"Je resterai toujours un supporter du Club Bruges ", avance Cedo Janevski en s'installant derrière le grand bureau de son spacieux vestiaire de l'Etoile Rouge Belgrade. Il écrase une cigarette dans le cendrier. Là-bas, tout le monde l'appelle Chef parce que ce gentleman n'est plus le même dès qu'il monte sur un terrain. Le Cedo relax se transforme alors en Janevski exigeant.
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"Je resterai toujours un supporter du Club Bruges ", avance Cedo Janevski en s'installant derrière le grand bureau de son spacieux vestiaire de l'Etoile Rouge Belgrade. Il écrase une cigarette dans le cendrier. Là-bas, tout le monde l'appelle Chef parce que ce gentleman n'est plus le même dès qu'il monte sur un terrain. Le Cedo relax se transforme alors en Janevski exigeant. Comme pour Michel Preud'homme, les années qui passent n'ont aucun impact sur son tour de taille. L'homme se soigne tout en étant dévoré par le virus football, son compagnon des bons et des mauvais jours. Mais que ferait-il de sa vie sans cette espèce de rage qui le tient depuis toujours ? Fièvre enivrante, fièvre douloureuse mais fièvre de vie. Encore une cigarette. Une brave dame apporte des tasses de café turc. Au mur, il y a le poster de la grande équipe de l'Etoile Rouge, celle de 1991, et saoul de joie, Vladimir Jugovic semble s'adresser à Janevski : " Tu dois rendre de l'éclat sportif à ce club... " Ce ne sera pas facile car l'Etoile Rouge traverse une crise financière, sportive et morale. Histoire de le détendre et de l'éloigner de ses défis actuels, rien de tel que de remonter le temps, de Bruges à Gand. Jamais un Macédonien n'a été aussi attaché à la terre flamande de Jacques Brel. Il y a laissé une femme et deux enfants qui viennent le voir à Belgrade dès qu'ils le peuvent. Un éloignement familial pas facile à vivre, même avec internet... " Je souhaite ardemment que le Club décroche le titre ", assène-t-il. Même avec Jacky Mathijssen à la tête de ce club ? " Mais oui, que Mathijssen y soit coach ou pas ne change rien à mon attachement. Si je ne suis pas resté à Bruges, ce fut d'abord ma décision. Je mesure tout ce que je dois à ce club qui m'a fait trois fois confiance : comme joueur, entraîneur des jeunes et T1. " Voilà le Cedo cool, où est le Janesvki râleur ? L'installation de Mathijssen à sa place a certainement dû le torturer : " Bruges n'a plus rien gagné depuis mon départ. La Coupe de Belgique 2007 est son dernier trophée. Cette année-là, je ne voulais pas devenir le T2 de Mathijssen. Je ne dénigre pas ses qualités et son professionnalisme mais je voulais bien être l'adjoint de Trond Sollied, ou d'un coach ayant le même vécu, mais pas d'un gars inexpérimenté. Bruges entendait donner son effectif à un coach ayant de la bouteille et le choix se porta sur Mathijssen. Moi, je veux bien, mais qu'avait-il fait avant de signer à Bruges ? Il a coaché Saint-Trond et Charleroi. En réalité, il avait moins de métier que moi. J'ai déjà connu pas mal de choses dans ce job : la Provinciale et la Promotion avec Blankenberge, le travail avec les jeunes de Bruges (une dizaine de jeunes ont intégré le noyau A), l'ambiance européenne avec Sollied à Olympiacos, rendre des couleurs à un Bruges en plein marasme quand Emilio Ferrera a été démis de ses fonctions et gagner la Coupe, etc. Je m'excuse mais si ce n'est pas du vécu, je me demande ce que c'est. J'avais plus d'expérience que Mathijssen. Non, j'ai préféré partir sur une bonne note. Après la finale de la Coupe, les joueurs ont scandé mon nom dans le vestiaire. C'était superbe. Cette finale, on l'a préparée à 1.000 % avec des joueurs formidables et conscients de ce que cela représentait. Le Standard était déjà européen, nous pas : Bruges ne pouvait pas perdre. Au Stade Roi Baudouin, nous avons changé nos batteries tactiques. Aligné dans la ligne médiane, Philippe Clement a mangé Marouane Fellaini. Un grand souvenir : j'étais heureux pour les joueurs, pour tout le club et spécialement pour Michel D'Hooghe qui m'avait fait confiance. " Avant cela, Janevski avait vécu une étrange aventure avec celui qui était encore le T1 des Zèbres : " Avant Charleroi-Bruges, Mathijsen avait déclaré à la presse qu'il serait étonné si le Club ne songeait pas à lui pour être son entraîneur la saison suivante. "L'intelligent technicien limbourgeois songeait-il à déstabiliser son collègue en insistant sur le caractère intérimaire, donc précaire, de sa mission ? Belle bataille psychologique d'avant match ? " Alors que nous nous rendions à Charleroi, j'ai reçu un SMS de Mathijssen... ", se souvient Janevski. " Le message était clair : -Ne crois pas tout ce qui est écrit dans les journaux. Il me l'a répété de vive voix. Je me suis demandé pourquoi car cela ne m'avait pas atteint. Mais après le match, il a réaffirmé : -Je serais étonné si Bruges ne pensait pas à moi. Je n'imiterai jamais certaines méthodes de Mathijssen. Sollied n'agirait jamais de la sorte. " A Gand, Janevski redevint le T2 de Sollied. Avec son 4-3-3, le Norvégien transforma les Buffalos mais la fin de l'histoire fut tristounette : " En finale de la Coupe, Gand a eu Anderlecht au bout du fusil. Un coup de génie de Khalilou Fadiga aurait pu se transformer en but de rêve. Anderlecht fut sauvé par la chance avant d'émerger. " A cette époque, Gand cherchait un T1 pour succéder à Sollied qui avait déjà signé à Heerenveen. Le ton ne tarda pas à monter entre le manager du club et Janevski : " Michel Louwagie peut assainir les finances d'un club en difficulté, certes. Mais construire un grand club ? Non. C'est un autre métier. Il m'a fait perdre du temps. Au lieu de l'écouter, j'aurais pu suivre des pistes pour trouver un autre employeur. Louwagie ne voulait surtout pas énerver le groupe avant la finale et m'a fait lanterner. Il a dit que j'étais trop cher. Mensonge, je demandais le salaire d'un joueur moyen. Puis, j'ai vu apparaître des noms dans la presse et dans la tribune : Zeljko Petrovic, Mecha Bazdarevic, etc. J'avais compris son jeu. Lors de certaines discussions, il revenait sur des détails, me posait des questions sur un match (ce qu'il n'avait jamais osé avec Sollied) alors que nous devions évoquer l'avenir. Nous avons coupé les ponts avant que Gand ne trouve une solution avec Preud'homme. Je ne regrette pas mon passage à Gand. Sollied et son staff technique ont laissé un bel héritage. En trois ans, comme T2 ou T1, j'ai disputé trois finales de Coupe (Olympiacos, Club Bruges, Gand) et j'espère y arriver aussi avec l'Etoile Rouge. Cela ferait quatre sur quatre : pas mal pour un coach inexpérimenté... " A l'entraînement, Janevski surveille un jeu de démarquage. Il faut mettre le pied, jouer vite, donner, se démarquer... " J'étais le T2 de Luka Peruzovic à Al-Shaab aux Emirats Arabes Unis quand l'Etoile Rouge m'a contacté ", confie-t-il. " Le directeur technique avait entendu parler de mon travail avec Sollied en Grèce. Le boulot avec Peruzovic était intéressant dans un pays que je découvrais. Je ne pouvais cependant pas résister à l'offre de l'Etoile Rouge. Pour moi, c'était l'occasion de travailler dans un grand club. Peruzovic a compris mon désir même si la situation à Belgrade était très compliquée. " Sous la direction de Zdenek Zeman, l'Etoile Rouge a été éliminée par les Chypriotes du FC Apoel Nicosie au deuxième tour qualificatif de la Coupe de l'UEFA. De plus, en championnat, le club était lanterne rouge avec un point sur neuf, pas de but marqué, cinq encaissés. Le public était en colère, le stade Maracana de Belgrade fulminait dangereusement. La police tenta de contrôler ce vieux volcan. Violences marseillaises, crises napolitaines, éruptions à la grecque : mais qu'est-ce que Janevski était venu faire dans cette galère ? Son calme a éteint l'incendie. " A un moment, il n'y a plus eu de président ", conte-t-il. " D'habitude, c'est la direction qui attire joueurs et sponsors. Ici, ce sont les joueurs qui ont redressé la tête pour attirer de nouveaux dirigeants : c'était le monde à l'envers. "La semaine passée, l'Etoile Rouge a élu comme nouveau président un richissime restaurateur serbe de Los Angeles, un certain Dentana de son vrai nom Dobrivoje Tanasijevic. Des supporters déçus lui ont souhaité la bienvenue en arborant des calicots YankeeGo home, mais il se fait conseiller par d'anciens joueurs dont Stewan Stojanovic, l'ancien gardien de but de l'Antwerp qui nous a confirmé que les résultats plaidaient en faveur de Janevski. Et qu'il fallait continuer comme ça... Janevski : " Je connais les Balkans car j'y suis né. Le football y est une religion. Quand tout s'enflamme, il faut rester calme et travailler. C'est ce que nous avons fait. Il y avait du talent mais la confiance avait totalement disparu. J'ai donc beaucoup parlé aux joueurs et, petit à petit, notre niveau s'est amélioré. Nous sommes actuellement troisièmes d'une D1 à 12 clubs derrière le Partizan et Vojvodina Novi Sad. Le championnat sera interrompu de mi-décembre au début mars. Tout reste à faire, mais nous avons bien avancé et le défi est le même qu'à Bruges ou Gand : décrocher une qualification européenne. "par pierre bilic photos : reporters/ gouverneur