Vendredi 23 mars. Anderlecht organise une conférence de presse pour annoncer la prolongation de contrat du jeune DennisPraet, qui s'est lié aux Mauves pour trois saisons supplémentaires. Avec, à la clé, un contrat sans précédent pour un gamin de cet âge. Le 14 mai, jour de ses 18 ans, le club lui offre une Mercedes. D'occasion pour commencer, car le modèle définitif qui a été commandé n'arrivera qu'en août. Praet négociera aussi, bientôt, un contrat publicitaire avec un équipementier, qu'il doit encore choisir. Il possède donc, déjà, un statut de star. D'enfant star.
...

Vendredi 23 mars. Anderlecht organise une conférence de presse pour annoncer la prolongation de contrat du jeune DennisPraet, qui s'est lié aux Mauves pour trois saisons supplémentaires. Avec, à la clé, un contrat sans précédent pour un gamin de cet âge. Le 14 mai, jour de ses 18 ans, le club lui offre une Mercedes. D'occasion pour commencer, car le modèle définitif qui a été commandé n'arrivera qu'en août. Praet négociera aussi, bientôt, un contrat publicitaire avec un équipementier, qu'il doit encore choisir. Il possède donc, déjà, un statut de star. D'enfant star. " Lille n'aurait jamais offert un tel contrat à un jeune qui n'a encore rien prouvé en équipe Première ", affirme Georges Heylens, ancien joueur du Sporting qui est aujourd'hui scout au LOSC. " C'est la nouvelle politique du club ", explique HermanVanHolsbeeck. " On veut offrir une chance aux jeunes de Neerpede. Dennis possède toutes les qualités requises. Il peut devenir une des clés de voûte du nouvel Anderlecht. " Cela reste à démontrer. La saison dernière, il n'a effectué que sept apparitions en Ligue Jupiler. Les signes d'une classe, si pas mondiale, du moins européenne, c'est dans les tournois de jeunes et les matches amicaux qu'il faut les chercher. " Praet est un joueur fantastique ! ", estime Johan Boskamp, un habitué des tournois de jeunes. " Je l'avais déjà à l'£il à Genk et je n'ai que des éloges à formuler à son égard : excellente vision du jeu, très bonne passe dans les pieds et ce qui ne gâte rien, grande maturité pour son âge. " " Personnellement, je l'ai vu à l'£uvre en match amical au Brussels ", se souvient PaulVanHimst. " Il a du football dans les pieds, cela saute aux yeux. Il est capable d'adresser des passes décisives. Physiquement, il doit encore se développer. Mais comme je l'ai rarement vu jouer en équipe Première, j'ai encore du mal à me forger une opinion définitive. " En janvier, Praet avait effectué un très bon stage en Turquie avec Anderlecht et les médias l'avaient couvert d'éloges. Brillant à l'entraînement, il était entré au jeu en deuxième mi-temps contre le Werder Brême et avait fait basculer la rencontre en faveur des Mauves. Mais lorsque le championnat a recommencé, il a disparu de la circulation. Pourquoi ? Les regards se tournent vers Ariel Jacobs. " Pour qu'un jeune perce, il faut une volonté de l'entraîneur ", avance Heylens. " Au LOSC, EdenHazard a intégré l'équipe Première progressivement et c'est en jouant qu'il a gravi les échelons. Dans le cas de Praet, je crois beaucoup en JohnvandenBrom. J'ai eu l'occasion de suivre plusieurs fois Vitesse cette saison. Il prône une philosophie offensive, qui me rappelle un peu celle de PierreSinibaldi, et n'a pas peur de lancer des jeunes. Je citerai en particulier un certain MarcovanGinkel, 19 ans, que j'ai suivi pour le LOSC. En six mois, j'ai vu ce garçon progresser de façon spectaculaire, à force de jouer. " Boskamp partage cet avis : " Avec Van den Brom, tout va changer. Son arrivée est une excellente nouvelle pour Dennis. Certes, à Anderlecht, il ne suffit pas de lancer des jeunes : il faut aussi produire du spectacle et surtout... gagner. Tout cela n'est pas toujours compatible. Mais Praet a les capacités pour s'imposer, même s'il manque encore un peu de force dans les duels. Il peut devenir un joueur dominant, comme il l'a été dans les équipes de jeunes. Encore faut-il que cette domination soit acceptée par ses partenaires. "Le père de Dennis, Herman, se réjouit de l'arrivée d'un coach néerlandais. " Aux Pays-Bas, les jeunes sont plus rapidement lancés en équipe Première ", constate-t-il. " Regardez AdamMaher à l'AZ : il a quasiment le même âge que mon fils et c'est lui qui a éliminé le Sporting. " Van Himst attend pour voir. " Il faut vivre quotidiennement avec le groupe pour sentir quand arrive le bon moment pour lancer un jeune. Jusqu'à preuve du contraire, Jacobs a été le mieux placé. On verra la saison prochaine si Van den Brom offrira réellement une chance à Praet. "Au stade actuel, que peut-on retenir de l'apport de Praet à Anderlecht ? Une première titularisation remarquée, en Coupe à Lommel (0-4), où Dennis délivre deux assists. Ce qui fait dire à TomDeSutter, lui aussi de la partie ce jour-là : " Praet est un peu notre AndrésIniesta. Son style de jeu ressemble fort à celui du Barcelonais : il est très fort techniquement, a une excellente vision du jeu, garde très bien le ballon et cherche toujours la solution la plus simple, en jouant en un ou deux temps. En jouant sans stress, il a démontré qu'il avait le niveau. Il mérite plus de temps de jeu. " Mais lors de ses autres apparitions, Praet n'a pas particulièrement brillé. Parfois lancé dans des conditions ingrates en championnat, il n'a pas redressé la situation : comme lors de la défaite 2-1 à Malines, où il est monté à un quart d'heure de la fin, ou face à OHL, lorsqu'il a joué les dix dernières minutes d'un piètre 0-0. Il a aussi eu la malchance de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment. Titulaire en Coupe contre Rupel-Boom, il a subi l'humiliation d'une élimination par un club de D3. Son père le défend : " L'équipe alignée ce jour-là était mal équilibrée. En outre, la blessure de Ronald Vargas a sapé le moral. Malgré tout, Dennis a inscrit l'unique but (1-2). " Praet a aussi joué de malchance : lors des deux derniers matches de play-offs, alors que le titre était acquis et que Jacobs s'est enfin décidé à offrir du temps de jeu à ses éternels réservistes, il était blessé. Rien de grave : un dos douloureux suite à un contact lors d'un match avec les Espoirs. Mais qui l'a empêché d'être repris dans le groupe. Il faut pourtant croire que, du talent, Dennis en a. Avant d'aller se faire opérer en Argentine, LucasBiglia avait déclaré : " Mon successeur se trouve déjà dans la maison : c'est Praet. " " Ce compliment m'a fait plaisir ", admet Dennis. " Mais on ne peut pas nous comparer : je suis plus offensif. "En équipe nationale non plus, Praet n'a pas brillé de mille feux. A un âge où EdenHazard a déjà intégré les Diables Rouges, il a dû se contenter de disputer, fin mai, le tournoi Elites pré-qualificatif à l'EURO avec les U19. Versé dans une poule très difficile avec l'Italie, l'Arménie et l'Espagne, il n'a pas su conduire les Diablotins vers le Championnat d'Europe. Il a même commencé le tournoi sur le banc. " Dennis est encore jeune ", justifie MarcVanGeersom. " Et lorsqu'on joue trois matches en cinq jours, on doit utiliser tout son groupe. Il est bien entré contre l'Italie : on était mené 0-2 et on est revenu à 1-2 sous son impulsion. Deux jours plus tard, contre l'Arménie (1-1), il était titulaire. Par ailleurs, on n'a pas l'habitude, à l'Union belge, de surclasser les jeunes : ils restent dans leur catégorie. " C'est seulement pour cela que Praet ne joue pas encore avec les U21 ? " La raison est simple ", explique Jean- FrançoisRemy, T1 ad intérim des Espoirs en attendant l'arrivée de JohanWalem. " Nous avons déjà, dans la génération actuelle, des joueurs au profil similaire comme NillDePauw et ThomasMeunier. Mais nous ne le perdons pas de vue : rien ne dit qu'il n'intégrera pas le groupe à la rentrée. Par ailleurs, il ne faut tirer aucune conclusion du fait qu'il n'ait pas débuté chaque match comme titulaire avec les U19 : c'était aussi le cas de Kevin De Bruyne, en son temps. " A l'âge qu'a Praet aujourd'hui, Enzo Scifo disputait déjà l'EURO 1984. " On ne peut pas comparer les époques ", estime l'actuel entraîneur de Mons. " Je connais mal le jeune Praet, même si j'en ai entendu le plus grand bien. Sur le peu que j'en ai vu, il m'a semblé avoir des qualités d'infiltreur, et aussi une passe tranchante dans les pieds. En revanche, il manque de power et de consistance. Cela ne peut s'acquérir qu'en jouant et en s'entraînant avec les pros. A 18 ans, il ne doit pas s'impatienter mais doit commencer à s'imposer. " Contrairement à ce qu'on peut penser, Dennis n'est pas déçu par cette lente évolution. " Au contraire : je suis en avance par rapport au projet qui m'avait été soumis. Il a été prévu que je n'intègre le noyau A qu'au cours de ma troisième année au Sporting. La saison prochaine, donc. "Il y a trois ans, lors de la Nike Cup à Manchester et alors qu'il jouait encore à Genk, Praet s'est révélé aux recruteurs des plus grands clubs européens. Mais son père n'a rendu visite qu'à trois d'entre eux, les plus proches : Ajax, Lille et Arsenal. Pour finalement opter pour Anderlecht. " D'une part, parce que mon fils n'était pas encore prêt pour partir à l'étranger et que je voulais qu'il termine ses humanités. D'autre part, parce que le projet que nous a soumis JeanKindermans, le coordinateur de Neerpede, était séduisant ", explique-t-il. Arrivé à Anderlecht à 16 ans, Praet a directement fait forte impression avec les Espoirs mauves, lors du tournoi Aegon d'Amsterdam dont il fut élu meilleur joueur. Il a intégré le noyau A en 2011 sans toutefois quitter le vestiaire des Espoirs. " J'ai, certes, reçu un badge qui me donne accès aux espaces réservés à l'équipe Première, mais j'ai continué à me changer chez les U21. C'est valable aussi pour JordanLukaku. " " Cela démontre aux jeunes qu'ils ne sont pas encore arrivés ", estime Herman. " En Angleterre, on leur demande même de cirer les chaussures des joueurs pros, mais cette corvée a été épargnée à Dennis. "Dennis vit toujours dans un appartement avec trois autres jeunes du Sporting : YannickNulens, LeanderDendoncker et MichaëlHeylen. " Trois bons amis, que j'avais déjà côtoyés à Genk. " Dennis a aussi vécu ses premiers contacts avec les médias. Hyper-protégé au départ, il a dû affronter la meute des journalistes en décembre 2011, lorsque le responsable de la communication l'a placé en conférence de presse à la veille du match contre Rupel-Boom. " J'étais un peu stressé ", reconnaît Dennis. " Je m'en serais volontiers passé, mais c'était une sorte d'examen. Je pense que je m'en suis bien sorti. "A part cela, Dennis est resté relativement discret dans les médias. " Et c'est très bien ainsi ", estime son père. " Il n'a pas besoin d'être déjà exposé au grand jour. Un fait, toutefois, m'interpelle : on parle beaucoup de mon fils du côté francophone, à l'émission LaTribune de la RTBF par exemple, mais très peu du côté néerlandophone. Or, il est Louvaniste. " TVBrussel l'a tout de même suivi pendant toute une journée à son école, l'institut Saint-Nicolas. " J'ai beaucoup aimé le reportage ", reconnaît Dennis. " Il reflétait fidèlement ma personnalité. " Cette saison, Dennis était en dernière année d'humanités à l'Institut Saint-Nicolas. " J'y allais deux heures le matin, avant l'entraînement à Neerpede. Je ne retournais à l'école que s'il n'y avait pas d'entraînement l'après-midi. "" Combiner les études avec le sport à ce niveau n'est pas facile ", témoigne Herman, admiratif. " A Genk, il y avait une école Top Sport et les horaires étaient adaptés. Mais à Bruxelles, il n'y a pas d'école Top Sport. Dennis a donc loupé beaucoup de cours et a dû compter sur l'aide de ses copains. La photocopieuse a fonctionné à plein régime. "Dennis est actuellement en pleins examens. " Je n'en aurai terminé que le 22 juin, alors que la reprise des entraînements est fixée au 18. Les vacances seront donc réduites à leur plus simple expression. "La saison prochaine, le diplôme d'humanités en poche, il se consacrera pleinement au football. Escompte-t-il une place de titulaire ? " Mon objectif est d'abord de jouer plus de matches que cette saison ", tempère-t-il. " Je connais mes points faibles : le pied gauche, le jeu de tête, les infiltrations, la présence dans les 16 mètres, la musculature. Je les travaille. " Dennis donne parfois l'impression de manquer d'accélération. " Une fausse impression ", affirme-t-il. " Lors des tests, je suis l'un des plus rapides sur les premiers mètres. "Anderlecht est-il prêt à faire une place pour lui ? Les supporters n'exigeront-ils pas des noms pour remplacer les cadres qui s'en vont ? " Détrompez-vous ", corrige Herman. " Sur les forums, je vois beaucoup de réactions des supporters qui voudraient qu'on offre une chance à mon fils. "Herman se souvient des premiers pas de son fils dans le monde du ballon rond : " Si, un jour, Dennis explose, on se souviendra du nom de son premier club : FC Motbroek. Rien que le nom prête à sourire. C'est un petit club de 4e Provinciale, près de Louvain. Avec un terrain en pente, je ne vous dis que cela. Lorsque l'équipe attaque dans le sens de la descente, les joueurs ont une bonne excuse pour ne pas revenir en défense !" ( Ilrit). S'il n'avait pas été footballeur, Dennis aurait peut-être été tennisman. " C'est mon frère qui lui a suggéré d'essayer le football ", raconte Herman. " Car, jusqu'à ses 10 ans, Dennis a joué au tennis, comme moi. Je ne courais pas beaucoup, mais j'avais un bon toucher de balle. Mon épouse aurait pu faire une bonne sprinteuse. Dennis a pris le meilleur de nous deux. "PAR DANIEL DEVOS - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Pour lancer un jeune, il faut aussi une volonté de l'entraîneur. Vive Van den Brom ! " (Georges Heylens) " Je l'ai souvent vu avec les jeunes. Il est fantastique. "(Johan Boskamp)