Sclessin n'est plus Sclessin: on y tourne désormais tous les jours une nouvelle version de " Cramer contre Cramer". Il ne faut pas être officier de l'état civil pour y noter des divorces. Les joueurs et la direction déchirent régulièrement des carnets de mariage. Une partie du public a brisé la vaisselle samedi passé face à la Louvière: ces têtes brûlées ne supportent plus leurs conjoints, les joueurs.
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Sclessin n'est plus Sclessin: on y tourne désormais tous les jours une nouvelle version de " Cramer contre Cramer". Il ne faut pas être officier de l'état civil pour y noter des divorces. Les joueurs et la direction déchirent régulièrement des carnets de mariage. Une partie du public a brisé la vaisselle samedi passé face à la Louvière: ces têtes brûlées ne supportent plus leurs conjoints, les joueurs. Mais que fera-t-on des enfants de ces anciens couples, les plus nombreux,ceux qui envers et contre tout demeurent positifs même si leur amour des couleurs est soumis à de rudes épreuves par les mauvais résultats des joueurs et une gestion des ressources humaines catastrophique de la direction? C'est dans un climat quasiment délétèreque le groupe a vécu la préparation de son dernier match avant de battre La Louvière et une frange du public de Sclessin. Au coup de sifflet final, Ivica Dragutinovic, le capitaine des Rouches, salua la Tribune II, les joueurs se retrouvèrent au centre de la pelouse mais snobèrent, à raison, le volcan en ébullition côté terril. Les trois points ont été engrangés de justesse et, sans le but de Moreira, on se demande encore ce qui aurait pu se passer. Ce ne fut pas du tout un bon match. A la 20e minute, le Standard hérita d'un penalty qui aurait pu changer le cours du jeu. Hélas, le tir d' Ole-Martin Aarst s'écrasa sur la base du poteau d'un excellent Silvio Proto. Dès cet instant, la donne se compliqua pour le Standard. Les Loups puisèrent dans ce raté la certitude que leur option tactique était la bonne et ils vécurent devant leur rectangle. En face d'eux, le Standard gambergea dans sa tête et ses idées, revivant peut-être le scénario de son inauguration de saison face aux Mouscronnois . Ce soir-là, c'est Ali Lukunku qui avait raté la transformation d'un penalty. Le mauvais match signé à Lommel devait également hanter les pensées des Liégeois. Alors que l'équipe souffrait sur la pelouse, le public oublia, ou négligea, peut-être, tout le travail de révision tactique que Dominique D'Onofrio dut accomplir afin de contrer les Vert et Blanc du Centre. Le coach du Standard ne coucha finalement pas moins de quatre compositions différentes sur la pelouse. Le onze du départ était un 4-3-3 dans la mesure où Moreira soutenait les deux attaquants de très près. La première modification intervint dès la 32e minute. Touché à la cuisse, Godwin Okpara regagna les vestiaires. L'entraîneur liégeois installa Alex Mutavdzic sur le flanc droit, Joseph Enakharire recula d'un cran et Onder Turaci glissa du back droit vers le centre de la défense. Au repos, MichaëlGoossens entra au jeu à la place d'Aarst et on sait que Mika adore jouer dans l'axe et il se replie alors, plus facilement que sur l'aile, afin d'aider les médians. Deux faits de match bien gérés ont révélé des évidences. Turaci, le meilleur arrière du Standard depuis le début de la saison, adore acter au centre de la ligne arrière. Mika, quant à lui, est un tout bon piston derrière l'attaque. La preuve par son assist de la tête qui lui a permis de prolonger un dégagement de Rabiu Afolabi vers Moreira. Goossens jeta ses dernières forces dans cette détente: cela paya cash. Avant cela, à l'heure de jeu, Dominique D'Onofrio plongea une fois encore dans sa caisse à outils afin de retaper la carrosserie de son team. Mutavdzic, lèvre intérieure éclatée suite à un tête-à-tête avec un équipier devant Proto, était encore dans le cirage. Dommage car l'abattage et la polyvalence de ce joueur extrêmement positif auraient été utiles. Il fut remplacé par Gonzague Vandooren. Le grand fut placé à gauche et JohanWalem bascula de l'autre côté, près de Frederik Söderström aussi visible face à La Louvière qu'un fantôme ayant oublié de rentrer dans son grenier après Halloween. Le Nordique fut totalement inutile. Le12e homme de La LouvièreTout cela signifie que le travail de stratégie tactique fut bien mené, sur le banc, malgré les difficultés à faire sauter la dalle coulée devant Proto par le FC Interbéton. Le Standard n'a globalement pas bien joué, surtout pas après le repos mais, outre le fait qu'il faut être deux pour disputer un bon match, la soirée fut totalement gâchée par une partie du public qui avait déjà copieusement insulté Proto. La première expression de la déception liégeoise fut amusante: dos tournés vers le terrain, refrains de chansons improvisées dignes d'étudiants à l'heure du baptême. Le stade embraya car c'était facile à reprendre en choeur: "On se fait chi..." Grivois, scatologique mais on a finalement le vocabulaire qu'on mérite. Passons sur les mots, retenons la note d'humour. Si ce fut drôle un moment, cela tourna ensuite au vinaigre. A la violence, à des jets de sièges, à la figure en sang d'un steward. Un scandale car ces stewards, eux, sont vraiment là par amour de leur club, toujours souriants pour aider les autres. Aucune frustration ne peut expliquer, ou excuser ce déferlement de haine. Le public du Standard était alors devenu le 12e homme de... La Louvière.Ariel Jacobs avait bien compris toute l'importance de ces scènes désolantes coté terril. Il l'a dit clairement à l'heure de la conférence de presse: "Quand cela s'est déclenché, je me suis dit que c'était le moment d'en profiter. Cela pouvait jouer en notre faveur. Mais on n'a pas su repousser la pression. A la longue, une balle finit par survoler nos bases et c'est ce qui s'est passé". Ariel Jacobs avait évidemment perçu ce qui se passait sur les travées. Dominique D'Onofrio aussi. "Cela n'a pas facilité les choses", avança le coach rouche. Michel Preud'homme n'excusa rien, à raison, et le capitaine liégeois, Dragutinovic, affirma que la lave n'avait pas atteint les joueurs. Il a dit ne rien avoir entendu. Les autres, oui. Six policiers ont été blessés après le match et les forces de l'ordre ont dû utiliser des gaz lacrymogènes. Triste: Liège, la Cité Ardente, a mérité sa réputation avec de vrais supporters... Après le but de Moreira, une partie des hooligans se remit à encourager ses troupes. Quel camouflet pour ces chercheurs de misère obligés d'avaler leurs insultes. Ils ignorent qu'un match dure 90 minutes. A Lens ou en Angleterre, les fans restent jusqu'au bout avec leurs joueurs même quand cela va mal: ils n'imposent pas un climat menant à l'autodestruction. Malgré tout, le succès liégeois fut clôturé par les sifflements d'un stade à l'égard de son équipe. Comme Pierre-Yves Depré, de la RTBF, nous le signalait, les supporters-rebelles ont explosé pour la première fois cette saison dans leurs installations. Ils ne se focalisent pas encore sur l'une ou l'autre personne. Il y a quelques années, RogerHenrotay avait été leur tête de Turc avant que ce soit le cas de Tomislav Ivic, d'Ali Lukunku, etc. Leurs reproches sont désormais plus généraux. Michel Preud'homme reste inattaquable pour eux. Alphonse Costantin se montre peu. Luciano D'Onofrio aussi. Leur rancoeur s'adresse dès lors plus à un groupe qu'on envoie au casse-pipes dès que cela va mal. L'équipe est devenue le grand paratonnerre d'un club qui ne sait pas gérer les hommes, les événements, les succès et les défaites. Normal, la direction n'est pas formée pour cela. Elle traverse tout cela àl'image de nouveaux riches Dès que cela va mal, c'est curieux, on parle des gros, des fainéants et des riches du groupe. Demain, ce seront les petits, les techniciens, les noirs de cheveux ou les maigres. Jamais la direction, toujours les autres. Avec, à la longue, un groupe qui craint la direction et le public. Les joueurs sont perdus dans cette mer d'incertitudes. Ils sont bien payés, certes, mais qui leur a offert de bonnes conditions? La direction. Qui a échoué en renvoyant trop vite Robert Waseige? Eux ou le top du club? Leur fardeau est lourd. Il y a désormais trois clans au Standard: le groupe (qui a explosé), la direction et les supporters. Les joueurs n'ont plus confiance en personne. Ils se méfient comme la peste d'une direction dangereuse qui ne connaît que deux langages: l'argent et la violence. Quand une huile descend dans le vestiaire, c'est avec un langage de pirate sur le bout des lèvres. Jamais un mot d'encouragement mais des reproches, rien que des engueulades. La sérénité n'y est pas de mise. Peur dans le vestiaireA force de répétitions, à la longue, ça ne passe plus. La peur s'installe. Les joueurs s'éloignent les uns des autres, s'insultent via la presse, estiment que la direction souffre de la cafetière, ne peuvent plus être heureux ou tout simplement performants dans un tel contexte. Ce club n'a plus de projet mobilisateur clairement expliqué. Alors, quand des retards de payements bien organisés viennent se greffer, cela fait vraiment très mal. Chacun pense à soi, à faire le gros dos dans un vestiaire où la direction cherche à faire peur, à imposer la dictature de la pensée unique, à écraser les personnalités.En quatre ans, les cas de conflits sont trop nombreux pour ne pas parler d'incapacité de gestion des ressources humaines. Dans tout autre secteur économique, certains dirigeants ou cadres supérieurs auraient été saqués depuis longtemps. Les joueurs ne sont pas à l'aise dans ce marasme où Dominique D'Onofrio a du mérite: il sait que les joueurs se méfient pas mal de lui. Après tout, il est le frère du grand patron et cela complique les relations dans un vestiaire où les mots sont comptés, de peur qu'ils ne remontent vers le haut. Une parole de travers dans la presse et les reproches tombent comme des rafales de mitraillette. Les amendes aussi. L'échec de la direction est plus éclatant que celui des joueurs. Elle a fait confiance à un groupe mais le passera à l'essoreuse, fin décembre.Un nouveau coach débarquera tôt ou tard. Il reste à espérer que ce chevalier blanc sera totalement indépendant par rapport à la direction. Si ce n'est pas le cas, il sera sa force de frappe dans le vestiaire. Cela ne donne jamais rien. Il y a quelques semaines, Ivica Osim était hésitant quand on lui parla du Standard car il n'était pas certain qu'on lui permettrait de présenter ses propres recettes. Il y a quatre ans maintenant que cela dure. En 1998, la nouvelle direction estimait que le Standard retrouverait sa place dans le top belge endéans les trois ans. Or, bien au contraire, ce club régresse chaque saison avec des staffs et des groupes choisis par ses soins. Faut pas faire un dessin. Sa responsabilité dans les échecs successifs est donc éclatante, ce qui ne signifie pas qu'elle manque d'ambition. Gérer des hommes, donc des vies, des familles, n'est pas évident. Or, c'est primordial dans une existence de groupe et cela ne se fait pas avec des mots violents et des billets de banque. Il y a gros à parier que deux ou trois joueurs de gros calibre débarqueront fin décembre. Si on ne leur présente pas un projet de club, ce sera un échec et ils repartiront comme tant d'autres dépanneurs de luxe: André Cruz, Antonio Folha, Robert Prosinecki, etc. En attendant, le groupe actuel se rendra à Beveren lors de la prochaine journée de championnat. Un match à six points dans les profondeurs du classement. Le Standard doit absolument y engrangertout l'enjeu: ce serait la plus belle façon pour ce groupe de se ressouder et, surtout, de donner tort à son ennemi public de Sclessin. Le but de Moreira sera-t-il celui du déclic? Sur le terrain, les joueurs n'ont pas été brillants mais ils ont peut-être vaincu leur peur panique du moment. Engagés et appliqués à l'entraînement, ils étaient paralysés en match. Les dernières minutes de la rencontre face à La Louvière seront-elles le bon tournant? Ils doivent bâtir leur renouveau sur cette réaction et la belle joie qui fut alors la leur. C'est en passant à côté du ravin qu'on retrouve souvent la force de conquérir de nouveaux sommets. Pierre BilicIl y a désormais trois clans: les joueurs, la direction et les supporters