Depuis petit, j'ai toujours trouvé l'idée du Livre dont vous êtes le héros absolument géniale. Pour ceux qui sont trop jeunes (ou trop vieux, mais je n'osais pas le dire) pour avoir connu ces livres publiés chez Gallimard depuis 1984, le principe est simple: une histoire rédigée avec plusieurs possibilités en fonction des décisions prises par le lecteur. Exemple: vous menez 3-1 contre la Suisse, vous avez encore des changements à disposition, que faites-vous? Sortir Antoine Griezmann pour faire monter Moussa Sissoko? Vous rappelez à vos joueurs sur quelles valeurs fondamentales vous avez conquis votre titre mondial en 2018? Et selon le choix, l'issue est différente. Aujourd'hui, c'est un tout autre choix qui s'offre à nous, que l'on soit Belge, Français ou encore Néerlandais. À l'orée du dernier carré de l'EURO - un beau dernier carré - vient l'heure de se choisir un petit chouchou. Évidemment, on peut regarder ça avec beaucoup de recul et le si...

Depuis petit, j'ai toujours trouvé l'idée du Livre dont vous êtes le héros absolument géniale. Pour ceux qui sont trop jeunes (ou trop vieux, mais je n'osais pas le dire) pour avoir connu ces livres publiés chez Gallimard depuis 1984, le principe est simple: une histoire rédigée avec plusieurs possibilités en fonction des décisions prises par le lecteur. Exemple: vous menez 3-1 contre la Suisse, vous avez encore des changements à disposition, que faites-vous? Sortir Antoine Griezmann pour faire monter Moussa Sissoko? Vous rappelez à vos joueurs sur quelles valeurs fondamentales vous avez conquis votre titre mondial en 2018? Et selon le choix, l'issue est différente. Aujourd'hui, c'est un tout autre choix qui s'offre à nous, que l'on soit Belge, Français ou encore Néerlandais. À l'orée du dernier carré de l'EURO - un beau dernier carré - vient l'heure de se choisir un petit chouchou. Évidemment, on peut regarder ça avec beaucoup de recul et le simple plaisir du football. Mais c'est toujours plus sympa de se trouver une équipe "bis" à supporter. Celle dont on se réjouira de voir soulever la Coupe. Pas autant que son équipe de coeur, mais quand même un peu. Une équipe pour qui on ouvrira volontiers une chope dimanche à 23 heures. Histoire, jusqu'au bout, d'être les héros de notre EURO. À quelques encablures du mythique Wembley à l'aube des demi-finales, vous tombez nez à nez avec quatre drôles de personnages. Tous essayent de vous convaincre de les suivre dans les tribunes pour supporter leurs exploits, mais vous ne pouvez en suivre qu'un seul. Costard gris, mèche soigneusement coiffée, le premier s'appelle Roberto Mancini. Son seul sourire pourrait vous convaincre et à vrai dire, il n'a pas besoin de beaucoup plus. Sélectionneur de l'Italie, celui-ci s'excuse de vous avoir causé du chagrin vendredi dernier, avant de rappeler qu'il est souvent plus honorable d'avoir perdu contre le futur vainqueur. Planqué derrière lui, un lutin à l'air coquin lui souffle à l'oreille: "Coach, je pense que vous pouvez aussi insister sur le fait que nous jouons le jeu le plus plaisant de la compétition et ce depuis le match d'ouverture." Marco Verratti a raison: il y a quelque chose de sain et de logique dans le fait d'avoir envie de supporter cette équipe-là. Sans doute l'une des plus belles depuis longtemps. Il n'y avait que lui pour oser venir vous voir. Du genre à prendre ses responsabilités, sur le terrain et en dehors, où il a annoncé se raser la tête si les siens gagnaient l'EURO, Pedri se moque d'avoir tout juste l'âge de passer son permis de conduire. Joueur magnifique, il vous rappelle que "si vous aimez bien le milieu de terrain Barella, Jorginho, Verratti, celui composé de Busquets, Koke et Pedri n'est pas mal non plus", en vous tendant de quoi vous maquiller en rouge et jaune. Symbole de l'insouciance d'une équipe d'Espagne que l'on disait "en transition", le Barcelonais est la preuve qu'une grande nation de sport avec une idée de jeu ne meurt jamais vraiment. "En nous supportant, tu ne peux pas te tromper" lance-t-il, avant que son entraîneur en polo blanc ne vienne le tirer par les oreilles. N'ayez pas peur, ils débarquent toujours en groupe: c'est comme ça qu'ils marchent sur leurs adversaires. Soigneusement rangés derrière leur capitaine Simon Kjaer, les Danois vous tendent une chope de Carlsberg. Vous acceptez par pure politesse (après tout, vous n'êtes pas là pour élire la meilleure bière) et écoutez leur discours. Fiers, ils n'évoquent leur capitaine, blessé au combat, qu'à demi-mot et tentent de vous convaincre sur le terrain du jeu: "Si comme nous, vous étiez trop jeune pour prendre du plaisir devant le Danemark 92, c'est le moment de vous rattraper. Ici, c'est insouciance, intensité et spectacle." Des termes qui vous rendent aussi curieux que les courses incessantes de Joakim Maehle et Jens Stryger autour de vous pendant la discussion. "Ils font toujours ça", dit Kjaer en souriant, avant de repartir avec sa meute. À peine le temps de vous retourner qu'un type vous bouscule. " IT'S COMING HOMMEEEEE, MATE", hurle-t-il, son bob vissé sur le crâne comme la chevelure d'un Playmobil. Ils sont mille comme lui dans la rue, ne savent pas quel jour on est, et encore moins l'heure qu'il est. Leur seul repère temporel est celui-ci: ils courent après un titre majeur depuis trop longtemps. Sur le papier, leur équipe (et leur banc) est la plus sexy des quatre encore en lice. Sur le terrain, c'est une équipe en mission, qui jouera ses deux derniers matches à domicile. Pas ceux qui ont besoin du plus de soutien, donc. Ceux qui ont le plus besoin de vaincre le signe indien, en revanche.