1. La gestion du groupe comme nouveau coach

La situation n'était pas évidente pour quelqu'un qui débarquait de l'étranger et devait s'adapter à un groupe composé de quelques égos surdimensionnés. Le titre de mai 2008, après 25 ans de disette, ne constituait pas un avantage pour un entraîneur qui, pour les supporters, était un illustre inconnu comparativement à l'icône Michel Preud'homme.
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La situation n'était pas évidente pour quelqu'un qui débarquait de l'étranger et devait s'adapter à un groupe composé de quelques égos surdimensionnés. Le titre de mai 2008, après 25 ans de disette, ne constituait pas un avantage pour un entraîneur qui, pour les supporters, était un illustre inconnu comparativement à l'icône Michel Preud'homme. Pour les joueurs, la centaine de sélections en équipe de Roumanie et le doublé avec le Sporting du Portugal en tant que coach ne représentaient pas non plus grand-chose. LaszloBölöni devait se faire respecter par toutes les composantes du club et sa méthode de la main de fer dans un gant de velours a très bien été acceptée. Bien que de nombreux titulaires soient jeunes, ils ne se comportent plus comme des ados et on ne doit pas jouer au gendarme avec eux. Par contre, certains conflits ont éclaté au grand jour, notamment en plein match. Il y en a certainement eu en interne aussi mais on n'en a pas trop parlé. La résolution du récent problème Milan Jovanovic-Axel Witsel a été effectuée en deux coups de cuillère à pot sans faire de bruit. La paire Preud'homme-Boloni nous a refait le coup de RaymondGoethals en 1982 et 1983. Le départ fin août du grand Marouane, après trois matches, a provoqué beaucoup d'émoi chez les supporters inquiets de voir partir une des pièces importantes de l'équipe, véritable box to box du groupe, présent dans le travail défensif, capable de s'imposer dans le trafic aérien dans les rectangles et buteur à l'occasion ? Bölöni a convaincu, dans un style complètement différent, Steven Defour de reprendre le rôle. Le Standard y a gagné en construction, le capitaine donnant l'impulsion des offensives par une activité aux quatre coins du terrain, travaillant beaucoup plus latéralement que le joueur d'Everton. Ce comportement apporte beaucoup plus de variété dans le jeu du Standard en possession de balle et permet aussi de récupérer des ballons dans des zones de terrain peu exploitées auparavant. Defour se trouve toujours très proche du demi d'aile et le pressing est alors plus intense à cet endroit. Cela permet de se réapproprier le ballon plus haut dans le jeu, de soulager la défense et d'offrir plus de solutions pour contre-attaquer rapidement. Au mercato d'hiver, le transfert de Dante Bonfim a aussi engendré quelques frissons mais le Roumain a trouvé la solution avec le très jeune Eliaquim Mangala, supplanté après le match d'Anderlecht par Landry Mulemo qui termine la saison en boulet de canon. L'équipe a un peu perdu en taille sur phases arrêtées mais a gagné en vivacité et en agressivité. Bref, ces deux pertes ont été gérées à la perfection par Boloni. En début de saison, le coach n'a jamais aligné de concert Milan Jovanovic, Igor de Camargo et Dieumerci Mbokani. Puis, Jova a été déplacé sur le côté et même si le Serbe estime que ce n'est pas sa meilleure place, il y est très performant. A cette position, il bénéficie de plus d'espaces et il peut aussi être dangereux en rentrant balle au pied vers l'axe. Son jeu défensif n'étant pas son point fort, il aurait pu y avoir un déséquilibre en perte de balle mais Milan a appris très vite et son repositionnement défensif s'est amélioré au point de devenir très utile comme demi gauche. Ce changement tactique a amené plus de débordements par les flancs (avec Wilfried Dalmat à droite) et la présence conjuguée dans l'axe de de Camargo et Mbokani offrait plus de présence dans le trafic aérien que lorsque le serbe évolue en pointe. En fin de saison, suite à la blessure de de Camargo, le coach a replacé le Serbe en pointe à côté du Congolais. Cela a permis à Mehdi Carcela de s'affirmer comme demi gauche et de rendre de précieux services dans un effectif que beaucoup disaient trop court après le mercato d'hiver. Le 26 septembre, alors que les deux équipes sont au coude à coude avec 13 points sur 15, le Standard accueille le Clasico. Laszlo Bölöni démontre, avec sa compo de départ, son envie de prendre trois points en alignant de concert de Camargo, Jovanovic et Mbokani. A l'inverse, Ariel Jacobs aligne en pointe le seul Mbark Boussoufa auquel il demande de décrocher en perte de balle pour laisser l'initiative au duo central Oguchi Onyewu- MohamedSarr. Sur les flancs, Stanislas Vlcek et Jonathan Legear devaient bloquer les sorties de Dante et Marcos Camozzato. Le coach roumain, malgré l'ouverture du score des Anderlechtois, n'a jamais paniqué et a demandé à ses joueurs de remettre l'ouvrage sur le métier, leur insufflant une énorme envie de gagner récompensée à la dernière minute. Une déviation de la tête de Mbokani, sur un long ballon venant de l'axe central défensif, en direction de Jovanovic, a permis au Serpent d'arracher la victoire sans laquelle le test match eût été illusoire. Ce fut une victoire importante par rapport au décompte final et une très bonne chose pour le foot : la victoire est tombée dans l'escarcelle du coach qui a initié une tactique pour gagner plutôt que de pratiquer le jeu de l'adaptation. Privé de Camozzato, l'entraîneur a pris le risque de relancer Mangala, écarté depuis le match du stade Constant Vanden Stock, qui plus est côté droit alors qu'il est gaucher... et dans la zone de l'excellent Bryan Ruiz. Heureusement pour le jeune Standardman, le Costaricien a beaucoup bougé et évolué dans d'autres portions de terrain que du côté gauche. Le 4-4-2 de la première mi-temps avec Jovanovic en pointe et Axel Witsel décalé à gauche posait quelques problèmes en perte de balle avec une possession de balle gantoise proche des 70 %. L'ouverture du score à la 45e par le Soulier d'Or sur penalty prouve que le conflit entre les deux joueurs de la semaine précédente était définitivement réglé. Si le Serbe a proposé à Axel d'exécuter la sentence, une partie du mérite en revient certainement à Bölöni. Le coach a aussi replacé Witsel dans l'axe en demandant à Jova de défendre côté gauche face à Christophe Grondin, le système devenant un 4-5-1. L'initiative du jeu était de toute manière laissée aux joueurs de Michel Preud'homme mais il y avait un meilleur équilibre entre les lignes en perte de balle et en contre, Dieumerci et Milan ont eu la balle de break mais l'ont manquée. Tout aurait pu s'écrouler à la dernière minute sans le penalty détourné par Sinan Bolat, préféré par l'entraîneur pour les sept derniers matches avec un bilan exceptionnel de 19 sur 21 et de 2 buts encaissés... Privé de Milan Jovanovic lors du match aller à Anderlecht, Laszlo Bölöni a longtemps hésité entre un système plus défensif avec Benjamin Nicaise comme demi récupérateur et une option plus risquée avec Mehdi Carcela comme milieu gauche. N'écoutant que son courage, l'entraîneur a opté pour la jeunesse et l'offensive en titularisant l'élégant gaucher. Ce dispositif a permis de prendre à la gorge le 3-4-3 d' Ariel Jacobs et avec un peu plus de réussite et d'efficacité, le double barrage aurait pu être joué dès la mi-temps. La deuxième période a permis aux Mauves de retrouver quelques couleurs et d'obtenir un score de parité somme toute honorable. Le match retour n'a jamais atteint le niveau que l'on est en droit d'attendre d'un tel sommet. Le retour du Serpent reléguait logiquement le jeune Carcela sur le banc et le suspendu Tomislav Mikulic était remplacé par Mohamed Sarr. Le 4-4-2 de Bölöni se transformait souvent, dans les 2 matches, en 4-5-1 avec un Igorde Camargo qui redescendait dans l'entrejeu. Cette disposition tactique a été payante au retour, Anderlecht ne se montrant jamais menaçant. Le seul changement réalisé par Bölöni fut la sortie en toute fin de match de Wilfried Dalmat pour Réginal Goreux : le coach ne voulait certainement pas modifier un 11 qui restait sous la menace d'éventuelles prolongations. Mais pour cela, il aurait fallu qu'Anderlecht se crée une occasion digne de ce nom.l par étienne delangre