Jeudi, lendemain de la veille. Le centre d'entraînement de Neerpede est en effervescence suite au Soulier d'Or attribué à Matias Suarez et l'événement est fêté comme il se doit. L'Argentin a tenu à y associer tous ses coéquipiers. Fernando Canesin, l'une des révélations du premier tour, est heureux pour lui. Il tient toutefois à rester modeste et à faire preuve d'humilité.
...

Jeudi, lendemain de la veille. Le centre d'entraînement de Neerpede est en effervescence suite au Soulier d'Or attribué à Matias Suarez et l'événement est fêté comme il se doit. L'Argentin a tenu à y associer tous ses coéquipiers. Fernando Canesin, l'une des révélations du premier tour, est heureux pour lui. Il tient toutefois à rester modeste et à faire preuve d'humilité. FernandoCanesin : Il a amplement mérité son Soulier d'Or. Mati est un footballeur magnifique. Il a démontré qu'il était actuellement le meilleur joueur du championnat de Belgique. Techniquement, il est au-dessus du lot. Sa vitesse, ballon au pied, lui permet de faire la différence. Il a franchi un cap en s'étant lui-même persuadé qu'il avait les capacités pour réussir et en constatant qu'il bénéficie de la confiance de tout le monde. Aujourd'hui, il parvient à reproduire en match les gestes qu'il ne réussissait avant qu'à l'entraînement. Parfois, on se regarde tous en se demandant : - Comment est-ce possible ? C'est un maestro. Je le regarde beaucoup et j'essaie de m'en inspirer. La manière dont il contrôle le ballon, par exemple. Ou dont il parvient à le conserver. Je discute beaucoup avec lui. Il me donne de précieux conseils et essaye de me mettre en confiance. J'apprécie beaucoup son comportement à mon égard. Cette réputation est née lors de son arrivée à Anderlecht. Je n'étais pas encore là, à ce moment-là. Depuis lors, il a sans doute changé, car je le côtoie depuis deux ans et je n'ai pas constaté ces défauts qu'on lui attribue régulièrement. Pourquoi pas ? Je n'ai encore que 19 ans, quatre de moins que lui. Si je me hissais à son niveau à 23 ans, ce serait fantastique. Cela signifierait que j'ai réussi. Je sais que le chemin est encore long. Il est donc, quelque part, un concurrent. Je considère comme un honneur d'être le concurrent du Soulier d'Or. Je ne raisonne pas de cette manière. Je souhaite à Mati de réaliser le transfert dont il rêve et qu'il mériterait. Mais je n'espère pas son départ d'un point de vue purement égoïste, en me disant que cela pourrait faire mes affaires. La concurrence fait partie intégrante du football. Si ce n'est plus Mati, ce sera quelqu'un d'autre. Il y a un autre point commun, plus triste celui-là : vous avez également perdu votre père, à peu près au même âge... J'avais 15 ans. Je n'aime pas trop en parler, c'est un souvenir douloureux. Lorsque notre concierge José Lago est décédé, en décembre, des images me sont revenues en mémoire. José, c'était un peu mon deuxième père. Je le voyais tous les jours. Il était aux petits soins pour moi. Comme pour tous les joueurs, d'ailleurs. J'ai été très affecté. Il a laissé un vide énorme. Je n'oublie ni José ni mon père, mais je dois m'efforcer de penser à autre chose. La vie continue. C'est en surmontant ces coups du sort que je me forgerai le caractère nécessaire à la réussite de ma carrière sportive. C'était contre Lokeren. On savait déjà qu'on devrait se contenter de la troisième place et les Waeslandiens ne pouvaient plus prétendre à rien. Ariel Jacobs m'a donné ma chance et n'a jamais cessé de m'encourager. Grâce à Dieu, tout s'est bien passé. Je ne suis jamais satisfait. Je m'efforce toujours de placer la barre plus haut. Pas question de m'endormir sur mes lauriers. Je dois travailler, encore et encore. C'est le seul moyen de progresser. Je sais que je connaîtrai encore des baisses de régime et je devrai alors redoubler d'efforts pour les surmonter. C'était précisément lorsque j'ai connu une baisse de régime. J'ai été blessé à la cheville gauche, aussi. L'entraîneur a eu raison de me reléguer sur le banc. Cela n'a rien à voir avec l'âge. Moi, en tout cas, je ne raisonne pas de la sorte : ce sont les qualités et le rendement qui comptent, pas les années. Chaque fois que j'ai commencé un match sur le banc, je suis rentré en cours de jeu. Cela signifie que le coach croit en moi et c'est très bien pour ma confiance. Celui face au Lokomotiv Moscou. Lorsque j'ai inscrit mon premier but. Je l'attendais depuis longtemps. J'avais déjà provoqué trois ou quatre penalties, j'avais touché le poteau à plusieurs reprises, mais ce ballon refusait d'entrer. Et là, dans un match que j'appréhendais, enfin... Marquer n'était pas devenu une obsession. Le plus important reste la victoire de l'équipe. Mais tout de même, sur un plan personnel, cela m'a fait du bien. Le public, aussi, attendait ce premier but de ma part. Quand je l'ai enfin inscrit, j'ai vu des supporters pleurer. Cela m'a touché. Se sentir apprécié, c'est très valorisant. Et cela décuple ma motivation. Oui, c'était indispensable. Au Brésil, j'avais plus d'espaces. J'avais le temps de contrôler le ballon, et même de le toucher à deux ou trois reprises, avant d'adresser une passe. J'ai été obligé d'accélérer mon jeu, de jouer davantage en un temps. Au Brésil, je pouvais aussi dribbler deux ou trois joueurs. En Belgique, c'est impensable : on peut dribbler un joueur, éventuellement un deuxième, mais dans ce cas-là le troisième vous projettera immanquablement au sol. Au Brésil, les matches sont très ouverts, on attaque constamment. En Belgique, on est régulièrement confronté à des équipes qui ferment la porte. J'ai progressé dans le domaine de la vitesse d'exécution, ballon au pied. J'ai aussi amélioré la qualité de mes passes. Tactiquement, je pense également avoir franchi un palier. Je me fonds mieux dans le collectif et je suis désormais en mesure d'aider le groupe. Il me demande d'encore accélérer le jeu, d'adresser mes passes plus rapidement. Tout à fait. Je dois aussi encore parfaire mon positionnement entre les lignes. Je prendrais tout chez lui. Son caractère. Son expérience, aussi. Et sa faculté à s'ouvrir le chemin des filets. Sa facilité à conserver le ballon. Et aussi son sens du but. Son feeling pour se trouver toujours au bon endroit. J'espère qu'il terminera meilleur buteur de la compétition. Sa technique et sa frappe. J'ai une pensée pour lui, je lui souhaite de retrouver son meilleur niveau. Devoir se farcir une nouvelle opération au genou, ce n'est pas évident. Il faut être fort. Courage, Ronald. Certains avancent des explications comme le climat, plus proche en Argentine de ce que l'on rencontre en Europe, ou encore les origines européennes de beaucoup d'Argentins. Je ne sais pas si l'on peut généraliser le phénomène. Cela dépend d'un individu à l'autre, des facultés d'adaptation, de la manière d'appréhender le métier. Chacun est différent. J'ai du mal à comprendre. Ce sont de très grands joueurs et j'espère qu'ils réussiront dans leur nouveau club. Au-delà du fait que le jeu en Belgique est très différent de celui pratiqué au Brésil, la malchance a peut-être joué un rôle également. Lorsqu'on se blesse au mauvais moment, le mental doit suivre. Diogo devrait rebondir dans un grand club brésilien. Samuel est parti à Braga. Le football portugais devrait mieux lui convenir et il sera entouré de nombreux compatriotes au sein de son équipe. La langue ne constituera plus un obstacle. Reynaldo a démontré, la saison dernière au Cercle Bruges, qu'il était capable de livrer des prestations exceptionnelles et je suis certain qu'il les rééditera à Westerlo. C'est un ami, je l'ai encore régulièrement au téléphone et j'essaie de l'encourager. Il sera toujours le bienvenu chez moi, comme dans ma famille. Messi est le meilleur joueur du monde. On a l'impression que le ballon lui colle aux pieds. J'apprécie beaucoup Dani Alvés également, mais il n'évolue pas vraiment dans mon registre. Encore que... On le retrouve plus souvent dans la moitié de terrain adverse que dans son camp. Deux noms me viennent immédiatement à l'esprit : ceux de Neymar et de Ganso, du FC Santos. J'ai le même âge que Neymar et j'ai d'ailleurs joué brièvement avec lui, lorsque j'étais tout petit. Il n'était pas encore connu, cela va de soi, mais je m'en souviens. Cela dépend du moment où il choisira de quitter le FC Santos. Apparemment, il aurait décidé de rester au Brésil jusqu'en 2014. Il faudra voir où il se situera dans deux ans. Je la comprends parfaitement. La Coupe du Monde se disputera au Brésil en 2014. C'est un événement qu'aucun footballeur brésilien ne voudrait manquer. Au FC Santos, Neymar est certain de jouer et d'emmagasiner un maximum de confiance. Le risque existe qu'il ne s'habitue pas au jeu européen et qu'il se retrouve sur le banc au Real Madrid ou à Barcelone. Et alors, bye bye la Coupe du Monde. Personnellement, j'ai pris l'option de partir très jeune, mais chacun son choix. Revêtir le maillot de la Seleçao, c'est forcément aussi l'un de mes rêves. J'avais été convoqué lorsque j'avais 15 ou 16 ans et que je jouais toujours au pays, mais je me suis blessé au pied au mauvais moment et je n'ai jamais été en mesure de disputer un match. Aujourd'hui, je suis toujours en âge d'intégrer l'équipe U20. J'y courrais les yeux fermés. Pendant cinq jours. C'est court mais cela m'a fait du bien. Chez moi, c'est à Ribeiro Preto et c'est l'été là-bas. Il faisait forcément plus chaud qu'en Belgique mais il a plu sans discontinuer. Ce n'était pas l'essentiel : j'ai revu ma famille, mes amis. Et je suis reparti avec ma mère, ma s£ur et mon frère cadet. Pendant un mois et demi, ils me tiendront compagnie à Bruxelles. Cela aussi me fait un bien fou. Je savais à quoi je m'exposais lorsque j'ai choisi de tenter ma chance sur le Vieux Continent. Je n'ai pas consenti un sacrifice, au contraire. Jouer en Europe, c'était un rêve et je suis en train de le réaliser. Je devrais donc plutôt parler de joie. Lorsque j'étais petit, j'avais constamment un ballon aux pieds. Ma famille m'a toujours encouragé dans cette voie. Je pense qu'aujourd'hui, elle est fière de moi. Pour elle, je joue chaque match comme si c'était mon dernier. Le titre. Il faudra démontrer à chaque match qu'on le mérite. Sur le plan personnel, j'espère confirmer mon premier tour et obtenir un maximum de titularisations. PAR DANIEL DEVOS" Mon père et José Lago me manquent. Je dois puiser dans ces pertes du caractère pour réussir ma carrière "" Je n'oublierai jamais le match contre le Lokomotiv Moscou. "