Chaque semaine, il se plie au même rituel. Gennaro Gattuso émerge des catacombes, tel un taureau, il pique un long sprint puissant au terme duquel il expédie le ballon au diable vauvert. San Siro accueille le show avec ravissement. En déplacement, Gattuso est escorté d'un concert de huées lorsqu'il entame son échauffement. Il s'en moque éperdument. Ses origines marquent son jeu. Rinol'invincible, c'est un monument d'intransigeance. " Peu m'importe que l'on me traite de terrone, expression péjorative qu'utilisent certaines personnes du Nord à l'égard des gens du Sud. Et bien oui, je suis fier d'être un cul-terreux ".
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Chaque semaine, il se plie au même rituel. Gennaro Gattuso émerge des catacombes, tel un taureau, il pique un long sprint puissant au terme duquel il expédie le ballon au diable vauvert. San Siro accueille le show avec ravissement. En déplacement, Gattuso est escorté d'un concert de huées lorsqu'il entame son échauffement. Il s'en moque éperdument. Ses origines marquent son jeu. Rinol'invincible, c'est un monument d'intransigeance. " Peu m'importe que l'on me traite de terrone, expression péjorative qu'utilisent certaines personnes du Nord à l'égard des gens du Sud. Et bien oui, je suis fier d'être un cul-terreux ". Gattuso constitue une rupture de style à Milan. Le club personnifie le raffinement, l'esthétique. Et Gattuso ? Il a l'air d'un éboueur entre des mannequins tels que Paolo Maldini, Massimo Ambrosini et Clarence Seedorf. Pourtant, la capitale de la mode sait que Gattuso est indispensable à l'équilibre de l'équipe de Carlo Ancelotti. Ce n'est pas pour rien qu'on appelle Gattuso un mediano. Cette expression a toujours été teintée d'une connotation négative aussi : elle désigne le laquais au milieu des étoiles. Il s'empare de ballons pour les céder instantanément à ceux qui maîtrisent l'art du jeu. A Milan, ce sont le régisseur Andrea Pirlo et le raffiné Kaká. Gattuso assume sans peine ce rôle. Il l'a déjà expliqué : " Ma tâche est simple. Je dois récupérer le ballon ". Et il en est fier. Un exemple, contre Manchester lorsqu'au terme d'une longue course, il arrache un ballon dans les pieds de Cristiano Ronaldo, il exulte à la manière d'un attaquant qui vient de marquer un goal. Sa vie sur les terrains est aussi simple qu'encensée. Cette contradiction a éclaté au grand jour au terme du Mondial 2006. Par sa furia et sa passion, Gattuso a été une des figures de proue du retour triomphal de la Squadra Azzurra. Il est le relais idéal entre des attaquants souvent invisibles et des défenseurs impitoyables. Le footballeur a été formé en Ecosse... mais le rappeler constitue un raccourci un peu trop facile. Il n'empêche qu'à 19 ans, il a quitté sa patrie pour les Glasgow Rangers, un transfert inhabituel à l'époque mais qui s'expliquait par le fait que malgré ses huit matches en D1, Pérouse ne lui proposa aucun contrat. Walter Smith, qui était alors manager des Gers, décèle en lui un superbe engin de combat. Le public s'entiche du Calabrais : " Rainooo ! Rainooo ! ", scande Ibrox Park. Gattuso devient un symbole des Glasgow Rangers. Les supporters l'ont surnommé Braveheart. Gattuso se souvient : " C'est là que le combattant en moi est né ". Il aime le football britannique, sa passion, son grand c£ur, son intransigeance dans l'engagement. Ce style lui convient : " Les footballeurs britanniques tacklent comme des hommes. En Italie, quand on tackle quelqu'un, il va pleurnicher près de l'arbitre ", s'est-il déjà plaint. Gattuso chérit cette saison passée en Ecosse mais Dick Advocaat succède à Smith et il a d'autres projets pour l'équipe et pour l'Italien. Le Néerlandais l'aligne généralement à l'arrière droit. Et comme, via la Salernitana remontée en D1, un retour en Italie est réalisable, le médian quitte les Iles après quatre matches, juste pour le début du Calcio qui débute octobre soit après les Jeux de Sydney. Gattuso quitte Glasgow déçu. " Quand je signe pour quatre ans, ce n'est pas avec l'intention de partir au bout d'une saison ". Sa relation avec Monica Romano, qui abandonne ses études, motive son choix. Gattuso a fait la connaissance de sa femme à Glasgow où ses parents tiennent un restaurant italien. Rino se sent chez lui à La Rotonda. " Mario et Pina étaient ma seconde famille. Ils m'ont fait oublier que l'Italie était si loin ", leur fille s'avère être la donna perfetta pour Gattuso. Elle est sensible et belle. Le joueur succombe. Ils mettent à profit la trêve estivale pour passer un mois ensemble en Calabre. A la maison Gattuso, la vie a toujours tourné autour du ballon. Pour la Noël 1982, Franco, le père lui-même un bon footballeur amateur, offre un ballon et une tenue complète à son fils. Gennaro se pavane dans celle-ci : " Ce n'était pas l'ensemble d'un grand club mais c'était ma tenue ". Il passe des heures en rue où il fantasme sur une carrière professionnelle avec ses camarades : " Pendant des années, d'innombrables après-midi, le sable a été notre domaine. Nous formions des goals avec des vieux bidons d'essence que nous donnaient les pêcheurs. Notre flamme nous faisait croire que nous étions à San Siro ". Il se souvient comme d'hier du jour où il a quitté la maison parentale pour partir à l'aventure. Il se souvient du chagrin de sa mère, de ses amis, rassemblés, du dernier regard qu'il a jeté sur Corigliano, son village. Gennaro s'en va, les larmes aux yeux. Ce sacrifice était nécessaire s'il voulait concrétiser son rêve et devenir footballeur professionnel. A 12 ans, il quitte la chaleur de sa famille pour Pérouse. Son style frappe les entraîneurs par sa simplicité. Gattuso ne se livre à aucune frivolité. Son jeu ne soulève pas l'enthousiasme des foules mais les connaisseurs jugent son travail à sa juste valeur. Le 22 décembre 1996, il effectue ses débuts en Série A. Les événements se précipitent. Deux saisons plus tard, les Glasgow Rangers se présentent. Le championnat écossais lui sied à merveille. Les footballeurs que Gattuso y rencontre sont sur la même longueur d'ondes que lui : ils retroussent leurs manches et ne reculent devant rien. Ce n'est pas pour rien qu'il a promis aux Rangers de revenir un jour, même s'il ne faut pas accorder trop de crédit à cette déclaration. Gattuso a déjà signifié qu'il rêvait de jouer pour Manchester United et récemment, il a confié à la Gazzetta dello Sport qu'il souhaitait achever sa carrière à Milan car c'est devenu le club de son c£ur... Après la finale de la Ligue des Champions 2005, perdue face à Liverpool, quelques doutes affleurent : " Après Istanbul, je ne m'y suis plus senti heureux. J'ai décidé de changer d'air. Mais ce n'était pas Milan le problème : c'était moi. Le club m'a aidé à surmonter cette mauvaise passe. Il m'a permis de découvrir que je faisais partie d'une vraie famille ". C'est le truc de Milan : il forme une famille équilibrée et Gattuso en est le fils rebelle. Le barbu n'est pas intelligent mais il est puissant. Il ferait un bon Dalton, toujours en lutte avec Lucky Luke. Il n'est pas un Italien typique. On associera éternellement Gattuso au cliché pris après la finale du Mondial, au stade Olympique de Berlin. Revêtu de son seul short, il était là, sauvage, devant la tribune de tifosi en délire. L'Italie chérit cette image. Gattuso est un homme du peuple, un garçon banal. Après le Mondial, il a d'ailleurs analysé à sa manière le retour triomphal des champions au pays. Le succès de celle-ci, a-t-il déclaré, était celui des ouvriers. " Nous avons montré que nous avions des couilles comme des maisons ". Un an plus tard, il s'exprime de manière plus nuancée. Il loue surtout la discipline de l'équipe et le sélectionneur Marcello Lippi : " Lippi était un maestro. Un grand entraîneur et un Monsieur. Il n'y avait pas de règles écrites mais c'était comme s'il y en avait eu. Nul n'a fait le fou. Lippi sait comment tenir une équipe. Et puis, la chance a une part primordiale dans le succès ". Le succès l'a transformé. De figure de culte, Gattuso est devenu un glamourboy fortuné. On en veut pour preuve la publicité TV dans laquelle il apparaît avec Francesco Totti. Ensemble, au nom d'un opérateur de téléphonie, ils disent : " Life is now ". Coutumier des feux de la rampe et des caméras, le médian remplit son rôle avec plus d'aisance que Gattuso. La publicité réunissait le playboy et le rebelle. Ce genre de prestation est rentable. Encore faut-il s'habituer au Gattuso version commerciale. N'était-il pas qu'un fils de paysan avec des chaussures de football ? Après le Mondial, il a même fait la une de Vanity Fair. Aux yeux des femmes, il est l'uomo perfetto. Le succès a accru sa popularité. Quand on lui demande si le football de haut niveau a modifié son caractère, il répond : " L'approche est différente à beaucoup de points de vue. Je pense m'être amélioré grâce à l'exemple de quelques campioni, des gens qui sont également champions dans la vie de tous les jours ". Gattuso éprouve énormément de respect à l'égard de Paolo Maldini, le monument de Milan. Il espère que celui-ci jouera le plus longtemps possible... même si ensuite, Gattuso recevra sans doute le brassard. " Etre capitaine de Milan est très prestigieux. Les porteurs du brassard écrivent des pages d'histoire. Tant qu'il est là, la hiérarchie du vestiaire sera clairement établie ". Maldini rend ses compliments à Gattuso : " Il est très important pour notre entrejeu. Grâce à lui, nous pouvons presser l'adversaire ". Gattuso a déjà 29 ans. Pourra-t-il continuer à se livrer à fond de nombreuses années encore, la trentaine bien entamée ? D'aucuns diraient que c'est impossible mais à Milan, rien ne l'est, grâce au laboratoire médical du club : " Pour émarger à l'élite, j'ai dû donner mon c£ur, mon âme et mes poumons. Ce sont trois éléments fondamentaux, pas seulement en football mais aussi dans la vie ". Gattuso ne compte pas adapter son style de jeu aux messages de son corps. Son âme ne l'accepterait pas. Il en serait incapable. Son instinct le pousse à se battre. Changera-t-il ? " Non. J'ai essayé de me calmer mais j'ai besoin d'adrénaline. Je suis incapable d'être calme. Je veux savourer chaque moment avec intensité ". Sa marque de fabrique ne tolère aucune concession. Il en va de même de sa vie. Gattuso est un peu enrobé et ne prend pas au sérieux les régimes prescrits à Milanello. Aux critiques, il fait remarquer qu'il serait malheureux s'il n'avait pas tous les jours son morceau de viande et une bonne assiette de pâtes. Le numéro huit de Milan veut profiter de la vie et de la cuisine italienne. Son approche est radicalement différente de celle de Pippo Inzaghi, qui vit comme nul autre en fonction du Calcio. Sa discipline épate Gattuso jour après jour : " Il est perfectionniste dans la préparation de ses matches. Je suis patraque rien qu'à le voir avaler chaque jour des pâtes et de la viande maigre alors que je rêve du tiramisù de ma femme ". Gattuso fait partie d'une génération talentueuse. Son club et l'équipe nationale ont écrit des pages d'histoire. La finale 2007 de la Ligue des Champions a été sa troisième finale en cinq ans. Seuls quelques coéquipiers milanais peuvent en dire autant. " Le succès est la nature de ce club ", rappelle Gattuso. " Lorsque j'y suis venu pour la première fois, j'ai vu des photos de prédécesseurs tels que Franco Baresi, Ruud Gullit et Marco van Basten. Ils ont connu tant de succès... Nous avons traversé une période moins faste mais nous avons rétabli l'honneur du club ces dernières saisons ". Pourtant, le sacre européen face à Liverpool a été entaché par le calciopoli. Suite au scandale de corruption qui a secoué le football italien, les Rossoneri ont d'abord été privés du bal des champions. Mais en appel, ils avaient vu la sanction réduite et le retrait de points, ils terminaient quand même en quatrième position du championnat. Lorsque la fédération italienne l'inscrivit pour les préliminaires de la Ligue des Champions, l'UEFA se hérissa mais finalement donna son accord. La tempête battait encore son plein au moment où l'Italie fêtait son titre mondial. Confronté aux faits, Gattuso a haussé les épaules. " Que devons-nous encore prouver ? Nous sommes champions du monde. Que faire de plus ? Décrocher la lune ? Il y a des scandales dans le monde entier ". par jan-cees butter