Parti pour une expérience d'un an en Belgique, quatre ans plus tard, il est toujours là. Fabien Camus s'est construit une carrière sous nos latitudes, apprenant sa vie de footballeur à Charleroi et décrochant, enfin, à 24 ans, un contrat digne de son talent, à Genk. Son accent demeure chantant, preuve que le minot n'a pas tout perdu de ses origines marseillaises.
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Parti pour une expérience d'un an en Belgique, quatre ans plus tard, il est toujours là. Fabien Camus s'est construit une carrière sous nos latitudes, apprenant sa vie de footballeur à Charleroi et décrochant, enfin, à 24 ans, un contrat digne de son talent, à Genk. Son accent demeure chantant, preuve que le minot n'a pas tout perdu de ses origines marseillaises. " Mes potes me disent parfois que sur quelques mots, j'attrape l'accent du nord. Qu'est-ce que vous voulez, je suis un enfant adopté du Pays Noir ! ". Après quatre saisons à Charleroi, Camus prend donc la direction d'un autre pays minier. " Oui, je le savais. Comme à Charleroi, il y a beaucoup d'Italiens et de Turcs ici. " Les comparaisons s'arrêtent là. Le Limbourg ne ressemble pas au Hainaut et Genk pas davantage à Charleroi. Entre deux entraînements, les recherches d'un nouvel appartement et des allers-retours incessants à Charleroi, il nous a expliqué les raisons de son départ. Fabien Camus : Je devais déjà partir il y a deux ans. Et puis, j'avais connu une demi-saison mauvaise avant de me blesser en février 2008 et de rester sur le flanc plus de huit mois. Ce fut dur pour moi. Je n'avais plus trop la tête à Charleroi et cela s'est ressenti dans mon jeu. Mais je peux comprendre : j'étais arrivé jeune, gratuitement. Le club avait reçu en début de mercato une offre de 3,5 millions d'euros du Steaua Bucarest et il s'est dit qu'il n'y avait aucune raison de demander moins que deux millions. Non. Mogi Bayat s'est montré plus que correct sur mon transfert à Genk. Il m'a tenu au courant de tout. Et il n'a pas cherché à obtenir plus. Non car quand vous savez que Monaco, Leverkusen, Nice et Lens sont intéressés, vous vous dites que cela vaut la peine d'attendre. Je me voyais dans un autre pays mais avec le recul, si j'avais su qu'aucune de ces pistes ne se concrétiserait, j'aurais peut-être dû aller au Steaua. J'ai vécu de bons moments et rencontré des gens formidables. Je laisse beaucoup d'amis là-bas. Au point de vue sportif, j'ai beaucoup appris les deux premières années avec Jacky Mathijssen. Après, moins. J'étais dans une phase dans laquelle Charleroi ne m'apportait plus rien. Les deux dernières saisons me gênent. Elles me disent que j'ai un peu perdu mon temps. D'un autre côté, j'ai appris à gérer la difficulté comme cette rupture des ligaments du genou. Oui. Quand j'étais avec lui, je ne le comprenais pas toujours. J'avais 21 ans. Il voulait faire passer des messages, nous apprendre à adopter la bonne attitude. Quand il est parti, j'ai vu où il voulait en venir. Avec le recul, je me dis que c'était un grand entraîneur. Pourtant, je n'ai rien à redire sur Thierry Siquet. Je ne le renie pas. J'ai beaucoup de respect pour lui et il le sait. Il faisait les mêmes choses que Mathijssen mais c'était une personne que le groupe connaissait. Certains avaient encore joué avec lui. Peut-être de l'expérience. Du charisme. Non, car Siquet avait beaucoup de caractère. Faut pas croire ! On avait perdu beaucoup de joueurs d'expérience, qu'on avait remplacés par des jeunes. Ceux qui restaient comme Majid Oulmers ou moi, passions du statut de suiveur à celui de leader. Il n'y avait plus personne pour nous tirer vers le haut, pour nous élever. Or, nous en avions encore besoin. Moi, je n'avais plus l'envie et je me suis endormi. Parce que pendant tout l'été 2007, je pensais que j'allais partir. C'est une très mauvaise façon de préparer une nouvelle saison. J'ai dû me remotiver et en février 2008, je me blessais. Et puis, je pense que j'ai fait quelques bons matches et ça n'a pas été souligné. Ça aussi, ça m'énervait. On ne retient que ma prestation contre Genk ( NDLR : Charleroi avait gagné 4-1 en décembre 2006 et Camus avait inscrit deux buts) mais je me souviens de meilleurs matches. Notamment contre Roulers, rencontre lors de laquelle le sélectionneur français des Espoirs, René Girard, aujourd'hui à Montpellier, est venu me visionner. La dernière saison, j'avais l'impression qu'on attendait parfois trop de moi. Or, je revenais de blessure et en fin de championnat, j'ai aligné quelques bons matches. Ben oui. J'entendais partout - C'est pas le Camus-ci ou le Camus-là. Mais je trouve que ma fin de saison fut bonne. ( Il réfléchit avant d'ajouter) Et puis, je ne veux pas chercher d'excuse mais lors de ma meilleure saison, Mathijssen m'avait aligné à ma position favorite : médian offensif gauche. Et j'avais explosé. Avec Siquet et Philippe Vande Walle, j'avais évolué à plusieurs postes et avec John Collins, j'étais à droite ! Mais, je ne vais pas trop en dire car apparemment, je suis venu à Genk pour jouer à droite. Va falloir que je m'y fasse ! ( Il rigole). Non. C'est triste car Charleroi a un potentiel énorme. Je ne sais pas ce qui se passe entre la ville et le club mais cela nuit au Sporting. On nous donnait toutes les raisons de nous plaindre : la pelouse était mauvaise, on disposait du centre d'entraînement le plus nul de Belgique, on devait prendre la voiture pour aller aux entraînements ou à la muscu... On s'y était fait mais le club a besoin d'infrastructures dignes d'un club pro. Les joueurs ne sont pas en cause car le groupe est très bon : avec le meilleur gardien de Belgique. Kere est un excellent défenseur. Et quand je vois Oulmers, je me demande ce qu'il fait encore à Charleroi. Tout le monde voulait partir ! Même en 4e ou 5e division française, on a des meilleures conditions de travail ! Non. La pelouse du stade était nickel car un jardinier s'en occupait tous les jours. Et il y en avait deux au centre d'entraînement. Et ces personnes ne sont plus là. Oui, je pense. Même au niveau de l'ambiance, ce n'était plus pareil. La saison passée, elle n'était pas mauvaise mais cela n'avait plus rien à voir avec l'époque Mathijssen. Oui, malgré tout cela, je ressens le même sentiment que celui que j'avais quand je suis parti de Marseille. J'ai l'impression de quitter ma famille. Je ne comptais pas rester aussi longtemps en Belgique quand j'ai débarqué à Charleroi. Mais avec le temps, je me suis rendu compte qu'il y avait de bons clubs dans le championnat. Oui notamment. Genk sait de quoi je suis capable. On évoque souvent ce match mais le match retour avait été également réussi pour Charleroi. On l'avait emporté 0-2 et on avait privé Genk du titre. Ce match était d'ailleurs bien meilleur que le 4-1. Il y a une semaine, on s'est d'ailleurs revu le résumé du match avec Oulmers et Grégory Christ ! J'ai toujours bien marché contre Genk et je ne sais pas quel match a le plus marqué les dirigeants limbourgeois. Le Standard a peut-être contacté Charleroi mais pas moi. C'est vrai que Laszlo Bolöni me voulait déjà lorsqu'il était entraîneur de Monaco. Mais, je ne suis pas déçu. Je n'ai pas voulu attendre une autre offre et je pense que j'ai fait le meilleur choix. C'était le seul ( il rit). Ici, on est obligé de réaliser quelque chose. Avec le nouvel entraîneur et après deux mauvaises saisons, Genk doit viser le Top 6. Bizarrement non. Je ne voulais plus tomber dans le même piège qu'il y a deux ans. Je m'étais préparé à reprendre au Sporting. Je ne suis pas parti de Charleroi après la meilleure saison du club mais après une des pires. Parfois, dans le football, il y a des choses que tu ne comprends pas : Oulmers, Laquait sont toujours à Charleroi. Chakouri aussi alors qu'il était capitaine des Espoirs français. C'est bizarre. Il aime le foot et le ballon. Il insiste sur la qualité des passes et le mouvement. Mais ce n'est pas vraiment surprenant. Courtrai, les six premiers mois de la saison passée, c'était quelque chose ! Je ne vais pas trop en dire sur le coach car je ne le connais pas assez, mais sa façon d'entraîner me plait énormément. Rien à voir avec ce que j'ai connu à Charleroi. Ici, les pelouses d'entraînement sont arrosées et roulées avant chaque entraînement. Par beaucoup ( il rit). Mais on ne peut pas en vouloir à Charleroi. C'est la politique du club. Charleroi ne payait pas énormément mais personne ne nous mettait le couteau sur la gorge pour signer. (Il marque un temps d'arrêt). C'est peut-être la plus basse masse salariale du championnat ! par stéphane vande velde - photos: reporters/ gys