C'est l'histoire d'un garçon timide que la vie n'a pas gâté. Né dans un quartier relativement modeste (mais pas mal famé) de Cordoba, il perd son père à l'âge de 13 ans, puis son beau-frère qui avait repris le rôle paternel. Il a donc dû prendre son destin en mains et cela n'a pas été simple. Mais il avait un don : il savait jouer au foot. Un don qu'il a su mettre à profit pour prendre sa revanche sur le sort.
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C'est l'histoire d'un garçon timide que la vie n'a pas gâté. Né dans un quartier relativement modeste (mais pas mal famé) de Cordoba, il perd son père à l'âge de 13 ans, puis son beau-frère qui avait repris le rôle paternel. Il a donc dû prendre son destin en mains et cela n'a pas été simple. Mais il avait un don : il savait jouer au foot. Un don qu'il a su mettre à profit pour prendre sa revanche sur le sort. Aujourd'hui, MatíasSuarez est un garçon épanoui, qui a chassé sa timidité et est devenu le premier joueur sud-américain à remporter le Soulier d'Or. Un artiste sur le terrain mais aussi crayon en main puisqu'à ses heures perdues, il est un dessinateur adroit. Anderlecht a pris un risque en allant le chercher en D2 argentine, chez les Pirates du Belgrano de Cordoba. Ses débuts n'ont pas été faciles. On voyait à quelques gestes techniques qu'il avait la classe, mais il ne parvenait pas à en faire étalage de façon régulière. Souvent, il brillait sous le soleil d'été, mais disparaissait dans les premiers frimas de l'hiver. Mais en décembre 2010, il franchit le cap. Un but de classe mondiale inscrit contre Hajduk Split au milieu d'une tempête de neige a sans doute provoqué un premier déclic : le froid ne constituait plus un obstacle. Ce but n'était toutefois pas encore suffisant pour obtenir le droit à cette continuité dont il avait tant besoin pour asseoir sa confiance et que, par timidité ou respect de l'entraîneur, il n'osait pas revendiquer. Son mal-être, pas par rapport à la vie en Belgique mais par rapport à cette situation de titulaire occasionnel, l'avait même amené à envisager un départ durant l'été 2011. Pas un retour vers Belgrano, qui venait de retrouver la D1, car il n'avait pas consenti tous ces sacrifices pour retourner au point de départ, mais ailleurs en Europe. Puis, lors d'un point presse il s'est lâché : il a enfin exprimé tout ce qu'il avait sur le c£ur, des états d'âme qu'on pressentait mais qu'il dissimulait au plus profond de lui-même. A partir de là, ce fut le vrai départ. Une première partie de saison exceptionnelle lui valut de décrocher le Soulier d'Or en janvier, récoltant plus de points que n'en avaient obtenus AxelWitsel et ThibautCourtois en juillet. C'est la chaussure droite avec laquelle il a marqué contre Bruges, le 15 janvier, qu'il a choisi de faire dorer : tout un symbole. Le Club était bien le principal rival des Mauves dans la lutte pour le titre. DANIEL DEVOS