Le lundi 23 février est un grand jour pour la jeunesse anderlechtoise. Plus question cette fois de l'anonymat des joutes brumeuses du championnat U21 disputées du côté de Dender ou du stade Edmond Machtens, place cette fois au Barça, au stade Constant Vanden Stock et ses tribunes bien garnies par un public venu assister aux huitièmes de finale de la UEFA Youth League (la Ligue des Champions des moins 19 ans). Un peu moins de 10 heures avant d'en découdre, les joueurs débarquent au compte-gouttes au centre d'entraînement de Neerpede. Dans le bureau des coaches, ça s'active déjà. Mohamed Ouahbi, coach des U21 et de l'équipe " Next Gen ", peut compter sur les bons conseils de Thierry Verjans, coach des U17 et analyste vidéo de la journée. Seul le sémillant préparateur physique, Hubert Lemerre manque à l'appel, retenu en tant que juré dans un procès d'assises du côté de Mons.
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Le lundi 23 février est un grand jour pour la jeunesse anderlechtoise. Plus question cette fois de l'anonymat des joutes brumeuses du championnat U21 disputées du côté de Dender ou du stade Edmond Machtens, place cette fois au Barça, au stade Constant Vanden Stock et ses tribunes bien garnies par un public venu assister aux huitièmes de finale de la UEFA Youth League (la Ligue des Champions des moins 19 ans). Un peu moins de 10 heures avant d'en découdre, les joueurs débarquent au compte-gouttes au centre d'entraînement de Neerpede. Dans le bureau des coaches, ça s'active déjà. Mohamed Ouahbi, coach des U21 et de l'équipe " Next Gen ", peut compter sur les bons conseils de Thierry Verjans, coach des U17 et analyste vidéo de la journée. Seul le sémillant préparateur physique, Hubert Lemerre manque à l'appel, retenu en tant que juré dans un procès d'assises du côté de Mons. 11H00 première séance tactique du jour. Les joueurs se posent dans la salle " vidéo " où sont projetés les points forts de l'hôte de la soirée. Du Barça pur jus, où jeu court et possession de balle font merveille. Certains semblent impressionnés par la compilation des buts des Catalans en Youth League. " A aucun moment, ils ne balancent ", précise Mo Ouahbi. " A nous de les presser haut, de les empêcher de mettre leur jeu en place. Notre succès de ce soir dépendra de notre faculté à les ennuyer. " Le coach des U21 a tout connu à Anderlecht. Des U8 aux U21, il a grimpé les échelons d'un club et de ses jeunes. Ce passionné de foot international, et plus particulièrement du Real Madrid, a vu en onze saisons son club se transformer. Et en bien. " A mes débuts, chaque coach débarquait avec sa propre méthode, sa propre manière de voir le foot. Personne ne me disait ce que je devais faire, il n'y avait aucun modèle d'entraînement. Aujourd'hui, il y a continuellement des réunions, il y a du " recyclage " entre coaches, on montre aux autres nos projets, il y a un échange entre tous, des U8 aux U21. Alors qu'à mon arrivée au club, je ne discutais jamais avec le coach au-dessus de moi. Désormais, il y a une ligne de conduite, des thèmes à respecter. Le contenu est le même, seule la forme varie en fonction de l'entraîneur. " " Jean Kindermans (ndlr, directeur de la formation à Anderlecht) a joué un rôle crucial dans cette métamorphose ", poursuit Ouahbi. Son bras droit, Dirk Gyselinckx (ancien coordinateur des jeunes) aussi. Des méthodes nouvelles et une volonté de former des techniciens. Monsieur Kindermans ne jure que par ce type de joueur. On doit toujours proposer du jeu, être dominant. Même face à Barcelone. Là aussi tout a changé. Quand je coachais les petits et que je voyais les " plus grands ", je voyais souvent des longs ballons, des joueurs costauds. Aujourd'hui, un coach champion avec de longs ballons, et une défense à 5, est viré la saison d'après. Désormais, on met en place un 3-4-3 jusqu'en U15-U16. Et tant pis si en face, il y a trois grands blacks aux avant-postes, on continue à jouer à 3 derrière. Le tout, c'était d'avoir le ballon. Ce système oblige les joueurs à développer beaucoup d'aspects : lecture du jeu, anticipation, déplacements. Par après, on peut continuer à évoluer. Et tu peux continuer à jouer à 3 derrière par après, même si le 4-3-3 est davantage utilisé. " 11H30 la salle des joueurs est animée. Trace TV (rap et RnB) en fond sonore, certains à la table de ping-pong ou de billard, d'autres sur leur smartphone. C'est la pause détente pour la classe biberon. 12H00 on passe à table. Au menu, le grand classique : pâtes avec en accompagnement sauce tomate et poulet pour les plus carnivores. Les grands absents du jour, Andy Kawaya et Samuel Bastien, viennent saluer leurs potes après être passé aux soins. Ça se check et ça rigole. D'autres blessés débarquent, les " plus grands ", Ibrahima Conté, Chancel Mbemba, Idrissa Sylla, et s'attablent. Vu l'événement du soir, il est important de conscientiser un maximum les joueurs. Leur faire comprendre que ce qui les attend est grand. Et pas question donc de trop se disperser. Voilà, pourquoi, toute la troupe se rend exceptionnellement à l'hôtel Erasme, à quelques kilomètres du stade. Rien de très luxueux, l'important n'est pas là mais bien de se reposer. Deux heures trente au calme pour faire la sieste. Les coaches, eux, continuent à bosser. Dans le lobby de l'hôtel, Mohamed Ouahbi se pose en compagnie de Thierry Verjans afin de mettre en place la deuxième séance tactique du jour. Roel Clement, coach des U19, vient se greffer. Quelques minutes plus tard, c'est Stéphane Stassin, coach des U16 et ancien joueur de la maison, qui les rejoint après avoir entraîné en matinée les jeunes du RSCA à l'institut Saint-Nicolas d'Anderlecht. " Le partenariat avec les écoles environnantes est aussi un élément déterminant dans l'évolution des jeunes ", assure Ouahbi. " 90 % des joueurs étudient dans les instituts Saint-Nicolas, Redouté-Peiffer ou Sint-Guido où des entraînements sont donnés par des coaches du club. Toute la logistique derrière tout ça (transports, famille d'accueil) a réellement permis au club de se développer. " " Le vivier environnant est grand et riche. Ce n'est pas pour rien que Bruges tente d'attirer de plus en plus de jeunes Bruxellois ", poursuit Ouahbi, Schaerbeekois pure souche. " Même le Standard, via son talentday à Ixelles, suit de près le talent de la capitale. " A l'image des doués Frank Mikal, Dodi Lukebakio, Andy Kawaya ou Aaron Leya Iseka, ou les plus confirmés Nathan Kabasélé et Youri Tielemans, la jeunesse bruxelloise se fait de plus en plus une place au soleil à Anderlecht. Chose quasi presque impensable, il y a plus de dix ans, quand les phénomènes Vincent Kompany et Anthony Vanden Borre faisaient figure d'exception. " J'ai le sentiment que pour faire un pas supplémentaire, il faut aller encore davantage dans les parcs et les agoras et dénicher le talent vers 10-11 ans ", estime Ouahbi. " Il n'y a pas très longtemps, j'étais à Schaerbeek en compagnie de quelqu'un qui possède une académie privée. Il m'a dit : regarde, ce petit Albanais, c'est Modric. Un phénomène. Quand tu vois, ce qu'il pouvait faire avec un ballon, tu te dis qu'il doit aller développer ça à Anderlecht. On dispose d'une cellule de scouting très large mais je pense qu'elle doit aller encore davantage en profondeur. Car les joueurs talentueux, ce n'est pas ce qu'il manque à Bruxelles. Ce serait dommage de les voir briller à Bruges ou au Standard. " 16H00 après une courte promenade en bord de... ring, les joueurs retrouvent Neerpede et la salle vidéo. Cette fois, il est question du onze de ce soir, de sa mise en place et des intentions collectives. Dans le discours du coach, trois D reviennent tel un leitmotiv : Détermination, Discipline et Disponibilité. " On a toujours inculqué à être dominant, pourquoi ça devrait changer ? On va jouer comme habituellement. " Pressing haut, ennuyer la relance catalane et annihiler leur jeu, imprimer son propre jeu, guider les débats : un système ambitieux qui demande une importante dépense d'énergie. " J'avais noté cette métaphore de CarloAncelotti : Si on demande à quelqu'un s'il préfère être un Lion ou une gazelle, la grande majorité vous répondra le Lion. Une gazelle, si elle veut ne pas se faire manger, elle doit courir. Tandis que le Lion, s'il veut manger, il doit aussi courir. Dans le foot, si on veut être ambitieux, il faut courir. " Jean Kindermans assiste également à la théorie. Et prend la parole - dans les deux langues - en guise de conclusion à la séquence tactique. " Oui, vous affrontez ce soir un adversaire prestigieux, mais n'oubliez pas non plus ce que représente Anderlecht, l'histoire que ce club véhicule. Vous devez respecter votre adversaire mais certainement pas le craindre. We-are-Anderlecht ! ". " Quand Anderlecht va dans un tournoi à l'étranger, il est souvent considéré comme l'un des favoris. Et si Anderlecht ne gagne pas, il laisse toujours cette touche ", explique Ouahbi. " Chez les U21, il y a un aspect compétition, un rendement à respecter. Mais je n'ai jamais joué la gagne chez les jeunes. J'ai jamais parlé de classement. Ce n'était que le jeu qui primait, que les thèmes techniques. Et puis, généralement, quand tu es meilleur techniquement, tu finis par l'emporter mais ce n'est pas l'essentiel. " 18H30 après un deuxième repas, la " next gen mauve " embarque dans le car direction le stade. Une heure plus tard, la rue Théo Verbeeck (devant l'entrée principale) est déjà noire de monde. Les guichets sont même débordés par cet étonnant afflux. Finalement, le club laissera une grande partie des 12.871 spectateurs (record de l'épreuve) rentrer gratuitement. 20H00 les deux équipes montent sur la pelouse. On va désormais savoir. Et très vite, on comprend que la jeunesse anderlechtoise (dont la moyenne d'âge est bien plus basse que son adversaire) n'est pas un oiseau pour le chat. Le dernier quart d'heure de la première mi-temps est plus compliqué cependant. Le Barça dicte pour la première fois le jeu. Mo Ouahbi : " A la mi-temps, j'étais fâché, on les laissait trop faire. On les laissait dans une position de confort. Il fallait les presser en bloc pour les obliger à jouer en arrière ou latéral. " Le message passe parfaitement. La seconde période est bruxelloise. A la 53e minute, Aaron Leya Iseka, parfaitement lancé en profondeur, délivre staff, dirigeants et supporters d'une frappe enroulée style Thierry Henry. Au coup de sifflet final, le public délivre une standing ovation à cette belle bande d'ados. Mo Ouahbi est comme tous ses joueurs venus festoyer avec la Mauves Army : en apesanteur. " Quand tu vois Anderlecht jouer, il y a ce quelque chose en plus. Cette aisance, cette faculté à savoir jouer des deux pieds. En voulant être dominant, il y a une forme de facilité parfois qui s'en dégage, qui peut passer pour de l'arrogance. C'est pour ça qu'il faut leur apprendre à courir... ", conclut Ouahbi. L'entraîneur du Barça, lui, s'est dit satisfait de la prestation de son équipe. " Si on n'avait pas bien joué, on aurait pris plus de buts. "Une phrase en guise de marque de respect pour la formation anderlechtoise. Prochaine étape, c'est déjà ce soir face à Porto. Avec l'objectif de s'ouvrir les portes des quatre meilleurs clubs européens. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS : BELGAIMAGE/WAEM