Un mois de présence à Mons : il est encore un peu tôt pour faire le premier bilan de Sergio Brio, mais les joueurs, eux, commencent à se faire une bonne idée du personnage. Ils ne peuvent pas se plaindre de ne croiser leur nouvel entraîneur qu'entre deux portes ! Désormais, ils passent pour ainsi dire plus de temps au club qu'à la maison. Des dents grincent ici et là, certains ne sont pas persuadés qu'il était nécessaire de passer au régime des travaux forcés.
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Un mois de présence à Mons : il est encore un peu tôt pour faire le premier bilan de Sergio Brio, mais les joueurs, eux, commencent à se faire une bonne idée du personnage. Ils ne peuvent pas se plaindre de ne croiser leur nouvel entraîneur qu'entre deux portes ! Désormais, ils passent pour ainsi dire plus de temps au club qu'à la maison. Des dents grincent ici et là, certains ne sont pas persuadés qu'il était nécessaire de passer au régime des travaux forcés. Brio s'en moque. Pour lui, on fera le point en fin de saison, pas après trois matches. Quelques incontournables de l'Albert évoquent ses méthodes de travail. Jean-Pierre La Placa : " Sergio Brio a directement décidé que Mons évoluerait en 3-5-2. Il faudra encore attendre quelques semaines avant de pouvoir dire si c'est le système qui convient le mieux à ce noyau. Il en est en tout cas convaincu : il nous a dit qu'il avait décrété cette tactique en fonction des qualités spécifiques des joueurs dont il dispose. Certains 3-5-2 se transforment le plus souvent en 5-3-2. Ce n'est pas le cas chez nous : Mons aligne trois défenseurs, pas cinq. Et cinq vrais médians. Les deux stoppeurs sont censés s'écarter dès que nous avons le ballon derrière, pour faire tourner. Et les deux flancs montent alors directement. La mission de l'axe de l'entrejeu peut varier d'un match à l'autre. A La Louvière, nous n'avions pas de véritable numéro 10, alors que contre l'Antwerp, je jouais là avec comme consigne d'être le plus près possible des deux attaquants en possession de ballon. Il faudra un match contre une des grosses cylindrées du championnat pour savoir si Brio veut s'en tenir, en toutes circonstances, à son trio défensif. J'imagine que, si nous prenons l'eau et sommes transpercés de tous les côtés par l'attaque d'Anderlecht ou de Bruges, il corrigera la donne en postant un quatrième arrière. S'en tenir à un vrai 3-5-2 dans ces conditions-là serait fort risqué ". Marco Casto : " Le message de Sergio Brio ne passe pas aussi rapidement qu'avec un entraîneur francophone, mais ce n'est pas vraiment un handicap. Même s'il faut quelques secondes en plus, les joueurs finissent toujours par le comprendre. Il y a trois traducteurs dans le noyau : Zoran Ban, Jean-Pierre La Placa et moi. Dans le staff, il y a l'adjoint Michel Iannacone. Et, en dehors du terrain, le délégué, Corrado Mattioli. C'est suffisant. Quand Brio arrête le jeu à l'entraînement, il appelle un des trois joueurs qui parlent italien pour mettre les choses au point, et le joueur en question fait passer le message. La traduction de la théorie d'avant match est réservée à Iannacone. Pendant le match, il appelle un des joueurs qui comprennent sa langue s'il doit mettre l'une ou l'autre chose au point, dans le calme. Par contre, s'il doit intervenir parce qu'il n'est vraiment pas content, il le fait lui-même, en italien, et tout le monde comprend vite où il veut en venir, tellement c'est explicite ! " Eric Joly : " Je trouve qu'il y a inévitablement une perte dans son message, à cause de la barrière de la langue. Il a pris plusieurs joueurs individuellement pour leur expliquer ce qu'il attendait d'eux. Mais la communication se faisait via un interprète et cela compliquait les choses. C'est difficile de nouer un contact coach-joueur extrêmement fort quand le discours de chacun doit passer par une tierce personne. Sur le terrain, cela ne me pose pas de problème. Brio fait de grands gestes pour nous montrer, par exemple, à quel coéquipier nous devons donner le ballon. Par contre, quand la conversation devient plus précise, les choses se compliquent. Les traducteurs parviennent-ils vraiment à faire passer le message que veut l'entraîneur ? Les coaches qui travaillent beaucoup l'aspect psychologique ont des mots forts, justes, bien à eux. Une fois que c'est traduit, on perd forcément une partie du contenu du message ". Zoran Ban : " Sergio Brio ne laisse rien passer. Quelle que soit la durée de l'entraînement, il exige que chacun soit concentré à 200 % de la première à la dernière minute. Il demande à chacun d'oublier, dès le lundi matin, le match du week-end précédent, pour ne plus penser qu'à celui qui suit. Il peut être très calme pendant un long moment, puis exploser dès qu'il remarque un relâchement dans la concentration ". Emmanuel Kenmogne : " Avec Marc Grosjean, on pouvait se reposer entre deux entraînements. Avec Sergio Brio, on doit faire la sieste, point à la ligne. Il y a des chambres de deux et de quatre. Je suppose que tout le monde ne dort pas, mais moi, cette obligation ne me dérange pas du tout parce que j'ai toujours été habitué à dormir en cours de journée, quand l'occasion se présente. La sieste obligée n'a pas été bien acceptée par tout le monde, au début, mais c'est vite devenu une habitude et plus personne ne rouspète aujourd'hui ". Eric Joly : " Sergio Brio a été on ne peut plus clair avant le match contre l'Antwerp. La manière, il s'en foutait complètement. Tout ce qu'il voulait, c'était la victoire. Il nous a fait comprendre qu'il serait encore temps, plus tard, de penser à bien jouer ". Zoran Ban : " En Italie, vous voyez très rarement des matches qui se terminent par 5-0 ou 6-0. Faire le spectacle et marquer beaucoup de buts en plus que l'adversaire, ce n'est pas ce qui compte. L'essentiel, c'est de prendre simplement les trois points. C'est pour cela que Sergio Brio veut être offensif, mais pas trop. Il estime qu'un seul attaquant, ce n'est pas assez. Mais que, deux, c'est suffisant ". Liviu Ciobotariu : " Je n'ai qu'un mot à la bouche quand je vois la carte de visite de Sergio Brio : chapeau. Mais nous ne devons surtout pas faire de complexes par rapport à notre coach, nous sentir tout petits. Il y a de bons joueurs dans tous les championnats, même en Belgique. On peut aussi devenir une grande personnalité ici. Quand je vois ce qu'a réalisé un Olivier Suray, qui s'est illustré à Anderlecht, au Standard et à l'étranger, je suis tout aussi admiratif ". Eric Joly : " Après la victoire contre l'Antwerp, Brio a félicité individuellement tous les joueurs. Il serrait des mains et tapait dans le dos de tous les gens qu'il croisait. Il était terriblement excité, euphorique. Mais, chez lui, cet état ne dure que cinq minutes tout au plus. Il retombe très vite et redevient l'homme que nous voyons tous les jours sur le terrain d'entraînement. C'est son vécu qui veut cela, et je peux le comprendre : quand on a tout gagné avec la Juventus, on ne s'emballe pas trop après une victoire contre l'Antwerp... Ce soir-là, après la petite fête improvisée dans le vestiaire, il s'est assis tranquillement dans un coin et j'ai cru deviner dans son regard qu'il commençait déjà à penser à notre match à Gand. En quelques secondes, son visage est redevenu terriblement serein. Il a l'art de passer du noir au blanc en un minimum de temps ". Zoran Ban : " Sergio Brio qui court saluer le public et fait de grands gestes avec ses joueurs après un bon résultat, ce n'est pas du cinéma. Il est comme ça, il a besoin de cette chaleur, de cette communion. Il est content et il le fait simplement savoir ". Mustapha Douai : " Quand mon fils est né, Sergio Brio venait d'arriver à Mons. J'ai téléphoné à Michel Wintacq pour lui annoncer la naissance. Deux heures plus tard, Brio me téléphonait pour me féliciter. Je n'ai pas compris grand-chose à ce qu'il m'a dit, mais assez quand même pour saisir qu'il était content pour moi. C'était vraiment sympa. Et, le lendemain, il envoyait un bouquet de fleurs à ma femme ". Liviu Ciobotariu : " Que dire, si ce n'est que chaque entraîneur a des méthodes qui lui sont propres ? (Il soupire). Je ne suis pas nouveau dans le métier de footballeur, j'ai 16 ans de carrière, mais je peux vous dire que je n'avais jamais connu un régime pareil. Il nous est déjà arrivé de faire, dans la même journée, deux entraînements de trois heures. Six heures debout sur le terrain, c'est énorme. D'accord, nous sommes pros, nous devons accepter les méthodes du coach et il n'y a vraiment plus rien à dire si les victoires suivent ; on verra... Il y a toutefois une chose que Monsieur Brio ne doit pas perdre de vue : Mons n'est pas la Juventus. Je vais m'informer, essayer de savoir si on travaille comme ça dans le Calcio... Je crains que des entraînements poussés de trois heures, ce soit un peu beaucoup pour les joueurs de ce noyau ". Mustapha Douai : " La grande différence par rapport à l'ère Grosjean, c'est que Jean-Claude Verbist n'est plus dans le club. Il était le relais entre l'entraîneur et le président. Aujourd'hui, la communication entre le coach et le patron du club se fait sans intermédiaire et cela se voit dans le sens où, dès que le président n'est pas là, on sent que Sergio Brio est le véritable patron de l'Albert. Leur complicité saute aux yeux et Brio passe vraiment, aux yeux des joueurs, pour l'homme de Dominique Leone. Sur un plan purement sportif, je ne vois pas de différence essentielle avec ce que nous connaissions avant : l'entraîneur principal reste le patron du staff et les adjoints de Brio font aujourd'hui le même travail que les assistants de Grosjean autrefois. Brio sait déléguer : quand nous faisons le boulot purement physique, il laisse le noyau entre les mains de Claudy Degrève et n'essaye pas d'intervenir dans ses programmes. On sent qu'il lui fait entièrement confiance. Brio n'est toutefois pas du style à rester inactif sur le bord du terrain pendant les entraînements. Il y a des coaches qui se contentent d'observer ; pas lui. Dès que quelque chose ne lui plaît pas, il nous interrompt. C'est même très, très, très fréquent. Si le noyau est dans un jour sans, la séance peut être arrêtée une centaine de fois ! Il n'hésite pas, non plus, à nous montrer des exercices techniques spécifiques : il fait le mouvement lui-même au lieu de demander à un joueur de le faire. Il lui arrive aussi de se mêler à nos petits matches. Et, lors des échauffements au bois, il court avec nous ". Thaddée Gorniak : " Le contenu de notre semaine-type a fort évolué depuis l'arrivée du nouvel entraîneur. Je pourrais vous citer pas mal de femmes de joueurs qui ne sont pas heureuses (il rit). Avec Marc Grosjean, nous avions systématiquement deux jours de congé : dimanche et mercredi. Avec Sergio Brio, nous n'avons plus droit qu'au dimanche. Le lundi, le mardi et le jeudi, nous avons deux entraînements. Nous devons être au club à 9 h 30 pour la séance de 10 heures. Repas vers 12 h 30, puis sieste de 13 à 14 heures. Deuxième entraînement à 15 heures, et il est généralement près de 18 heures quand nous montons dans notre voiture. Les jours où un seul entraînement est au programme, l'après-midi, nous devons arriver à midi pour manger ensemble et faire ensuite la sieste, et nous sommes sur le terrain à 15 heures. Si le seul entraînement de la journée a lieu le matin, nous mangeons ensemble après la douche mais nous sommes dispensés de sieste. Le vendredi, nous mangeons au club après l'entraînement de l'après-midi. Si nous jouons le samedi soir à domicile, nous n'arrivons plus au stade sur le coup de 16 heures comme avec Marc Grosjean. Nous devons être là dès midi : repas, promenade, sieste, petits toasts vers 16 heures, théorie, puis vestiaire ". Zoran Ban : " Je devine que Sergio Brio aimerait faire ressembler Mons à la Juventus sur plusieurs points. Il voudrait sûrement faire de ce club une famille comme celle qu'il a connue à Turin. Pour moi, les grands clubs ne sont pas les plus riches : ce sont ceux où il y a ce lien entre joueurs, entraîneurs, dirigeants, supporters, etc. J'ai connu cela à la Juve. Une mentalité pareille marque n'importe quel homme et, avec toutes les années que Brio a passées là-bas, il est normal qu'il en ait gardé la nostalgie. Dès que la Juve joue une demi-finale ou une finale de Coupe d'Europe, elle invite les plus grands joueurs de son histoire. Brio en fait partie. Dès que je suis arrivé à Turin, j'ai compris qu'il était resté une vraie légende vivante là-bas ". " Conserver notre système contre Bruges ou Anderlecht serait risqué " (Jean-Pierre La Placa)