Le poids de l'histoire, la force des traditions, la gouaille de Raymond Goethals, l'esbroufe de Johan Vermeersch, les mèches blondes de Johan Boskamp ou, pour les plus jeunes, les premiers coups de canon de Wesley Sonck. Se rendre au Stade Edmond Machtens, c'est accepter de replonger dans le passé glorieux d'un géant éphémère devenu, depuis le temps, symbole d'une époque. D'un ton aussi. Revendiqué haut et fort par ses géniteurs.

© BELGA/LUC CLAESSEN

Il suffit de tendre l'oreille. " Viva Bova, patatten met saucissen ". Un cri du coeur pour Bruxellois en manquent de bonne chère en forme d'ode à Anthony Bova, ce joueur franco-molenbeekois devenu le chouchou officiel " pour tout ce qu'il représente " des habitués du Machtens. Comprendre : son agilité balle au pied, mais pas uniquement.

" De toute façon, tout à fait sincèrement, si tu aimes le foot, tu ne viens pas à Molenbeek. Ici, tu viens pour la zwanze, le second degré et l'autodérision ", aiguille d'entrée Louis, brusseleir d'accent et de passeport, abonné du Machtens depuis 1974 et devenu ces dernières années passeur de mémoire auprès de la jeune génération.

C'est que, depuis 2015 et le rachat du matricule 5479 du K. Standaard Wetteren, la rue Charles Malis célèbre à nouveau le folklore et une certaine idée du foot d'en bas. Toutes générations confondues et avec une affluence moyenne qui tournerait, selon les organisateurs, autour des 2000 fidèles.

Derrière les deux montées successives (2017 et 2018) de D3 Amateur en D1 Amateur se cacherait d'ailleurs plus un patrimoine en reconstruction qu'un club en pleine bourre.

Le job d'une vie

" Qu'on ne s'y trompe pas, il y a aussi et surtout un plan sportif clairement établi ", réoriente pourtant d'entrée Thierry Dailly, président-mécène, ancien du Brussels, ressuscité en même temps que son club de coeur il y a un peu plus de quatre ans.

" On a, en outre, fait plus dans ce court laps de temps que certains clubs en un demi-siècle. Et le but final reste bien entendu, à terme, l'accession à la D1A. On y croit parce qu'on travaille. "

Travailler, il faut croire que Thierry Dailly aime ça. L'homme vante des journées sans fin de plus de 15 heures, souvent débutées dès 5 heures du matin. En vrac, dans les activités des derniers mois : un programme d'aide scolaire pour les jeunes et le développement de la cellule féminine. Un rythme de forçat aux faux airs de pénitence.

" J'aime trop ce que je fais pour compter mes heures, mais c'est vrai que je profite de moins en moins. Parce qu'il n'y a jamais un moment de calme à Molenbeek. Être président du RWDM, c'est le job d'une vie. Et ces quatre lettres vous suivent partout. Jour et nuit. Mais je veux rappeler que chaque période a eu son charme.

Évidemment, aujourd'hui, on est contraint de se professionnaliser, ce qui nous permet de gagner quelque part en crédibilité ce qu'on perd peut-être sans doute dans l'authenticité des débuts."

Les déplacements en voiture aux quatre coins de la Wallonie compris. Ceux-ci ont laissé place depuis deux saisons aux plus rigoureux périples en combi-car, sécurité - et antécédents - oblige pour des supporters souvent présentés comme turbulents. Le mot est parfois faible. Les dérapages contre Virton, mais surtout la bataille rangée à Alost de l'an dernier faisant foi.

Reste qu'au Lierse, en début de saison, pour la première de Frederik Vanderbiest sur le banc, ils étaient encore plus de 600 à avoir fait le déplacement. Dans une ambiance festive et sans accroc.

Un public apolitique ?

De là à parler d'accalmie, il y a de la marge. En déplacement au RFC Liège le 6 octobre dernier pour l'autre Clasico, un supporter de longue date du RWDM, ancien IDS - pour interdit de stade - dans les années 1990, se fait repérer pour avoir affiché une écharpe " anti-anti fa ". Pour anti-antifasciste. Du nom de cette mouvance associée à l'extrême droite et opposée aux antifascistes, valeur cardinale du RFC Liégeois.

" Typiquement, ça, c'est de la provocation, ce n'est pas un geste politique défend en coeur le noyau dur des supporters bruxellois présents à Liège le jour des faits. Contrairement à ce qu'il peut se passer avec les Ultras Infernos à Liège, personne ici ne vient pour faire de la politique. Dans le stade, nous sommes tous apolitiques.

Et en dehors, on a tous nos vies, mais il n'y a pas de raciste ici. Rien que dans la Tribune A du Machtens, je peux vous dire qu'il y a des élus PS, Défi et MR. " Une coalition violette qui voudrait se positionner le plus éloigné possible des extrêmes.

" Le problème, c'est qu'aujourd'hui, le simple fait de se déclarer clairement comme étant contre les valeurs propres à l'extrême gauche fait forcément de vous un proche de l'extrême droite ", se plaint cette fois un autre supporter, toujours désireux de préserver son anonymat.

" Mais est-ce que l'on est d'accord que cela n'a pas de sens ? Est-ce que parce qu'il n'y a pas de bobos chez nous et que personne ne fume du shit, on va continuer de nous associer aux fachos ? "

Le raccourci serait, peut-être, trop simple. Comme mentionner ces tribunes en manque de mixité. Une marque de fabrique pour un football belge habitué à manquer sa politique d'intégration par le sport, mais un drame éclairant dans une commune aussi cosmopolite que Molenbeek.

" Que voulez-vous qu'on vous dise ? " s'interroge encore un quinqua du noyau dur qui préfère garder pour lui son identité. " S'il y avait un hôpital à Molenbeek, j'y serais né. J'y ai passé toute ma vie, mais là, c'est bon, j'ai donné. Vous ne voyez pas que la commune a changé ? Aujourd'hui, je suis parti à la campagne. Et je peux vous dire que je suis quand même plus tranquille là-bas. "

Face aux préjugés

Une analyse en forme de raccourci borderline dans une commune coupée en deux. Et qui confirme aussi qu'en 2019, l'écrasante majorité des supporters qui se déplacent pour assister aux matchs du RWDM se compose le plus souvent de Belges venus d'un peu partout à Bruxelles, ou en dehors, mais rarement de Molenbeek même.

Un public qui se réclame le plus souvent apolitique, mais dont certains excès pose question dans une commune où 40% de la population se déclare de confession musulmane et dans un club où le curseur du noyau dur des supporters s'est, un temps au moins, situé à l'extrême droite.

La faute, entre autres, aux ultras du BCM 47, pour Brussels Casual Molenbeek. Ce groupe d'énervés, aujourd'hui dissous, mais reconnu au début du siècle dans le milieu skinhead et qui a longtemps souillé l'image du club.

Depuis, les supporters molenbeekois sont habitués à ramer contre le vent. Et un destin chagrin. Quatre mois après être revenu à la vie, le RWDM faisait face en novembre 2015, comme toute la commune de Molenbeek à la vague de stéréotypes et de préjugés consécutive aux tueries parisiennes du Bataclan, des terrasses de café et aux attaques kamikazes du stade de France.

Celles-ci allaient cataloguer à l'international Molenbeek dans la catégorie " repaire de djihadistes " ou, selon les humeurs " plaque tournante du terrorisme en Europe ". Et du coup, en commune que beaucoup aimeraient voir morte. Le polémiste français d'extrême droite Eric Zemmour, encore et toujours audible sur les antennes hexagonales en 2019, en tête.

Lui qui suggérait de " bombarder Molenbeek plutôt que Raqqa " sur RTL le 17 novembre 2015.

Des paroles en l'air, mais des maux qui résonnent encore dans un club qui tarde à chasser ses vieux démons.

Protestations internes

" Ce qui m'embête avec votre présence, c'est que vous allez encore nous présenter, nous les supporters, comme des rascars, avance l'un d'eux. Tout ça, parce qu'il y a quelques énervés qui viennent ici, mais le plus souvent à l'extérieur, pour se bastonner. Ils ne sont pas représentatifs de l'esprit du club. Eux, ce ne sont pas des supporters. Le plus souvent, ils ne regardent d'ailleurs même pas le match. "

Ceux-là sont souvent des anciens du BCM ou des plus jeunes, parfois très jeunes même, issu de l'extrême droite. Les pots pourris d'un matricule appelé à polir son image. Sans oublier le passé. " Cela ne sert à rien de prendre des pincettes, ce n'est pas un club progressiste ", prévient finalement un grand fidèle du Machtens.

" Dire que c'est un club plutôt à droite oui, mais ça se limite à ça. Moi qui me considère comme un homme de gauche, je n'ai jamais rien vu de choquant ici. Et de toute façon, je ne viens pas au foot pour faire de la politique... "

Du off, encore et toujours au RWDM où les habitués préfèrent souvent les discussions informelles. " Pour une question de timing " pour la plupart. C'est que, depuis peu, le stade Machtens a aussi vu apparaître certains mouvements de protestations en interne. La faute à une première saison en D1 Amateur bouclée l'an dernier à la 9e place et à un début d'exercice actuel entamé par le limogeage de Drazen Brncic après deux petites journées de championnat.

" Clairement, les assistances se tassent quelque peu ces dernières semaines, mais c'est le jeu à partir du moment où les résultats sont un peu moins bons ", atteste cet ultra. " Forcément, cela crée aussi parfois quelques tensions entre groupes de supporters. On n'a évidemment pas tous la même manière de vouloir marquer notre désaccord quand les résultats sont soudain un peu moins bons. "

Candidat au tour final ?

À bien y regarder, cela ressemble à la fin de l'état de grâce pour des Bruxellois qui avaient depuis leur retour au premier plan pris l'habitude de tout écraser sur leur passage. " Aujourd'hui, on entend des gars dire que Vanderbiest a trois mois pour relever la barre. C'est ridicule. C'est justement de temps dont on a besoin. "

De liquidités aussi. Avec sa septantaine de sponsors cumulés, le club de Molenbeek table aujourd'hui sur un budget de quelque 1,2 million d'euros. Loin encore des gros poissons de la série que sont le Lierse (2,5 millions) et de l'actuel leader de D1 Amateur qu'est Deinze (3 millions), mais dans les clous d'une vision à court terme qui doit faire du RWDM un candidat au tour final.

Avant de rêver à un retour parmi l'élite via la D1B, puis la D1A. Et de, qui sait, devenir alors le troisième club bruxellois avec l'Union Saint-Gilloise et Anderlecht à côtoyer les sommets ? " À condition que les Mauves se maintiennent en haut de la pyramide ", lâche, rieur, un dernier supporter du RWDM croisé un soir de match.

Ce jour-là, les Molenbeekois s'imposeront 1-0 contre Dessel au bout d'un match poussif, finalement illuminé par l'entrée au jeu d'un certain Anthony Bova. Comme quoi, des patates et quelques saucisses, ça peut vous sauver une soirée.

© BELGA/LUC CLAESSEN
© BELGA/LUC CLAESSEN
© BELGA/LUC CLAESSEN
© BELGA/LUC CLAESSEN
Les légendes ne meurent jamais :  ni celles de 1975, année du seul titre du club au plus haut niveau, ni par les temps qui courent. L'objectif du président, Thierry Dailly : revenir un jour au sommet du football belge. Après deux promotions, la troisième se révèle quand même beaucoup plus ardue..., BELGA/LUC CLAESSEN
Les légendes ne meurent jamais : ni celles de 1975, année du seul titre du club au plus haut niveau, ni par les temps qui courent. L'objectif du président, Thierry Dailly : revenir un jour au sommet du football belge. Après deux promotions, la troisième se révèle quand même beaucoup plus ardue... © BELGA/LUC CLAESSEN
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Le poids de l'histoire, la force des traditions, la gouaille de Raymond Goethals, l'esbroufe de Johan Vermeersch, les mèches blondes de Johan Boskamp ou, pour les plus jeunes, les premiers coups de canon de Wesley Sonck. Se rendre au Stade Edmond Machtens, c'est accepter de replonger dans le passé glorieux d'un géant éphémère devenu, depuis le temps, symbole d'une époque. D'un ton aussi. Revendiqué haut et fort par ses géniteurs. Il suffit de tendre l'oreille. " Viva Bova, patatten met saucissen ". Un cri du coeur pour Bruxellois en manquent de bonne chère en forme d'ode à Anthony Bova, ce joueur franco-molenbeekois devenu le chouchou officiel " pour tout ce qu'il représente " des habitués du Machtens. Comprendre : son agilité balle au pied, mais pas uniquement. " De toute façon, tout à fait sincèrement, si tu aimes le foot, tu ne viens pas à Molenbeek. Ici, tu viens pour la zwanze, le second degré et l'autodérision ", aiguille d'entrée Louis, brusseleir d'accent et de passeport, abonné du Machtens depuis 1974 et devenu ces dernières années passeur de mémoire auprès de la jeune génération. C'est que, depuis 2015 et le rachat du matricule 5479 du K. Standaard Wetteren, la rue Charles Malis célèbre à nouveau le folklore et une certaine idée du foot d'en bas. Toutes générations confondues et avec une affluence moyenne qui tournerait, selon les organisateurs, autour des 2000 fidèles. Derrière les deux montées successives (2017 et 2018) de D3 Amateur en D1 Amateur se cacherait d'ailleurs plus un patrimoine en reconstruction qu'un club en pleine bourre. " Qu'on ne s'y trompe pas, il y a aussi et surtout un plan sportif clairement établi ", réoriente pourtant d'entrée Thierry Dailly, président-mécène, ancien du Brussels, ressuscité en même temps que son club de coeur il y a un peu plus de quatre ans. " On a, en outre, fait plus dans ce court laps de temps que certains clubs en un demi-siècle. Et le but final reste bien entendu, à terme, l'accession à la D1A. On y croit parce qu'on travaille. " Travailler, il faut croire que Thierry Dailly aime ça. L'homme vante des journées sans fin de plus de 15 heures, souvent débutées dès 5 heures du matin. En vrac, dans les activités des derniers mois : un programme d'aide scolaire pour les jeunes et le développement de la cellule féminine. Un rythme de forçat aux faux airs de pénitence. " J'aime trop ce que je fais pour compter mes heures, mais c'est vrai que je profite de moins en moins. Parce qu'il n'y a jamais un moment de calme à Molenbeek. Être président du RWDM, c'est le job d'une vie. Et ces quatre lettres vous suivent partout. Jour et nuit. Mais je veux rappeler que chaque période a eu son charme. Évidemment, aujourd'hui, on est contraint de se professionnaliser, ce qui nous permet de gagner quelque part en crédibilité ce qu'on perd peut-être sans doute dans l'authenticité des débuts." Les déplacements en voiture aux quatre coins de la Wallonie compris. Ceux-ci ont laissé place depuis deux saisons aux plus rigoureux périples en combi-car, sécurité - et antécédents - oblige pour des supporters souvent présentés comme turbulents. Le mot est parfois faible. Les dérapages contre Virton, mais surtout la bataille rangée à Alost de l'an dernier faisant foi. Reste qu'au Lierse, en début de saison, pour la première de Frederik Vanderbiest sur le banc, ils étaient encore plus de 600 à avoir fait le déplacement. Dans une ambiance festive et sans accroc. De là à parler d'accalmie, il y a de la marge. En déplacement au RFC Liège le 6 octobre dernier pour l'autre Clasico, un supporter de longue date du RWDM, ancien IDS - pour interdit de stade - dans les années 1990, se fait repérer pour avoir affiché une écharpe " anti-anti fa ". Pour anti-antifasciste. Du nom de cette mouvance associée à l'extrême droite et opposée aux antifascistes, valeur cardinale du RFC Liégeois. " Typiquement, ça, c'est de la provocation, ce n'est pas un geste politique défend en coeur le noyau dur des supporters bruxellois présents à Liège le jour des faits. Contrairement à ce qu'il peut se passer avec les Ultras Infernos à Liège, personne ici ne vient pour faire de la politique. Dans le stade, nous sommes tous apolitiques. Et en dehors, on a tous nos vies, mais il n'y a pas de raciste ici. Rien que dans la Tribune A du Machtens, je peux vous dire qu'il y a des élus PS, Défi et MR. " Une coalition violette qui voudrait se positionner le plus éloigné possible des extrêmes. " Le problème, c'est qu'aujourd'hui, le simple fait de se déclarer clairement comme étant contre les valeurs propres à l'extrême gauche fait forcément de vous un proche de l'extrême droite ", se plaint cette fois un autre supporter, toujours désireux de préserver son anonymat." Mais est-ce que l'on est d'accord que cela n'a pas de sens ? Est-ce que parce qu'il n'y a pas de bobos chez nous et que personne ne fume du shit, on va continuer de nous associer aux fachos ? " Le raccourci serait, peut-être, trop simple. Comme mentionner ces tribunes en manque de mixité. Une marque de fabrique pour un football belge habitué à manquer sa politique d'intégration par le sport, mais un drame éclairant dans une commune aussi cosmopolite que Molenbeek. " Que voulez-vous qu'on vous dise ? " s'interroge encore un quinqua du noyau dur qui préfère garder pour lui son identité. " S'il y avait un hôpital à Molenbeek, j'y serais né. J'y ai passé toute ma vie, mais là, c'est bon, j'ai donné. Vous ne voyez pas que la commune a changé ? Aujourd'hui, je suis parti à la campagne. Et je peux vous dire que je suis quand même plus tranquille là-bas. " Une analyse en forme de raccourci borderline dans une commune coupée en deux. Et qui confirme aussi qu'en 2019, l'écrasante majorité des supporters qui se déplacent pour assister aux matchs du RWDM se compose le plus souvent de Belges venus d'un peu partout à Bruxelles, ou en dehors, mais rarement de Molenbeek même. Un public qui se réclame le plus souvent apolitique, mais dont certains excès pose question dans une commune où 40% de la population se déclare de confession musulmane et dans un club où le curseur du noyau dur des supporters s'est, un temps au moins, situé à l'extrême droite. La faute, entre autres, aux ultras du BCM 47, pour Brussels Casual Molenbeek. Ce groupe d'énervés, aujourd'hui dissous, mais reconnu au début du siècle dans le milieu skinhead et qui a longtemps souillé l'image du club. Depuis, les supporters molenbeekois sont habitués à ramer contre le vent. Et un destin chagrin. Quatre mois après être revenu à la vie, le RWDM faisait face en novembre 2015, comme toute la commune de Molenbeek à la vague de stéréotypes et de préjugés consécutive aux tueries parisiennes du Bataclan, des terrasses de café et aux attaques kamikazes du stade de France. Celles-ci allaient cataloguer à l'international Molenbeek dans la catégorie " repaire de djihadistes " ou, selon les humeurs " plaque tournante du terrorisme en Europe ". Et du coup, en commune que beaucoup aimeraient voir morte. Le polémiste français d'extrême droite Eric Zemmour, encore et toujours audible sur les antennes hexagonales en 2019, en tête.Lui qui suggérait de " bombarder Molenbeek plutôt que Raqqa " sur RTL le 17 novembre 2015. Des paroles en l'air, mais des maux qui résonnent encore dans un club qui tarde à chasser ses vieux démons. " Ce qui m'embête avec votre présence, c'est que vous allez encore nous présenter, nous les supporters, comme des rascars, avance l'un d'eux. Tout ça, parce qu'il y a quelques énervés qui viennent ici, mais le plus souvent à l'extérieur, pour se bastonner. Ils ne sont pas représentatifs de l'esprit du club. Eux, ce ne sont pas des supporters. Le plus souvent, ils ne regardent d'ailleurs même pas le match. " Ceux-là sont souvent des anciens du BCM ou des plus jeunes, parfois très jeunes même, issu de l'extrême droite. Les pots pourris d'un matricule appelé à polir son image. Sans oublier le passé. " Cela ne sert à rien de prendre des pincettes, ce n'est pas un club progressiste ", prévient finalement un grand fidèle du Machtens. " Dire que c'est un club plutôt à droite oui, mais ça se limite à ça. Moi qui me considère comme un homme de gauche, je n'ai jamais rien vu de choquant ici. Et de toute façon, je ne viens pas au foot pour faire de la politique... " Du off, encore et toujours au RWDM où les habitués préfèrent souvent les discussions informelles. " Pour une question de timing " pour la plupart. C'est que, depuis peu, le stade Machtens a aussi vu apparaître certains mouvements de protestations en interne. La faute à une première saison en D1 Amateur bouclée l'an dernier à la 9e place et à un début d'exercice actuel entamé par le limogeage de Drazen Brncic après deux petites journées de championnat. " Clairement, les assistances se tassent quelque peu ces dernières semaines, mais c'est le jeu à partir du moment où les résultats sont un peu moins bons ", atteste cet ultra. " Forcément, cela crée aussi parfois quelques tensions entre groupes de supporters. On n'a évidemment pas tous la même manière de vouloir marquer notre désaccord quand les résultats sont soudain un peu moins bons. " À bien y regarder, cela ressemble à la fin de l'état de grâce pour des Bruxellois qui avaient depuis leur retour au premier plan pris l'habitude de tout écraser sur leur passage. " Aujourd'hui, on entend des gars dire que Vanderbiest a trois mois pour relever la barre. C'est ridicule. C'est justement de temps dont on a besoin. " De liquidités aussi. Avec sa septantaine de sponsors cumulés, le club de Molenbeek table aujourd'hui sur un budget de quelque 1,2 million d'euros. Loin encore des gros poissons de la série que sont le Lierse (2,5 millions) et de l'actuel leader de D1 Amateur qu'est Deinze (3 millions), mais dans les clous d'une vision à court terme qui doit faire du RWDM un candidat au tour final. Avant de rêver à un retour parmi l'élite via la D1B, puis la D1A. Et de, qui sait, devenir alors le troisième club bruxellois avec l'Union Saint-Gilloise et Anderlecht à côtoyer les sommets ? " À condition que les Mauves se maintiennent en haut de la pyramide ", lâche, rieur, un dernier supporter du RWDM croisé un soir de match. Ce jour-là, les Molenbeekois s'imposeront 1-0 contre Dessel au bout d'un match poussif, finalement illuminé par l'entrée au jeu d'un certain Anthony Bova. Comme quoi, des patates et quelques saucisses, ça peut vous sauver une soirée.