Claude Javeau connaît bien le football, sport qu'il décrit comme la première religion au monde : " Dans le foot, le racisme est un cas particulier de la violence. Mais tous les gradins ne sont pas encombrés de racistes comme ceux des Boulogne Boys du PSG. Là, le phénomène prend des proportions graves. Du racisme, il y en a dans tous les pays : en Allemagne, en Amérique du Sud où l'on entend des cris de singe ou des sifflements de chambre à gaz. En Belgique, les gradins sont moins violents. On n'en est pas aux débordements dont on a parlé à Paris. C'est moins flagrant. On prend les Noirs à partie surtout quand ils ont mal joué : - Ce n'est la peine de faire venir des bougnoules qui prennent la place de nos joueurs. C'est le réflexe du petit Blanc. Il voit un étranger et, pour lui, cet homme va lui voler sa femme, sa place, son parking. Chez les gens pris par le foot, c'est un mode d'identification qui en remplace d'autres. Difficile, à l'heure actuelle, de s'identifier à une entreprise ou à un projet politique. Si le vote n'était pas obligatoire chez nous, on peut croire qu'on aurait des taux de participation bas comme dans d'autres pays. Mais si dans le foot français, il y a un climat de meurtre, en Belgique le problème n'est pas très grave ".
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Claude Javeau connaît bien le football, sport qu'il décrit comme la première religion au monde : " Dans le foot, le racisme est un cas particulier de la violence. Mais tous les gradins ne sont pas encombrés de racistes comme ceux des Boulogne Boys du PSG. Là, le phénomène prend des proportions graves. Du racisme, il y en a dans tous les pays : en Allemagne, en Amérique du Sud où l'on entend des cris de singe ou des sifflements de chambre à gaz. En Belgique, les gradins sont moins violents. On n'en est pas aux débordements dont on a parlé à Paris. C'est moins flagrant. On prend les Noirs à partie surtout quand ils ont mal joué : - Ce n'est la peine de faire venir des bougnoules qui prennent la place de nos joueurs. C'est le réflexe du petit Blanc. Il voit un étranger et, pour lui, cet homme va lui voler sa femme, sa place, son parking. Chez les gens pris par le foot, c'est un mode d'identification qui en remplace d'autres. Difficile, à l'heure actuelle, de s'identifier à une entreprise ou à un projet politique. Si le vote n'était pas obligatoire chez nous, on peut croire qu'on aurait des taux de participation bas comme dans d'autres pays. Mais si dans le foot français, il y a un climat de meurtre, en Belgique le problème n'est pas très grave ". Ce que je veux dire c'est que ça n'a pas actuellement de grosse résonance médiatique. Il y a des médias qui en parlent mais les cas sont peu nombreux. On a plus parlé de corruption, des malversations autour de La Louvière et des matches truqués. Après la défaite contre la Pologne, on a surtout parlé du joueur adverse qui aurait été approché pour qu'il laisse filer le match. Ceci dit, le journaliste sportif est un être à part dans la corporation. Il n'a pas d'états d'âme. Il peut suivre une manifestation sportive dans un pays totalitaire, il se limitera à commenter les performances... Je crois que oui. L'effervescence est telle qu'elle incite à la violence. En enfermant deux camps opposés à huis clos, on ne peut pas s'attendre à obtenir la même ambiance qu'à un concert classique. Et puis, le chauvinisme veut que l'autre soit un ennemi. Ceci dit, il faut distinguer deux choses. Primo, au Moyen Age, il y avait aussi de la violence. Quand la jeunesse d'un patelin allait disputer une rencontre de soule dans le village à côté, il y avait de la violence mais c'étaient des sociétés plus dures que la nôtre. Secundo, la violence n'est pas limitée aux clubs de division 1. Je crois que cela arrange bien les médias. C'est vrai qu'il y a des enjeux importants et principalement financiers. Mais il y a aussi le fait que les médias aiment bien ça vu que les gens regardent. Cette année, on est très déçu parce qu'il n'y a pas eu dans les banlieues de la violence comme l'an passé, du moins beaucoup moins... Chaque année, aux alentours du 25 décembre, il y a des bagnoles brûlées à Strasbourg et on sait d'avance que les vigiles publics et privés vont regarder flamber les voitures. C'est tout juste si les journalistes ne payent pas des gens pour brûler des voitures. Et on ne peut pas regarder un film américain sans que l'on défouraille des pistolets et que des voitures brûlent... La violence est partout. On envisage d'interdire des jeux vidéo très violents. On est de plus en plus contrôlé, encadré. Alors, il reste de la violence dans certains domaines : la violence conjugale, la violence automobile et la violence sur les stades. D'abord sur le terrain même, quoique le football ne soit pas le sport plus violent (je me suis déjà fait la remarque que plus le sport est violent moins il y a de problèmes dans les gradins mais c'est aussi une question de population). Le football américain est un sport très violent mais on ne relève pas de gros problèmes sur les gradins. Pourtant les Américains sont plus violents que nous. En Belgique, sur une année, on dénombre 40 à 50 personnes qui ont commis des assassinats. Si l'on rapportait ce chiffre à la population des Etats-Unis, on devrait dénombrer 1.500 meurtriers. Or, sur une année, on en décompte une dizaine de milliers là-bas. La violence sur les gradins est un phénomène récent. Il y a toujours eu des insultes, rarement des bagarres mais les médias s'en sont emparés. Quand on regarde une course automobile, on a le secret espoir qu'il y en a un qui va se planter. C'est l'esprit corrida. Il n'y a pas une semaine où l'on ne repasse pas les Twin Towers ou la mort de Lady Diana. Même dans le film TheQueen on reprend la bande. Il y a un goût pour la violence dans notre société et un des exutoires c'est le sport de compétition. Le racisme fait partie des provocations. Notre société l'a condamné non seulement par la déclaration des Droits de l'Homme mais également via une législation, la loi Moureaux en Belgique. A juste titre car ce n'est pas une opinion. Le racisme pratiqué par une seule personne suscite la réprobation unanime. Mais lorsqu'il est collectif, c'est plus difficile. Evidemment vous avez affaire à des gens à l'esprit assez simple, qui n'ont pas reçu de formation particulière et, vu qu'ils ont 25 ans, ils n'ont pas connu Auschwitz. Ce racisme nazi inspiré par ce qui s'est passé en Allemagne existe aussi dans d'autres pays comme l'Italie. C'est de la provocation qui ne repose sans doute pas sur des convictions réelles. Si on allait gratter, je ne suis pas sûr qu'ils ne pourraient répondre, si on leur demandait : -Qu'est-ce qu'ils ont fait les Noirs ?Qu'est-ce qu'ils ont fait les Juifs ? Le racisme en Belgique est moins fort. Peut-être contre les Noirs... Encore que je n'ai pas souvent entendu des propos méchants contre les frères Mpenza. S'ils jouent mal oui. Et puis, il y a de nombreux Flamands dans les clubs wallons et le capitaine de Genk est francophone et personne ne dit rien. Que le vocabulaire soit guerrier c'est normal d'autant que de nombreux sports viennent du monde militaire. On est toujours agressé. Le même langage est en vigueur dans la publicité. Quand on parle d'un tacle meurtrier, c'est une simple métaphore tout comme on qualifie un professeur qui recale de tueur. Il faut plutôt éviter les commentaires chauvins. En Belgique, nous avons eu Luc Varenne qui s'excitait chaque fois qu'un Belge se mettait en évidence mais il se limitait à l'aspect sportif. En revanche, il y a Thierry Roland qui en jette beaucoup. Attention, il n'a pas été le seul de 1998 à 2002 à participer à cette grande campagne de la France réconciliée. De toute façon, le football ne rapproche pas les peuples. Que penser du rôle joué par les associations comme le Mrax ou le Centre pour l'égalité des chances ? Je crois que ces associations pratiquent le deux poids deux mesures. Se baser sur des faits avérés, comme le supporter tabassé, c'est une chose et cela est du ressort du pénal. En revanche, l'injure verbale est difficile à poursuivre. Si cela dégénère gravement, oui. Mais on sait que le filtrage à l'entrée ne donne pas grand-chose et que l'interdiction de stade n'est pas véritablement contrôlée. Demander à l'arbitre d'arrêter la rencontre, c'est lui accorder beaucoup de pouvoir. Est-il à même de prendre la décision seul sans le conseil d'un commissaire ? Est-ce que la police est préparée à ce genre de situation ? C'est toutes proportions gardées ce qui s'est passé lors du drame du Heysel. Les forces de l'ordre n'étaient pas habituées et elles ne sont pas intervenues, comme elles auraient dû le faire dès que la première barricade a été forcée. Evidemment, on dira qu'Anderlecht-Standard, ce n'est pas PSG-Marseille ou Lazio-AS Rome. En Belgique, aucune véritable enquête sur le racisme dans le football n'a été effectuée. Tout ce que l'on a, ce sont des thèses d'étudiants et ce n'est pas suffisant. Il faudrait des études, filmer et interroger tous les intervenants (dirigeants de la fédération, des clubs...) sans se contenter de questionnaires pré-établis. Et puis, il faut que cette étude porte sur plusieurs années. Car envoyer des étudiants prendre note des insultes lancées par les 200-300 membres du kop qui contaminent tout le reste ne suffit pas. Il ne faut pas seulement assister à Germinal Beerschot-Lierse mais également à Germinal Beerschot-Charleroi. Inutile de préciser que ce type d'étude globale et multidisciplinaire coûte fort cher et, étant donné la situation politique compliquée de la Belgique, il faudrait que le pouvoir fédéral accepte de la financer. La plupart des dirigeants pensent que quelques malheureux trublions viennent gâcher la fête. D'autres prétendent que c'est intrinsèque au football. Je n'estime pas que les dirigeants doivent être condamnés car il leur est impossible d'empêcher les enjeux politiques. Ce n'est pas parce qu'un étudiant commet une faute que le directeur de l'école est responsable. En revanche, il doit prendre position et dénoncer l'attitude. Et cela les dirigeants des clubs de foot ne le font pas. Quand leurs supporters insultent les adversaires pendant 90 minutes, ils devraient présenter leurs excuses et faire appel au public. Ils n'ont pas recours aux voies de répression ordinaire mais ne mettent pas tout en £uvre pour que les groupes étrangers au sport ne viennent s'immiscer. Aux jeunes, ils devaient montrer des films pour qu'ils prennent conscience des ravages du racisme et de la bêtise... NICOLAS RIBAUDO