Les beaux jours suscitent toujours de grosses attentes dans tous les clubs. Il en va ainsi au Standard qui a perdu des plumes la saison passée. Après un mercato hivernal réduit à sa plus simple expression, sauf en ce qui concerne les départs, Roland Duchâtelet doit transférer de la qualité afin d'atteindre son objectif : le top 3.
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Les beaux jours suscitent toujours de grosses attentes dans tous les clubs. Il en va ainsi au Standard qui a perdu des plumes la saison passée. Après un mercato hivernal réduit à sa plus simple expression, sauf en ce qui concerne les départs, Roland Duchâtelet doit transférer de la qualité afin d'atteindre son objectif : le top 3. Les supporters ne se contenteront pas de paroles mais, comme du temps de Luciano D'Onofrio, ils devront patienter car c'est souvent à la dernière seconde de la période des transferts qu'on signe les meilleures affaires. Jean-François de Sart a du pain sur la planche mais garde son calme : " Nous suivons attentivement de nombreuses pistes que ce soit à l'étranger ou en Belgique. Le Standard cherche à se renforcer dans tous les secteurs. Il y a eu des contacts avec Jérémy Perbet et on verra où cela nous mènera. Il devrait y avoir du neuf dans les jours à venir. " De Sart, qui a toujours placé la formation au centre de ses préoccupations, a fait signer un premier contrat pro de trois ans à Axel Bonemme, un jeune arrière latéral gauche né en 1993. Mais il en faudra plus... Dudu Biton (prêté l'été passé par Charleroi) arrive du Wisla Cracovie qui a loupé sa saison 2011-2012. Tenant du titre en Pologne, ce club s'est contenté de la 7e place en championnat et de 29 buts marqués en Ekstraklasa. Biton s'en tire bien en prenant 11 des 29 buts à son compte. Après un bon début de championnat, il s'est éteint. Il n'a pas pris part à Wisla-Standard et n'a joué qu'un quart d'heure au retour en février 2012. Cette baisse de régime est-elle indicative quant à ses potentialités ? " Non, car d'autres facteurs non sportifs ont joué : il a réalisé une bonne saison ", signale Michel Thiry, un agent de joueurs installé en Pologne. " Biton s'est vite adapté : c'est un signe d'intelligence. Cet attaquant de pointe connaît son chemin dans le grand rectangle où il sent bien les coups et sait faire respecter son 1,85 m. " L'actionnaire unique du club, Boguslazw Cupial, en a assez d'injecter des fortunes dans les caisses. Wisla ne dépasse plus le cap des 300.000 euros pour un transfert. Charleroi en a espéré 1,5 million mais le Wisla ne compte plus sur Biton depuis janvier et le Standard l'a acquis pour 800.000 euros qui vont, dit-on, dans les caisses de Charleroi. Un journaliste polonais ajoute : " Biton a aussi pâti des mauvais résultats du Wisla. Il a formé un tandem complémentaire avec son compatriote Maor Melikson ( NDLR : aussi cité au Standard). Puis, le Wisla a été éliminé de l'Europa League et de la Coupe de Pologne et les fans ont rendu les étrangers responsables de ces échecs. Le coach a fait jouer plus de Polonais et c'est Biton qui a été renvoyé sur le banc. " Biton quitte un climat malsain et raciste. Il parle déjà un peu français et connaît la D1 depuis son passage à Charleroi. Même si le joueur a un agent ( Dudu Dahan), Mogi Bayat, qui parle à l'oreille de Roland Duchâtelet, est intervenu dans des négociations. Celles-ci profitent aussi à son oncle, Abbas Bayat, avec qui il est en procès. On trouve difficilement un attaquant à ce prix en Belgique et Duchâtelet a réalisé une affaire tout en offrant un peu d'air à... Abbas Bayat. En plus du recrutement d'un attaquant intéressant, Duchâtelet a aussi contrarié les plans de D'Onofrio car il redoute que Charleroi ne tombe dans l'escarcelle de l'ancien homme fort de Sclessin. L'arrivée de Biton met aussi la pression sur Perbet qui, il y a quelques semaines, était sur le point de trouver un accord avec le Standard. Mons a fait monter les enchères, même si la piste italienne s'est un peu dégonflée. Parme est toujours intéressé mais a fixé la barre à 1.000.000 d'euros : Mons ne veut pas discuter à ce prix-là. Côté Standard, un montant de 1,5 million à 2 millions d'euros est cité pour Perbet, avec un salaire annuel brut de 550.000 euros. Mais Perbet qui hésite en rêvant du Calcio doit se décider rapidement. On peut toutefois s'interroger sur la complémentarité de Perbet et Biton car ce sont deux joueurs de rectangle. La piste Jérémy Taravel est toujours d'actualité. Véritable serpent de mer du mercato liégeois, l'arrivée du défenseur français de Lokeren serait liée au futur de Felipe qui est en partance pour Hanovre. Mémé Tchité sur le départ, le refrain est connu. Selon son agent, Alfred Raoul, Al Ain et Francfort sont les pistes les plus chaudes. Une offre du Club Bruges a aussi été évoquée. Un autre attaquant est particulièrement convoité : Gohi Bi Cyriac. Anderlecht est sur la balle d'autant que le prix n'est pas faramineux (malgré un contrat au Standard jusqu'en 2016, une clause valable jusqu'au 15 juillet lui permet de partir pour 2 millions) pour un attaquant de ce niveau. Reste que l'Ivoirien sort de deux graves opérations aux ligaments du genou et ne sera rétabli qu'en janvier. Certains sont perplexes quant à son futur au plus haut niveau. Toujours lui, Mogi Bayat est aussi concerné par les intentions de Cyriac que de Perbet. La nouvelle blessure au genou de Sinan Bolat met fin aux supputations quant à son départ éventuel cet été. Le gardien turc ne devrait pas être opérationnel avant cinq mois. Si tout va bien au niveau de la rééducation, un transfert pourrait être envisagé dès janvier d'autant que Bolat preste la dernière année de son contrat. " Tout devrait se décanter après l'EURO, autour du 10 juillet. On y verra plus clair sur les intentions de l'entraîneur et son mode de fonctionnement. Les départs devraient se multiplier à ce moment ", explique un proche du club. " Le Standard est devenu un club néerlandophone, il ne faut pas se voiler la face ", nous lance un membre du club. " Le président impose ses règles mais si les résultats ne suivent pas, je pense que cela va gronder très rapidement dans les travées. "" Duchâtelet ne comprend pas l'âme liégeoise ", entend-on. " C'est le c£ur du problème. Ron Jans a des qualités mais les échanges seront limités avec la presse : il ne parle pas français. La langue véhiculaire sera le néerlandais avec un T1, un T2, un entraîneur des gardiens qui parlent cette langue... Est-ce qu'on supporterait que tout se fasse en français à Bruges ?", note Daniel Renard, journaliste à Sud Presse. Déjà que Bolat ne s'exprime pas en français. A l'étranger, cela ne se passerait pas comme cela car on apprend la langue de la région où l'on travaille. Le Standard, populaire en Flandre, s'adresse dans les deux grandes langues nationales aux spectateurs qui viennent à Sclessin, mais là, dans le plus grand club wallon, c'est le monde à l'envers. Il y a peu, c'est Duchâtelet en personne qui a traduit les propos de Jans en conférence de presse. Le flamand prend le pas sur le français. Les D'Onofrio étaient plus liégeois que les Liégeois. Duchâtelet s'est-il déforcé en ignorant la force d'une identification régionale ? Renard : " Le Standard vient de vivre une saison de transition et la patience des supporters ne sera pas éternelle. Duchâtelet risque de découvrir la pression des supporters : le Standard, ce n'est pas Saint-Trond. Ce club a un propriétaire mais il appartient aussi à son public. " Des hésitations à l'heure du renouvellement des abonnements pourraient aller dans ce sens. Le journaliste flamand Alain Ronse ( Het Laatste Nieuws) préfère parler du sportif : " C'est sur le terrain que cela se passe ; le reste, c'est de la littérature. Qui va partir, qui va venir ? C'est ce qui compte. Il y a eu de la haute tension avec des coaches belges. Des entraîneurs étrangers ont réussi au Standard, dont Arie Haan, un Néerlandais : pourquoi pas Jans ? Mais quel sera son outil ? Là, c'est le vrai défi de Duchâtelet et de de Sart. Ils ne pourront plus évoquer la malchance. " Le club a vécu une saison de troubles. Les départs le prouvent, l'équipe dirigeante n'était pas unie. Il y avait longtemps qu'on parlait de mésententes, de mise à l'écart de Jean-François de Sart, de disgrâce de Pierre François. Ronse : " De Sart occupe désormais une place centrale en tant que directeur technique. Mais, même si Duchâtelet a le droit de décider en tant que patron, de Sart devra parfois lui dire non sous peine de payer ensuite les erreurs d'un patron qui ne connaît pas le football. Il devra être ferme. Les joueurs, surtout ceux qui envisagent de partir, l'observent. Si cela se passe mal, je crains qu'on en revienne aux habitudes de l'époque André Duchêne- Jean Wauters quand on faisait tout et n'importe quoi au Standard. " " Luciano D'Onofrio avait besoin de Pierre François, Roland Duchâtelet pas ", entend-on dire à Liège. Beaucoup se demandent comment François sera remplacé au Standard qu'il représentait avec brio. " Le Standard est devenu une filiale du holding de Duchâtelet ", dit-on. " Dans l'organisation de D'Onofrio, François gérait la baraque et occupait une place centrale ; ce n'était plus le cas. Duchâtelet doit avoir des rapports réguliers. L'actionnaire unique a une batterie d'avocats à son service dans ses différentes sociétés et le rôle de François a progressivement perdu de son importance. Duchâtelet n'a pas besoin d'un directeur général façon François. Il consulte directement les responsables des différents services du Standard (finances, sécurité, administration, Académie Robert Louis-Dreyfus, directeur technique, etc.) qui prennent désormais de l'importance. C'est notamment le cas de Philippe Gillis (finances) et de Sacha Feytong à l'administration. " Le climat ambiant n'est toutefois pas au beau fixe. L'assemblée générale de la Famille des Rouches (qui chapeaute 63 clubs de supporters) prévue le 12 juin a été annulée. Louis Smal, membre du conseil d'administration et président de la famille des Rouches : " Le conseil d'administration va fixer une nouvelle date. Roland Duchâtelet devait assister à l'assemblée générale. Si elle a été reportée, c'est parce que certaines personnes non mandatées par les clubs de supporters ont décidé de s'inviter. Cela ne se fait pas et a posé un problème d'ordre et de sécurité. C'est dommage car c'est une occasion de dialoguer avec le président. Je comprends que certains puissent se poser des questions. Et Duchâtelet aurait exposé son point de vue à propos des transferts, de la formation, du départ de Pierre François, etc. Les représentants des clubs de supporters auraient ensuite pu rapporter tout cela à leurs membres. Je prône le calme car il faut encore du temps avant de porter un jugement. " PAR PIERRE BILIC ET THOMAS BRICMONT" Le Standard est devenu un club néerlandophone, il ne faut pas se voiler la face. "