Vendredi dernier, sous la pluie de Zagreb, les Diables Rouges ont accueilli leur qualification avec sérénité. Si la nation se laissait envahir par une vague d'euphorie, les joueurs manifestaient leur joie avec retenue et, surtout, avec réalisme. Le gardien Thibaut Courtois a parfaitement traduit l'atmosphère ambiante en déclarant qu'il fallait maintenant tenter de montrer quelque chose au Brésil. Cette modestie contraste avec la passion et l'assurance avec lesquelles l'équipe nationale joue. Cette jeune équipe affiche de plus en plus de maturité, mentale et tactique, et est capable de varier son jeu. Elle joue l'attaque quand elle le peut et contrôle le jeu quand il le faut. Plus important encore, cette génération en or est toujours en plein apprentissage.
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Vendredi dernier, sous la pluie de Zagreb, les Diables Rouges ont accueilli leur qualification avec sérénité. Si la nation se laissait envahir par une vague d'euphorie, les joueurs manifestaient leur joie avec retenue et, surtout, avec réalisme. Le gardien Thibaut Courtois a parfaitement traduit l'atmosphère ambiante en déclarant qu'il fallait maintenant tenter de montrer quelque chose au Brésil. Cette modestie contraste avec la passion et l'assurance avec lesquelles l'équipe nationale joue. Cette jeune équipe affiche de plus en plus de maturité, mentale et tactique, et est capable de varier son jeu. Elle joue l'attaque quand elle le peut et contrôle le jeu quand il le faut. Plus important encore, cette génération en or est toujours en plein apprentissage. Bien qu'il soit question d'une formation des jeunes plus ciblée et surtout mieux structurée, les succès actuels découlent bien plus de la manière dont les Diables Rouges se sont développés dans leurs grands clubs étrangers que de la formation reçue. Le fait que onze internationaux évoluent en Premier League a un impact sur leur vitesse et leur robustesse. Cette génération, qui bénéficie d'influences africaines, allie technique et bagage athlétique. C'est justement la rude concurrence qui règne en Angleterre et dans d'autres clubs étrangers qui risque de constituer la principale chausse-trappe des Diables en route vers Rio : tous les Diables Rouges ne sont pas assurés de leur place chaque semaine. Il ne faudrait pas que cette tendance se poursuive. Il y a quatre ans que Dick Advocaat étaitnommé sélectionneur. Il demanda un bureau mais a obtenu un cagibi rempli de vieux cartons vides. C'était l'âge de la pierre. Advocaat voulait professionnaliser le tout mais s'est entendu dire qu'il n'y avait pas d'argent. Les talents se pressaient au portillon mais l'équipe nationale disposait d'infrastructures dignes d'un club amateur. Dans de telles conditions, on ne pouvait obtenir qu'un succès accidentel mais certainement pas structurel. Si cela a changé par après, le mérite en revient à Advocaat mais plus encore à Georges Leekens, qui a enfin eu la latitude d'embaucher des spécialistes et d'initier ainsi un climat réellement professionnel. Maintenant, en prévision du Mondial, Marc Wilmots veut élargir son staff. Cela illustre l'évolution accomplie en dehors du terrain. De ce point de vue, les six saisons qu'a passées le sélectionneur à Schalke 04 ont été importantes : il s'est inspiré du modèle allemand. Les succès des Diables Rouges constituent quasiment autant de titres de noblesse pour Marc Wilmots. Les membres de la Fédération qui n'étaient pas favorables à son embauche ne souhaitent plus qu'on leur rappelle leurs réticences. Marc Wilmots personnifie une nouvelle assurance belge. Le sélectionneur a le grand mérite de conférer un sentiment positif à son groupe, de traiter ses joueurs en adultes, de flatter leur ego quand c'est nécessaire et de ne pas se laisser engluer dans une toile tactique. Il est le pilote intelligent d'une formation qui a fait preuve d'un comportement d'adolescents avant de se former et de mûrir. Dans ce pays divisé, Wilmots symbolise l'unité, qu'il ne cesse de cultiver et à laquelle le monde politique fait si souvent référence. On retrouve cette unité sur le terrain aussi. Il n'est pas aisé de conserver le sens des réalités au beau milieu de l'hystérie collective déclenchée par la qualification. Aussi réconfortant soit l'enthousiasme qui pousse cette équipe en avant, il ne faudrait pas verser dans l'excès ni offrir à tout qui le souhaite un podium d'où clamer tout et n'importe quoi. Durant les mois à venir, Marc Wilmots sera le premier à tempérer l'optimisme général. D'autre part, les chiffres prouvent que la Belgique a escaladé les échelons de la hiérarchie internationale. La valeur totale de l'équipe est estimée à 360 millions d'euros. Ce n'est pas beaucoup moins que l'Allemagne (458 millions) ou l'Italie (428 millions) et c'est bien plus que les Pays-Bas, qui atteignent à peine 197 millions, selon le classement du marché des transferts, soit un peu plus de la moitié du montant belge. Le temps où nous jetions un regard envieux sur la production continue de grands talents néerlandais est révolu. On dirait que le mouvement du pendule s'est inversé.PAR JACQUES SYSCette équipe s'est formée elle-même.