Un club qui gagne, c'est un terrain en fête, et pour être heureux, c'est tout à fait primordial. Mais il faut aussi une direction qui maîtrise les événements, agit et réagit avec clarté. Or, à ce niveau, malgré de très bonnes idées, les patrons liégeois jouent aussi mal que leurs footballeurs.
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Un club qui gagne, c'est un terrain en fête, et pour être heureux, c'est tout à fait primordial. Mais il faut aussi une direction qui maîtrise les événements, agit et réagit avec clarté. Or, à ce niveau, malgré de très bonnes idées, les patrons liégeois jouent aussi mal que leurs footballeurs.A l'occasion de sa conférence de presse de jeudi passé, la veille de Standard-Bruges, le top du Matricule 16 a annoncé une grande nouvelle: la création de l'Académie Robert Louis-Dreyfus (centre de formation) sur un terrain de 60 hectares situé à cheval sur les communes d'Ans et Awans. Une initiative magnifique probablement dévoilée pour atténuer la déception des supporters peinés par un début de saison tout à fait catastrophique. Tout le monde était là: Robert Louis-Dreyfus, le président Reto Stiffler, les bourgmestres des deux entités, le Ministre concerné de la Région Wallonne, Michel Daerden, arrivé une bonne demi-heure en retard, etc. Alphonse Costantin donna le coup d'envoi en étant aussi imprécis que les joueurs face à Bruges: il fallait bien tendre l'oreille au moment où il présenta les huiles. Avait-il dit Louis-Dreyfus ou Russel, l'actionnaire américain du club, en présentant RLD, l'homme sans lequel le Standard aurait depuis longtemps des fins de mois difficiles, pour ne pas dire plus? Mieux: c'était une conférence de presse sans farde de presse. Une première (probablement) à ce niveau. Le lieu était cossu (à côté de l'entrée principale), les journalistes avaient été avertis dans les règles de l'art (communiqué Belga). Mais Alph 11 n'avait pas prévu de docu pour les journalistes. Cela faisait désorganisé comme le jeu du Standard face à Bruges. La direction veut un grand centre de formation comme son groupe rêvait de se mêler à la lutte pour le titre en début de saison. Sur le terrain tout comme lors de la conférence de presse, le Standard donna l'impression d'être assez flou dans ses intentions. La différence entre Simons et SöderströmLe lendemain, Robert Waseige lança ses deux nouveaux sur le terrain, Fabian Carini et Aleksandar Mutavdzic, FrederikSöderström étant confirmé dans son rôle de médian défensif après ses débuts à Mons. Les Liégeois tentèrent de jouer vite mais cela n'ébranla pas du tout Bruges, bien en place, serein, maître des événements. La différence, à ce moment-là, pouvait se résumer à une comparaison entre Timmy Simons et Frederik Söderström. Le Diable Rouge était dans un fauteuil, rectifiait le jeu de ses troupes, comblait les cases désertes,distribuait même de bons ballons. Par rapport à cela, le Suédois jouait comme un bûcheron, traînait dans les pattes de ses opposants, tentait de mettre la pression mais se distinguait d'abord par beaucoup de pertes de balle au centre de la pelouse. Il aura besoin de temps pour que son rôle dans la ligne médiane soit aussi clair et net que celui de Didier Ernst autrefois. Après un quart d'heure, Andres Mendoza prononça un effort sur son flanc , Mohamed El Yamani ne put le contenir (il avait switché avec OnderTuraci qui était monté sur la phase de jeu précédente) et le centre du Péruvien ne fut pas intercepté par Godwin Okpara et EricVan Meir mais bien par l'intelligent Gert Verheyen: 0-1. C'était le premier contre de Bruges mais il avait été mené avec maestria. A partir de ce moment-là, le jeu du Standard devint aussi confus que la conférence de presse d'Alphonse Costantin le vendredi. Il avait dévoilé la première pierre du futur centre de formation...avec une faute d'orthographe dans le nom du mécène des Liégeois: on pouvait lire Robert-Louis Dreyfus au lieu de Robert Louis-Dreyfus. Ce n'est qu'un détail mais l'homme d'affaires français a toujours accordé beaucoup d'importance à ce que ce trait d'union soit bien placé. Normal. Un journaliste lui demanda combien de millions il devrait encore investir à Sclessin avant qu'on y écrive correctement son nom. Un affront dont le Standard se serait bien passé. Sur cette lancée, ce fut le folklore quant à la superficie exacte du terrain (60 hectares mais il faut encore mesurer certaines parcelles), le prix global (probablement deux millions d'euros, les administrations concernées ayant déjà estimé un tiers de la surface à près de 670.000 euros), les plans pour les surfaces de jeu (huit, peut-être plus, un terrain synthétique, etc), l'hôtel, les vestiaires et autres installations ne sont pas encore prêts, etc. Le début des travaux, c'est pour bientôt... mais on se sait pas quand!Pas de subsides publics pour l'Académie!Dans ce brouhaha, Lucien D'Onofrio a été le plus précis. "En tout, terrains et constructions, cela nous coûtera entre 6 et 7, 5 millions d'euros", dit-il. "Le Standard sera propriétaire de cet ensemble". Cela signifie que la Région Wallonne ne versera pas un franc de subsides car, légalement, elle ne peut aider des initiatives privées. "Je n'ai jamais eu besoin d'un franc de subside de ma vie", précisa tout de suite D'Onofrio. Tôt ou tard, le Standard aura donc un grand centre de formation pour les jeunes de la région. D'Ono y tient car il aime son terroir, c'est évident. Les plans seront peut-être terminés dans six mois. "Les jeunes viendront même de loin...", a dit Reto Stiffler. En attendant, l'équipe première peine sur le terrain. Un dirigeant important de la direction précédente prononça les propos suivants après Bruges-Standard: "Nous, on n'y connaissait rien en football. C'était une excuse valable mais, à la fin, c'était quand même pas si mal sur le terrain. Maintenant, je ne vois que des spécialistes dans tous les secteurs, la crème de la crème, et les résultats sont épouvantables".Une remarque intéressante. D'Ono est un des agents de joueurs les plus influents au monde. Michel Preud'homme était un grand champion. Robert Waseige a épaté la planète avec les Diables Rouges face à la Russie et surtout contre le Brésil, futur champion du monde. Robert Louis-Dreyfus est un homme d'affaires réputé et de haut vol. La direction a investi, effacé des ardoises mais son bilan sportif est le plus désastreux de l'histoire du Standard. Où se situe dès lors le problème? Aucune des huiles n'a une formation de dirigeant de club. C'est un agglomérat de grandes compétences, mais un club, c'est autre chose. Il faut le vivre de l'intérieur. Personne n'a été formé pour manager les hommes et les obligations du club. Alphonse Costantin a été engagé pour nettoyer les écuries d'Augias mais il n'a pas une carrure de dirigeant. Michel Preud'homme bien, mais il doit apprendre son métier. Robert Waseige a aussi le profil indiqué pour représenter un club. Et Reto Stiffler semble venir en Belgique quand il faut mauvais en Suisse et son humour peut faire rire des scouts en promenade mais c'est trop juste pour être un président crédible. Il n'y a pas d' Antoine Vanhove, de Michel Verschueren, de JosVaesen ou de Jean-Pierre Detremmerie au Standard. Avec leurs qualités et leurs défauts, ils ont tous un bons sens bien de chez nous qui fait défaut au Standard. Quand l'Académie Robert Louis-Dreyfus sera érigée, ce sera très important pour le football wallon. RLD s'inscrira ainsi à jamais dans l'histoire du club. Il a du mérite car d'autres, à sa place, auraient levé l'ancre. Il a sauvé le Standard de la noyade et la formation sera l'avenir du club. Mais n'est-ce pas un peu tard? En Belgique, Mouscron avait compris cela avant le Standard. Le Futurosport tourne à plein régime et déverse de nombreux jeunes en équipe fanion. Malgré les foot-études de Daniel Boccar, le Standard n'en est pas encore là. Normal dans le mesure où la direction actuelle a fait ses preuves via le casino-football. Elle a gagné ses galons et des fortunes avec les droits de télé, la vente de joueurs sur le marché des transferts, etc. Or, que se passe-t-il pour le moment? La bourse vit dans le rouge. Des empires sont engloutis. Le groupe Vivendi cherche à se défaire de Canal + France qui possède le PSG. Un club mythique, très présent sur la scène médiatique, estimé à 100 millions d'euros, mais qui vaut en réalité ce qu'on propose pour l'acheter. Personne n'a frappé à la porte du PSG... qui ne vaut donc pas un franc. Cela peut effrayer les propriétaires des clubs. Ceux du Standard aussi? La Fiorentina est en faillite, le Casino Salzbourg, aussi. En Allemagne, en Grèce, en Angleterre, de chaînes de télé sont à l'heure de la banqueroute, abandonnent le football, etc. La cote de grands clubs cotés en bourse s'est liquéfiée, etc. Un bilan sportif trop maigreOr, la brillante ascension des dirigeants du Standard, Lucien D'Onofrio en tête, est due, en grande partie, à cette économie désormais révolue. La précédente direction n'avait pas su flairer l'évolution fulgurante des années 90, de la décennie de l'argent facile, du foot-bourse. Le même danger guette la direction actuelle du Standard. Elle a vécu à fond dans la période précédente, n'a pas prévu des effondrements et est peut-être déjà une direction du passé. A elle de prouver le contraire.A Auxerre, un club de plus petite taille que le Standard, tout a été surmonté: l'arrêt Bosman, la crise financière actuelle, etc. Mais le club (certes aidé par la municipalité) a été dirigé, au sommet, par de vrais dirigeants toujours présents. Gérard Bourgoin et Jean-Claude Hammel passaient 80 heures par semaine au club et étaient de vrais décideurs n'intervenant pas dans le domaine sportif, réservé à Guy Roux. Après quatre ans de travail, la direction actuelle présente un bilan sportif bien trop maigre: deux finales de Coupe de Belgique perdues (contre le Lierse et Genk), une qualification pour la Coupe de l'UEFA (sous la férule de Michel Preud'homme), c'est tout. Alors que le Standard avait encore l'étiquette de grand club belge (même s'il était malade financièrement) du temps d'André Duchêne, Jean Wauters et Robert Lesman avec entre autres un succès en Coupe de Belgique, deux titres de vice-champion, quelques campagnes européennes, les Rouches sont actuellement largués de la caste des clubs majeurs de D1. Le dernier titre remonte à 1983 (20 ans!) et le classement actuel en dit long: lanterne rouge, quatre défaites, un nul, un but seulement à domicile, une des plus mauvaises défenses de D1, pas une seule victoire, etc. Pas de style de jeu non plus. L'équipe a fini par ressembler à sa direction. Le vestiaire est une véritable tour de Babel. Quand tout va bien, on dit que le langage du football est international. Quand cela tourne mal, c'est plus délicat. Il n'y a pas de clans mais pas de véritable dialogue non plus. On y parle portugais, anglais, serbo-croate, néerlandais, français, italien, espagnol, etc. Un dîner a été organisé il y a une dizaine de jours: pas d'ambiance et, selon certains, l'ennui des joueurs n'ayant rien à se dire fut général. Le Standard a un magnifique stade, un psy, une charmante diététicienne, un préparateur physique, un bon staff technique mais pas de professeur de français. Or, c'est très important et cela faciliterait le dialogue.En faisant arriver trois nouveaux joueurs récemment, ce club a prouvé que le diagnostic de fin de saison passée n'avait pas été le bon. Les Liégeois avaient affirmé que les solutions se trouvaient dans le groupe. Ils ont été chercher ailleurs. Puis, ils avancèrent que seuls des gros cubes étaient susceptibles de les intéresser. Carini en est probablement un mais son arrivée est tardive. Frederik Söderström et Aleksandar Mutavdzic ne sont pas supérieurs à des joueurs comme Harald Meyssen ou surtout Johan Walem. Leur présence augmente la concurrence, certes, mais il faudra gérer un groupe de moins en moins heureux. Tous les secteurs de l'équipe sont atteints de vague à l'âme. Il faut reconstruire la ligne médiane (pas de patron), revoir la défense, et l'attaque est en perdition. Ole-MartinAarst revient de blessure tandis qu' Ali Lukunku pourrait souffrir d'une hernie discale qui, si intervention chirurgicale il y a , l'écartera pour longtemps des terrains. Dans ce contexte, pourquoi ne pas aligner Michaël Goossens en pointe? Le travail est tout simplement colossal et on notera, une fois de plus, que ce même groupe était en tête du championnat il y a un an (avec Michel Preud'homme), gagna à Bruges avant de plonger. En neuf mois, le Standard est passé de la tête à la queue du classement. Même Robert Waseige ne parvient pas à relancer le moteur. A-t-il été trop optimiste en débarquant directement (ou presque) de la Coupe du Monde au Standard? Probablement. Le groupe précédent avait été marqué à vie par les incessantes affaires de la saison passée. La violence de la direction l'avait cassé en passant de l'affaire des kilos superflus à la mise à l'écart de Didier Ernst qui refusait de signer un nouveau contrat, aux amendes infligées à Ali Lukunku pour ses déclarations faites à Pierre Danvoye de Sport/Foot Magazine. Avant cela, le Standard avait éjecté Gilbert Bodart et Guy Hellers, expédié de bons joueurs dans le noyau B ou C comme on jette des mouchoirs en papier. C'était le carrousel des joueurs. En quatre ans, ils ont défilé par dizaines. A Anderlecht, des joueurs ont voté contre Aimé Anthuenis la saison passée. Filip DeWilde et Glen De Boeck ont eu droit à des reproches mais c'était le signe d'un malaise que la direction avait compris et décortiqué. Le coach est finalement parti en fin de saison mais pas les putschistes, et les Mauves ont gardé ces leaders. Impensable à Sclessin où c'est "joue ou crève". On ne dit plus rien, les joueurs se taisent, se contentent de faire leur boulot, prennent leur pognon, mais en évitant de s'exposer ou d'avoir un point de vue trop fort. Et le club est perdant car il cherche vainement un grand patron. Michel Preud'homme a toujours été proche de Lucien D'Onofrio, c'est le cas aussi de Robert Waseige. Cela a peut-être joué dans la tête de l'un ou l'autre joueur se méfiant un peu d'eux. Robert Waseige n'avait que peu de chances de réussir tout de go en se basant sur le groupe de la saison passée. Il n'y avait pas d'octane dans l'essence du Standard. Comment aurait-il pu s'en rendre compte dès son retour de la Coupe du Monde? Ne lui a-t-on pas demandé l'impossible, c'est-à-dire digérer la Coupe du Monde après huit jours de vacances et plonger tout de suite les mains dans un moteur aux bielles qu'il ne savait pas usées? Lui a-t-on refilé de l'occasion pour du neuf? Evidemment, c'est lui qui a choisi. Il a tenté de le faire, mais en vain pour le moment... Le vieux mécano liégeois s'est basé sur le schéma tactique précédent. Le scénario fut le même: jeu décousu, excès de balles en profondeur. Or, Bruges n'a pas un noyau nettement plus talentueux que celui du Standard. Mais le concept est sur pied depuis belle lurette. Bruges ne change pas tous les jours son fusil d'épaule, n'engage pas sans cesse de nouveaux joueurs, etc. La ligne est la même depuis belle lurette. Les coaches sont coulés dans le même moule, ou presque, et il y a de la constance. Avec à la clef le jeu structuré qu'on a vu face à la vaine recherche liégeoise. A Sclessin, l'enfer, c'est désormais les autres. Pierre BilicLe vestiaire est une véritable tour de BabelEn neuf mois, ce groupe est passé de la première à la dernière place