"Non, cela ne me dérange pas du tout que la presse m'ait qualifié de Mister Nobody après mon accession à la présidence de l'Union Belge ", confie François De Keersmaecker dans un large sourire. " C'est normal, les habitués de cette maison me connaissent depuis un bon petit bout de temps mais pas le grand public car je me suis activé dans la discrétion, loin des feux médiatiques ".
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"Non, cela ne me dérange pas du tout que la presse m'ait qualifié de Mister Nobody après mon accession à la présidence de l'Union Belge ", confie François De Keersmaecker dans un large sourire. " C'est normal, les habitués de cette maison me connaissent depuis un bon petit bout de temps mais pas le grand public car je me suis activé dans la discrétion, loin des feux médiatiques ". Il est originaire de Tisselt, près de Malines, un coin où une usine d'amiante a semé le malheur depuis des décennies. La presse en parle enfin. " J'ai perdu mon père il y a deux mois ", confie-t-il. " Je ne dis pas que c'est à cause de l'amiante mais il a quand même été emporté par un cancer des poumons. Chez nous, l'amiante s'est infiltrée partout, que ce soit dans les maisons, les plaines de jeux fréquentées par les enfants, les plans d'eau où nous pêchions jadis ". On ne roulait pas sur l'or chez les De Keersmaecker, des petits indépendants vivant de la culture de fruits et de légumes. Après ses humanités, François De Keersmaecker s'inscrit à la Faculté de Droit de Louvain : " Je n'avais qu'une chance : pas question de bisser. C'était réussir ou aller travailler. Je me suis entièrement consacré à mes études. J'ai même abandonné la pratique du judo afin de ne rien perdre de ma concentration. A la fin de mes études, j'ai lu une annonce dans un quotidien : l'Union Belge cherchait des arbitres ! Cela me semblait intéressant afin de ne pas vivre que dans mes bouquins. J'ai suivi les cours adéquats et ce n'est qu'après cela que je suis devenu stagiaire au cabinet de Louis Wouters, le président de l'Union Belge. J'ai arrêté l'arbitrage en P3. Et j'ai épousé la fille de mon patron... Ma belle-mère a signé un fameux record : son père, Oscar Van Kesbeeck, son mari et son beau-fils ont été élus présidents de l'Union Belge. Mon frère a joué au foot à Tisselt. Mes fils ont tâté le ballon mais ils ont vite renoncé ". Son image de brave homme et de comitard restera encore un peu accrochée à ses basques. La différence de style par rapport à ses deux prédécesseurs, Jan Peeters et Michel D'Hooghe, ne s'effacera peut-être jamais : est-ce nécessairement une mauvaise chose ? Seul l'avenir pourra répondre à cette question. Quand Jimmy Carter s'est assis dans le fauteuil de président des Etats-Unis, personne n'imaginait que ce marchand de cacahuètes du sud impressionnerait ses compatriotes. Or, l'histoire a retenu que le 39e locataire de la Maison Blanche (1977-1981) fut un président américain honnête, droit, juste, sans histoire, attaché à l'éthique et aux grandes valeurs de la démocratie américaine. Michel D'Hooghe était un président ferme, un mélomane et un tribun qui captivait son public à qui il lança un jour : " Il y a un mot en français que j'adore et qui est synonyme de match tout en lui donnant une dimension de plus. Ce terme, c'est... rencontre. Une rencontre sur un terrain veut dire se saluer, se respecter : c'est un des plus beaux mots de la langue française et il résume tout ce que doit être le football. " Ce discours avait été tenu en français devant un parterre de sponsors et d'hommes d'affaires réunis par les dirigeants du CS Brainois (P1). Les applaudissements fusèrent... De Keersmaecker est avocat et connaît l'art de la plaidoirie mais est loin de maîtriser la langue de Voltaire comme Michel D'Hooghe : " Je comprends le français à la perfection mais, redoutant les fautes, je ne m'exprime pas bien dans cette belle langue. Si je devais répondre à vos questions en français, cet entretien serait deux fois plus long. Vous êtes venu trop vite... " Eclat de rire général et le big boss fédéral d'ajouter : " Je suivrai des cours en immersion totale. Cela se fait à Spa. C'est une question de pratique, rien de plus et dans quelques mois mon français sera au point. Sur cette lancée, j'envisage de suivre un stage de communication : c'est important dans le cadre d'une fonction où l'on rencontre, entre autres, de nombreux journalistes ". Le Malinois n'a pas, non plus, l'élégance naturelle d'un Jan Peeters aussi à l'aise avec un Minime d'un petit club qu'en présence de Nelson Mandela. Pour le moment, De Keersmaecker ne détient aucun mandat international. L'homme s'installe, cherche ses marques, étudie ses dossiers. Il s'est rendu en Allemagne afin d'y humer l'ambiance de la Coupe du Monde et en est revenu avec des images et des impressions très positives. Dans la presse belge, Alain Courtois a dépoussiéré une vieille idée très dynamique : organiser la Coupe du Monde 2018 en Belgique et en Hollande. Alors que l'Union Belge se bat avec ses démons (suites de l'affaire Ye, un tour final de D2 chaotique, réorganisation de son fonctionnement, absence des Diables Rouges en Allemagne après l'EURO, image de marque négative, cohabitation des professionnels et des amateurs, formation, simplification du règlement, problèmes juridiques, etc.), ce projet colle-t-il avec les possibilités belges du moment ? Le président répond : " Dès que j'ai été élu, Alain Courtois a demandé à me rencontrer. Je suppose que c'est pour évoquer la Coupe du Monde 2018. En Allemagne, les stades étaient parfaits. C'est impressionnant avec un réseau routier adapté. Les enceintes sont construites dans les périphéries. Chez nous, elles sont implantées dans les villes. Ce serait un coup de fouet intéressant mais ce thème de réflexion n'a pas encore figuré à l'ordre du jour à l'Union Belge ". De Keersmaecker ne s'avancera pas plus sur le sujet et Courtois devra avoir des arguments très solides pour l'emballer. Le nouveau président fédéral s'entourera avec soin dans ses nouvelles fonctions car il n'abandonnera pas sa robe d'avocat : " Non, je veux plaider et je reverrai mon planning de travail. Je consacrerai encore 50 % de mon temps à mon métier et le reste à l'Union Belge. Il y a 30 ans, mon beau-père pouvait se permettre de vivre sa présidence avec plus de recul. Maintenant, il est impossible de se contenter de rencontrer un sponsor deux fois par an et de signer un contrat après un repas d'affaires. En ce temps-là, le Crédit Communal était notre seul soutien commercial. Quand je vois toutes les responsabilités assumées par notre secrétaire général, Jean-Paul Houben, je me dis qu'il faut être un super homme au carré pour abattre ce boulot. C'est pour cela que nous avons besoin d'un directeur exécutif et de responsables dans les départements financier, commercial, sportif, juridique et ressources humaines ". " La fédération se vend mal. Or, il y a eu du positif. Il y a un évident déficit d'image de marque. La Ligue Pro a acquis plus d'autonomie et tout doit aller plus vite. Il faut réagir, répondre, résoudre, anticiper, prévoir les problèmes pour mieux les gérer. Dès lors, un comité de direction de huit personnes (les 4 vice-présidents de l'Union Belge Roger Vanden Stock, Jean-Pierre Notelteirs, David Delferière, Michel Preud'homme, De Keersmaecker, Houben, Michel Sablon et Germain Landsheere) sera sur la balle. Je suis issu du football amateur. La fédération restera unitaire. Il n'y aura pas de régionalisation au-dessus des séries provinciales. Cela ne nous rapporterait rien si ne sont des frais de fonctionnement en plus. Je comprends le désir d'indépendance de la Ligue Pro mais elle en a de plus en plus. A un moment, elle a voulu la présidence de l'Union Belge et le poste de directeur exécutif : c'est trop. Nous sommes complémentaires. Tout comme les professionnels, les clubs amateurs assurent 50 % des recettes de l'Union Belge (affiliations, taxes, amendes, etc.) mais, en retour, ils perçoivent un peu plus que ce qu'ils apportent (personnel de la fédération à leur disposition, centres provinciaux). On dit parfois qu'il y a trop de clubs amateurs. Je ne suis pas d'accord : si un petit club de village permet à des enfants de pratiquer un sport, c'est bien ". Le monde du football a enregistré avec étonnement le retrait de Preud'homme de son poste de président de la commission technique. Antoine Van Hove, le nouveau patron de l'équipe nationale, a désormais 70 ans et le rajeunissement des cadres en a pris un coup. Mais Preud'homme n'aurait-il pas résolu le problème de manque de charisme de l'Union Belge comme président ? De Keersmaecker marque son territoire : " Je me suis présenté à l'élection après le retrait de Vanden Stock et je l'ai fait à sa demande. Le profil d'un président ne se limite pas à son prestige international même si c'est un plus. La connaissance technique du football est importante aussi, mais il faut aussi connaître les règlements, les données juridiques et administratives ". Dans ces conditions, De Keersmaecker peut-il être l'homme du renouveau ? Il n'hésite pas : " Je serai considéré comme un bon président si les Diables Rouges gagnent... " Mais fera-t-on tout pour qu'ils gagnent ? PIERRE BILIC