Ahmed Hossam est devenu une vedette de l'Ajax et des médias sportifs qui ne cessent de le rencontrer. Sa dégaine, sa rage de vivre et de gagner, son discours souvent agressif, son goût pour les Ferrari et son look de play boy en font un homme bien en vue aux Pays-Bas: une star... Tarek El Saïd s'est forgé une plus belle carte de visite que la sienne en Egypte où il fut sacré deux fois meilleur joueur de la saison. Mais Tarek,c'est l'anti-Mido: gentil, aimable, taiseux, respectueux, etc.
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Ahmed Hossam est devenu une vedette de l'Ajax et des médias sportifs qui ne cessent de le rencontrer. Sa dégaine, sa rage de vivre et de gagner, son discours souvent agressif, son goût pour les Ferrari et son look de play boy en font un homme bien en vue aux Pays-Bas: une star... Tarek El Saïd s'est forgé une plus belle carte de visite que la sienne en Egypte où il fut sacré deux fois meilleur joueur de la saison. Mais Tarek,c'est l'anti-Mido: gentil, aimable, taiseux, respectueux, etc. Ces facettes de son caractère lui ont probablement joué un mauvais tour dans un monde où il faut souvent montrer les dents pour être entendu. "J'avais refusé des offres de grands clubs français ou allemands avant de signer pour cinq ans à Anderlecht.", dit-il avec amertume. " Jean Dockx m'avait suivi à plusieurs reprises. Son discours me plaisait et j'avais l'impression de faire le choix idéal. Son décès m'a privé d'un soutien". Acheté pour 1.125.000 dollars, il devait remplacer Bart Goor parti vers le Hertha Berlin et la Bundesliga. L'adaptation fut lente, il joua plus en bout de championnat et signa entre autres un bon match contre Westerlo. "Je voulais déjà partir à la fin de la saison passée", avoue-t-il. "Je m'étais habitué à tout: au froid, à un plus gros travail physique au quotidien, à un jeu moins technique que le nôtre, à d'autres habitudes sur le plan culinaire. A quoi bon? J'ai l'impression qu'on m'a jugé tout de suite en oubliant que je débarquais après une saison éprouvante. Finalement, je n'ai pas eu de temps de jeu et je me demande comment on m'a analysé. J'ai tout perdu en Belgique: mon football, ma sérénité, ma place en équipe nationale. Sans les mots de mon homme de confiance Luan Ametaj, il y a longtemps que j'aurais tout plaqué et repris le premier avion pour Le Caire. Pour moi, c'était intenable: ma tête allait exploser..." Il en avait marreTarek El Saïd est pourtant un des préférés de Constant Vanden Stock. Le patriarche mauve s'opposa personnellement à toute idée de départ durant l'été. L'Egyptien a apprécié et ne veut pas de polémique avec le club, Michel Verschueren, Hugo Broos ou qui que ce soit."J'en avais marre, c'est tout.", précise-t-il. "Il y avait trop d'incompréhensions à mon égard alors que je faisais tout pour m'intégrer. Mes équipiers m'aimaient bien mais tout est tellement froid à Anderlecht. Le soir, c'est chacun chez soi, les volets, le noir. Bizarre quand on vient du Caire où la nuit n'arrête pas la vie. Mes collègues m'ont dit que mon statut d'éternel réserviste n'était pas normal. J'ai travaillé, bossé, souffert: sans résultat. Je ne suis plus un gamin. A 22 ans, j'avais déjà été repris 48 fois en équipe nationale. La solitude a commencé à me peser. Personne ne semblait s'en inquiéter à Anderlecht. Dur pour ma femme aussi. Mais qu'est-ce que j'étais venu faire en Belgique? A s'en taper la tête sur les murs". Aimé Anthuenis ne croyait pas trop en lui (11 apparitions, deux matches complets, un but), Hugo Broos non plus. Avant que le premier nommé ne devienne coach de l'équipe nationale, Anderlecht engagea Martin Kolar. Une preuve que les Bruxellois envisageaient de nouvelles solutions pour le flanc gauche? "Peut-être...", note Tarek. "Kolar est retiré du jeu puis rejoue une semaine plus tard même si cela n'a pas été comme il le fallait. Je n'en veux à personne. Je constate. Dieu a peut-être voulu que je traverse ces épreuves". N'était-ce pas le moment de vaincre le ciel, d'être ambitieux et rageur, pas attentiste ou fataliste? Tarek rétorque: "Je n'avais pas à êtreaussi foufou qu'Ahmed Hossam, je suis différent". Il se sent investi d'un rôle d'ambassadeur du football égyptien et le fait de représenter son pays est important: "Je suis un adulte et même si je ne revenais pas à Anderlecht, la porte doit rester ouverte pour des compatriotes. Il ne faut pas oublier qu'il y a beaucoup d'excellents joueurs en Egypte". Hugo Broos fit de même qu'Anthuenis et l'aligna le plus souvent dans un rôle défensif en Réserve. "Je m'y suis habitué mais c'était contre-nature.", avance-t-il. "Je ne suis pas Walter Baseggio, tout le monde devrait le savoir. "L'axe à ce point-là, ce n'est pas mon destin, pas mon passé, pas mon futur. Mais, en Réserve, quand cela allait mal, on me demandait d'avancer d'un cran et de jouer, le plus souvent avec succès, dans mon secteur. A la fin, cette méconnaissance de mon potentiel m'a dépassé". Tarek a eu des entretiens tant avec Aimé Anthuenis qu'avec Hugo Broos. Le premier lui demanda d'inscrire sa première saison au chapitre de l'adaptation. Une phrase de Hugo Broos le fit réfléchir, selon Luan Ametaj: " Alin Stoica, c'est 1% de rendement". Les signes d'une dépressionTarek El Said en a-t-il conclu que la technique pure n'occupait plus le haut du tableau à Anderlecht? De même, l'Egyptien n'aurait pas trop apprécié d'autres propos du coach confiés à le presse: "Sur l'aile ou d'ans l'axe, j'ai des joueurs plus forts que lui".L'homme de Zamalek rétorque:"En août, je me suis entretenu avec Broos. Il m'a demandé trois semaines de patience. Août, septembre, octobre: trois mois ont passé et je n'ai même pas eu droit à une minute de jeu. Alors, je ne sais pas comment il a fait pour me juger. Je ne faisais pas partie de ses plans, même quand l'équipe ne jouait pas bien. Je ne comptais pas. Qu'est-ce que je pouvais encore espérer? Rien et le mal du pays sous la pluie de Bruxelles. Non, non, non et j'avais tous les jours le président de Zamalek au téléphone. J'ai demandé à Michel Verschueren de me libérer. J'ai besoin de retrouver ma famille, mes amis. C'est peut-être étrange à dire pour un Egyptien mais mon désert à moi, c'était Anderlecht. On a compris mon message. Des équipiers m'ont soutenu: Filip De Wilde, Gilles De Bilde, Aleksandar Ilic. Je n'ai eu de problèmes avec personne dans le groupe. J'ai même un club de supporters de plus de 200 membres. Je suis également déçu pour eux. Je dois me ressourcer en Egypte. On approche aussi d'une période délicate pour les sportifs musulmans. Je suis pratiquant et je vis totalement le ramadan qui, cette année, commencera dès le 4 novembre. En hiver, c'est plus facile car les journées sont relativement courtes mais le sportif souffre quand même du jeûne. J'ai déjà des soucis alors ce serait encore plus dur à assumer à Anderlecht durant le ramadan. En Egypte, par contre, on a l'habitude de vivre le ramadan, c'est plus facile". Tarek El Said se frotte le visage. Il présente tous les stigmates du sportif plongé dans un solide début de dépression. Les larmes ne sont pas loin. Il n'a jamais vécu une telle situation. Anderlecht n'a pas de chance avec ses Egyptiens: Mido lui a pété violemment entre les doigts pour filer à l'Ajax, le bon Tarek El Saïd, lui, était peut-être trop "bcbg" pour la D1 belge, comme ce fut le cas du gardien international égyptien Nader El Sayed à Bruges. Pierre Bilic"Anderlecht, c'est mon désert à moi"