Rune Lange nous attendait devant le palais royal, à Oslo, où nous traversons de larges artères commerciales qui abondent de fast-foods. Arrivé au cours d'un championnat qui se déroule d'avril à novembre, l'ex-Brugeois (29 ans) tente de retrouver ses marques à Valerengen, le champion en titre.
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Rune Lange nous attendait devant le palais royal, à Oslo, où nous traversons de larges artères commerciales qui abondent de fast-foods. Arrivé au cours d'un championnat qui se déroule d'avril à novembre, l'ex-Brugeois (29 ans) tente de retrouver ses marques à Valerengen, le champion en titre. Rune Lange : En Norvège, les formations de D1 se tiennent de plus près. On peut perdre ou gagner contre n'importe qui alors que les joueurs d'Anderlecht ou du Club ne peuvent pas perdre une vingtaine de rencontres. Mon cham- pionnat est donc plus passionnant. Les matches se décident souvent en dernière minute. Fin octobre, Valerengen avait du mal à gagner et était sixième. Non. Perdre n'est pas une honte puisque les équipes se valent. Mais moi, je suis sous pression car j'ai joué à l'étranger. On attend donc beaucoup plus de moi. Les Scandinaves sont moins techniques mais plus collectifs. La machine est mieux huilée, le jeu mieux organisé. Un avant dispose de plus d'espaces en Belgique qu'ici. Nous sommes marqués à la culotte. Je préfère le style belge mais au fond, j'ai simplement besoin de temps pour me réadapter, après six ans à l'étranger. A mon arrivée à Bruges, j'avais également dû m'intégrer. Ils se ressemblent. Ils ne sont pas très fidèles. Si leur équipe tourne moins bien, ils la lâchent. Ils sont plus calmes en Norvège. Ici, il n'y a pas de hooligans. Les habitants d'Oslo sont différents de ceux du nord, qui sont plus chaleureux, sans doute parce qu'ils sont plus isolés. Quand vos hôtes ont parcouru des centaines de kilomètres pour vous voir, vous êtes plus convivial ! Sinon, Oslo est agréable. La capitale offre beaucoup de possibilités de divertissement et j'y ai retrouvé des amis de Tromso. J'ai d'ailleurs effectué mon service militaire dans les environs. De toute la Norvège, c'est Valerengen qui en aligne le moins. Nous avons un Danois et un Islandais. Danois, Suédois et Norvégiens sont pareils et se comprennent. En revanche, les Islandais parlent une langue que nous employions il y a plus de mille ans. La plupart des étrangers sont scandinaves. C'est logique : ils s'intègrent mieux dans notre système. Ils ont la même tradition de discipline et d'organisation. Un Africain ou un Sud-Américain s'adapterait difficilement. Si mais elles se ressemblent. Ici, on parle le Bokmål, la langue originelle. Un poète a répertorié tous les mots du dialecte de la campagne et a créé le nouveau norvégien, qui est la première langue à l'ouest du pays et qui est souvent enseigné à l'école. Je parle un croisement des deux. Je n'ai été blessé qu'en Belgique. Avant, je n'avais pas eu le moindre bobo sérieux. J'ai toujours été convaincu que je rejouerais, même si j'ai envisagé quelques solutions dans le cas où je devais mettre fin à ma carrière. Il y a tellement de possibilités... Je reprendrai peut-être des études ou j'accepterai un travail dans le milieu du football, à moins que je n'ouvre une boutique. Mais mon but est de jouer jusqu'à 35 ans. Je ne pense pas. Je ne sais pas pourquoi ça a commencé à Bruges. C'est sans doute dû au hasard. J'ai été opéré de la cheville en décem- bre, il y a dix mois. Je conserve une certaine faiblesse dans la jambe. Ma masse musculaire n'est pas complètement revenue mais je ne ressens aucune douleur. Il faut plus de temps pour regagner du muscle que pour en perdre. Mon dos me fait parfois souffrir mais c'est supportable. L'hernie a repoussé le seuil de la douleur. J'aimais trop le football pour rester sur la touche. Le repos n'aurait sans doute pas amélioré l'état de mon dos ; je souffrais mais j'espérais que ça passe tout seul. C'est une des expériences les plus frustrantes de ma vie. Je ne pouvais m'entraîner comme je le voulais. Maintenant, je suis un programme d'entraînement spécifique et je fais des exercices de renforcement du dos. Non. Un sportif qui a peur doit arrêter même si c'est sans doute l'élément le plus difficile à gérer. On craint d'être de nouveau taclé au même membre. On reprend confiance petit à petit mais il faut une sacrée dose de caractère. Pour vaincre son angoisse, il faut procéder par étapes. Ainsi, je joue toujours avec un tape à la cheville. Cela m'empêche de me retourner le pied. A l'entraînement, je l'enlève de temps en temps. Au début, j'avais peur de tous les coups. Au premier tacle, j'ai réalisé que ma jambe tenait. C'est ainsi que j'ai repris confiance. Il faut aussi rester positif. Un peu. J'essaie de jouer le ballon plus vite, je n'effectue plus de folles courses avec le cuir, ce qui limite le risque d'être fauché par un défenseur. Un blessé reste de toute façon à l'écart. Au pays, on a au moins sa famille autour de soi. Par ailleurs, celle-ci peut aussi vous détourner du football, en cas de problèmes, de fêtes... Un peu, je l'avoue. Il y fait bon vivre et Bruges est une ville magnifique. Ce que je remarque maintenant, c'est que la vie est plus stressante qu'en Norvège. Le trafic est plus dense. Mon amie, Ellen, y vit toujours. Elle est originaire de Flandre Occidentale et étudie la médecine à Louvain. Elle est en dernière année et devrait me rejoindre en Norvège au terme de ses études. Nous nous téléphonons fréquemment mais ce n'est pas comme si nous vivions toujours ensemble. Oui, mais je n'arrive pas à pointer du doigt un élément en particulier. J'ai réalisé des expériences en Belgique. Je suis arrivé à un âge assez tendre. Au début de la vingtaine, on est encore très ouvert, on cherche sa voie. Donc, découvrir une autre langue, une autre mentalité à cet âge vous change. Certainement. Je reste au courant de tout. Anderlecht est moins fort que la saison dernière. Le championnat va être plus intéressant. J'ai l'impression que les ténors vont se tenir de près jusqu'au terme de la saison. Il va lutter pour le titre. Je ne l'ai côtoyé qu'un mois et demi à Bruges et encore, pas sur le terrain, puisque j'étais blessé. Je ne peux pas dire grand-chose de lui mais je le trouve agréable. Il sait ce qu'il veut. Il a changé les entraînements et tout le système de jeu. Il est évidemment difficile de trouver deux entraîneurs pareils. Il est inévitable qu'un nouveau coach apporte du changement. Non, cultiver les regrets n'est pas dans ma nature. Je n'aime pas regarder derrière moi. Je regrette quand même que mes blessures aient retardé mon épanouissement de footballeur. Je continue à travailler d'arrache-pied pour retrouver mon ancien niveau. Jusqu'il y a peu, je ne pouvais pas me livrer à fond. Je n'ai donc pas pu progresser. Sans ces blessures, je serais un meilleur footballeur. Je ne suis jamais content. Je veux toujours progresser, atteindre un niveau supérieur. Pour le moment, c'est très difficile, puisque je ne suis pas encore à 100 %. Cela viendra. Vous n'avez pas encore vu le meilleur de moi-même. ILKA DE BISSCHOP, À OSLO