Un entraîneur espagnol pour notre équipe nationale, voilà qui est familier. Il ne s'agit pas de Roberto Martínez, cette fois, mais l'homme aimerait échanger avec le sélectionneur des Diables. "Il ne me connaît pas et je n'ai pas ses coordonnées, mais il serait intéressant de pouvoir lui parler. Le football et le volley sont deux sports différents, mais ils ont des points communs. Je pense notamment à la manière dont on forme et pilote un groupe de sportifs de haut niveau."
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Un entraîneur espagnol pour notre équipe nationale, voilà qui est familier. Il ne s'agit pas de Roberto Martínez, cette fois, mais l'homme aimerait échanger avec le sélectionneur des Diables. "Il ne me connaît pas et je n'ai pas ses coordonnées, mais il serait intéressant de pouvoir lui parler. Le football et le volley sont deux sports différents, mais ils ont des points communs. Je pense notamment à la manière dont on forme et pilote un groupe de sportifs de haut niveau." Fernando Muñoz (51 ans) exprime ce voeu installé à une terrasse de Louvain durant un des rares jours agréables de cet été belge. Muñoz a été sélectionneur de l'Espagne pendant neuf ans et a repris les Red Dragons en février 2020. Les circonstances que vous connaissez l'ont empêché de transmettre ses idées aux joueurs avant cette année. En juin, au Final Four de l'European Golden League, la Belgique, pays organisateur, a perdu la demi-finale contre l'Ukraine, ainsi que le match pour la médaille de bronze contre l'Estonie, sur le score de 0-3. La préparation a été perturbée et c'est une excuse valable, mais il n'empêche: les résultats ont été décevants. Que vous appris le premier volet de cet été? FERNANDO MUÑOZ: De fait, la dernière ligne droite avant le Final Four n'a pas été idéale. On n'a pas pu jouer notre match de préparation contre le Venezuela, qui a déploré des contaminations. Ensuite, un de nos joueurs a attrapé le virus et on n'a pas pu s'entraîner pendant quatre jours. Après nos prestations en league round en Estonie et en Lettonie, on se sentait prêts à signer un bon résultat sur nos terres. On a été d'autant plus déçus que notre échec était dû à des facteurs externes. Cette période a toutefois été riche en enseignements, déjà parce que c'était la première fois qu'on pouvait travailler en groupe. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai convoqué le plus grand nombre possible de joueurs. Que pensez-vous de ce groupe? MUÑOZ: On a un bon mélange de joueurs chevronnés et de jeunes talentueux. Certains d'entre-eux peuvent déjà prétendre à une place de titulaire. Je n'ai pas eu assez de temps pour inculquer aux joueurs ma philosophie et mes méthodes, mais je remarque déjà une certaine progression. Je suis confiant. Le groupe progresse pas à pas. Avec quel résultat à le clé durant cet EURO? MUÑOZ: Notre objectif est de faire mieux que lors de la précédente édition, où les Red Dragons ont été éliminés en huitièmes de finale. On vise donc les quarts. Pour cela, on doit terminer parmi les quatre premiers du premier tour. On affronte la Pologne, championne du monde, la Serbie, championne d'Europe, et l'Ukraine, qui a fréquemment battu la Belgique ces dernières années. Sur papier, le Portugal et la Grèce sont moins forts, mais ils ont quand même de l'expérience et comme nous, ils veulent progresser. Mais bon, on doit survivre à la phase de poules. En théorie, l'adversaire au tour suivant sera moins costaud si on se classe bien. À partir de là, on ne sait jamais. Vous dites que le groupe progresse pas à pas. En quoi consiste une bonne dynamique? MUÑOZ: Les joueurs doivent être conscients de représenter un pays. Ils doivent en être fiers et avoir la volonté de se battre pour lui. Je veux retrouver cette mentalité et je veux qu'ils tirent tous sur la même corde. Comme partout, dans la vie privée ou au travail, les valeurs humaines sont la clé d'une collaboration productive. Elles constituent la base sur laquelle je m'appuie pour diriger mon équipe. J'essaie également de motiver mes joueurs jour après jour, pour qu'à la longue, ils soient convaincus de pouvoir gagner chaque match. Certaines équipes vont sans doute mieux jouer, mais si on atteint notre meilleur niveau, on est capables de battre tous nos adversaires. Où placez-vous l'accent, sur le terrain? MUÑOZ: Pour le moment, j'insiste beaucoup sur le service, bien plus que sur l'attaque ou la défense en bloc. On est forts sur le plan offensif et l'organisation défensive est bonne, mais l'équipe doit retirer plus de rendement de son service. Les grandes équipes commettent moins d'erreurs et frappent plus fort. Comment faire alors que vous ne voyez vos joueurs que durant un laps de temps limité? MUÑOZ: Ce n'est pas évident. Je ne dois pas perdre de vue que la plupart des joueurs, en temps normal, ont déjà une lourde saison derrière eux quand ils arrivent en équipe nationale. Je dois donc chercher un équilibre entre la récupération et un entraînement ciblé. Dans quelle mesure les Red Dragons dépendent-ils de leur meilleur joueur, Sam Deroo? MUÑOZ: Il fait partie des meilleurs au monde à son poste, il regorge d'expérience et s'est toujours engagé à fond pour l'équipe nationale. Sam est notre capitaine et un modèle pour les autres. Il est donc extrêmement important pour les Red Dragons, mais d'autres joueurs ont également un rôle important, comme dans tout groupe. Certains parce qu'ils sont des professionnels accomplis, d'autres en partageant leur expérience avec les plus jeunes. Je pense notamment à Stijn D'Hulst, Hendrik Tuerlinckx et Bram Van den Dries. Sur le terrain, les distributeurs, donc Stijn et Matthias Valkiers, sont des liens. Ils doivent bénéficier de la confiance des attaquants. Bref, on a besoin de plusieurs sortes de leaders. En Espagne, vous avez combiné votre poste de sélectionneur avec celui d'entraîneur de club en Turquie et en Grèce. Pourquoi avez-vous décidé de ne vous occuper que de l'équipe nationale? MUÑOZ: Au début surtout, je voulais suivre les joueurs belges de près, surtout les jeunes que je ne connaissais pas si bien. Même s'il est possible d'analyser chaque joueur sur vidéo, je trouve intéressant d'être présent dans la salle. Mon contrat m'offre la possibilité de travailler dans un club en plus. Il est possible que je le fasse à l'issue de l'EURO, mais ce club devra accepter que je revienne aussi souvent que maintenant en Belgique. Les Red Dragons sont prioritaires. Avec tout notre respect, votre gabarit ne vous permettait pas d'accéder à l'élite. Comment êtes-vous parvenu à devenir un grand coach? MUÑOZ: Je suis devenu entraîneur des jeunes à 18 ans, alors que je jouais toujours. Deux ans plus tard, j'ai fondé mon propre club à Mostoles, la commune où j'habite. Officiellement, d'autres personnes étaient impliquées, mais en pratique, j'étais à la fois président, secrétaire, trésorier et entraîneur. Durant cette période, j'ai suivi plusieurs formations nationales et internationales. En 1995, la Fédération a nommé l'Argentin Raul Lozano au poste de sélectionneur. Celui-ci voulait élargir son staff et les gens de la Fédération, qui me connaissaient grâce aux formations que je suivais, m'ont contacté. Je suis donc devenu sélectionneur-adjoint à 25 ans. Depuis, je suis entraîneur professionnel à temps plein. De 1999 à l'année dernière, j'ai presque toujours combiné équipe nationale et clubs. Vous êtes sous contrat jusqu'en 2024. Quels sont vos objectifs au terme de l'EURO? MUÑOZ: Le premier jour, j'ai expliqué aux 25 joueurs présents ma vision et un plan à long terme. On veut consolider notre classement actuel et se qualifier pour le Mondial 2022, avec l'ambition de faire mieux que dans l'édition précédente ( la Belgique a terminé à une dixième place historique, ndlr). Si on y parvient, on visera plus haut: la qualification pour les Jeux Olympiques de Paris. Ceci dit, par définition, les sportifs de haut niveau se focalisent sur les résultats, mais on ne doit pas en faire une obsession dans un premier temps. L'essentiel est de croire en notre projet et de convaincre chacun qu'on est capables de battre n'importe quelle équipe.