Certains attaquants attendent le crépuscule de leur carrière avant d'enfin trouver le chemin des filets contre Anderlecht. Ce fut le cas de Gert Verheyen. D'autres ont beaucoup plus de chance. Pour le Nigérian Joseph Akpala, il n'aura fallu que 240 secondes pour inscrire un but face aux Mauves. Car, ce jour-là, tout s'est déroulé comme dans un rêve. Rentré au jeu comme joker à la 82e, il offrait un point aux Zèbres en toute fin de partie, après avoir sollicité le une-deux avec Majid Oulmers.
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Certains attaquants attendent le crépuscule de leur carrière avant d'enfin trouver le chemin des filets contre Anderlecht. Ce fut le cas de Gert Verheyen. D'autres ont beaucoup plus de chance. Pour le Nigérian Joseph Akpala, il n'aura fallu que 240 secondes pour inscrire un but face aux Mauves. Car, ce jour-là, tout s'est déroulé comme dans un rêve. Rentré au jeu comme joker à la 82e, il offrait un point aux Zèbres en toute fin de partie, après avoir sollicité le une-deux avec Majid Oulmers. Les supporters apprenaient à prononcer ce nom qui ressemble à s'y méprendre à celui d'une antilope africaine. Depuis lors, que ce soit comme remplaçant ou titulaire (contre Zulte Waregem), Akpala a démontré qu'il fallait désormais compter avec lui. Cinq matches en championnat et deux buts avant le week-end dernier plus un match et un but à Mouscron en Coupe, cela en fait le buteur le plus efficace de l'élite si on prend en compte le nombre de minutes disputées. Il n'aura finalement fallu que quatre mois à Akpala (19 ans) pour forcer son destin carolo. Arrivé dans l'anonymat en décembre avec Daddy Bazuaye, il restait sur une saison remarquable avec son club de Bendel Insurance au Nigeria. Grâce à ses 13 buts en 18 rencontres, il trônait alors en tête du classement des buteurs de la compétition nationale. " Après avoir mis en parenthèse mes activités de manager durant un certain laps de temps, j'avais décidé de les reprendre ", raconte Daniel Evrard, un des rares à l'avoir vu évoluer sur place, " Je m'étais rendu fin octobre chez mon ami Victor Ikpeba (qui vit au Nigeria dans ce que l'on peut appeler une demeure hollywoodienne). Je voulais assister à quelques rencontres du championnat et nous sommes partis voir Bendel Insurances, entraîné par un Belge, Maurice Cooreman, qui se déplaçait dans un club situé à 40 kilomètres de Lagos. Cependant, Ikpeba ne voulait pas rouler sans escorte militaire. Nous sommes donc arrivés à ce match avec quatre sbires armés de mitraillette, collés à nos basques. On voulait me montrer quatre ou cinq joueurs mais dans ce match où il y avait beaucoup de fainéants, seul Akpala a retenu mon attention. Il n'avait pas non plus été fantastique mais il possède un coup de rein phénoménal. Sur deux, trois mètres, il peut passer son adversaire par l'extérieur, à gauche ou à droite et faire la différence. On ne voit pas souvent cela. Mais il n'est pas éblouissant sur le plan technique. Ce n'est pas le genre, par exemple, à éliminer trois hommes en dribblant comme le faisait Ikpeba. Il m'a même paru pataud et maladroit à certains moments. Mais pour s'imposer au plus haut niveau, il faut une qualité qui soit au-dessus de la moyenne. Lui, c'est son accélération. Finalement, j'avais décidé d'aller le revoir lors d'un match à domicile. Bendel Insurances évolue à Benin City, ville un peu coupe-gorge située dans le Biafra. Généralement, on évite de se rendre dans ce coin du pays. J'y suis allé seul car Ikpeba ne tenait pas à m'accompagner. Et finalement, ce déplacement n'a servi à rien car Akpala était suspendu. Mais je l'ai rencontré et je lui ai fait part de mon intérêt. J'avais mis le Standard, avec qui j'entretiens de très bonnes relations, sur le coup et obtenu tous les documents nécessaires dont un visa grâce au club liégeois. Mais finalement, il n'est pas venu car il n'était pas en possession de son passeport qui se trouvait entre les mains du sélectionneur Augustine Eguavoen, l'ancien joueur de La Gantoise,... plus persuasif que moi ". Car Evrard n'était pas le seul à marquer son intérêt pour Akpala. Repéré par Marc Clarysse, qui fait partie de l'écurie de Didier Frenay, et couvé par Augustine, l'attaquant nigérian fit le stage de préparation de l'équipe nationale du Nigeria, effectué au Portugal en vue de la CAN : " Cela fait plusieurs années que l'on suit la filière nigériane grâce à Clarysse ", explique Frenay. " On tente de repérer le talent inconnu qui n'a pas encore été trouvé. Il y a trois ans, on a déniché Georges Olofinjana, la saison passée Taye Taiwo qui évolue à Marseille, et cette année, c'était au tour de Joseph Akpala. On l'a suivi et on l'a proposé à plusieurs clubs lors du stage au Portugal ". Connaissant l'aversion de Frenay pour le Standard, pas de doute que l'opération fut certainement accélérée lorsqu'il apprit que le club liégeois était sur la balle : " Comme nous avons de très bonnes relations avec Charleroi, nous avons fait venir Raymond Mommens au stage portugais. Après 20 minutes, il était également convaincu des qualités d'Akpala ". A ce stage, Charleroi n'était pas l'unique club invité. Il fallait donc être rapide. " J'étais également au Portugal ", explique André Denul, le manager de Tosin Dosunmu, " et j'ai vu Akpala lors d'un match contre un club de D2 portugaise - NDLA : contrairement à ce que le site internet de Charleroi indique, ce n'était pas la sélection portugaise - durant lequel il a inscrit un but. J'ai pu me rendre compte qu'il s'agissait d'un très bon athlète, rapide et costaud. Pas du tout le même style que Dosunmu. Il est plus grand (1m85) et pèse davantage sur une défense par son physique ". Finalement, Charleroi conclut le deal en intégrant dans l'affaire un autre jeune nigérian, Daddy Bazuaye qui, comme il n'aura que 18 ans en décembre et ne peut donc pas signer de contrat, est déjà retourné au pays. Akpala, lui, est resté. " La philosophie du Sporting est très bonne pour Akpala car le club laisse l'opportunité aux jeunes d'éclore ", argumente Frenay. " Cependant, au début, il a dû s'accrocher. Ce n'est jamais facile pour un Africain d'arriver en plein hiver. On a dû lui dire que c'était rare qu'il fasse froid aussi longtemps ". De plus, il devait également apprendre à gérer tout un nouvel environnement et de nouvelles contraintes, comme celle d'évoluer avec des... crampons. " On a essayé de l'entourer le mieux possible ", dit Frenay, " mais c'est déjà quelqu'un de bien encadré. Son oncle est médecin à Londres et vient le voir très souvent. Sa gentillesse lui a permis de s'intégrer très vite. En quelques semaines, il est parvenu à se débrouiller en français. Il a beaucoup de respect pour les gens. Ce n'est pas quelqu'un qui marque son indifférence quand on lui serre la main, par exemple. Or, quand un homme éduqué, gentil et intelligent a du talent, cela fait souvent un grand joueur ". En six rencontres au total, Akpala a fait son trou. Car son but égalisateur contre Anderlecht fut suivi d'une autre réalisation en Coupe contre Mouscron. Là aussi, il était entré en cours de rencontre mais contrairement au match précédent, son égalisation ne rapporta rien au Sporting, bouté hors de la compétition. " Je me rappelle très bien son entrée au jeu ", explique Olivier Besengez. " Je venais de sortir et personne ne le connaissait encore. Lors de la théorie, Gil Vandenbrouck avait mis en exergue les trois autres attaquants que sont François Sterchele, Izzet Akgül et Orlando. Il avait juste annoncé qu'il y avait cet Akpala en réserve. On savait seulement qu'il avait inscrit un but, quatre jours plus tôt contre Anderlecht. Cependant, on s'était surtout focalisé sur les trois autres. On avait déjà bien assez de travail comme cela avec ce trio explosif ". Si Besengez n'a pas eu l'occasion de se frotter à Akpala, Kevin Hatchi, l'autre Hurlu de la charnière centrale, s'en souvient très bien : " C'était un joueur très puissant. Physiquement, il pèse sur une défense. Il a pris les espaces sur les côtés et se montrait très remuant. Certes, il bénéficiait de sa fraîcheur et du travail de sape effectué par les trois autres avants du Sporting mais il a su faire la différence grâce à ses propres qualités. On en avait un peu parlé après son but contre Anderlecht mais on n'a pas adapté notre système pour le contrer lorsqu'il est entré au jeu. Rapidement, on s'est rendu compte qu'avec lui, le match devenait beaucoup plus physique. Il apportait bien plus de percussion que Sterchele et Akgül et on a dû parfois se mettre à deux ou trois pour le mettre en échec. Besengez venait de sortir et c'était moi le plus grand en défense. Je l'ai donc pris en marquage. C'était un vrai combat. Avec ce type d'attaquants, il faut laisser la technique au vestiaire. Au vu de ce qu'il a démontré contre nous, il mérite davantage de temps de jeu. Il ne doit pas être perçu uniquement comme un joker. Au contraire, plus tôt il commencera, plus vite il fatiguera les défenseurs adverses ". Quelques jours plus tard, Jacky Mathijssen suivait les conseils de Hatchi et offrait au jeune Akpala sa première titularisation à Gand. Un nouveau concurrent venait se greffer en attaque, aux côtés de Sterchele, Akgül, Orlando ou Toni Brogno. Pour remotiver ses troupes, Mathijssen profitait donc de cette fin de saison pour tester son nouvel atout offensif. Si Akpala restait muet à Gand, il retrouvait le chemin des buts contre Zulte Waregem. Mais comment donc qualifier le style du Nigérian ? " Depuis le premier jour, je dis qu'il sera un très grand joueur ", lâche Frenay sur le ton de la conviction. " Il dispose d'aptitudes techniques très bonnes mais surtout d'un physique au-dessus de la moyenne. Badou Kere, qui est quand même présent au club depuis un certain temps, m'a dit qu'il n'avait jamais vu quelqu'un qui dégageait une telle force et il a ajouté - Moi, quand je vais au duel avec lui, cela me fait très mal. Il a une certaine intelligence devant le but et sent très bien l'action. Il sait surgir au bon moment comme en témoigne son but contre Zulte Waregem. C'est surtout un attaquant axial, qui peut jouer seul devant dans un rôle de pivot car il sait garder le ballon. On a déjà pu se rendre compte de sa vitesse sur deux, trois mètres, mais il possède également une terrible accélération sur 40 mètres. Il suffit de voir comme il revient à grandes enjambées sur les phases défensives ". André Denul ajoute : " Il doit encore apprendre le sens tactique mais il suffit de quatre ou cinq mois. Ce n'est pas un hasard s'il perce maintenant. Il a beaucoup appris depuis son arrivée. Je pense que l'on a affaire à un centre-avant typique. Je ne le vois pas glisser sur le flanc gauche ou droit ". Ce que confirme Daniel Evrard : " C'est un buteur opportuniste. Il peut inscrire 15 goals par an dont cinq de raccro ". Et dire qu'en arrivant, on misait davantage sur Daddy Bazuaye. " Si on parle de talent pur, Bazuaye est peut-être ce qui se fait de mieux au Nigeria. Il a une frappe puissante digne de celle de Taiwo et en plus beaucoup de finesse ", confirme Frenay. Mais il est déjà reparti au pays. Reviendra-t-il en décembre ? Rien n'est moins sûr. En attendant, c'est Akpala qui galope. STÉPHANE VANDE VELDE