Le tennis belge ne laisse plus personne indifférent A l'heure où le titre de championne du monde par équipes conquis par l'équipe belge de Fed Cup à Madrid n'est déjà plus qu'un souvenir, il est une question qui doit être posée: quelles retombées financières pour l'ensemble du tennis belge un tel succès va-t-il avoir?
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Le tennis belge ne laisse plus personne indifférent A l'heure où le titre de championne du monde par équipes conquis par l'équipe belge de Fed Cup à Madrid n'est déjà plus qu'un souvenir, il est une question qui doit être posée: quelles retombées financières pour l'ensemble du tennis belge un tel succès va-t-il avoir?L'argent va-t-il, comme il serait logique de le penser, se mettre à couler à flots dans les caisses de la Fédération royale belge de tennis (FRBT) ou, au contraire, la modération sera-t-elle toujours de rigueur dans une période où la morosité ambiante n'incite guère les investisseurs à prendre des risques? A ce sujet, il est une précision, importante, qu'il convient d'apporter. Comme on le sait, depuis plus de vingt ans la FRBT est scindée en deux ligues: l'Association francophone de tennis (AFT) et la Vlaamse Tennisvereniging (VTV). Ce sont elles, et non la FRBT, qui perçoivent les cotisations des membres. "Nos seuls revenus proviennent de la Coupe Davis et de la Fed Cup", explique Yves Freson, le président de la FRBT. "De plus, la scission en deux ligues nous empêche d'avoir des sponsors nationaux. Ceux-ci se dirigent soit vers l'AFT, soit vers la VTV. Peut-être notre succès madrilène incitera-t-il un parraineur à investir à l'avenir uniquement dans l'équipe de Fed Cup? Ce n'est pas le cas pour l'instant". Les 200.000 affiliés (une augmentation d'environ 30.000 membres parmi lesquels de très jeunes enfants pour qui le tennis constitue le premier contact avec un sport), que devrait compter la FRBT en 2002 sont évidemment un point extrêmement positif. La fédération de tennis sera, et de loin, la deuxième fédération du pays après l'inamovible football. Comme le soulignait Justine Henin dans la capitale espagnole: "Depuis les succès de Kim à Roland Garros et les miens à Wimbledon, j'ai revu des enfants jouer au tennis dans les rues. Cela n'était plus arrivé depuis longtemps". Comme on le sait aussi, le demi-million de dollars (environ 22,5 millions de francs) ramené de Madrid n'ira pas tout droit dans les caisses fédérales. Deux tiers de la somme ont servi à rémunérer les quatre joueuses (Kim Clijsters, Justine Henin, Els Callens et Laurence Courtois) ainsi que l'entraîneur, Ivo Van Aken. "Le tiers restant nous est destiné", ajoute Yves Freson. "Une bonne partie de celui-ci servira d'abord à éponger les frais relatifs au déplacement à Madrid. A ce sujet, les problèmes liés à la disparition de la Sabena ne nous aideront pas puisqu'ils ont obligé la fédération à racheter à ses frais une grande partie des tickets retour. Une fois les frais comblés, notre souci premier sera de faire des réserves. Le récent match de Coupe Davis entre la Belgique et le Maroc à Liège a été déficitaire malgré le prix des places très raisonnable (800 francs la journée). Il faut savoir que le cahier des charges imposé par la Fédération Internationale (FIT) pour l'organisation des rencontres de Coupe Davis et de Fed Cup est de plus en plus démentiel. Difficile, dans ces conditions, de rentrer dans ses frais si l'adversaire n'est pas vendeur".La Fed Cup recommence en avrilOr au mois d'avril 2002 se profile un premier tour pour Clijsters et Cie face à un adversaire qui risque de ne pas attirer la grande foule. Heureusement, la popularité dont jouissent pour l'instant les deux joueuses laisse à penser qu'au cas où la rencontre aurait lieu en Belgique (le tirage au sort se déroulera au mois de décembre), l'AFT, qui en raison de l'alternance se verra confier l'organisation, n'aurait aucun mal à faire le plein en matière de spectateurs. "C'est tout le problème de la Fed Cup dans sa configuration actuelle", argumente Yves Freson. "Le groupe mondial comporte seize équipes. En fonction du système des têtes de série, les duels intéressants n'interviendront qu'au stade des quarts de finale. Dans la formule actuelle, soit une Fed Cup qui occupe trois semaines dans le calendrier international, l'idéal serait de réduire le groupe mondial de 16 à 8 équipes". Les succès signés par Kim Clijsters et Justine Henin tout au long d'une saison 2001 absolument exceptionnelle incitent, bien sûr, les responsables du tennis belge à revoir leurs ambitions à la hausse. Il est fini le temps où les coups de fil aux éventuels parraineurs se terminaient par un inévitable: -On verra plus tard. Tant du côté de l'AFT que de la VTV, on se trouve aujourd'hui en position de force lors des négociations. C'est la loi du marché. L'AFT veut-elle encore de Citroën?Le plus fort, c'est à dire celui dont l'offre est la plus élevée, remportera la mise. "Après six ans d'une collaboration fructueuse pour les deux parties avec l'AFT, nous ne savons pas aujourd'hui si nous continuerons à sponsoriser le tennis francophone", explique à ce sujet Roland Vandenbranden de chez Citroën. "Nous avons remis une proposition il y a un mois à l'AFT qui est un peu supérieure à celle de l'an dernier, mais l'association francophone temporise pour l'instant. Elle veut s'assurer qu'elle ne reçoit pas entre-temps une offre plus juteuse. Cette attitude est logique vu les résultats récoltés cette saison mais les attentes de l'AFT sont, selon nous, un peu excessives. Car plus que jamais, il faut rester les pieds sur terre". Et l'on touche là un point sensible qui revient dans la bouche de beaucoup de responsables des sociétés intéressées par un investissement dans le sport. La conjoncture actuelle, surtout après les attentats qui ont frappé New York et Washington le 11 septembre dernier, n'est pas bonne. Le tennis belge a recueilli des résultats inespérés il y a un an encore, c'est un fait que personne ne conteste. Mais ce n'est pas pour autant, semble-t-il, que l'on va se mettre à ouvrir toutes grandes les vannes. "Concernant notre collaboration avec l'AFT, le plus gros impact pour nous repose sur les épaules de Justine Henin", poursuit Roland Vandenbranden. Or, que nous rapporte réellement notre logo apposé sur la manche de la joueuse? C'est indéniablement un plus mais notre but n'a jamais été de sponsoriser un(e) seul(e) joueur(se). Justine, comme Olivier Rochus d'ailleurs, sont sponsorisés par Citroën à travers l'AFT. Notre budget, dont je ne dévoilerai pas le montant mais qui est le budget plus important de la branche belge, est versé depuis six ans à l'association francophone, pas à Justine ou à Olivier. Pour en revenir à la conjoncture, je dirais qu'elle est mauvaise de manière temporaire. Citroën est avec Peugeot la marque automobile qui a le plus progressé en Belgique en 2001. Mais qui sait de quoi sera fait 2002? La situation en Afghanistan nous rappelle tous les jours que la prudence reste de mise". Bacob: une formule qui marche avec les succèsGuère nouvelle, cette situation économique peu favorable a incité les sponsors à trouver de nouvelles formes d'investissements qualifiées d'originales et qui s'éloignent du sponsoring classique. Ainsi, chez Bacob, l'autre main-sponsor de l'AFT, on se réjouit de la Tennis-card lancée voici quelques mois en collaboration avec Mastercard. De quoi s'agit-il exactement? La Tennis-card est ce qu'on appelle dans les milieux spécialisés une affinity-card, c'est à dire une carte spécialement conçue à l'attention d'un groupe cible bien particulier. Relativement peu développées en Belgique, ces cartes connaissent un certain succès aux Etats-Unis. "Ce que nous recherchions, c'était un engagement dans le monde sportif au quotidien", insiste Thierry Martiny, responsable du service de presse de la Bacob. "C'est pourquoi nous n'avons pas investi dans une équipe de football, par exemple, mais bien dans un sport comme le tennis qui nous permet plutôt de viser un pan entier de la société touchant plusieurs centaines de milliers de personnes". L'originalité du sponsoring réside dans le mode de financement indirect imaginé par les signataires de l'accord. Outre le chiffre de base (6 millions répartis sur 4 ans), la Bacob s'engage à reverser 25% du prix de chaque carte de crédit vendue (soit 200 francs) aux clubs de l'AFT. Ce n'est pas tout: la banque s'engage également à reverser 0,1% des dépenses effectuées grâce à la carte. "Tant les 200 francs que le pourcentage des dépenses sont entièrement versés au club désigné par le titulaire de la carte", poursuit Thierry Martiny. "A partir du 1er mars 2003, la répartition sera effectuée de la manière suivante: un tiers ira au club, un tiers à la région du club et le dernier tiers à l'AFT. A travers notre sponsoring, nous cherchons à toucher toutes les couches du tennis francophone". Un tel sponsoring, qualifié d'important par la Bacob, repose évidemment sur le succès que rencontrera la carte. Plus les passionnés de tennis l'achèteront, plus la Bacob et le tennis francophone se frotteront les mains.Florient Etienne