Au téléphone, Alan Haydock a la voix claire. " Un rendez-vous ? Pas de problème ! Mais attendez, il faut que je consulte mon agenda. Car mon fils doit se faire opérer... "
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Au téléphone, Alan Haydock a la voix claire. " Un rendez-vous ? Pas de problème ! Mais attendez, il faut que je consulte mon agenda. Car mon fils doit se faire opérer... " Comme si ses malheurs à lui ne suffisaient pas, il doit aussi composer avec les problèmes de son bout de chou qu'il adore. L'opération aux yeux du petit OwenHaydock, quatre ans, s'est bien passée. " Il avait un strabisme ", explique Alan. " Een luie oog, un £il paresseux, comme on dit en néerlandais. Le réveil a été un peu chahuté, mais le plus dur est passé. Tout va bien. Il est costaud, comme son père... ". Et le père n'a pas été épargné par le sort, ces derniers temps : une même blessure, au même genou, c'est rarissime. " Je trépignais d'impatience à l'idée de pouvoir rejouer en Réserve ", narre Alan. " Je m'entraînais depuis trois semaines, je taclais sans aucun problème et j'aurais même rejoué une semaine plus tôt, si le match contre les Réserves de Roulers ne s'était pas disputé précédemment, pendant la trêve de l'équipe nationale. C'est donc sur le terrain semi-synthétique de Lokeren que j'ai signé mon grand retour. Certains prétendront le contraire, mais je suis persuadé que le fait d'avoir évolué sur du semi-synthétique a eu une incidence sur ma blessure. J'avais chaussé des crampons et j'ai mis tellement d'énergie que mon genou s'est bloqué. Habituellement, un joueur se déchire les ligaments croisés des deux genoux différents à dix ans d'intervalle. Moi, je me suis déchiré les mêmes ligaments croisés du même genou droit, à... six mois d'intervalle ". La blessure précédente datait du 30 avril. " A la suite d'un contact avec DraganMrdja, après dix minutes de jeu à peine, lors d'un match contre le Lierse. J'avais eu beaucoup plus mal que maintenant. Cette fois, la douleur était supportable. Mais cela ne signifie pas que je serai de retour plus tôt. Il y a un délai à respecter, qui est de six mois. Ce qui prend du temps, c'est la greffe. En fait, je me suis déchiré les ligaments croisés à deux reprises sur les deux derniers matches officiels que j'ai disputés. Lorsque j'ai vu mon chirurgien et mon kiné, LievenMaesschalk, leur regard en disait long. On lisait dans leurs yeux : - Cen'estpaspossible, cela n'arrive jamais ! J'avais eu le réflexe d'appeler Maesschalk directement, depuis le stade de Daknam. Il a sauté dans sa voiture pour me rejoindre. J'ai téléphoné à mon meilleur ami, ThierryDailly (ex-Tubize et Union Saint-Gilloise), qui rentrait d'un voyage d'affaires en Espagne et qui venait d'atterrir à Zaventem. Je n'osais pas appeler ma femme. Sur le chemin du retour, j'ai pris mon courage à deux mains et je m'y suis résolu. Elle a fondu en larmes ". Le lendemain, lorsque la télévision a diffusé les images d'Alan Haydock en larmes au coup d'envoi du match de Première, le capitaine du FC Brussels a ému beaucoup de monde. " En fait, au moment de l'accident, je n'ai pas ressenti d'émotion particulière. Mais au stade Edmond Machtens, j'ai craqué. Tout ce que j'avais sur le c£ur est ressorti ce soir-là. Je sais ce qui m'attend, et d'une certaine manière, c'est un avantage : je serai moins anxieux. Le plus dur, c'est de prendre sa voiture, chaque matin, pour se rendre à Anvers. La première fois, c'était en été. Ce coup-ci, ce sera en hiver et ce sera probablement encore moins drôle. Mais une fois sur place, on se retrouve dans une ambiance extraordinaire et on oublie ses malheurs. On côtoie d'autres sportifs qui, s'ils n'ont pas nécessairement subi la même blessure, doivent aussi passer par une longue période de rééducation. J'ai ainsi croisé Khalilou Fadiga, Emile Mpenza, Joos Valgaeren et d'autres. On travaille pendant trois ou quatre heures d'affilée, sans relâche. Aujourd'hui, je sais ce que travailler veut dire. Lorsqu'on est footballeur, on ne s'en rend pas compte : on s'entraîne pendant 1 h 30, puis on rentre chez soi ". " J'ai reçu énormément de messages de sympathie ", se réjouit Haydock. " Je n'ai pas su répondre à tous, car il y en avait trop, mais il m'ont fait énormément plaisir et m'ont permis de garder le moral. C'est dans ces moments-là que l'on se rend compte que des gens vous apprécient et cela fait chaud au c£ur. J'ai aussi été soutenu d'une manière extraordinaire par le club. Je suis un peu l'enfant de la maison. Même après mon opération, j'ai toujours été présent alors que je n'y étais pas obligé. Après ma première opération, je sautais dans ma voiture dès que j'avais terminé les soins et j'allais assister à tous les matches amicaux du FC Brussels, qu'ils se jouent en Belgique, aux Pays-Bas ou ailleurs. Aujourd'hui encore, je passe pratiquement tous les jours au stade, simplement pour le plaisir de croiser les gens qui y travaillent. Lorsque je n'y vais pas, je suis en manque : j'ai besoin de ces contacts humains. On me le rend bien : je n'ai pas joué pendant six mois, mais je figure malgré tout parmi les 25 nominés au titre de Bruxellois de l'année. En retour, j'ai envie de faire plaisir à plein de gens. Lorsque j'ai fêté mon 30e anniversaire, en janvier, mon épouse avait invité, à mon insu, toutes les personnes qui me sont chères. Elle ne s'était pas trompée dans son choix : tous mes amis étaient là. J'aimerais leur consacrer plus de temps, mais je n'ai pas le don d'ubiquité. Si je pouvais me couper en quatre, j'irais, chaque week-end, voir des matches à La Louvière, à Diegem ou ailleurs ". La Louvière, nous y voilà. Le deuxième club de c£ur d'Alan Haydock n'a pas été épargné, non plus, en cette année 2006 pourrie. " Quel foin n'avait-on pas fait parce que la Ville rechignait à voter le budget destiné à la modernisation du Tivoli ! Tout cela, pour se retrouver en D3... Je compatis avec tous ces gens qui portaient les Loups dans leur c£ur. Dans une région très touchée par la crise économique, leur plaisir à eux, c'était d'assister à un match de football chaque week-end, et même d'assister aux entraînements en semaine. Personnellement, je ne garde que de bons souvenirs de mon passage au Tivoli. J'ai toujours été payé en heure et en temps, à l'euro près : jamais un jour de retard. J'ai encore beaucoup d'amis dans la région du Centre. FrédéricTilmant est resté l'un de mes bons potes. Je n'oublierai jamais cette déclaration qu'il avait faite avant un match contre Anderlecht : - Lesgars, ilnefautpasavoirpeur. Lesjoueursd'Anderlechtnesontpasdifférentsdenous : commetoutlemonde, ilsontdeuxjambes, deuxbras, deuxtêtes... Cela l'a longtemps poursuivi. Allez, sans rancune, Fred ! " Mais il n'y a pas eu que des malheurs en 2006. Il y a aussi eu des moments de joie. " Je retiens que, jusqu'à cette blessure en mai, j'avais livré une très bonne saison ", livre Haydock. " L'une des meilleures de ma carrière. Je n'oublierai jamais, non plus, que j'ai été appelé pour un entraînement de l'équipe nationale. RenéVandereycken s'est probablement souvenu de l'année qu'on avait passée ensemble au RWDM, mais il ne m'aurait pas appelé si j'avais été dans le creux de la vague. Ce n'était qu'un entraînement, mais cette convocation m'a fait plaisir. Et puis, qui sait ? Si je n'avais pas été blessé, peut-être aurait-il aussi fait appel à moi pour l'un des matches amicaux disputés en mai, après le championnat ? Vandereycken est fort critiqué en ce moment, mais si vous discutez avec tous les joueurs qui ont travaillé sous sa direction, ils n'auront que des éloges à son égard. Parfois, la presse essaie de pousser un joueur vers l'équipe nationale. C'est la plus mauvaise tactique qui soit : plus les journalistes insisteront, plus Vandereycken s'entêtera à... ne pas le sélectionner ! Ce n'est pas à la presse qu'il appartient de décider qui doit être sélectionné ou pas. Une équipe de scouting a été mise en place et, selon moi, elle fonctionne bien. C'est facile de plébisciter un Frédéric Herpoel ou un Michaël Cordier. Je n'ai rien contre ces gardiens-là, et certainement pas contre Mika, mais qui, parmi les journalistes belges, peut se vanter d'avoir été régulièrement vu jouer Brian Vandenbussche à Heerenveen ? Enfin, mon passage à la RTBF, pour animer les émissions consacrées à la Coupe du Monde avec ThomasChatelle et FranckyDury, m'a aussi laissé un très bon souvenir ".l DANIEL DEVOS