L'Afrique

"Depuis mon arrivée en Belgique en 2003, tout le monde m'appelle Zanzan. Mais mon surnom, en réalité, est Zam Zam. En dialecte togolais, il signifie l'eau purifiée. En l'occurrence celle de La Mecque, où mon père avait effectué le fameux pèlerinage l'année même de ma naissance, en 1980. Deux ans plus tard, ce fut au tour de ma mère d'entreprendre à son tour le Hadj. Pareil voyage en Arabie Saoudite est onéreux à partir de Lomé, la capitale togolaise où mes parents, mes quatre frères et deux s£urs vivions. Mais j'ai eu la chance de naître dans une famille aisée, faite de commerçants. Mes parents auraient d'ailleurs voulu que je leur emboîte le pas, mais seul le football m'intéressait. A 16 ans, j'ai même délaissé les études pour vivre à fond ma passion au Modèle Lomé, l'un des grands clubs au côté de l'Etoile Filante et du Dynamic. Mon frère, Smaila, allait m'imiter et évolue toujours à l'AS Douanes.
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"Depuis mon arrivée en Belgique en 2003, tout le monde m'appelle Zanzan. Mais mon surnom, en réalité, est Zam Zam. En dialecte togolais, il signifie l'eau purifiée. En l'occurrence celle de La Mecque, où mon père avait effectué le fameux pèlerinage l'année même de ma naissance, en 1980. Deux ans plus tard, ce fut au tour de ma mère d'entreprendre à son tour le Hadj. Pareil voyage en Arabie Saoudite est onéreux à partir de Lomé, la capitale togolaise où mes parents, mes quatre frères et deux s£urs vivions. Mais j'ai eu la chance de naître dans une famille aisée, faite de commerçants. Mes parents auraient d'ailleurs voulu que je leur emboîte le pas, mais seul le football m'intéressait. A 16 ans, j'ai même délaissé les études pour vivre à fond ma passion au Modèle Lomé, l'un des grands clubs au côté de l'Etoile Filante et du Dynamic. Mon frère, Smaila, allait m'imiter et évolue toujours à l'AS Douanes. Je ne suis pas resté longtemps au Modèle, car après une saison à peine, j'ai mis le cap sur l'Asko à Kara, la deuxième ville du pays. Durant les années 90, ce club s'était érigé en principal rival du Semassi Sokodé, dont est originaire le premier footballeur togolais à s'être forgé une jolie réputation en Belgique : Atty Affo. L'occasion m'y fut donnée d'effectuer mes débuts sur le continent africain. C'était en 1997, pour les besoins de la Coupe de la CAF, qui correspond à la C2 en Europe. Je ne suis d'ailleurs pas près d'oublier cette entrée en matière puisque mes nouveaux coéquipiers et moi avions été étrillés 7-0, puis 1-3 par l'Espérance Sportive Tunis, déjà un grand d'Afrique à cette époque. Pour ma deuxième expérience à ce niveau, avec les Nigériens de la Jeunesse Sportive Ténéré, en préliminaires de la Ligue des Champions cette fois, les Tunisiens se dressèrent à nouveau sur notre route. Avec deux nouveaux revers à la clé : 3-1 et 1-0. Mon passage dans les rangs de la JS, à Niamey (Niger), n'aura pas été très long : quelques mois à peine. Je ne me suis jamais acclimaté à Niamey. A Lomé, ville côtière, j'étais habitué à un certain type de nourriture : poisson au lieu de viande. En plus, Lomé est située sur l'Atlantique et le climat y est supportable grâce au vent. Niamey, en revanche, apparaît comme une enclave dans le désert. D'ailleurs, le nom du club, Ténéré, en dit long... Les séances de préparation y avaient toujours lieu très tôt le matin et les matches tard le soir mais les températures restent très élevées. 35 degrés en soirée... En dépit d'un beau contrat, j'ai rallié la Côte d'Ivoire (Abidjan) à destination du FC Satellite. Ce pays faisait office de sommet pour les joueurs d'Afrique de l'Ouest. Au même titre que le nord du continent a ses clubs emblématiques, comme l'Espérance Sportive Tunis et l'Etoile du Sahel de Sousse (Tunisie), le Raja et le WAC Casablanca (Maroc) ou El Ahly et le Zamalek (Egypte), Abidjan a toujours eu ses clubs phares avec l'ASEC, le Stella et le Stade. Dans la hiérarchie, le FC Satellite n'était que le quatrième par ordre d'importance mais il suffisait amplement à mon bonheur ". " Je savais de toute façon qu'il servirait pour moi de passerelle vers l'Europe et c'est ce qui s'est vérifié en 2002 quand, à l'instigation du manager Willy Verhoost, j'ai pris le chemin de la Belgique. En principe, j'aurais dû aboutir à Lokeren à ce moment-là mais le club trouva un terrain d'entente avec le Germinal Beerschot où je fus loué jusqu'en juin 2003 avant de prendre la direction de Daknam. Au total, je serai resté l'espace de trois campagnes chez les Waeslandiens. Pendant les deux tiers de mon parcours là-bas, je n'ai jamais eu qu'à m'en féliciter. Mais la fin fut moins heureuse. En raison de problèmes de cartilage au genou, les dirigeants voulaient que je fasse l'impasse sur la phase finale de la CAN en Egypte cette année ". " J'avais à c£ur de défendre les couleurs de mon pays, qui s'était non seulement hissé au stade ultime de cette épreuve mais qui avait aussi arraché sa qualification pour la Coupe du Monde. C'était une première dans l'histoire du Togo et cette perspective ne pouvait me laisser indifférent. Si j'ai disputé la compétition au Caire, le Mondial me sera malheureusement filé sous le nez. Avant cette épreuve, en ma qualité de capitaine de la sélection, j'avais réclamé des comptes à la fédération, entendu que certaines primes n'avaient toujours pas été payées. On m'a fait payer cher mon attitude : je n'ai pas été repris dans la liste des 23 pour l'Allemagne. C'est la plus grande déception de ma carrière. J'en veux non seulement aux dirigeants mais aussi à mes coéquipiers de l'équipe nationale qui m'ont tous laissé tomber. Ils avaient peur de subir les foudres et ont préféré jouer cavalier seul. Récemment, la fédé a repris langue avec moi pour que je me remette au service de l'équipe dans le cadre des éliminatoires de la CAN 2008. Mais je ne tiens pas à porter le maillot des Eperviers pour l'heure. Je préfère utiliser toute mon énergie pour aider le Brussels où je me sens bien. Jusqu'à présent, j'ai joué la plupart des matches au back gauche et je pense avoir chaque fois tiré mon épingle du jeu. J'ai même eu la satisfaction d'inscrire un but contre Mouscron. Je ne regrette qu'une chose jusqu'ici : la réaction hostile du public de Roulers, qui nous a pris en grippe, Ebou Sillah et moi, lors de notre visite là-bas. Ce racisme primaire n'a pas sa place ici ". BRUNO GOVERS