Peut-être était-ce un présage ? Joueur des Corinthians, Carlos Alberto Tévez s'était présenté en maillot de Manchester United à une conférence de presse. Souriant, il répondait aux questions des journalistes mais la direction du club ne trouvait pas la situation amusante. Les Brésiliens virent en ce geste un plan, tout le monde sachant que l'Argentin rêvait de se produire un jour pour le club anglais. Tévez reçut une amende salée et l'affaire s'arrêta là. Pourtant, il allait bel et bien quitter les Corinthians pour la Premier League, pas Manchester mais West Ham. Ce fut le transfert le plus bizarre du foot anglais depuis l'embauche à Tottenham, en 1978, des Osvaldo Ardiles et Ricardo Villa, deux autres Argentins (voir cadre).
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Peut-être était-ce un présage ? Joueur des Corinthians, Carlos Alberto Tévez s'était présenté en maillot de Manchester United à une conférence de presse. Souriant, il répondait aux questions des journalistes mais la direction du club ne trouvait pas la situation amusante. Les Brésiliens virent en ce geste un plan, tout le monde sachant que l'Argentin rêvait de se produire un jour pour le club anglais. Tévez reçut une amende salée et l'affaire s'arrêta là. Pourtant, il allait bel et bien quitter les Corinthians pour la Premier League, pas Manchester mais West Ham. Ce fut le transfert le plus bizarre du foot anglais depuis l'embauche à Tottenham, en 1978, des Osvaldo Ardiles et Ricardo Villa, deux autres Argentins (voir cadre). Carlos est né le 5 février 1984 à Ciudadela, une banlieue de Buenos Aires. Il a passé son enfance à Ejercito de Los Andes, un quartier qu'on appelle aussi Fort Apache. C'est de là que lui vient son surnom, l'Apache. Sa famille vivait dans la misère, comme tant d'autres, et le football constituait pour Carlos la seule issue. Il jouait tous les jours dans la rue, où des scouts de Boca Juniors l'ont remarqué. Il a rejoint le plus grand club argentin à l'âge de 13 ans et a effectué ses débuts en équipe fanion à 17 ans, le 21 octobre 2001, contre Talleres de Córdoba. Considéré comme un des plus grands talents du pays, l'avant a rapidement répondu à l'attente. Diego Maradona n'a pas tardé à le qualifier de " prophète argentin du 21e siècle ". Tévez s'est produit pour Boca jusqu'à la fin novembre 2004. En trois ans, il a marqué 26 buts en 75 matches. Il a gagné le titre national (2003), la Copa Libertadores (2003), la Coupe du Monde des Clubs (2003) puis la Copa Sudamerica. C'est aux Jeux d'Athènes qu'il a remporté son plus grand succès : l'Argentine a conquis la médaille d'or et l'avant a été le meilleur buteur du tournoi, avec huit réalisations en six joutes. Les clubs européens se sont précipités : la Juventus, le Bayern, le PSV. Celui-ci a fait une offre appréciable mais Tévez est resté à Boca, qui ne souhaitait pas perdre sa vedette. Tévez a brossé des entraînements, s'envolant régulièrement au Brésil pour y faire la java toute la nuit. Il s'est étiolé sur le terrain, disputé avec des coéquipiers, ses adversaires, ses supporters même, quand ceux-ci, ulcérés par une défaite contre River Plate, le rival de Boca, l'ont attendu et ont insulté son amie, l'actrice Natalia Fassi. Tévez a même voulu s'en prendre physiquement aux supporters mais ses coéquipiers l'ont retenu à temps. Dénué d'avenir à Boca, il a été vendu aux Corinthians en novembre 2004. Un transfert délicat, que ni les Argentins ni les Brésiliens n'ont compris. Le président du Brésil s'est mêlé de l'affaire. Quoi qu'il en soit, à Sao Paulo, Tévez a retrouvé le plaisir de jouer et le chemin du but. Il a mené les Corinthians au titre en 2005, en marquant 20 buts en 30 rencontres, deux de moins que le meilleur buteur, Romario. Il a également remporté quatre trophées personnels, parmi lesquels celui de meilleur joueur du championnat brésilien et celui du Footballeur sud-américain de l'Année, un titre qu'il a obtenu trois fois de rang, ce que Pelé et Maradona n'avaient pas réussi. Sir Alex Ferguson, l'a qualifié de " joueur fantastique " et espère que l'attaquant l'aidera à aller loin en Ligue des Champions. Tévez voulait jouer à Manchester United depuis qu'à 15 ans, il s'était distingué à Wembley, face aux -16 ans anglais. Dans ce match, il s'était joué de tous ses adversaires pour marquer. Le mariage de l'Argentin et de son club préféré n'est cependant devenu un succès qu'une fois Wayne Rooney rétabli de sa blessure au pied. United a dû patienter quatre journées avant de remporter sa première victoire en Premier League. C'est le plus mauvais départ de son histoire. Cristiano Ronaldo était suspendu et Tévez ne pouvait assumer seul toute la pression. Il n'a retrouvé le chemin du but qu'après le retour des deux autres. L'Argentin s'imaginait que tout coulerait de source. " Je veux simplement jouer de mon mieux afin que tous m'acceptent, me faire des amis au sein de l'équipe, marquer beaucoup de buts et gagner le respect de mes coéquipiers. Je veux remporter la Ligue des Champions. J'ai joué avec de grands footballeurs à Boca et en équipe nationale. J'ai donc pleine confiance en United : il ne peut que connaître le succès, avec la palette de grands footballeurs qu'il aligne ". Pas d'avenir sans passé. Carlos Tévez voue donc une reconnaissance éternelle à West Ham. A Londres, le petit attaquant a eu la latitude de s'habituer au football anglais. " C'était nécessaire car le jeu est dur et très physique. Après avoir survécu aux premiers défis, j'ai commencé à apprécier ce style. Lutter contre la rétrogradation avec West Ham m'a endurci et mûri. J'ai appris à me remettre en question chaque jour. A Manchester United, je trouve la pression à laquelle j'étais habitué : la lutte pour le titre, l'obligation de gagner semaine après semaine. C'est exactement le sentiment que j'avais à Boca Juniors, aux Corinthians et que j'ai avec l'Argentine. Pourtant, jamais je n'oublierai West Ham. Ce club est dans mon c£ur pour toujours : il a été le premier, en Europe, à croire en moi. Managers, joueurs et supporters m'ont toujours soutenu. J'espère les avoir remerciés par mes buts. Jouer contre West Ham sera quelque chose de spécial pour moi. Si je marque contre mon ancien club, je ne jubilerai pas ". par martijn krabbendan, ESM