA. Parce que le système fonctionne ? Parce qu'il a prouvé son efficacité ? Grâce à Blatter, de nouveaux pays sont apparus sur la carte du football mondial. Qu'on l'aime ou pas, qu'on le critique ou pas, force est de reconnaître que dans de nombreuses parties du monde, on considère que c'est lui qui a été à la base de ce développement. C'est la réalité. Van Praag pouvait bien promettre un quadruplement de cette somme, il n'aurait pas été élu. D'ailleurs, Platini ne procède-t-il pas de la même manière en Europe, au sein de l'UEFA, en aidant des pays comme Saint-Marin, la Moldavie ou l'Azerbaïdjan ? Pourtant, beaucoup de fédérations d'Europe de l'Est voteront pour Blatter, vendredi. Même des grandes nations de football, qui n'apprécient pas particulièrement Platini. Toutes les fédérations européennes ne soutiennent pas les candidats proposés par l'UEFA. Et, même s'il est Suisse et Européen, Blatter est accepté dans le monde entier. Il est le seul. En fait, c'est simple. De quoi est-il question ? De l'Europe, et même de l'Europe de l'Ouest, qui sent qu'elle perd son emprise sur le football international. Que d'autres continents exigent leur part du gâteau. Le football s'est mondialisé. Le principal problème, aujourd'hui, ce sont les inégalités. Les 20 clubs les plus riches - tous des clubs européens - ont un budget cumulé de 6,2 milliards d'euros. Or, une centaine de fédérations nationales tournent avec un budget de moins de deux millions d'euros. Ces inégalités exaspèrent de plus en plus de personnes. D'autant que des compétitions de pointe comme la Premier League, la Primera División et la Ligue des Champions s'appuient sur l'importation massive des joueurs africains ou sud-américains. Beaucoup estiment que l'Ouest devrait montrer plus de reconnaissance. Et faire preuve d'humilité. Pendant ce temps, des clubs européens tombent en faillite et les plaintes concernant le non-paiement des joueurs s'accumulent. Le mécontentement s'accroît, y compris sur le Vieux Continent. On reproche à l'UEFA d'être à la solde des clubs les plus riches. Ce mécontentement était déjà présent en 1998, lorsque le Suédois Lennart Johansson, alors président de l'UEFA, dut s'incliner devant Blatter pour la succession d'Havelange. Blatter a obtenu 111 voix, Johansson 80. Le reste du monde ne voulait pas que la FIFA soit à nouveau contrôlée par l'UEFA. Lisez : par les clubs les plus riches. " Si l'UEFA dirigeait la FIFA, on aurait une situation comparable à une reprise du FMI (le Fonds Monétaire International, ndlr) par les Bourses de Londres, Francfort et New York ", affirme Jérôme Champagne, qui fut le bras droit de Blatter à la FIFA entre 1998 et 2010. Le diplomate français se serait bien mêlé à la lutte pour la présidence de la FIFA, mais il n'a pas réussi à s'assurer le soutien de cinq fédérations nationales, comme les statuts l'exigent. " Je suis favorable aux clubs et au business, mais le Ministère de l'Economie ne peut pas aboutir aux mains de la plus importante société cotée en Bourse. Or, en football, c'est le cas. Il y a 25 ans, Anderlecht avait encore la possibilité de remporter une coupe européenne. Ce temps est révolu. C'est simple : avec la Ligue des Champions, un système inégalitaire a été créé. C'est pourquoi nous avons besoin d'une FIFA forte. Devons-nous donner les clefs de la FIFA à une personne manipulée par l'UEFA ? Cette même UEFA qui a créé ces inégalités ? Ou devons-nous élire un homme qui, malgré toutes les critiques, a prouvé au cours des 40 dernières années qu'il s'est battu à l'échelle mondiale pour le rétablissement de l'équilibre ? " Le documentaire d'ESPN s'est également penché sur l'attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar. Au contraire de l'élection à la présidence de la FIFA, l'attribution d'une Coupe du Monde est confiée aux 24 membres du Comité exécutif de la FIFA. Le vote est secret, mais on est sûr aujourd'hui que Blatter n'a pas voté pour le Qatar. Qui, alors ? Platini, entre autres. C'est un secret de polichinelle que le Qatar a surtout été choisi grâce au soutien des membres européens du Comité exécutif, où siègent des représentants des grandes fédérations du Vieux Continent. Dont le Belge Michel D'Hooghe. Pourtant, personne n'exige la démission de Platini. Mais bien celle de Blatter. Il semble être le coupable tout désigné pour toutes les erreurs commises. C'est injuste, estime-t-on dans la plupart des régions du monde. Beaucoup de pays africains, asiatiques et américains estiment que l'Europe est hypocrite. Au dernier congrès de l'UEFA, à Vienne, Platini était assis aux côtés du Chypriote Marios Lefkaritis, le président de la commission financière de l'UEFA. Après l'attribution de la Coupe du Monde au Qatar, Lefkaritis a dû se défendre contre ceux qui l'accusent d'avoir vendu au Qatar des terres appartenant à sa famille en échange de sa voix en faveur du petit pays de Golfe. De l'autre côté de Platini, était assis Ángel María Villar Llona. Le président de la fédération espagnole est, lui, accusé d'avoir négocié sa voix en faveur du Qatar en échange d'un soutien à la candidature hispano-portugaise à la Coupe du Monde. Son cas fait toujours l'objet d'une enquête de la commission éthique de la FIFA. Même Platini était, et est toujours, sous le feu des critiques. En novembre 2010, juste avant l'attribution de la Coupe du Monde 2022, il aurait déjeuné avec le fils de l'émir du Qatar, le président français Nicolas Sarkozy et Mohamed Bin Hamman. Bin Hamman, l'ancien président de la fédération asiatique de football, a fait beaucoup de lobbying pour la candidature qatarie. Comme par hasard, le fils de Platini, Laurent, s'est ensuite retrouvé à la tête de la firme d'équipements sportifs qatarie Burrda. Et le Paris Saint-Germain, l'un des grands clubs français, est tombé aux mains des Qataris. Pendant que Platini clame son innocence, Bin Hamman a été éjecté de la FIFA. Pour corruption mais aussi parce qu'il avait projeté d'évincer Blatter en 2011. Ce même Bin Hamman qui, jadis, avait permis à Blatter de conserver son poste à la FIFA au détriment de Johansson. Et à qui l'on reproche de mettre un avion du gouvernement qatari à la disposition de Blatter chaque fois que celui-ci doit se rendre en Afrique dans le cadre d'une mission Goal. Le reportage d'ESPN en parle abondamment. Mais pas un mot sur Platini. C'est cette politique de deux poids, deux mesures, qui pousse beaucoup de dirigeants de football à voter pour Blatter. Malgré le manque de transparence et les malversations avérées de la plus puissante fédération sportive du monde. PAR JAN HAUSPIEPlatini a voté pour le Qatar. Plus tard, son fils s'est retrouvé à la tête de Burrda, un équipementier sportif qatari. " Devons-nous donner les clefs de la FIFA à une personne manipulée par l'UEFA ? " Jérôme Champagne