L onely, small and beautiful business : ce pourrait être la devise de Kismet Eris, d'origine turque, homme de Droixhe, ex-enseignant et passionné de mécaniques rutilantes. Ce diplômé en langues s'est lancé sans faire de bruit et il réussit en ayant gardé sa discrétion. Ses joueurs phares sont surtout des fidèles. " Je marche à la confiance, je préfère une bonne parole à un contrat qui ne vaut rien ", dit-il. " Je m'occupais d'une équipe de mini-foot à Droixhe, j'étais éducateur social là-bas et il était fréquent que des joueurs m'appellent pour aller négocier avec eux en Flandre ou aux Pays-Bas, vu que je parle cour...

L onely, small and beautiful business : ce pourrait être la devise de Kismet Eris, d'origine turque, homme de Droixhe, ex-enseignant et passionné de mécaniques rutilantes. Ce diplômé en langues s'est lancé sans faire de bruit et il réussit en ayant gardé sa discrétion. Ses joueurs phares sont surtout des fidèles. " Je marche à la confiance, je préfère une bonne parole à un contrat qui ne vaut rien ", dit-il. " Je m'occupais d'une équipe de mini-foot à Droixhe, j'étais éducateur social là-bas et il était fréquent que des joueurs m'appellent pour aller négocier avec eux en Flandre ou aux Pays-Bas, vu que je parle couramment le néerlandais. Cela me plaisait. Quand j'ai appris qu'à partir de 2001, il ne faudrait plus déposer une grosse caution pour avoir la licence, mais passer un examen, je me suis inscrit. J'ai participé à la toute première session organisée par la FIFA. " Six joueurs pros en Belgique, l'agent liégeois n'en veut pas plus. Il s'occupe aussi d'un footballeur en D2 turque et a quelques poulains au MVV Maastricht. Pour le reste, il guide une dizaine de jeunes âgés de 15 à 18 ans qui sont tous dans des clubs belges de D1. Comme d'autres, il a vu lui filer entre les doigts l'un ou l'autre joueur dont il s'était occupé pendant des années. " C'est inévitable dans un pays où l'agent n'a aucune protection. Votre travail peut être subitement exploité par quelqu'un d'autre, un joueur peut changer d'agent parce que le cousin de la s£ur de l'oncle de son président arrive à l'amadouer. Ou parce que son club lui met la pression. Mais cela ne me perturbe pas. Je crois en Dieu et je sais que tout se paye au final, en bien ou en mal. Et je préfère être lâché par un footballeur que l'inverse car lui n'a qu'une carrière alors que moi, j'ai déjà fait et je ferai encore d'autres choses. J'ai déjà vu tellement de dérives que je ne suis pas sûr de tenir encore plus de cinq ans. Je proviens du milieu de l'enseignement, où les valeurs sont très différentes. C'est peut-être pour cela que j'ai eu du mal à me faire aux méthodes des agents et que certains m'ont pris pour un naïf. Le monde des managers est à l'image du monde du foot : plein de requins. Et encore... Il y a des requins qui ont plus de pitié que certaines personnes du football. Le requin, lui, n'est pas prêt à croquer toutes les personnes qui se dressent sur sa route. J'ai croisé beaucoup de dirigeants, de joueurs, de parents inhumains. C'est effroyable, par exemple, le nombre de parents qui considèrent leur fils comme une source de revenus. "Le " faux naïf " a réussi quelques jolies opérations. " Au moment où Bolat et Benteke ne voulaient pas prolonger à Genk, j'ai fait le mort et le club a fini par venir vers moi pour me dire : -Trouve-leur une autre équipe. Genk devenait demandeur. Ils ont ainsi pu aller au Standard pour une somme modique. J'ai aussi bien mené ma barque avec Pocognoli. L'AZ demandait une somme exorbitante, beaucoup trop pour le Standard. Mais je savais que le sponsor principal du club hollandais allait faire faillite, ce qui n'était pas encore connu du public. J'étais en position de force face aux dirigeants pour faire baisser le prix du joueur. " PAR PIERRE DANVOYE - PHOTO: IMAGEGLOBE" C'est effroyable le nombre de dirigeants, de joueurs et de parents inhumains. "