Les 60.000 fans de Tottenham n'en ont pas cru leurs yeux durant 45 minutes. Pendant une mi-temps entière, leur équipe a été balayée par Liverpool, qui a eu plus de 75% de possession de balle. Du rarement vu. Au repos, ce n'était que 0-1 et avec un peu de chance, la nonchalance des visiteurs au retour des vestiaires aurait pu être sanctionnée, mais même le noyau dur du nord de Londres a dû l'admettre : ils avaient vu à l'oeuvre le futur champion d'Angleterre. Dans aucun des cinq grands championnats européens, une équipe n'avait encore réussi à remporter 21 des 22 premiers matches de compétition. Liverpool a réussi une première européenne cette saison, et n'a encore abandonné que deux points, en octobre, lors du déplacement à Manchester United (1-1).
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Les 60.000 fans de Tottenham n'en ont pas cru leurs yeux durant 45 minutes. Pendant une mi-temps entière, leur équipe a été balayée par Liverpool, qui a eu plus de 75% de possession de balle. Du rarement vu. Au repos, ce n'était que 0-1 et avec un peu de chance, la nonchalance des visiteurs au retour des vestiaires aurait pu être sanctionnée, mais même le noyau dur du nord de Londres a dû l'admettre : ils avaient vu à l'oeuvre le futur champion d'Angleterre. Dans aucun des cinq grands championnats européens, une équipe n'avait encore réussi à remporter 21 des 22 premiers matches de compétition. Liverpool a réussi une première européenne cette saison, et n'a encore abandonné que deux points, en octobre, lors du déplacement à Manchester United (1-1). La dernière défaite en championnat des Scousers remonte déjà au 3 janvier 2019 : 2-1 à Manchester City, lorsque les Citizens se sont relancés dans la lutte pour le titre. Par la suite, Liverpool n'a plus subi la moindre défaite et a terminé la saison avec 97 points, échouant à une unité de son grand rival mancunien. Il en a gardé une profonde amertume. Depuis cette défaite à l'Etihad Stadium, il y a plus d'un an, les Reds ont pris 104 points : 33 victoires et cinq partages. En passant, ils ont aussi remporté la Champions League, la Supercoupe de l'UEFA et le championnat du monde des clubs. Et bientôt, donc, la Premier League, après une traversée du désert de trente ans. " Tous ces chiffres et toutes ces statistiques ne m'intéressent pas. On ne reçoit pas de trophées après 21 matches, ils ne sont décernés qu'au terme de 38 journées. Si nous avons appris quelque chose la saison dernière, c'est bien ça ", a déclaré Jürgen Klopp après le 0-1 dans l'antre des Spurs. C'est l'une des raisons du succès actuel. " Nous ne sommes pas la meilleure équipe du monde, mais nous pouvons battre la meilleure équipe du monde ", a déclaré Klopp (52 ans) durant l'été 2018. Le manager allemand, qui a succédé à Brendan Rodgers en octobre 2015, a placé la barre plus haut. Il venait de perdre la finale de la CL, et a reçu l'autorisation de dépenser beaucoup sur le marché des transferts, pour la seconde saison d'affilée. Il a finalement dépensé 182 millions : Alisson (Roma, 62,5 millions), Naby Keïta (Leipzig, 60), Fabinho (Monaco, 45) et Xherdan Shaqiri (Stoke, 14,7). Encore un peu plus que les 173 millions dépensés la saison précédente, lorsque Virgil van Dijk (Southampton, 84,5 millions), Mohamed Salah (Roma, 42), Alex Oxlade-Chamberlain (Arsenal, 38) et Andy Robertson (Hull City, 9) avaient rejoint Anfield. Liverpool n'est pas un club pauvre, mais il existe des clubs encore plus dépensiers. La différence, c'est qu'à Anfield, lorsqu'on délie les cordons de la bourse, ça débouche souvent sur des réussites. Pas toujours directement, mais quand même. Un simple hasard ? Non. Klopp et le propriétaire américain John W. Henry croient beaucoup aux stats et aux analyses, et l'Allemand a toujours le dernier mot au terme d'un entretien personnel. Seuls ceux qui sont prêts à donner tous les jours le maximum et à faire passer l'intérêt de l'équipe avant le leur, entrent en considération. " Nous croyons dans le développement du joueur et dans sa volonté de vouloir s'améliorer tous les jours. Nous pensons que la seule façon de gagner est de repousser quotidiennement ses limites à l'entraînement. Nous préparons notre équipe à ce que Jürgen appelle un chaos organisé. C'est de cette manière que nous pouvons battre les meilleures équipes du monde ", a expliqué Pepijn Lijnders, assistant manager, dans Voetbal International. " Lors de chaque entraînement, il faut stimuler les joueurs, afin de perfectionner le pressing. Nous nous entraînons avec la plus haute intensité possible, car notre principale préoccupation est de défendre de manière agressive et de créer de nombreuses occasions. " Des adaptations ont été apportées à l'équipe sur le terrain, mais aussi en dehors. Le team Klopp se compose cette saison de... 23 hommes et une femme : la diététicienne Mona Nemmer, qui a été arrachée au Bayern en 2016. C'est là aussi que Klopp est allé chercher le préparateur physique Andreas Kornmayer. Il entretient des rapports étroits avec d'autres : il connaît Peter Krawietz, le deuxième assistant, depuis ses débuts comme entraîneur en 2001. Un travail d'équipe, donc, dirigé par le maître qui veille à la flexibilté tactique. Lijnders : " Jürgen ne donne jamais qu'une seule solution. Il explique aux joueurs ce que nous voulons faire, et à quel endroit nous voulons récupérer le ballon, mais il propose ensuite différentes options. " Il y avait de gros points d'interrogation, en janvier 2018, lorsque Liverpool a versé un peu plus de 84 millions à Southampton pour s'assurer les services de Virgil van Dijk. D'un seul coup, le joueur est devenu le défenseur le plus cher du monde et le Néerlandais le plus cher de l'histoire du football, mais l'intransigeant arrière central de Breda n'a pas encore déçu l'espace d'une seule seconde, et a ajouté un nouvel élément au football de Klopp. " Fantastique au ballon - excellent dans le jeu au sol, bon dribbleur, bon passeur - et très utile dans le trafic aérien, mais il nous donne aussi la possibilité de jouer plus loin de notre but ", insiste Lijnders. Avant l'arrivée du défenseur néerlandais, la ligne arrière ne remontait pas assez lorsque l'équipe attaquait, ce qui créait des espaces trop grands en cas de perte de balle, et exposait l'équipe aux contre-attaques adverses. L'équipe marquait beaucoup, mais encaissait trop facilement : 50 et 42 buts encaissés durant les deux premières saisons de Klopp. Et seulement 22 durant la première saison complète de Van Dijk (2018-2019). Les deux défenseurs centraux doivent être capables de jouer avec de grands espaces dans leur dos, ce qui explique que Klopp accorde la préférence à deux défenseurs centraux rapides et athlétiques : lors des derniers matches, Van Dijk a été associé à Joe Gomez. Mais le fait que ceux-ci poussent continuellement l'équipe vers l'avant, est le fruit de nombreuses heures d'entraînement. " Nous avons pu modifier leur propension à trop rester derrière. Par exemple, en introduisant une règle stipulant que, lors des petits matches d'entraînement, un but n'était validé que lorsque l'équipe entière avait dépassé la ligne médiane. " Trent-Alexander Arnold, qui est né et a grandi à Liverpool, a commencé à jouer au football chez les Reds à partir de six ans, et il a débuté en équipe Première à 18 ans sous la direction de Klopp. La saison dernière, l'arrière droit est devenu le plus jeune joueur à avoir disputé deux finales consécutives de Champions League, et cette saison, à 21 ans à peine, il a déjà franchi le cap des 150 matches. Incroyable pour un produit de l'école des jeunes qui, il y a cinq ans, évoluait encore avec les U16. À ce moment-là, il était entraîné par Lijnders. " C'était un arrière latéral, mais je l'ai positionné dans l'entrejeu dans un 3-4-3, afin d'accélérer son développement. Là, devant la défense, en numéro 6, on endosse une énorme responsabilité. Toutes les attaques adverses passent par cette portion du terrain. Et on n'a que trois hommes derrière soi, on ne peut donc pas se permettre la moindre erreur. En équipe première, grâce au soutien, au regard et à la confiance de Jürgen, il a réalisé de gros progrès. " En Premier League, seul Kevin De Bruyne (14) a délivré plus d'assists que le jeune arrière droit (9), et de l'autre côté de la pelouse, le compteur d'Andy Robertson affiche 6 passes décisives. Il a été acheté durant l'été 2017, avec l'approbation de Klopp, chez le club relégué de Hull City, mais durant sa première saison, l'Écossais (25 ans) n'a été titularisé que deux fois en Premier League, jusqu'au début décembre. Avec sa propension à aller de l'avant, c'est un joueur qui convient parfaitement au système de Klopp, dit-on aujourd'hui, mais l'arrière gauche a aussi dû s'adapter aux exigences plus élevées. " Je lui ai dit qu'il était rapide et qu'il avait un bon centre dans les pieds, mais aussi qu'il devait être patient et travailler l'aspect défensif de son jeu. C'est la raison pour laquelle les autres clubs ne faisaient pas la file pour s'assurer ses services. Personne ne m'a dit à l'époque : Wow, Andy Robertson, quel beau coup tu as réalisé ", se souvient Klopp. Jordan Henderson (29 ans) dispute sa neuvième saison à Liverpool. Il a été acheté à Sunderland pour 18 millions durant l'été 2011, alors qu'il n'avait que 21 ans. Au printemps dernier, il est devenu le cinquième capitaine de l'histoire des Reds à soulever le trophée de la Ligue des Champions. Il est la tour de contrôle de l'entrejeu, dans un 4-3-3 avec la pointe du triangle vers le bas. Il est devenu l'essuie-glace de l'équipe suite aux blessures de Fabinho et de Keïta : il doit se porter à la rescousse lorsque les cinq joueurs devant lui laissent filer le ballon, et prêter main forte à ses défenseurs. Contrairement à Fabinho à Monaco, il était habitué à jouer dans un système avec un seul milieu récupérateur. Tout comme Robertson, le Brésilien a pu suivre des cours chez Klopp il y a quelques années. Lijnders : " Dans un système avec deux médians défensifs, on réagit aux situations en attaquant le ballon et en allant au duel. Avec un seul milieu récupérateur, il faut surtout combler les espaces. Si les gens ne comprennent pas qu'il faut du temps pour apprendre ça, ils ne se rendent pas compte de la coordination nécessaire pour appliquer notre système. Car tout est lié. " Le point de liaison entre l'attaque et la défense s'appelle Georginio Wijnaldum (29 ans), acheté en juillet 2016 pour 27,5 millions à Newcastle. Il joue un rôle essentiel. Il est celui qui permet d'exécuter le Gegenpress de l'Allemand. Il voit comme personne le moment où il faut calmer le jeu ou, au contraire, pousser l'équipe à exercer un pressing haut intensif. " Un monstre dans l'entrejeu " analyse l'ancien défenseur de Liverpool Jamie Carragher qui travaille aujourd'hui pour Sky Sports. Le contrat de l'international néerlandais se termine durant l'été 2021. Étonnant. Gigi est, dès lors, le seul titulaire qui n'est pas lié au club pour une longue durée. Un Brésilien, un Sénégalais et un Égyptien : un trio qui se complète à la perfection depuis 2017. Roberto Firmino est arrivé durant l'été 2015, pour 41 millions, en provenance de Hoffenheim. Un an plus tard, l'ailier Sadio Mané - acheté pour le même montant à Southampton - est devenu le premier grand transfert de Klopp. " C'était une évidence ", explique Lijnders. " Il associe la qualité et la créativité au rendement. " L'arrivée de Mohamed Salah (2017) fut également un cadeau du ciel pour Firmino, ce faux 9, qui se déporte régulièrement vers les flancs afin de créer de l'espace pour les deux tireurs d'élite. Avec son travail, sa technique et sa vision du jeu, Firmino est plus que jamais le moteur de l'équipe, et le premier point d'appui lors des contres meurtriers. Cependant, dans la course pour le neuvième titre, Mané (11 buts, 8 assists) est pour l'instant un peu plus décisif que Salah (11 et 5) et Firmino (7 et 4). Klopp, à propos de ces reconversions : " Quelles directives je donne à l'équipe pour les contre-attaques ? Ce n'est pas très compliqué. Nous avons les joueurs qu'il faut. Je ne parle pas seulement de leur rapidité, mais aussi de leur volonté de parcourir de longues distances. Chacun sait que Firmino n'est pas aussi rapide que Salah ou Mané, mais il est là où il doit être au bon moment. Parce qu'il a la volonté de se trouver à cet endroit. Mais bien sûr, nous nous entraînons à cela. Ce serait fou de ne pas le faire. " Répéter et innover, encore et encore. Et avec un goût plus prononcé pour le réalisme que lors de sa première saison à Anfield, lorsqu'il affirmait qu'il n'avait qu'une seule ambition : " Jouer un football agréable dont on ne se lasse jamais. Je pense que c'est ce qu'il faut faire, dans la vie : créer des moments dont on peut profiter. " Les analystes parlent de Heavy Metal Football, de Vollgasfussball ou de football F1, mais l'Allemand travaille à des variantes tactiques avec deux médians défensifs, place parfois le bloc plus bas, et ne demande plus toujours de chasser l'adversaire sur toute la longueur du terrain. " Dans le passé, j'ai déclaré qu'offrir du spectacle était la chose la plus importante qui soit, mais pour être honnête : remporter des matches, c'est encore plus important. "Avec nos remerciements à Voetbal International.Mis à part Manchester City, une équipe habituée à installer sa possession très haut sur le terrain, personne ne récupère autant de ballons dans le tiers de terrain défensif de l'adversaire que Liverpool. Avec 16,5 récupérations hautes par match, les Scousers appliquent à merveille les recettes de pressing de leur entraîneur. Un système où les attaquants font office de premiers défenseurs. Avec 28 fautes cette saison, Sadio Mané est d'ailleurs le premier Red de ce classement particulier. Il y a quelques années à peine, quand la possession barcelonaise dominait le jeu, perdre le ballon était presque devenu un signe d'incompétence. Une petite décennie plus tard, ces Reds qui dominent l'Angleterre sont pourtant la deuxième équipe de Premier League à perdre le plus souvent le ballon par match, avec 103 occurrences en nonante minutes. La clé, ici, est de le perdre au bon endroit : seules 15% de ces pertes de balle ont lieu dans la zone défensive de l'équipe. Un pourcentage à la faiblesse inégalée dans les Îles. Souvent présentée comme une équipe de reconversions rapides, la bande à Jürgen Klopp a pourtant appris à mettre le pied sur le ballon, souvent contrainte par des adversaires qui se replient devant leur but pour éviter de se faire contrer. Résultat : seul Manchester City présente une possession de balle moyenne plus élevée que les Reds sur la scène anglaise. Parce que les saisons d'exception sont forcément accompagnées d'une certaine dose de chance, Liverpool a souvent le destin de son côté au moment d'armer ses frappes. Les Reds n'ont tiré que deux fois sur les montants ou la barre des buts anglais depuis le début de la saison. À l'inverse, leur grand rival citizen a touché du bois à quatorze reprises. Une différence qui coûte forcément des points aux hommes de Pep Guardiola, dans leur poursuite qui semble déjà perdue face au Liverpool de tous les records. Le transfert de Virgil van Dijk, signé au mois de janvier 2018, restera-t-il dans l'histoire comme celui qui a changé la destinée de Liverpool ? Depuis l'arrivée du Néerlandais à Anfield, la défense poreuse des Reds s'est muée en forteresse. En Premier League, les hommes de Jürgen Klopp encaissent en moyenne un but toutes les 143 minutes depuis deux ans. Sur les 74 matches joués par Van Dijk, les Scousers n'ont perdu qu'à quatre reprises, encaissé que 46 fois, et conservé 37 fois leurs filets inviolés. Pour régner sur l'Angleterre, il faut pouvoir dominer les airs. Dans un pays où les recours au kick and rush n'ont jamais disparu, régner sur le trafic aérien évite bien des tracas. Avec le meilleur pourcentage de duels aériens gagnés du championnat, Liverpool s'épargne son lot d'inquiétudes. Impressionnant dans le domaine, Virgil van Dijk fait des merveilles défensivement, mais aussi dans la surface adverse, où il a déjà marqué du front à quatre reprises cette saison. Plus largement, les Reds ont marqué douze fois de la tête cette saison. Un record. Dans un football où les espaces se font de plus en plus rares, Liverpool a trouvé son bonheur sur les côtés, dans des zones abandonnées par ces blocs défensifs qui se regroupent pour éviter les espaces dans l'axe. Ce sont alors à Andy Robertson et Trent Alexander-Arnold, les deux arrières latéraux, de faire parler la poudre. Avec succès : derrière l'intouchable Kevin De Bruyne, le gaucher écossais (6) et le droitier anglais (9) sont les deux meilleurs passeurs du championnat. Tout ça en étant défenseurs. Liverpool n'a pas peur de quitter le plancher. Avec une moyenne de 55,39 longs ballons par match, les pensionnaires d'Anfield sont l'équipe qui use le plus souvent du jeu long en Angleterre. Notamment ces fameuses transversales qui permettent d'isoler les arrières latéraux, clés du jeu des Reds. Avec 12,4 passes longues par match, Trent Alexander-Arnold est d'ailleurs le recordman de Premier League en la matière. Même les gardiens du Royaume ne font pas aussi bien que lui.