I lija Stolica (26 ans) est actuellement blessé, mais il a déjà souvent forgé la différence à Saint-Trond. Elégant, à l'aise dans le trafic aérien, doté d'une fine technique, d'un jeu collectif positif, d'une belle couverture de balle, le finisseur serbe a déjà paraphé quelques beaux buts en D1 en collaboration avec son compère, Désiré Mbonabucya. Modeste et sympathique, il ne fait pas encore partie des meubles dans son club où le boulot des attaquants n'est pas facile :
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I lija Stolica (26 ans) est actuellement blessé, mais il a déjà souvent forgé la différence à Saint-Trond. Elégant, à l'aise dans le trafic aérien, doté d'une fine technique, d'un jeu collectif positif, d'une belle couverture de balle, le finisseur serbe a déjà paraphé quelques beaux buts en D1 en collaboration avec son compère, Désiré Mbonabucya. Modeste et sympathique, il ne fait pas encore partie des meubles dans son club où le boulot des attaquants n'est pas facile : " Je découvre le football belge avec envie et passion. C'est assez particulier : organisé, athlétique, défensif, marqué au fer rouge par la peur de perdre. Moi, cela me convient. J'avais eu des offres de Russie. Financièrement, j'aurais pu y gagner royalement ma vie. J'ai donné la priorité à l'aspect sportif. A 26 ans, il était temps de réussir dans un championnat d'Europe occidentale. J'avais le choix entre Saint-Trond et l'Austria Vienne. Les Limbourgeois ont été les plus concrets. Le discours de Guy Mangelschots qui était venu à Belgrade m'a immédiatement plu. Quand je suis arrivé, j'ai tout de suite senti que le coach, Herman Vermeulen, cernait parfaitement mon potentiel. L'accueil a été formidable. Saint-Trond savait ce que je pouvais lui apporter. Ce club ne m'a pas fait venir sans réfléchir. J'apprécie la chaleur humaine et le calme ici et j'ai trouvé un appartement à Hasselt. Ce n'est pas loin. J'ai trouvé mes marques ". Ilija Stolica a déjà pas mal voyagé au cours de sa carrière : Serbie, Espagne, Ukraine, Belgique. Il prit son élan au FK Zemun, un club de Belgrade après avoir goûté au kick-boxing durant sa jeunesse. Un membre de sa famille fut champion du monde mais ce n'était pas la tasse de thé de ce paisible célibataire : " Zemun est une des plus importantes communes de la capitale de la Serbie & Monténégro. Au 19e siècle, c'est là que l'Autriche-Hongrie et l'Empire ottoman faisaient du business. Ce coin de Belgrade a une âme. Mon père a été maire de Zemun durant quelques années. Ma mère est professeur de biologie mais possède depuis quelques années un salon de beauté et santé pour dames ". A Zemun, Stolica fut l'équipier en équipes d'âge de Mateja Kezman. Tous les deux étaient de grands espoirs du football de leur pays. Kezman a fait son trou : international, jeune vedette du Partizan Belgrade, mise en valeur au PSV, passage à Chelsea, désormais attaquant de l'Atletico Madrid. Le parcours de Stolica est moins prestigieux : " A Zemun, déjà en équipes de jeunes, Mateja s'est programmé pour réussir. C'était un plaisir de jouer avec lui. Tout était planifié pour arriver au sommet. Son père n'a pas hésité à le transférer dans un petit club pour qu'il ait plus de temps de jeu avant qu'il ne dépose son sac au Partizan Belgrade. C'était un choix judicieux. Il s'y est imposé et tout s'en mis en route. Mateja a du talent mais c'est aussi un gros travailleur, un joueur doté d'une rage de vaincre hors norme et d'un mental fantastique. Rien ne l'arrête. Le PSV Eindhoven a misé gros sur lui. Il avait la grinta, c'est sûr, et quand un club débourse autant d'argent, le crédit du joueur est forcément très important. De plus, mon ami a justifié les espoirs placés en lui. Je n'ai pas été aussi lucide que lui dans les choix de mon début de carrière car un jeune joueur a besoin de stabilité avant de tenter sa chance au top. J'étais dans le bon à Zemun, que ce soit comme attaquant ou médian offensif. J'avais été repris dans les différentes équipes nationales de jeunes. J'ai alors commis l'erreur de partir en Espagne par la petite porte. Je n'avais que 19 ans en 1999. C'est tôt quand on doit découvrir un autre pays, apprendre une langue, s'adapter à un autre foot. J'aurais mieux fait de d'abord passer par le Partizan ou l'Etoile Rouge Belgrade avant de signer à Lérida, en Espagne. Là, en D2, je n'étais pas connu. Je n'avais pas coûté cher. Je ne détenais pas tous les atouts dans mon jeu. Malgré cela, j'ai marqué 17 buts. Lérida a raté de peu la montée en Liga. La saison suivante, un nouveau coach débarqua avec d'autres joueurs : je n'étais pas une de ses priorités. Il avait recruté des gars qui devaient jouer. Ma chance était passée. Ceci étant, je n'ai jamais regretté ce passage en Espagne. J'y ai complété mon football et j'ai appris une langue, découvert une culture intéressante à tous points de vue. " Ilija Stolica se retrouve alors au Partizan Belgrade, se ressource, y reste six mois, retrouve son ancien club de Zemun en 2002-2003. Avant le début du championnat, sa cote sportive remonte au zénith. Il marque des buts comme à la parade durant la campagne de préparation. Bastia, d'autres clubs français qu'il ne veut pas citer, Udine et le Metalurh Donetsk l'approchent. Les Ukrainiens sont de loin les plus généreux : " Je ne pouvais pas refuser leur proposition de contrat ". " C'était digne des grands clubs italiens, espagnols ou allemands. Je me suis lancé dans cette aventure en sachant que le football devenait, petit à petit, une forte réalité dans le paysage du football européen. L'Ukraine est un pays en plein boum. Ici, on n'en imagine pas bien les énormes potentialités industrielles et agricoles. L'économie est passée brutalement du communisme au capitalisme. Cela ne s'est pas fait sans mal et il y aura encore des soubresauts mais cet immense pays de plus de 600.000 km carrés est en marche vers un bel avenir. Les industries investissent des fortunes dans le football ". L'équipe nationale d'Ukraine a hérité d'un des premiers billets de voyage pour la prochaine phase finale de la Coupe du Monde. Les Espoirs de ce pays se mesureront à la Belgique. Ce sera un double duel important. L'Ukraine espère mettre la main sur d'autres Andriy Shevchenko (Milan), Oleg Iachtchouk (Anderlecht), Serhyi Kovalenko (Standard), etc. " A Mariupol, ce sera dur pour vos Espoirs : la Belgique doit s'attendre à rencontrer une équipe ukrainienne sérieuse et très appliquée. L'Ukraine investit des montants considérables dans le football. C'est un de ses chevaux de bataille. Le football a une dimension planétaire et les exploits d'un club ou de l'équipe nationale donnent un cachet à une région ou à tout un pays. A mon avis, les Ukrainiens ont bien intégré cette dimension. Donetsk est la couronne du bassin industriel du Donbass, probablement le plus grand du monde. Là, il y a tout : du charbon, de l'acier, du ciment, du mercure, des centrales électriques, etc. La sidérurgie y est puissante et cela a donné naissance, après la chute du communisme, à des empires financiers qui ont intégré toutes les activités économiques. Le club de Metalurh a récemment consacré 25 millions de dollars à la modernisation de ses installations. Le centre d'entraînement est une merveille. Les joueurs disposent d'appartements privés quand ils sont au vert. Leur confort est total. Les dirigeants n'ont cependant pas l'habitude de gérer un tel outil. Cela demande un suivi, des compétences commerciales qu'ils n'ont pas encore. Ils possèdent l'argent mais pas encore le savoir-faire pour que les stades soient des entreprises ". Diverses mafias se sont glissées dans le football ukrainien comme c'est le cas dans pas mal de pays de l'Est. En Bulgarie, des dirigeants sont récemment tombés sous les balles de gangs. Le football crédibilise, donne de l'importance, blanchit des parcours et des capitaux louches. " Les clubs ukrainiens sont contrôlés par des sponsors ou des présidents richissimes ", explique Stolica. " Le prix des billets d'entrée ne permet pas aux clubs de nouer les deux bouts. Quatre clubs donnent le ton en Ukraine : Shakhtar Donetsk, Metalurh Donetsk, Dinamo Kiev et Dnipro. Ce dernier ne fait appel qu'à des footballeurs ukrainiens. Les autres recrutent beaucoup à l'étranger. Les Ukrainiens sont très disciplinés et ils sont dotés d'une condition physique irréprochable. J'y ai joué avec Yaya Touré, Arsène Né et Igor Lolo, trois anciens de Beveren. Arsène était le meilleur. Et je n'oublie pas du tout le talentueux Andres Mendoza, aujourd'hui à l'OM. J'étais aligné en pointe aux côtés du Péruvien ou en tant que soutien. J'avais bien débuté la première saison là-bas, quatre buts en six matches, avant d'être victime d'une fracture de la jambe. C'était la troisième de ma carrière. Ce fut chaque fois le résultat d'une agression, surtout la troisième qui me bloqua durant des mois. En 2004-2005, je suis encore resté six mois en Ukraine avant d'être cédé à l'OFK Belgrade. J'ai travaillé durant quelques mois avec SlavoMuslin à Donetsk. Sa réussite à Lokeren ne m'étonne pas. Slavo Muslin est un grand pro, un communicateur et il a décroché de bons résultats avec la plupart de ses clubs. La vie en Ukraine s'améliore visiblement mais elle révèle des surprises. Ainsi, il n'y a pas de classe moyenne là-bas. Les gens sont riches ou pauvres. Il faut s'habituer à ce contraste qui disparaîtra au fil des années mais cela prendra encore du temps. Les footballeurs sont des privilégiés et ils sont parfois regardés comme des bêtes rares. Les distractions sont rares et à la longue, c'est usant. Mendoza n'en pouvait plus à la fin. J'ai vécu un moment historique de l'histoire de ce pays. L'année passée, il y fut beaucoup question de la célèbre révolution orange. Le danger d'éclatement du pays était à l'ordre du jour. L'Est et l'Ouest de l'Ukraine s'opposèrent à propos de l'avenir politique de la nation. A Donetsk, les ouvriers étaient favorables au maintien de liens très forts avec la Russie voisine. Là-bas, les gens sont souvent russophones. Moi, j'y ai d'ailleurs appris le russe. Quand je suis dans un pays, j'essaye d'en apprendre la langue afin de mieux communiquer. Je maîtrise aussi l'espagnol et l'anglais. L'Est de l'Ukraine prônait un rapprochement avec l'Union européenne. Ce fut souvent tendu, mais intéressant, avant que Viktor Iouchtcheko ne prenne le dessus sur le conservateur Léonid Koutchma, très populaire dans le bassin industriel du Don : l'Ukraine et ses 48 millions d'habitants basculaient vers l'Ouest. Ce furent des moments intenses pour ce pays ". PIERRE BILIC à Metalurh Donetsk, il a joué avec Yaya Touré, Arsène Né et Igor Lolo (trois anciens de Beveren) ainsi qu'Andres Mendoza. " L'UKRAINE EST EN PLEIN BOUM "