Fin août, Steve Bruce n'a pas dû réfléchir longtemps quand on lui a demandé qui était le meilleur joueur du Sporting Lokeren, selon lui. Le manager de Hull City avait parcouru les rapports des scouts et après le match aller, à Daknam (1-0), il était convaincu. " Ce numéro vingt. Un jeune gars dont je ne sais pas prononcer le nom. " Hans Vanaken ? " Oui. Il a le sens du ballon, de la vista et il bouge bien. Quel âge a-t-il ? Il vient d'avoir vingt ans ? Il a encore une fameuse marge de progression, alors. "
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Fin août, Steve Bruce n'a pas dû réfléchir longtemps quand on lui a demandé qui était le meilleur joueur du Sporting Lokeren, selon lui. Le manager de Hull City avait parcouru les rapports des scouts et après le match aller, à Daknam (1-0), il était convaincu. " Ce numéro vingt. Un jeune gars dont je ne sais pas prononcer le nom. " Hans Vanaken ? " Oui. Il a le sens du ballon, de la vista et il bouge bien. Quel âge a-t-il ? Il vient d'avoir vingt ans ? Il a encore une fameuse marge de progression, alors. " Quelques semaines plus tard, Bruce a fait une offre : 8 millions d'euros, le double de ce qu'avait proposé le Club Bruges, et en plus, il payait en une fois. C'était une condition sine qua non pour le président des Flandriens, RogerLambrecht, un homme d'affaires à l'ancienne : avec lui, pas question de paiements en tranches, toujours au comptant. Mais le jeune Limbourgeois n'avait nulle envie d'émigrer. Il l'avait déjà fait savoir à son management, GuyBonny et EvertMaeschalck de SportPlus, en hiver. " Nous n'avons jamais été mis au courant directement d'une offre de Hull City ou d'un club russe mais de toute façon, un transfert à l'étranger ne constituait pas une option pour Hans. Les exemples de joueurs qui ont quitté un grand club belge pour l'étranger et n'y ont pas joué sont suffisamment nombreux ", explique Maeschalck. Trop tôt. Trop vite. Vanaken veut durer. Un an plus tôt, en 2013, il avait discuté avec le Beerschot, Charleroi et le Sporting Lokeren, qui l'avait finalement transféré de Lommel United pour 175.000 euros. Et de là, il allait se retrouver en PremierLeague ? Non. Ses objectifs étaient modérés à l'aube de la saison 2013-2014 : figurer dans le noyau des 18 la moitié des matches. Mais Vanaken s'est révélé pendant la préparation. Peter Maes l'a essayé au six, au huit et au dix. C'est près du rectangle, à gauche de Hamdi Harbaoui, qu'il est finalement le plus redoutable : il redescend moins qu'à Lommel, cherche des espaces, conserve le ballon, place les autres, surgit devant le but, marque. Au stade Constant Vanden Stock, Peter Maes titularise le Limbourgeois. Qui passe du misérable stade de Lommel au temple bruxellois. Un autre monde, d'autres lois mais Vanaken n'est pas impressionné. Pendant que résonne l'hymne de la Jupiler Pro League, il parcourt du regard les tribunes. Où donc est son amie ? C'est un garçon normal dans le monde des grands, affirme Maes. " Il est détendu et pourtant, il joue un match de classe mondiale. " 2-3. Deux buts ! Le T1 est convaincu : il possède là un joueur qui en vaut la peine. Les superlatifs s'accumulent au fil des mois, on repasse à l'infini ses buts et ses actions, les analystes décrivent son futur parcours. La famille Vanaken, le père Vital en tête, reste sereine, comme son management. Maeschalck : " Pendant la trêve hivernale, le Club Bruges s'est intéressé à lui mais il n'était pas question que Hans change de club en cours de saison. " A son terme, c'est différent. Vanaken se retrouve malgré lui au centre de l'intérêt général. Le Club Bruges offre quatre millions. Lokeren refuse. " Hans aurait aimé rejoindre le Club mais un an plus tôt, il était déjà bien content de signer à Lokeren. " Vanaken s'attardera une saison de plus à Daknam. De bon gré. Il juge lui-même ridicule le montant de huit millions de Hull City. " Deux millions de plus que Steven Defour ? " La remarque est pertinente. Que peut-il avancer ? Un brillant début de saison en D1 et une victoire en Coupe. Point. Defour, lui, revient du Mondial, il a remporté le Soulier d'Or 2007, il a été champion avec le Standard en 2008 et 2009, avec Porto en 2012 et en 2013. Pourtant, il coûte deux millions de moins que le Campinois, qui comprend que désormais, tous les regards seront braqués sur lui. Nouvelle saison et nouveau statut en 2014-15. Semaine après semaine, ses adversaires commettent un homme à sa garde, un pitbull qui doit empêcher Vanaken de jouer et dévaloriser ses statistiques - onze buts, onze assists. Durant ses premiers matches, Vanaken n'a plus un mètre de champ. Il doit reculer ou se déporter sur les flancs dans l'espoir que ses coéquipiers profitent des brèches qu'il crée. " Un footballeur intelligent. Il obtient beaucoup moins de liberté que la saison précédente mais en reculant, il crée des brèches, même si Peter préférerait qu'il plonge dans le rectangle ", commente Rudi Cossey, le T2 de Lokeren la saison passée. Il travaille dur mais est moins décisif. La presse a trouvé une explication : les rumeurs de transfert ont nui à son rendement. Cossey : " Hans espérait en effet un transfert mais il est parvenu à tourner la page. L'affaire ne l'a pas laissé de marbre mais il n'a jamais posé de problème au sein du groupe. " Killian Overmeire, le capitaine, ne remarque pas de différence. " Il reste cool ", déclare-t-il avant le match contre Hull City, quand Vanaken effectue sa première mise au vert. C'est une nouvelle expérience. Il tente de tuer le temps en jouant sur son iPhone et dans sa valise, il a glissé un DVD de FC De Kampioenen, une série flamande. Cossey : " Il est réaliste, même quand ça va moins bien. " Les analystes sont sévères, eux. Ce qui lui valait un huit ou un neuf la saison précédente ne lui rapporte plus qu'un six. Lokeren veut prolonger d'un an le contrat de Vanaken, qui prend fin en 2016. Il lui propose aussi une augmentation, en vain. Il vise le Club Bruges. Il le répète à la mi-décembre tout en reconnaissant être dans le creux de la vague. Pourtant, avec quatre buts et six assists, son bilan est quasi identique. Avant même le début du mercato hivernal, le Club Bruges annonce que Vanaken n'est pas une option et prolonge le contrat de Victor Vazquez - qui signe sa meilleure saison depuis 2011 - jusqu'en 2018. Michel Preud'homme glisse toutefois : " J'espère que nos chemins se croiseront un jour. " Mais Vazquez et Vanaken peuvent-ils jouer de concert ? Oui, d'après le Limbourgeois. " Vazquez évolue dans le même registre que moi mais cette saison, j'ai souvent occupé le huit, un poste qui commence à me convenir. " Ivan Leko l'a remarqué : " C'est un numéro huit, comme FrankLampard ou StevenGerrard. " Ironie du sort, au gala du Soulier d'Or, Vazquez et Vanaken, deuxième et troisième, montent sur le podium en compagnie de Dennis Praet. Vanaken a gagné le premier tour avec 122 points, soit 111 et... 122 de plus que Praet et Vazquez, mais ses moins bons mois de novembre et décembre lui sont fatals. Pourtant, des trois, c'est lui qui présente le meilleur bulletin 2014 : neuf buts et onze assists, contre sept buts et onze assists pour le médian anderlechtois, six buts et huit assists pour le Catalan. Il possède le talent et la technique requis pour évoluer au dix, son poste favori, mais Peter Maes voit son avenir au huit. Tacler, distribuer le jeu, marquer. Il a moins de liberté qu'au dix, il doit déterminer le rythme pendant nonante minutes, comme un métronome. " Je peux suivre le raisonnement de Peter ", explique Cossey. " Au huit, il peut lancer le jeu car il sait prendre des décisions rapidement. En plus, il n'est pas fainéant. Quand il a moins d'espaces, il n'hésite pas à couvrir tout le terrain. Il n'a jamais négligé ses tâches défensives non plus. " Un huit moderne, auquel Cossey trouve peu de carences. " Il n'est pas très rapide sans être lent. Hans n'est pas puissant et il évite donc les duels. " Hans ne donne pas de coups. Il défend grâce à son jeu de position, il coupe les trajectoires et protège le ballon. Un point négatif : il prend sept cartes jaunes durant sa première saison, neuf plus une double jaune durant la deuxième. Il ne cogne pas mais il ne supporte pas l'injustice et le fait savoir à l'arbitre. A la mi-mai, Roger Lambrecht entrouvre la porte à un départ. Le magnat des pneus est prêt à laisser partir le médian pour cinq ou six millions, voire moins. Le Club Bruges reprend les négociations. Comme plusieurs clubs allemands, Anderlecht est sous le charme de Vanaken mais celui-ci a décidé de mettre le cap sur la Venise du Nord. Maeschalck : " Hans m'a rappelé que Bruges s'intéressait à lui depuis un an et demi et qu'il ne l'oubliait pas. Nous avions fixé une date-butoir, le 1er juillet, mais le transfert s'est fait plus vite. " Le 29 mai, à cinq heures du soir, Maeschalck téléphone à son client : il a trouvé un accord avec le Club. Il peut signer un contrat de cinq ans. Surprise, le transfert coûte deux fois moins cher qu'un an plus tôt. Les Vanaken, Lauren, l'amie de Hans et ses futurs beaux-parents sabrent le champagne. Maeschalck : " Le soir, Hans m'a encore envoyé un sms : -Merci pour tout. Il est d'un naturel reconnaissant. Ce transfert n'est pas rien non plus : il y a deux ans, il jouait pour Lommel devant quelques centaines de personnes. " C'est un pas énorme. Il quitte un groupe convivial, au sein duquel il gardait profil bas. Il quitte des amis, un club paisible où rien n'est un must, pour le stade Jan Breydel, dans le vestiaire duquel il va devoir forcer le respect. " L'avantage, c'est qu'au Club, il jouera avec des footballeurs plus talentueux et avec Timmy Simons ", précise Cossey. Flash-back. Eté 2007. Le 19 juillet pour être précis. Après des semaines d'incertitude, de négociations avec le Standard, Anderlecht et Heerenveen, François Sterchele (25 ans) signe pour cinq saisons au Club. Coût : trois millions. Sterchele, l'avant du Germinal Beerschot, se présente au Conrad Hôtel, où il a rendez-vous avec Luc Devroe, alors responsable sportif du Club, dans une Rolls Royce immatriculée KISS M. Sterchele, gamin de son temps, a posé pour la ligne de Dirk Bikkembergs. Il arbore des pièces exclusives de Roberto Cavalli, Gucci et Dolce & Gabbana. Des marques jugées déplacées à Bruges. Mais trois jours plus tard, lors de sa présentation, à l'occasion de la journée des supporters, les maillots 23 se vendent comme des petits pains et 14.000 personnes se sont déplacées pour le voir. L'applaudimètre bat tous les records. Le contraste avec la joyeuse entrée de Hans Vanaken ne pourrait être plus considérable. Le 30 mai, on peut lire un bref communiqué sur le site du Club Bruges : Hans Vanaken a effectué avec succès ses tests au Club. Le transfert est désormais définitif ! Bienvenue, Hans ! Fin du message. Un film le montre dans le vestiaire, avec ses parents, son amie et son agent. Maeschalck : " La veille, Hans m'a téléphoné pour savoir si sa famille pouvait l'accompagner mais c'était déjà réglé. " " Après, nous sommes allés manger un bout, tous les cinq. Le soir, ses parents l'ont conduit avec son amie à l'aéroport d'Amsterdam. " Hans Vanaken, un footballeur à l'ancienne.PAR CHRIS TETAERT" C'est un numéro huit, comme Frank Lampard ou Steven Gerrard. " Ivan Leko