Quoi qu'on en dise, quoi qu'on en pense, SilvioBerlusconi reste un redoutable homme d'affaires, et il l'a une nouvelle fois démontré. C'est en février dernier que sa holding de la Fininvest annonçait officiellement que le Milan AC cherchait des partenaires financiers. Revente totale ou partielle ? On ne savait pas trop. Très vite, des négociations ont été entamées, et sans surprises, les offres ont afflué d'Asie de l'Est. C'est de cette partie du globe qu'a débarqué l'Indonésien Erick Thohir, nouvel actionnaire majoritaire de l'Inter, l'autre club de la ville.
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Quoi qu'on en dise, quoi qu'on en pense, SilvioBerlusconi reste un redoutable homme d'affaires, et il l'a une nouvelle fois démontré. C'est en février dernier que sa holding de la Fininvest annonçait officiellement que le Milan AC cherchait des partenaires financiers. Revente totale ou partielle ? On ne savait pas trop. Très vite, des négociations ont été entamées, et sans surprises, les offres ont afflué d'Asie de l'Est. C'est de cette partie du globe qu'a débarqué l'Indonésien Erick Thohir, nouvel actionnaire majoritaire de l'Inter, l'autre club de la ville. Deux coalitions se démarquent alors, une chinoise et l'autre thaïlandaise. La seconde est menée par Bee Taechaubol, lequel se déplace même début mai dans l'antre du Cavaliere, la Villa San Martino à Arcore. Les deux comparses se saluent le lendemain par un Namasté devant les médias, tout semble fait. Toutefois, Berlusconi fait machine arrière quelques jours plus tard : " Je cherche quelqu'un qui puisse insuffler des capitaux dans le club, et non qui recherche de la popularité. " Dans le viseur, l'exposition médiatique et les multiples appels de pied sur les réseaux sociaux de la part du Thaïlandais. Les négociations sont au point mort, on reparle de l'offre chinoise, l'ancien Premier ministre fait également mine de vouloir rester seul à la tête du club avec un projet en tête : " Je veux un Milan jeune et italien ". Et qui pour le guider ? Carlo Ancelotti. Adriano Galliani, historique numéro 2 du club, passe plusieurs jours avec lui à Madrid pour tenter de le ramener là où il a tout gagné de 2001 à 2009. Entre démagogie et coup de bluff, Berlusconi nous ressort tout simplement son bon vieux classique à l'approche d'un grand rendez-vous politique. Un petit coup de propagande pour grappiller quelques voix supplémentaires en vue des élections régionales de la fin mai. Et donc, une fois le week-end électoral passé, l'ancien entraîneur du Real annonce qu'il ne reviendra pas, ce sera finalement Sinisa Mihajlovic qui succédera à Filippo Inzaghi. Le Serbe arrive de la Sampdoria et s'est classé 7e, soit trois places plus haut que le Milan. Retour à la normale ? Plutôt le calme avant la tempête. Le 5 Juin dernier, un communiqué conjointement signé par la Fininvest et Taechaubol annonce qu'un partenariat vient d'être conclu : " L'accord prévoit que le club reste entre les mains du président Silvio Berlusconi et la Fininvest, qui détiendra une majorité absolue de 52 %. " Ayant retenu les leçons de ses erreurs, le Thaïlandais a fait profil bas (on attend d'ailleurs ses premières déclarations officielles) tout en gardant contact avec les émissaires du Cavaliere, la piste chinoise ne servant finalement qu'à faire diversion et maintenir les requêtes élevées. Et cela a fonctionné, puisque Mr Bee s'est engagé à débourser 500 millions d'€ ! Une somme monstrueuse, plus du double du chiffre d'affaires du club, même si une grande partie sera réinjectée dans la recapitalisation du club voire la construction d'un nouveau stade. Les deux hommes se sont donné huit semaines pour clôturer l'affaire, mais le marché des transferts, lui, a déjà débuté. Sans perdre une seule seconde, le Milan s'y jette et change radicalement de comportement. En janvier dernier, Adriano Galliani était allé lui-même sonner à l'interphone de l'immeuble romain où habitait Mattia Destro. Une image qui avait fait le tour de l'Italie et qui résumait à elle seule l'inquiétante trajectoire de ce glorieux club. Aujourd'hui, l'homme à la célèbre cravate jaune se déplace en jet privé et parcourt l'Europe pour formuler des offres multimillionnaires. Mais, surtout, il ne voyage pas seul, et est accompagné de Nelio Lucas, administrateur délégué de la Doyen Sports Investment. Une société leader de la tierce-propriété dont le principe est de posséder les parts d'un joueur, système que la FIFA a régulé depuis le 1er mai. Mr Bee a fait de la DSI son " consultant technique ", et cette dernière s'est dite " impatiente de travailler avec l'un des plus grands clubs ". Le Milan peut ainsi profiter de son carnet d'adresses. Les joueurs visés ne laissent d'ailleurs transparaître aucun doute sur son influence. Qu'il s'agisse de Jackson Martinez du FC Porto, club très proche de la Doyen comme tous les cadors portugais, ou alors de Geoffrey Kondogbia qui fait partie de l'écurie de Nelio Lucas. Des éléments qui valent une trentaine de millions d'€, un chiffre qui n'a pas effrayé les rossoneri même si les tractations n'ont abouti à rien. Enfin, une tentative pour ramener ZlatanIbrahimovic au club a été faite. On est bien loin de la nouvelle ligne directrice jeune et italienne. Le Milan est parti à l'abordage et donne même l'impression d'opérer des achats compulsifs au détriment du projet technico-tactique. Pendant ce temps, Silvio Berlusconi continue d'émettre des doutes sur son nouveau partenaire : " Tout va bien avec Mr Bee, mais tout irait bien aussi sans lui... " Habitué à être seul aux commandes, son ego a du mal à se faire à l'idée de devoir partager les mérites d'un probable retour sur le devant de la scène. Néanmoins, le retard accumulé sur les rivaux italiens et européens ne lui laissait plus le choix. Le Cavalier, comme on le surnomme, avait besoin d'une nouvelle monture, elle sera made in Thaïland. Bee Taechaubol est un richissime magnat thaïlandais âgé de 42 ans. Né avec une cuillère d'argent dans la bouche, il s'est toutefois frayé un chemin tout seul. A 16 ans, Mr Bee, comme on le surnomme, faisait la plonge dans le restaurant familial en Australie. Trois ans plus tard, il fait son entrée dans le monde du business en créant un site internet, support de transactions immobilières. Grâce à ses amitiés dans la finance et le monde politique, il est devenu un homme de plus en plus influent et a été parfois consultant du gouvernement thaïlandais. Fan du Milan AC depuis tout petit, il a fondé la Global Legend Series, qui a pour but d'organiser des rencontres entre anciennes gloires, il est notamment très ami avec Fabio Cannavaro. Mr Bee est à la tête d'une fortune de plusieurs milliards d'€, mais le fond d'investissements qui a racheté 48 % des parts du Milan représente en fait plusieurs financiers. Le but étant, à court terme, de coter le Milan à la Bourse d'Hong-Kong. PAR VALENTIN PAULUZZI À MILAN - PHOTOS : REUTERSJackson Martinez, Geoffrey Kondogbia : on est loin de la ligne directrice jeune et italienne souhaitée par Silvio Berlusconi.