On ne peut pas les louper : des graffitis antisémites défigurent les façaces des maisons qui entourent la Generali Arena du Sparta Prague. Ils ne méritent pourtant pas l'attention, nous expliquera un guide, un peu plus tard dans la journée. " S'il existe un pays, en Europe Centrale, qui n'est pas antisémite, c'est bien la République Tchèque. Quelques imbéciles du Sparta considèrent le Slavia comme un club juif, alors que jadis, les juifs de Prague supportaient au contraire le... Sparta. "
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On ne peut pas les louper : des graffitis antisémites défigurent les façaces des maisons qui entourent la Generali Arena du Sparta Prague. Ils ne méritent pourtant pas l'attention, nous expliquera un guide, un peu plus tard dans la journée. " S'il existe un pays, en Europe Centrale, qui n'est pas antisémite, c'est bien la République Tchèque. Quelques imbéciles du Sparta considèrent le Slavia comme un club juif, alors que jadis, les juifs de Prague supportaient au contraire le... Sparta. " C'est une dérive de la rivalité qui oppose les ennemis historiques de la ville, le Sparta Prague et le Slavia Prague. En novembre, des violences ont à nouveau émaillé le dernier derby. Un passant veut même nous faire croire que la couronne funéraire que les Ultras ont déposée devant l'entrée principale du stade du Sparta veut rendre hommage à une victime de ces violences. Mais, au clubshop, on nous apprend que le jeune homme a perdu la vie dans un accident de voiture. La rivalité est féroce depuis la création des deux clubs. Le Sparta était à l'origine un club d'ouvriers, tandis que le Slavia était un club d'étudiants et d'académiciens. Les deux ont été fondés en 1891, la même semaine, et ils revendiquent tous les deux le privilège d'être le club le plus ancien. Leur premier duel a dû être interrompu prématurément, parce que des joueurs des deux camps en étaient venus aux mains. Pendant 70 ans, les deux rivaux étaient de proches voisins : jadis, le Slavia jouait à 100 mètres à peine de l'endroit où est aujourd'hui érigée la Generali Arena du Sparta. Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, les deux ennemis se sont partagés la plupart des titres. C'était l'époque où la Tchécolosvaquie n'a été privée de la couronne mondiale que par l'Italie de Mussolini. Après la prise de pouvoir du Parti communiste, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le Dukla Prague a fait son apparition. Le Sparta, le club le plus titré du pays, ne se porte pas bien actuellement. Depuis 2010, il n'a plus été champion qu'une seule fois. Lors de la trêve hivernale, le club dont font partie des anciens de Jupiler Pro League comme Daniel Zitka (actuellement entraîneur des gardiens), Alexandru Chipciu, Benjamin Tetteh et jusqu'il y a peu également Nicolae Stanciu, n'était classé qu'à la 5e place, à 17 points du Slavia. Ce ne sont pourtant pas les moyens financiers qui manquent. Le président Daniel Kretinsky est l'un des hommes les plus riches de Tchéquie. Lui et son club sont pour l'instant l'objet de moqueries, parce qu'ils dépensent autant d'argent pour des footballeurs étrangers, pour d'aussi piètres résultats. Roman Vonasek le constate également. L'ancien joueur de Lokeren a joué cinq ans pour le Sparta Prague et est aujourd'hui le secrétaire de la section jeunes à la fédération tchèque. " Jadis, le Sparta achetait les meilleurs joueurs de République Tchèque et les revendait ensuite avec bénéfice à des clubs étrangers. Mais, ces dernières années, il n'achète quasiment plus que des étrangers, d'une qualité très relative ", dit-il. " Pourtant, le Sparta possède de très bons jeunes. Mais ceux-ci s'aperçoivent très tôt qu'on ne leur offrira pas leur chance, et ils s'en vont au Slavia ou à Plzen. Le problème, c'est que la politique sportive de ces dernières années n'était pas claire. Elle est décidée par trois ou quatre personnes, sans que l'on sache très bien qui fait quoi, et à quoi l'argent est destiné. Depuis deux mois, Tomas Rosicky est le directeur sportif. Espérons qu'il parvienne à faire changer les choses. " L'académie du Sparta se trouve au stade Strahov. Il s'agit du complexe sportif où le parti communiste organisait jadis ses Spartakiades et qui pouvait accueillir à l'époque jusqu'à 220.000 spectateurs. Aujourd'hui, on y trouve notamment six terrains pour les jeunes. Dans la cantine, nous rencontrons Oldrich Smerda, l'un des 11 coaches de jeunes à temps plein. Il affirme que l'académie du Sparta fait partie des meilleures d'Europe, si l'on tient compte du nombre de joueurs qui y ont été formés et qui jouent aujourd'hui en D1 et en D2. " Il est faux de penser qu'on n'offre plus une chance aux jeunes ", affirme-t-il. " Mais la barre est placée très haut. Si l'on n'est pas prêt, on peut d'abord tenter sa chance ailleurs. Il existe plusieurs chemins qui mènent à notre équipe Première. Pour l'instant, deux jeunes issus de notre centre de formation font partie du noyau A : Adam Hlozek, 16 ans, et Vaclav Drchal, 19 ans. Deux attaquants. Ils ont déjà tous les deux effectué leurs débuts en championnat. " Le Slavia a également connu des problèmes. Il y a cinq saisons, il a lutté contre la relégation jusqu'à la dernière journée, et il y a trois ans, il a rencontré des problèmes financiers et a été racheté par des Chinois. Aujourd'hui, l'Eden Arena, qui a été complètement rénovée en 2008, porte le nom des investisseurs : le Sinobo Stadium. Le Slavia a passé les fêtes de fin d'année en tête du classement, avec quatre points d'avance sur Plzen. Au repos du match amical contre le club de D2 du FK Usti nad Labem, au stade Evzena Rosickeho où le Slavia disputait ses rencontres pendant la construction de son nouveau stade, nous faisons la connaissance de Jiri Cihak, le suiveur attitré du Slavia pour iDNES.cz. Outre la puissance financière du nouveau propriétaire, il attribue le succès actuel au travail du manager sportif Jan Nezmar et du coach Jindrich Trpisovsky. " Ils sont tous les deux arrivés du FC Slovan Liberec l'hiver dernier. Ils avaient déjà livré de l'excellent boulot dans leur ancien club, et depuis qu'ils sont là, tout va mieux ici. Les Chinois, qui sont également propriétaires du club de D1 chinoise de Beijing Sinobo Guoan, veulent faire du Slavia un grand club d'Europe Centrale, qui disputerait la Ligue des Champions, mais ils ne doivent pas s'immiscer dans la gestion sportive. L'argent n'est pas un problème pour eux, mais surtout : il est bien utilisé. Et la tradition est respectée : le Slavia continue à jouer avec huit ou neuf Tchèques dans son équipe de base, et tente désormais aussi d'attirer les meilleurs jeunes du pays. " Ce jour-là, le Slavia ne fait qu'une bouchée de son adversaire, qui fait pourtant partie du subtop en D2. Après un score de 1-0 au repos, il déroule en deuxième mi-temps : 8-0, avec notamment un but de Peter Olayinka, l'attaquant nigérian qui évoluait la saison dernière à Zulte Waregem. Le Slavia fait étalage de sa force collective. Les médians n°22 et n°17 se distinguent. L'un est le demi défensif Tomas Soucek et l'autre est le petit demi offensif Miroslav Stoch. Des hommes à surveiller pour Genk A la Fédération Tchèque de Football, établie à Prague, le headofgrassrootsdepartmentOtakar Mestek considère le Slavia actuel comme une équipe typiquement tchèque. " Un collectif fort, un groupe discipliné tactiquement, une bonne ambiance de groupe, un jeune coach qui ne brûle pas les étapes dans sa carrière d'entraîneur, et deux ou trois très bons joueurs. " Mais ces qualités ont tendance à disparaître, constate-t-il. " Il est important que nos deux clubs principaux, le Slavia et le Sparta, offrent une chance aux jeunes joueurs, car leurs académies fournissent trois quarts des joueurs de nos équipes nationales de jeunes. " Mais, au Sparta, ce n'est donc plus le cas. " Jadis, lorsque nous étions enfants, nous jouions beaucoup entre nous. Ce n'était pas la place qui manquait. Aujourd'hui, 95% des jeunes ne pratiquent plus le sport que dans le cadre d'activités organisées. A l'école et/ou en club. C'est une tragédie pour le football. Lors des réunions de l'UEFA, je constate que les problèmes sont à peu près similaires dans les 55 pays européens, mais ils sont pires dans les pays riches. Et la Tchéquie en est devenu un. Nous constatons que, dans les équipes de jeunes, l'enthousiasme des enfants et des parents est très grand au début, mais il décline progressivement entre les U11 et U15. Et lorsqu'il apparaît qu'ils ne deviendront jamais footballeur professionnel, ils arrêtent. Ils ne continuent plus à jouer pour le plaisir. C'est un grand problème auquel nous devons faire face. Le communisme était terrifiant, mais la motivation n'a jamais été aussi forte chez les joueurs qu'à cette période-là. Car tout le monde aspirait à la liberté. C'est l'une des raisons qui expliquent que nous avons alors connu de très bonnes générations. " Avec onze titres de champion et sept deuxièmes places, le Dukla Prague faisait partie du sommet. C'était le club de l'armée, fondé en 1948 et soutenu par le parti communiste. Pendant les deux années où ils effectuaient leur service militaire, les meilleurs joueurs étaient obligés de défendre les couleurs du Dukla. Après, le club leur proposait de très bonnes conditions afin d'essayer de les conserver. L'icône absolue était Josef Masopust, le milieu de terrain tchécoslovaque qui a remporté le Ballon d'Or en 1962 et qui est décédé à Prague en 2015. Il a marqué lors de la finale de la Coupe du Monde 1962, perdue au Chili contre le Brésil. Il a été huit fois champion avec le Dukla et il a disputé la demi-finale de la Coupe d'Europe des clubs champions. En 2012, un monument commémoratif a été érigé en son honneur devant l'entrée du stade Juliska. Il est entouré de stèles avec les empreintes de pied d'autres anciens joueurs du club comme Ladislav Novak, ancien coach du RWDM, et d'une autre avec l'empreinte de la main d' Ivo Viktor, le gardien sacré champion d'Europe avec la Tchécoslovaquie en 1976. Masopust a terminé sa carrière de joueur au Crossing de Schaerbeek et est ensuite devenu entraîneur, notamment de Hasselt. Le stade du Dukla se trouve à cinq minutes de tram de celui du Sparta, sur la rive gauche de la Vltava, la rivière qui traverse la ville. Il sert à la fois pour le football et pour l'athlétisme. Sur le logo du bâtiment principal figure l'inscription : Armádn? sportovni centrum. Le centre sportif de l'armée. Après la Révolution de Velours qui a mis fin au régime communiste en 1989, le Dukla s'est fracassé dans l'ère du capitalisme, pour ainsi dire. Les sponsors ont surtout opté pour les grands clubs traditionnels, le Sparta et le Slavia, d'autant que les gens avaient l'impression (pas forcément fausse) que le Dukla avait été largement avantagé pendant l'époque communiste. On comprend dans ses conditions qu'il n'est pas populaire. Seuls les derbies contre le Sparta, le Slavia et les Bohemians attirent encore plus d'un millier de spectateurs. Le FC Bohemians 1905 Prague, le petit club familial et traditionnel du quartier de Vrsovice densément peuplé, à deux arrêts de tram du stade du Slavia, se porte un peu mieux. Les supporters ont participé au sauvetage du club en 2005, mais quelques années plus tard, la faillite est devenue inévitable. La licence du FC Strizkov a apporté la solution. Le petit stade Dolicek ne peut accueillir que 5.000 personnes, mais fait quasiment le plein à chaque match et est réputé pour son ambiance fantastique. C'est le club d'origine d' Antonin Panenka (70 ans aujourd'hui), le légendaire milieu de terrain qui a donné son nom au penalty lobé, qu'il a tenté pour la première fois lors de la série de tirs au but de la finale du Championnat d'Europe 1976 contre l'Allemagne de l'Ouest. Il avait surpris Sepp Maier lors du tir au but décisif. Ce Praguois de naissance a joué 23 ans pour les Bohemians, y est ensuite devenu entraîneur des gardiens et entraîneur adjoint, et en est aujourd'hui le président. Ce club-là donne encore leur chance aux jeunes, comme Martin Hasek (23 ans) et Filip Hasek (21 ans), les fils de l'entraîneur des Bohemians, Martin Hasek. Le premier nommé est arrivé des U21 du Sparta il y a deux ans et demi, et a été racheté par le Sparta en janvier vu son évolution positive : il est devenu le meilleur joueur des Bohemians. Son frère cadet est également arrivé du Sparta l'été dernier. Panenka lui-même doit son éclosion aux Bohemians. " Lorsque j'avais neuf ans, mon père m'a emmené au Slavia pour un test. Là-bas, on m'a dit que j'étais assez doué techniquement, mais que je devais revenir me présenter lorsque j'aurais pris un peu plus de masse musculaire ", nous explique-t-il un lundi matin dans son bureau, situé dans les catacombes du stade Dolicek, un peu vieillot mais remis à neuf en vert et blanc. " On m'a dit la même chose plus tard, lors d'un autre test au Dukla. Mais ici, j'ai passé un test le mercredi, on m'a pris une photo le jeudi, j'ai reçu ma licence le vendredi et le samedi, je pouvais déjà jouer. " Il sera sélectionné à 59 reprises pour l'équipe nationale de Tchécoslovaquie, avec laquelle il inscrira17 buts et remportera un Championnat d'Europe. C'était une époque dorée. " Je pense qu'il y a toujours assez de talent aujourd'hui, mais les clubs préfèrent acheter des joueurs qui sont déjà prêts plutôt qu'investir dans leurs propres jeunes ", affirme-t-il. " D'un autre côté, je vois des jeunes garçons qui partent à l'étranger après six mois alors qu'ils ne sont même pas encore titulaires, car on leur offre là-bas en euros ce qu'ils gagnent à peine en couronnes ici. La plupart reviennent peu de temps après, car ils n'étaient pas préparés à une telle aventure. Le problème est aussi que les agents préfèrent gagner rapidement de l'argent par un transfert à l'étranger plutôt qu'attendre l'évolution du joueur. " Il trouve aussi qu'il manque d'exemples auxquels s'identifier dans la génération actuelle. " Jadis, il y avait deux ou trois régisseurs dans chaque équipe, mais aujourd'hui, je ne vois plus un seul joueur créatif dans le championnat tchèque. Ils se ressemblent tous. Heureusement qu'ils ont leur nom dans le dos, pour qu'on puisse les distinguer. ( il rit) Nous jouions cinq heures par jour dans la rue et sur les plaines. C'est là qu'on apprenait tout, mais aujourd'hui il n'y a plus la place et apparemment plus le temps non plus. " Il préside aussi l'association des anciens internationaux. " Notre tâche consiste surtout à aider d'anciens internationaux confrontés à des problèmes financiers ", explique-t-il, " Nous intervenons pour payer les médicaments, les médecins et les opérations. " Et il y en a beaucoup, confirme l'ancien international Karol Dobias (71 ans). Il nous a fixé rendez-vous dans son appartement au sud de Prague. Avant de nous emmener dans un petit bar des environs, il nous montre son garage. " Vous devez absolument le voir ! " Il ressemble à un musée. Les murs sont ornés de photos datant de sa carrière de joueur. Au sol, sont entreposées des bouteilles qu'il a reçues en cadeau. Parmi elles, une bouteille de vin rouge dotée d'une étiquette qui commémore son 70e anniversaire. Actif à Lokeren lors de la période dorée du club, Dobias s'était bâti une réputation, auparavant, lors du Championnat d'Europe 1976 en Yougoslavie. Avec la Tchécoslovaquie, il avait alors éliminé les Pays-Bas en demi-finale. Il jouait dans l'entrejeu et était chargé de neutraliser Johan Cruijff. Cela ne l'a pas empêché de délivrer l'assist pour le but décisif. Il a aussi marqué en finale contre l'Allemagne de l'Ouest. " Le seul but que j'ai inscrit du pied gauche durant toute ma carrière ! " Il a aussi été entraîneur, entraîneur des jeunes et entraîneur adjoint des Bohemians Prague, et également coach principal (et scout) au Sparta Prague. Il n'a réellement arrêté de jouer au football qu'il y a un an et demi. Jusque-là, il s'alignait encore avec les vétérans des Bohemians. " Mais je me suis cassé deux côtes lors d'une chute. Depuis, je me contente de jouer aux cartes. " Ses clubs de coeur sont le Spartak Trnava (aujourd'hui en Slovaquie) et les Bohemians. Il préfère ne pas être associé au Sparta. " Combien de Tchèques portent-ils encore ses couleurs ? Deux ? Il y a trop d'étrangers. Si l'on ne parle pas anglais, il est désormais impossible de s'imposer là-bas. La mentalité a changé. Leur président est multi-millionnaire, mais à quelle place l'équipe figure-t-elle au classement ? Cinquième ? " Tout est bien différent aujourd'hui, constate-t-il. " Lorsque notre petit fils est chez nous, il joue pendant six heures à des jeux vidéos, sans dire un mot. Est-ce bien ? Jadis, je rentrais de l'école à une heure de l'après-midi, je déposais mon cartable et je sortais jouer dehors jusqu'à huit heures du soir. " Il ne cesse de s'étonner de cette évolution. " A l'époque, nous recevions 1.000 couronnes pour gagner un match. Cela représente environ 40 euros. A l'usine, le salaire mensuel était de 2.100 couronnes. Et aujourd'hui, qu'est-ce que je vois ? Prenez l'exemple de Semih Kaya du Sparta. Il se blesse pour un mois lors de son premier match, et lorsqu'il reprend avec l'équipe B, il écope directement d'un carton rouge. Mais qu'est-ce que cela peut lui faire ? Rien ! Il gagne de toute façon 3,6 millions de couronnes par mois. Qu'il joue ou pas, il touche tous les mois 140.000 euros ! Est-ce normal ? Personnellement, je ne trouve pas. Nous jouions pour le plaisir et pour la prime de victoire. L'un des problèmes, actuellement, est que le salaire mensuel est trop élevé. Cela enlève la motivation. Après notre génération de 1976, il y a eu 20 ans plus tard celle de 1996 avec Jan Koller, Pavel Nedved, Karel Poborsky, Tomas Ujfalusi, Petr Cech, Vladimir Smicer et Marek Jankulovski, mais aujourd'hui il y a un vide et je crains que je ne connaîtrai plus la prochaine grande génération. "