Comment vous sentiez-vous après vos deux succès consécutifs à Berlin, avec Meghann Shaughnessy, et à Anvers, avec Virginia Ruano Pascual?
...

Comment vous sentiez-vous après vos deux succès consécutifs à Berlin, avec Meghann Shaughnessy, et à Anvers, avec Virginia Ruano Pascual?Els Callens: Après la demi-finale avec Dominique Monami-Van Roost à l'US Open et la médaille de bronze aux Jeux Olympiques, les résultats ont été moins brillants. De janvier jusqu'au tournoi d'Estoril, début avril, mon tennis était moins bon, mais depuis, cela va beaucoup mieux. Suite à la retraite de Dominique, vous jouez désormais avec Meghann Shaughnessy. Etes-vous satisfaite de cette collaboration?Nous allons continuer à jouer ensemble. Nous aurions bien aimé nous préparer pour Roland Garros la semaine dernière à Strasbourg, mais cette année, je devais passer par les qualifications en simple. Nos agendas ne sont pas toujours compatibles. C'est dommage. Je vais essayer de jouer avec elle aux Etats-Unis cet été, trois ou quatre tournois, et peut-être aussi en automne. Je pense alors qu'on aura une chance de se qualifier pour le Masters de double.Vous n'avez pas le même niveau en simples, puisque Meghann Shaughnessy est aux environs de la vingtième place et que vous ne pouvez donc pas participer aux mêmes tournois.Oui, mais l'année passée avec Dominique, nous n'avions disputé que dix tournois et nous nous étions tout de même qualifiées pour le Masters. Donc, si on arrive à bien jouer ensemble, je crois que c'est possible.C'est l'objectif numéro 1 de la saison?Oui. En double,... et en simple, retrouver le plus vite possible le Top 100.Quand Dominique a pris sa retraite, avez-vous reçu des propositions de joueuses du top mondial pour disputer les doubles avec elles?Non, j'ai quand même dû chercher un peu. Il y a juste Anne-Gaelle Sidot qui est venue me le demander. J'avais aussi penser à Jennifer Capriati, parce qu'elle joue plus ou moins comme Dominique, à plat, puissant, du fond, et dispose d'un bon service et de beaux retours, même si elle n'a peut-être pas encore tous les automatismes de doubles à la volée. J'avais donc pensé à elle, si jamais cela n'allait pas avec Meghann.Vous n'en avez jamais discuté?Non, mais son père, qui s'occupe de ses affaires, m'a donné son numéro de téléphone durant le Masters, pour la contacter si jamais je voulais jouer avec elle. Ça peut être intéressant, si jamais Meghann veut jouer avec quelqu'un d'autre.A presque 31 ans, vous êtes la plus ancienne dans le milieu du tennis belge. Cela vous étonne-t-il de voir tous les autres arrêter à 27 ans?Non, cela ne m'étonne pas parce qu'elles ont quand même joué pendant neuf ou dix ans au top. Moi, je commence ma onzième année, mais, pour l'instant, j'ai toujours envie de jouer, je trouve que ça va bien. Et si j'arrête, je serai quand même obligée de commencer une nouvelle carrière, pour gagner ma vie. Dominique et Sabine, je crois qu'elles ont assez d'argent pour arrêter, pas moi. Il y a aussi le fait que le tennis est de plus en plus difficile. C'était de plus en plus dur pour elles de se maintenir à leur niveau. Le tennis me procure toujours du plaisir et si je joue bien les doubles, je peux bien gagner ma vie. Certainement mieux qu'en donnant des cours.Pensez-vous faire comme Tom Van Houdt, qui ne joue plus du tout en simple -à cause d'une blessure- et se consacre entièrement au double?Il faut alors être dans le Top 10 du double, disputer tous les grands tournois et pouvoir compter sur une joueuse qui table aussi uniquement sur les doubles. Sinon, elle donnera toujours la priorité au simple. Et ce n'est pas facile de trouver quelqu'un qui est prêt à ne jouer que les doubles. En plus, je crois que si j'abandonne le simple, mon niveau de double va également diminuer un peu. Surtout physiquement, parce qu'en simple, j'essaie de m'entraîner le plus dur possible. C'est ce qui me manque le plus, du physique et de la puissance. J'ai aussi besoin de beaucoup de récupération, après les entraînements, qui sont grosso modo les mêmes, même si les déplacements ne sont pas les mêmes : en double, on se déplace surtout d'avant en arrière, en simple, plutôt de gauche à droite.Vous êtes au top du tennis belge depuis des années, vous avez vécu beaucoup de changements de joueuses au sein de l'équipe belge de Fed Cup...Oui. Il y avait d'abord la génération Wasserman-Devries, puis Courtois-Feber-Appelmans-Van Roost. Et maintenant, il reste Laurence Courtois et moi, avec les jeunes Justine et Kim qui sont arrivées. Je pense qu'on a une très belle équipe. Capriati m'a même dit qu'on allait gagner la Fed Cup. C'est vraiment exceptionnel, surtout pour un petit pays comme le nôtre.Quelles différences voyez-vous entre l'époque Wasserman et celle de Clijsters-Henin?C'est surtout au niveau du jeu que je vois la différence. Cela frappe très fort. C'est monstrueux comme ça a évolué. Je ne sais d'ailleurs pas toujours suivre à l'entraînement avec elles, même s'il m'arrive aussi de les battre. En fait, à force de jouer avec des joueuses aussi puissantes ou de s'entraîner avec certains garçons, on s'habitue et le niveau de jeu augmente petit à petit.Et au niveau de l'ambiance, quelle a été l'évolution?Au début, l'ambiance n'était pas très bonne, en raison de différends financiers. Mais pour le reste, cela a toujours été une ambiance agréable, d'autant plus que les résultats suivaient.Et sur le circuit féminin en général, comment vous sentez-vous?Je trouve les petits tournois toujours très agréables, parce qu'il y moins de joueuses accompagnées par leur coach. Dans les plus gros tournois, chacun est avec son entourage et les contacts avec les autres joueuses sont limités. Dans les tournois mineurs, il n'est pas rare que les joueuses prennent leurs repas ensemble, c'est beaucoup plus chaleureux. A un plus haut niveau, les enjeux financiers sont plus importants et on sent beaucoup plus de pression et de concurrence. Les adversaires ne veulent alors surtout pas savoir comment on se prépare, comment on se sent. Elles gardent leurs distances. Le circuit est devenu très égoïste depuis quelques années. L'avantage du double, c'est que cela crée des liens avec la partenaire. Et quand cela se passe bien, c'est agréable. Pour moi, c'est nécessaire, surtout parce que je voyage souvent seule.Est-ce uniquement parce que vous vous êtes rendu compte que vous étiez meilleure en double?Je crois que je suis meilleure en double. Surtout que maintenant, en simple, il faut beaucoup plus de force pour frapper alors qu'en double, on n'a pas tellement besoin de ça. J'arrive à bien servir, à bien retourner et à bien me déplacer d'avant en arrière. C'est pour cela que joue bien en double. En simple, je fatigue plus vite.Laurent Gérard