Après Russie-Belgique (0-2), Dick Advocaat avait le regard cireux et absent d'un Napoléon obligé de quitter Moscou sous l'emprise des flammes. Un dictateur français qui perdait la campagne de Russie et un petit général hollandais qui essuyait une nette défaite à Voronezh, près de la frontière ukrainienne... La presse russe, qui ne l'apprécie pas trop, se servira de cet événement.
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Après Russie-Belgique (0-2), Dick Advocaat avait le regard cireux et absent d'un Napoléon obligé de quitter Moscou sous l'emprise des flammes. Un dictateur français qui perdait la campagne de Russie et un petit général hollandais qui essuyait une nette défaite à Voronezh, près de la frontière ukrainienne... La presse russe, qui ne l'apprécie pas trop, se servira de cet événement. Les Diables Rouges ont rendu la monnaie de sa pièce à un Advocaat à qui le président de l'Union belge a réservé une... incompréhensible accolade. Mais ce n'est pas le plus important. Si certains méritent l'attention après ce beau succès, au terme d'un voyage totalement fou, ce sont les joueurs, Georges Leekens et son staff technique. Ensemble, ils ont prouvé en terre russe que cet effectif a tiré les conclusions qui s'imposaient après son match précédent (4-4 contre l'Autriche). On se souviendra que le bastion défensif était passé par la fenêtre contre les valseurs de Vienne. Le voyage amical à l'autre bout de l'Europe devait constituer un banc d'essai pour tester de ce secteur. Il était important de ne pas encaisser de but, de prouver face à la 10e puissance de la planète football que la Belgique pouvait défendre comme au bon vieux temps. Histoire de démentir la théorie selon laquelle notre petit pays ne détient plus d'arrières intraitables, d'abord concentrés sur leur mission première : défendre ! Alors que le baromètre annonçait un grand soleil pour Silvio Proto, dans la forme de sa vie, Leekens confia la défense des filets à Jean-François Gillet. Ce dernier était la doublure de Logan Bailly, mis au repos par son club et en pleine crise de confiance. Doté d'une mentalité extraordinaire, toujours positif, même quand il ne joue pas, le portier de Bari méritait d'avancer d'un rang. Même si son équipe file du mauvais coton dans les caves du Calcio, le Liégeois n'est jamais critiqué en Italie. A Voronezh, il a accompli son travail avec simplicité et efficacité. De plus, des gardiens comme Proto, Simon Mignolet, sans oublier Bailly, qui retrouvera confiance et brio, constituent des alternatives tout à fait intéressantes. Le quatre arrière a parfaitement tenu la distance chez Advocaat. A ce jeu-là, l'axe central a été intéressant. Daniel Van Buyten n'a jamais été hors position. Il a donné la priorité à la récupération du ballon et n'a guère déserté sa zone d'influence. A côté de lui, Vincent Kompany a régné en grand patron. Vince The Prince a changé à Manchester City. Il a laissé les dentelles au vestiaire et ne se perd plus dans ses frivolités de jeunesse. Kompany est désormais un arrière central pur et dur qui fait son job. Il faut se farcir cette montagne qui, en en plus, est évidemment douée sur le plan technique. En cas de pépin, les clefs de la défense centrale peuvent aussi être confiées à Thomas Vermaelen, Jan Vertonghen, Toby Alderweireld ou Nicolas Lombaerts. Cela fait pas mal de talents. A droite, Laurent Ciman a marqué des points. Il n'y est pas encore définitivement installé mais le Standardman a bien tenu la digue face à Andreï Arshavin, la star d'Arsenal. Ce secteur avait volé en éclats en fin de match contre l'Autriche. Ciman n'est pas le plus fin des joueurs mais on a aussi besoin de gars capables d'enfiler leur bleu de travail. Il serait important qu'il évolue à la même place dans son club afin d'affiner son placement, ses centres, etc. Vertonghen a semblé moins à l'aise sur la gauche mais on aura remarqué qu'un de ses services en profondeur fut à la base du deuxième but de Romelu Lukaku. Une telle dégaine du gauche, c'est souvent utile. Mais Vertonghen est-il heureux au back après avoir abandonné sa place dans la ligne médiane de l'équipe nationale ? Rien n'est moins sûr. Et il pourrait en découdre avec Vermaelen et, pourquoi pas, Sébastien Pocognoli, Jelle VanDamme ou Olivier Deschacht. Les deux essuie-glaces ont été de précieux poissons pilotes pour la défense. Le retour de Timmy Simons avait déclenché des vagues de rires et de doutes. C'était pourtant une bonne idée. Leekens n'a finalement fait qu'imiter Guy Thys qui, à la fin des années 70, avait besoin d'un vieux baroudeur. Le regretté coach au cigare repêcha le vieux Wilfried Van Moer pour mettre de l'ordre dans la baraque. Simons a donné des ordres, placé les pions comme il le fait désormais à Nuremberg. Ce vécu vaut son pesant d'or même si l'ancien Brugeois ne sera jamais racé. Pour le moment, il est bien à sa place et il offre en plus un peu de temps à des éléments comme Vadis Odjidja ou, surtout Marouane Fellaini, qui peuvent le remplacer dans ce secteur. Mais si un homme a saisi sa chance au centre du terrain, c'est Steven Defour. Après des mois de doutes et des blessures, le capitaine du Standard sort du trou. Il mesurait parfaitement que c'était le match à ne pas manquer pour lui. Defour fit même monter la pression en déclarant qu'il avait l'étoffe d'un patron de Diables Rouges. En Russie, il a parfaitement complété Simons. Le lutin de Sclessin a besoin d'un autre médian défensif à côté de lui qui contrôle le trafic aérien (comme du temps où Fellaini réglait ce problème au Standard) tandis qu'il chasse au ras du sol, s'accroche aux chevilles, se multiplie partout où il y a le feu. Dans la formule en 4-2-3-1, Defour peut jouer plus bas, nettoyer beaucoup de ballons pour les autres. Il a besoin de bosser comme un fou pour se sentir bien dans sa peau. Avec Defour et Simons, Leekens a deux Van Moer dans son équipe, le vieux Kitchie des années 80 et le jeune Wilfried des golden sixties. Devant eux, Fellaini a promené sa tignasse et sa carcasse. Quel baroudeur qui, en plus, sait placer son caillou devant le gardien adverse. C'est un monstre. En principe, et même si c'est dans un style totalement différent, Axel Witsel (blessé et retenu au pays) pourrait aussi briller à cette place. Jonathan Legear a aussi raté ce rendez-vous. L'homme en forme de la D1 aurait dû jouer en Russie. Sa légendaire fragilité l'a réduit au chômage. On aurait aimé le voir passer en revue la défense d'Advocaat, foncer sur la droite au son du clairon. Ce sera pour une autre fois. Eden Hazard en a profité pour marquer des points. Le Lillois avait été mis en garde par Leekens et Marc Wilmots en raison de son manque d'ardeur à l'entraînement. Les reproches étaient probablement exagérés mais le message a été entendu. Hazard a connu un passage à vide tout à fait normal à son âge. Cette mauvaise passe n'est plus qu'un souvenir. En Russie, il s'est même replié jusqu'à hauteur du back gauche pour assumer sa part de travail défensif. Mais, c'est logiquement devant qu'il a fait la différence. Quand l'artiste est lancé, personne ne l'arrête avec facilité. Hazard passe dans des trous de souris, ouvre des voies dans les rangs adverses. Il y a longtemps que la Belgique n'a plus compté un tel soliste dans son effectif. Les plus grandes équipes l'ont à l'£il et il est le meilleur footballeur belge du moment : quelle pépite ! Moussa Dembélé a aussi été très intéressant. Les Diables Rouges ont longtemps eu un problème à la finition. Le ballon ne rentrait pas et on cherchait la clef. Fallait-il favoriser les infiltrations de la deuxième ligne, les centres, les phases arrêtées, les raids en profondeur ? Les problèmes étaient énormes, de quoi donner du travail à 10 attaquants. Lukaku a résolu ces colles à lui tout seul. Sur le premier but, il a été attentif et a parfaitement négocié l'assist de Hazard. Lukaku a déménagé la défense russe comme un ruisseau charrie des fétus de paille. Pour forger le 0-2, l'Anderlechtois a résisté aux charges de deux adversaires. L'un d'eux a carrément rebondi sur lui avant de s'étaler dans l'herbe. Puis, l'Hercule mauve a décoché un obus à 130 km/h, le genre de ballon pour lequel le gardien n'a que deux solutions : laisser passer ou se casser les doigts. Pour le moment, le Real Madrid a renoncé à Lukaku et lui préfère Fernando Llorente. D'autres en profiteront pour l'approcher, c'est certain. Avec lui, la Belgique est parée pour 10 ans en pointe. Et, derrière lui, des attaquants comme Jelle Vossen et Marvin Ogunjimi sont plus que des dépanneurs. Advocaat a déclaré que la Belgique ne tarderait pas à voir naître une grande équipe nationale. Merci, et elle aura vu le jour à Voronezh, où elle a fait preuve de talent, d'envie, d'esprit de corps. Ce match amical a rapporté bien plus que les 300.000 euros versés par la fédération russe, bien utiles pour payer le dédommagement de Courtrai suite au départ de Long Couteau. Leekens a bien bossé et avait le sourire des grands soirs en Russie. Mais, malin, il sait que cette embellie devra être confirmée le 9 février à l'occasion du prochain match amical contre la Finlande. Puis, dans le cadre des qualifications pour l'Euro 2012, l'équipe nationale se rendra en Autriche le 25 mars 2011 avant de recevoir l'Azerbaïdjan quatre jours plus tard. Et si la bande à Georges n'avait pas dit son dernier mot ? PAR PIERRE BILIC - PHOTOS: BELGA Avec Defour et Simons, Leekens a deux Van Moer : le vieux Kitchie des années 80 et le jeune Wilfried des golden sixties.