Sans le savoir, Axel Lawarée met peut-être en pratique une des phrases de Voltaire: "J'ai décidé d'être heureux, c'est bon pour la santé". Cette joie de vivre, il l'a retrouvée à Bregenz. L'Austria Vienne vient de proposer un million d'euros pour se payer l'edelweiss du Vorarlberg, cette région située sur les rives du lac de Constance. En Autriche, c'est une fortune mais le club désormais entraîné par Regi Van Acker n'a pas voulu faire sauter la banque: Axel terminera probablement la saison à Bregenz.
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Sans le savoir, Axel Lawarée met peut-être en pratique une des phrases de Voltaire: "J'ai décidé d'être heureux, c'est bon pour la santé". Cette joie de vivre, il l'a retrouvée à Bregenz. L'Austria Vienne vient de proposer un million d'euros pour se payer l'edelweiss du Vorarlberg, cette région située sur les rives du lac de Constance. En Autriche, c'est une fortune mais le club désormais entraîné par Regi Van Acker n'a pas voulu faire sauter la banque: Axel terminera probablement la saison à Bregenz. Sa famille s'y sent bien, lui aussi: cela vaut cher. Le football a mis son manteau blanc au pays de la légendaire Sissi et les Lawarée en ont profité afin de passer quelques semaines en Belgique. A Vivegnis, entre Herstal et Oupeye, ils ont récemment acquis une magnifique et ancienne bâtisse qui a du caractère. Coincée parmi d'autres habitations de ce hameau, on ne la voit pas tout de suite. Mais quelle merveille quand le porche s'ouvre sur la cour intérieure de la Ferme des Vignerons. "Quand nous avons vu cette maison pour la première fois, ce fut tout de suite le coup de foudre", lance Axel Lawarée. "C'était exactement ce que nous cherchions. Notre demeure moderne fut vite vendue et nous avons, en quelque sorte, remonté le temps en nous installant dans cette ferme qui a été rattrapée petit à petit par l'urbanisation sans perdre son authenticité".Marianne, l'épouse d'Axel, est originaire de Vivegnis et elle a déjà mené des recherches à propos de ce bâtiment construit en 1789. Ses grands-parents se souviennent du temps où cette petite ferme accueillait encore des animaux. Des abreuvoirs en pierre bleue, des mangeoires et des étables transformées en salle de séjour en témoignent. "Mais elle est surtout connue sous son nom de Ferme des Vignerons", raconte Axel Lawarée. "Il y a encore quelques pieds de vigne qui décorent l'un ou l'autre mur extérieur: mon beau-père tentera de les sauver". Le footballeur rêve-t-il d'une récolte en nous offrant un verre de Pinot noir? "J'adore le bon vin", dit-il. "En Autriche, j'ai été étonné de découvrir des merveilles en bouteille". En bouquinant, Axel et Marianne découvriront que Napoléon avait détruit la viticulture en Belgique: il fit arracher toutes les vignes à l'époque de la domination française. "Il y a aussi un toit à retaper mais, pas de problème, j'adore utiliser mes mains", affirme Axel Lawarée. "Quand ma carrière sera terminée, je saurai quoi faire. Nous avons découvert des caves secrètes où des résistants et des réfugiés se seraient cachés durant la dernière guerre afin de se protéger des bombardements ou d'échapper aux Nazis. D'anciens propriétaires ont même dessiné une croix avec des payés: j'en chercherai la raison. L'intérieur de la maison est impeccable avec des escaliers et même deux magnifiques armoires d'époque". Du bois bien sec attend qu'on le dépose dans la cheminée de la vaste salle de séjour où il doit être agréable de se réunir autour d'une table et d'une tartiflette garnie de grosses tranches de reblochon.A 29 ans, Axel Lawarée a visiblement mûri. Serein, il mesure tout ce qu'il doit au football: "Sans le sport, j'aurais certainement mal tourné. J'étais quand même un gamin de merde, fragilisé par le divorce de mes parents. J'ai tout vu et tout appris à Seraing. Georges Heylens y est devenu une sorte de tuteur pour moi. Presque un deuxième père. Pourtant, j'ai parfois été à deux doigts de le frapper. J'en avais marre d'être le joker de Seraing. Il promettait publiquement de me faire jouer mais c'était pour faire pression sur Istvan Balogh. Difficile de se retrouver ensuite 16ème homme, et de prendre place dans la tribune après avoir annoncé la grande nouvelle à toute la famille. Cela m'a forgé le caractère. Si Georges Heylens me demandait de revenir un jour dans un club de D1, je rentrerais à pied pour lui, les yeux fermés. Avant que je ne fasse sa connaissance à Seraing, nous étions dirigés par Hugo Bargas. C'était la république et, entre autres, les joueurs mangeaient comme des porcs. Nous nous empiffrions tous les midis. C'était la version sérésienne de la Grande Bouffe...24 heures après l'arrivée d'Heylens, nous passions au régime pain, jambon, crudités, confiture". "J'ai pris de l'importance" C'est loin tout cela et depuis la fin du grand Seraing de Gérald Blaton (1996), il y eut le Standard, Valence, Mouscron et surtout Bregenz. "Je trouve que la Belgique est, hélas, un pays très pessimiste", avance Alex Lawarée. "Rien n'est jamais bon et on ne profite que rarement des bons côtés de la vie. En Espagne, où je ne suis pas resté longtemps, et surtout en Autriche, l'estime pour autrui est autrement plus importante. On y voit la vie avec optimisme. La mentalité belge est souvent décourageante. Chez nous, on n'apprécie pas le succès des autres et c'est assez usant. Il y a sans cesse des secrets aussi. Quand j'étais au Standard, après la reprise de Seraing, j'ai appris que j'appartenais à des investisseurs privés, pas au club. Malgré une bonne saison, j'ai été prêté, de force car je n'avais pas le choix, à Valence, pour qu'ils récupèrent de l'argent sur ma tête. Triste. A Mouscron, j'ai été traité comme de la marchandise qu'on néglige quand elle ne rapporte plus rien. Il y a beaucoup d'égoïstes en Belgique. Moi, j'ai pas mal donné et j'ai finalement peu reçu. Je me suis sacrifié pour d'autres footballeurs, j'ai bossé pour eux, pour qu'ils puissent jouer plus facilement mais je n'ai jamais eu droit à un merci. C'est tellement différent à l'étranger et je me demande parfois si je pourrais encore jouer dans un tel climat belge. Cela aigrit un homme. Heureusement, ce que je vis en Autriche est une mise au point, pas une revanche. Non, une façon de prouver que j'existe, que je vis bien, que je suis performant. Je suis reparti de rien en Autriche. Un an et demi plus tard, je suis le capitaine. On me consulte pour pas mal de choses à propos de l'équipe. Ce ne fut jamais le cas en Belgique. J'ai pris de l'importance et, même si je n'en fais pas tout un plat, c'est quand même agréable. Cela prouve que je suis un bon pro". Bregenz est dirigé par un président assez fantasquequi a fait fortune dans l'Horeca. Il a remis ses affaires à ses enfants et ne s'occupe plus que du club de football de sa ville. Il est généreux mais ses décisions sont parfois assez pittoresques. Il y a quelques mois, le bonhomme repéra un joueur en Bosnie mais ramena aussi un arrière, en plus du gardien, dans ses bagages. Cela représenta une grosse dépense. Or, un des deux renforts bosniaques fumait comme un sapeur-pompier de Sarajevo et faisait de l'acide lactique rien qu'en marchant. Ils s'ennuient visiblement au pied des montagnes autrichiennes mais ils ont coûté la peau des fesses des pantalons tyroliens au club et doivent jouer même s'ils ne sont pas dignes du plus mauvais glühwein. Prosit... "Le président Grill (oui, oui, c'est son vrai nom) est parfois fantasque mais il a le coeur sur la main", dit Axel Lawarée. "Je le connais. Je l'apprécie, et quand on sait s'y prendre, c'est un homme charmant.A moyen terme, il entend construire un nouveau stade, devenir le grand phare sportif de la région, être une forte réalité dans le paysage du football autrichien qui a perdu le FC Tirol emporté par une tourmente financière". Sur une idée d'Axel Lawarée, Bregenz a acquis un autobus moderne. Les joueurs n'y sont plus à l'étroit et peuvent même se coucher à l'étage, ce qui n'est pas inutile lors de voyages qui durent parfois huit heures. "Le club se professionnalise de plus en plus", avance Axel Lawarée. "Nous avons un énorme problème depuis un an et demi: notre défense n'est pas du tout à la hauteur. Bregenz encaisse trop de buts et nous devons galoper sans cesse derrière les événements. Quand on ne marque pas quatre buts, on perd". La preuve par le résultat face au Rapid de Vienne: 3-6. Le club de Lawarée est neuvième à deux points de l'antépénultième, Karnten, et l'écart avec le deuxième, Pasching, n'est que de 12 unités. La défense a encaissé 35 buts en 21 matches. Et Axel a marqué 16 des 29 buts de Bregenz. L'Austria Vienne domine les débats puis c'est la bagarre de la deuxième à la dixième place de la D1. Bregenz n'est qu'à neuf points d'une place en Coupe de l'UEFA. Les équipes se rencontrent quatre fois et disputent donc 36 matches de championnat. Le Liégeois estime que son club retrouvera vite une place plus en rapport avec ses ambitions mais ne joue-t-il pas gros dans cette aventure? Une chute en D2 ne réduirait-elle pas à néant son prestige de meilleur buteur de la D1 autrichienne? "Je me suis libéré en Autriche""Je ne crois pas que Bregenz plongera un étage plus bas", avance-t-il. "Cela dit, je me trouverai peut-être bientôt devant un choix cornélien. Je me sens bien à Bregenz et je me demande un peu comment ma famille digérerait un nouveau déménagement: Marianne, ma femme, Lucas et Pauline, nos enfants, sont heureux. Le seraient-il autant dans une grande ville? J'ai encore un an et demi de contrat". Le président de Bregenz devrait lui offrir sous peu une prolongation de l'accord en cours. Cela lui offrirait une grosse marge de sécurité. Mais que fera Bregenz si l'Austria acceptait de payer les trois millions que Herr Grill demande pour Axel? "Si c'est le cas, demain ou après-demain, je consulterai longuement ma femme", affirme Axel Lawarée. "A Bregenz, je compte, je ne suis pas qu'un numéro. Dans un grand club, il suffit parfois d'une blessure pour qu'un joueur soit éliminé et considéré comme...amorti en tant qu'investissement. Cela dit, quand l'Austria vous demande, c'est forcément un couronnement. Ce club a une magnifique réputation européenne. Ce serait la certitude de prendre part à la Ligue des Champions: cela compte mais je ne veux pas faire passer mes ambitions sportives avant tout. Je ne dois pas être le seul à trouver mon bonheur dans un grand transfert. Tout est très aléatoire en football et c'est la famille qui doit d'abord être gagnante. Je préfère être heureux à Bregenz que d'avoir du succès ailleurs où les miens ne seraient pas totalement épanouis. Je retourne évidemment ce problème dans tous les sens. L'Austria s'est déjà adressée à mon manager, Didier Frenay. Les leaders cherchaient en priorité un bélier à la Ali Lukunku .mais reviendront à la charge pour moi". Le temps fait son oeuvre au profit d'Axel Lawarée. La saison passée, il s'est offert 20 buts. Axel en a déjà inscrit 16 lors de ce championnat et son bilan sera, selon toute vraisemblance, encore meilleur à la fin de cet exercice. Les cinq buts que le maillon fort de Bregenz a marqués face au Casino Salzbourg défraya la chronique. Seul Hans Krankl avait fait mieux que lui au pays des skieurs. "Cela a certainement multiplié l'intérêt à mon égard", analyse-t-il. "L'Austria n'a pas été le seul club à frapper à ma porte. Il y a en a eucinq autres, pas tous d'Autriche. Je ne suis pas obsédé par le titre de meilleur buteur. Mais cela me ferait grand plaisir de le décrocher. Ce serait une première pour un joueur belge. Je sais que certains feront la fine bouche chez nous, comme d'habitude, mais je peux leur affirmer que le championnat autrichien n'a rien à envier à celui de Belgique. Je me suis libéré en Autriche. On ne prend plus de décision à ma place".Pierre Bilic"Je ne sais pas si je pourrai me réadapter au pessimisme belge" "L'Austria n'est pas le seul club à frapper à ma porte"