Bert van Marwijk est devenu en 2008 le sélectionneur de l'équipe nationale néerlandaise. Il a succédé à ce poste à Marco van Basten et a brillamment qualifié les Oranje pour la Coupe du Monde 2010. Avant le début de la compétition, il fait le point.
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Bert van Marwijk est devenu en 2008 le sélectionneur de l'équipe nationale néerlandaise. Il a succédé à ce poste à Marco van Basten et a brillamment qualifié les Oranje pour la Coupe du Monde 2010. Avant le début de la compétition, il fait le point. BertvanMarwijk : Je n'ai, en effet, jamais eu la chance d'y participer comme joueur. Je figurais dans la présélection pour 1978, mais je me suis blessé avant le départ pour l'Argentine. Aujourd'hui, la chance m'est offerte de participer à une Coupe du Monde comme entraîneur. Je l'appréhende très sereinement, mais je constate aussi que l'effervescence augmente au fur et à mesure que l'échéance approche. En fait, le compte à rebours a commencé depuis de longs mois. Lorsque je me suis rendu au tirage au sort, au Cap, en décembre, tous les coaches nationaux étaient présents. C'est dans ces moments-là qu'on se rend compte qu'un grand événement se prépare. Et plus le jour J approche, plus la tension monte. Si ce sera ma première expérience personnelle à ce niveau, mon staff technique est, en revanche, très expérimenté. Frank de Boer et Philip Cocu comptent, à eux deux, environ 500 matches en équipe nationale à leur palmarès ( ilrit). Bon, j'exagère un peu, mais ils ont à peu près tout vécu. Je suis réaliste. Je connais la valeur d'équipes comme le Brésil, l'Argentine, l'Espagne, l'Italie ou l'Allemagne. Comme l'Angleterre, aussi, qui a le meilleur championnat au monde et a abandonné son kickandrush au profit d'un style plus continental. Tous ces pays possèdent un réservoir beaucoup plus étendu que le nôtre. Si l'on veut aller loin, on doit donc avoir un peu de chance : espérer que nos joueurs-clefs soient en forme au bon moment, qu'ils soient épargnés par les blessures. On a démontré, dans les tournois précédents, qu'on était capables de battre les meilleurs en certaines occasions. Fort de cette constatation, j'estime qu'on doit aller à la Coupe du Monde pour essayer de la gagner. Mais on ne peut pas se contenter de battre un ténor occasionnellement, on doit enchaîner les victoires sur toute la durée du tournoi. Et c'est bien là le problème des Pays-Bas : cette capacité de se remettre en question nous fait défaut. On n'est pas vite satisfait aux Pays-Bas, mais lorsqu'on l'est, on croit que plus rien ne peut nous arriver. Après un exploit, des drapeaux oranges flottent à toutes les fenêtres et tout le monde fait la fête. C'est... le début de la fin ! Car, au rendez-vous suivant, on tombe de haut. C'est différent d'avoir une grande confiance en soi. C'est ce qu'avaient réussi les joueurs du Bayern Munich à l'époque de Franz Beckenbauer, Uli Hoeness, Karl-Heinz Rummenigge, Paul Breitner et consorts. Et c'est à cela que je veux arriver, mais c'est un processus complexe. C'est très difficile de comparer les époques. Tout va plus vite aujourd'hui, et ce constat est valable dans tous les sports. Lorsque j'étais jeune, je restais accroché devant la télévision lorsque Björn Borg affrontait John McEnroe. C'était un tennis très créatif. Aujourd'hui, c'est la vitesse qui compte... même s'il subsiste des exceptions, comme Roger Federer, très créatif lui aussi : le plus grand sportif mondial, à mes yeux. Un match très difficile. Et peut-être le plus important, celui qui conditionnera la suite du tournoi. Morten Olsen et moi, nous nous connaissons bien. Nos deux équipes n'ont plus de secrets l'une pour l'autre. Le Danemark est comparable aux Pays-Bas sous certains aspects : en 1992, les Danois sont devenus champion d'Europe alors qu'on les avait rappelés de vacances. C'était aussi une forme d'arrogance : ils ont joué leurs matches en étant complètement décontractés et ont battu tout le monde. Que nous avons effectué le bon choix en optant pour Johannesburg comme camp de base. Cette ville est située à 2.000 mètres d'altitude. Il est préférable de redescendre pour jouer des matches au niveau de la mer, que le contraire. Le climat à Johannesburg est très agréable. Je m'y suis déjà rendu à cinq ou six reprises, pendant l'hiver austral. En journée, le thermomètre affiche 15 ou 20 degrés, parfois 25. Ce sont des conditions idéales pour s'entraîner. Des conditions très comparables à celles que l'on rencontre aux Pays-Bas durant la même période. Au Cap, il y a 11 jours de pluie en moyenne, pendant le mois de juin. Avec beaucoup de vent également. Durban est la ville la plus chaude. On pourra donc rencontrer des conditions très diverses durant la Coupe du Monde, mais cela ne doit pas servir d'excuse en cas d'échec. Je n'en sais rien. Le fait de n'avoir plus disputé de véritable match à enjeu depuis un an pourrait être un inconvénient, mais je ne peux rien y changer. L'objectif, à savoir la qualification, a été atteint et c'est ce que je retiens. Notre problème ne réside pas dans la préparation mais dans la faculté à rester constants durant un tournoi entier. L'EURO 2008 nous l'a encore rappelé : on y a très bien joué durant la phase de poule, en battant l'Italie, la France et la Roumanie de façon spectaculaire. Cela a suffi pour nous propulser sur notre petit nuage et on a trébuché sur le premier obstacle venu en quart de finale, à savoir la Russie. L'arrogance, si particulière aux Néerlandais, avait encore pris le dessus. Personnellement, je cite souvent en exemple le parcours réalisé en Coupe de l'UEFA 2001-2002 avec Feyenoord. On avait affronté, entre autres, le Borussia Dortmund, les Glasgow Rangers, l'Inter Milan. Des équipes bien mieux nanties que nous sur le plan financier, et donc plus fortes sur le plan individuel. Mais on avait le meilleur collectif et on est allé au bout : on a gagné l'épreuve. C'est cette mentalité-là que j'essaie d'inculquer aux Oranje. C'est une remarque très perspicace. On doit, effectivement, apprendre à gagner un match que l'on n'a pas sous contrôle, à l'emporter lorsqu'on est dans un mauvais jour. L'Allemagne sait le faire, nous pas. Les Néerlandais, pour gagner, doivent tout maîtriser, réaliser le match quasi parfait. Personnellement, j'aime le beau football. Je suis un idéaliste, de ce point de vue là. Je pourrais presque dire que je suis satisfait lorsque je vois mon équipe réaliser un bon match. L'Espagne possède peut-être, aujourd'hui, la meilleure équipe nationale du monde. Aux Pays-Bas, on aime ce style de football : créatif, très direct, avec un bon enchaînement entre les lignes. On fait tourner le ballon, on cherche la solution, on essaie de trouver les attaquants. Mais, si l'on est sous le charme de ce football offensif, le moment le plus délicat - en plus des phases arrêtées - c'est lorsqu'on perd le ballon en zone offensive et que le reste de l'équipe est hors de position. En une fraction de seconde, l'adversaire peut frapper car on a laissé des espaces dans le dos. La contre-attaque est une arme mortelle. Et comment peut-on empêcher le développement d'une contre-attaque ? Il y a différentes manières, mais la meilleure, c'est de presser l'adversaire à l'endroit où l'on a perdu le ballon. C'est une question d'entraînement quotidien. Avec l'équipe nationale, on dispose généralement de deux ou trois jours pour préparer un match. Pourquoi l'Espagne y parvient-elle mieux que nous ? Les meilleurs joueurs espagnols jouent dans leur pays, alors que les meilleurs joueurs néerlandais sont répartis dans différents championnats. On a besoin de plus de temps pour être prêts, mais lorsque je constate les progrès accomplis durant les 18 derniers mois, j'estime qu'on est sur la bonne voie. En équipe nationale, c'est souvent une question de cycles. Il y a des moments où l'on a un très bon gardien, d'autres où l'on a de très bons attaquants, d'autres encore où l'on a une défense très rigide. J'ai l'impression qu'actuellement, beaucoup de pays ont des problèmes avec leur ligne arrière. Défendre est devenu très difficile dans le football moderne, car il faut défendre avec de l'espace dans son dos. Et il faut défendre en équipe, ce n'est plus uniquement le rôle du quatre arrière. Dès le premier jour de ma nomination, j'ai essayé de faire prendre conscience à mes attaquants qu'ils devaient effectuer un pressing dès que le ballon était perdu. Peut-être en retire-t-on aujourd'hui les bénéfices ? C'est un détail. A certains moments, sur le terrain, vous avez l'impression de voir un 4-4-2. A d'autres moments, un 4-3-3. A d'autres encore, un 4-2-3-1. Cela varie en fonction de l'animation du système et des joueurs qui composent l'équipe. Lorsque j'aligne Arjen Robben et Eljero Elia sur les flancs, on ne peut pas dire qu'on joue en 4-2-3-1. Dans l'entrejeu, c'est pareil. Parfois, le dispositif peut changer au cours d'un même match. Tantôt, c'est deux demis défensifs et un demi offensif, tantôt c'est l'inverse. Rien n'est fixe, cela bouge tout le temps. Cela fait partie du football moderne : il faut réagir pendant le match, s'adapter. Je l'ai souvent visionné. Je me suis rendu à Bruxelles pour le match Anderlecht-Hambourg. Et aussi à Liège pour le match Standard-Hambourg. Je me suis également rendu à Hambourg, pour m'entretenir avec Bruno Labbadia. Chacun sait que Ruud avait très envie de participer à la Coupe du Monde, tout en admettant qu'il devait être à 100 % de ses capacités. Ruud a été blessé pendant un an et demi. Un jour, il y a plus d'un an, Ruud m'a téléphoné pour m'annoncer : - L'équipenationale, pourmoi, c'estdupassé ! Je lui ai répondu : - OK, jerespectetadécision ! Puis, un an plus tard, j'ai lu dans la presse qu'il voulait revenir. J'avais pris la décision de le laisser à la maison, en effet, mais je lui avais signifié : - Neparspasenvacances !Ou, situpars, arrange- toipourpouvoirrevenirtrèsvite !Cartueslepremierremplaçantpourleposted'attaquant... l Par Daniel DevosTantôt c'est deux demis défensifs et un offensif, tantôt l'inverse. Il faut s'adapter pendant le match. Notre problème, c'est la capacité de se remettre en question sur la durée.