Signer pour cinq ans à l'Inter Milan en 2013 et s'engager trois ans plus tard, sur le gong du mercato, avec un Standard déjà à la traîne en championnat, ça veut dire qu'il y a eu au moins un gros bug entre-temps. Pour Ishak Belfodil, il y en a eu plusieurs. Il s'est perdu. Complètement. Jusque dans les sables des Émirats. " Un agent me l'a renseigné, je trouvais ça loufoque, vu le statut de grand espoir qu'il avait eu en France et en Italie ", explique Olivier Renard.
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Signer pour cinq ans à l'Inter Milan en 2013 et s'engager trois ans plus tard, sur le gong du mercato, avec un Standard déjà à la traîne en championnat, ça veut dire qu'il y a eu au moins un gros bug entre-temps. Pour Ishak Belfodil, il y en a eu plusieurs. Il s'est perdu. Complètement. Jusque dans les sables des Émirats. " Un agent me l'a renseigné, je trouvais ça loufoque, vu le statut de grand espoir qu'il avait eu en France et en Italie ", explique Olivier Renard. " J'ai alors visionné un paquet d'extraits de ses matches, je trouvais qu'il avait de l'or dans les pieds. Quand son club des Émirats est venu faire un stage aux Pays-Bas, je suis allé le voir, sans qu'il soit au courant. " Ils nouent ensuite la discussion et Belfodil confirme à Renard qu'il est effectivement prêt à signer au Standard pour se relancer. L'agitateur, la tête de bois devient très vite un footballeur spectaculaire auquel le tout-Liège fait le baisemain. Et pas rien que le tout-Liège... Témoin, sa douzième place au Soulier d'Or : 4 mois, 21 matches, 10 buts et 5 assists après son arrivée, il y prend déjà 21 points. Agitateur ? Tête de bois ? Ishak Belfodil, c'est en tout cas un caractère entier. Et une grande gueule quand il estime qu'il faut l'ouvrir. Piqûres de rappel ! Après le dernier match de 2016, un nul décevant à Saint-Trond, il balance : " Repartir d'ici avec un point alors qu'on a joué à 11 contre 10 pendant plus d'une heure, c'est impardonnable. On voit des équipes terminer sur des scores énormes, mais nous, on s'endort (...) Un point, bien sûr que c'est insuffisant. Ça confine à la faute professionnelle. Cela peut arriver aux grandes équipes, une fois. Mais là, il y a une grosse désillusion chaque week-end. Il n'y a pas qu'un seul coupable. Chaque semaine, quelqu'un fait une petite erreur. On n'avance pas (...) Ce n'est pas le moment de nous désunir mais ça commence à faire beaucoup. " Bam ! Un mois plus tard, après un autre nul insuffisant, à Eupen, il en remet une couche : " Je ne sais pas ce qu'il se passe quand on mène au score. On doit apprendre à tuer les matches (...) Il n'y a pas que Belfodil. C'est toute l'équipe qui doit se mobiliser et avancer. On est fragiles en ce moment, il faut que ça change. " Si la logique sportive et physique est respectée, Ishak Belfodil ne doit jamais être performant dès ses premières semaines au Standard. Parce qu'il sort d'une saison aux Émirats et parce qu'à son arrivée, fin août, il n'a plus joué de match depuis le mois de mai. Mais il marque dès sa première apparition en Rouche, juste après sa signature, en amical contre Marseille. Rebelote lors de sa première apparition en championnat, quelques jours plus tard : un but face à Genk. Ça étonne, mais ce qui surprend encore plus, c'est le temps de jeu presque maximum pour ce joueur qu'on pensait à court de rythme - et lui-même le pensait et l'avouait... C'est bien simple, il n'a pas raté un seul match de championnat entre son arrivée et la clôture de la phase classique. Et il a le plus souvent joué les 90 minutes. Pareil en Europa League avec cinq matches (dont quatre complets) sur un maximum possible de six. Pour le sixième... il était suspendu, c'est pour ça ! " Ishak Belfodil et Orlando Sá, c'est le meilleur duo offensif du championnat de Belgique ", nous dit Marc Degryse. " Le Standard avec Belfodil et le Standard sans Belfodil, on ne parle plus de la même chose ", nous lâche Alex Czerniatynski. " Aujourd'hui, l'attaque du Standard, c'est Sá et Belfodil. Moi, j'ai parfois dû associer Ryan Mmaee et Benjamin Tetteh. On ne parle pas de la même chose ", rappelle Yannick Ferrera. " Belfodil est un top joueur parce qu'il sait tout faire ", reconnaît Aleksandar Jankovic. " Il peut être aligné en pointe et être le premier défenseur, il peut être un artiste sans jamais oublier de mettre son bleu de travail. " Et il y a cette phrase amusante de Thierry Verjans, adjoint de Jankovic : " Belfodil, même quand il est mauvais, il est bon. " C'est comme ça qu'on peut arriver gratuitement du désert et valoir une douzaine de millions quatre mois plus tard - le prix pour lequel Ishak Belfodil a failli signer à Everton. L'échec de ce transfert en janvier, on en parle encore. Il y a plusieurs versions qui se télescopent. On peut faire ce bref résumé : la transaction a capoté en bonne partie parce qu'il y avait trop d'intervenants. L'Algérien rêvait d'Angleterre, ça semblait fait. Dans la presse anglaise, on tombe sur un papier qui retrace sa carrière tortueuse, et dans l'introduction, Belfodil est carrément présenté comme le nouvel attaquant d'Everton. Pour ce journal, il n'y a plus le moindre doute. Ce papier est en tout cas un bon résumé de ses hauts et - surtout - de ses bas. L'auteur rappelle qu'il fut autrefois comparé à Zlatan Ibrahimovic, qu'il a été considéré comme l'un des plus grands espoirs du championnat de France quand il a terminé sa formation à Lyon, qu'il s'est vite retrouvé en Italie où il a séduit l'Inter, puis qu'il s'est égaré aux Émirats avant de rebondir au Standard. Il y a unanimité : il a gâché son talent. On a évoqué ses points communs avec Ibra, mais il y a aussi la comparaison avec Karim Benzema qui revient comme un fil rouge dans les portraits qu'on lui consacre. Et donc, on lui pose la question ici : " Tu n'en as pas marre qu'on te compare à Benzema ? " Réponse : " Non, ça ne m'ennuie pas. À Lyon, dès que tu es d'origine arabe et attaquant, on dit que tu es le nouveau Benzema. Il y en a déjà eu trois ou quatre. Au niveau du positionnement sur le terrain, on se ressemble un petit peu car, à mes yeux, Benzema n'est pas une vraie pointe. " Dans le Standard d'aujourd'hui, il y a une seule vraie pointe : Orlando Sá. Pas de place pour Ishak Belfodil dans un rôle aussi avancé. Mais ça lui convient très bien. Il prend le temps de détailler sa nouvelle fonction. " Par rapport à mon gabarit et mes qualités, c'est Lyon qui a été le premier à me positionner en 9. Mais mon poste, ce n'est pas attaquant. Je suis un vrai milieu offensif, un 10. J'aime bien toucher la balle. " Autre caractéristique footballistique de Belfodil qui frappe l'oeil : son sens du déplacement incessant. Il est partout. Mais ça n'a pas toujours été comme ça. " Mon attitude générale a changé. Avant de venir au Standard, j'étais fort nonchalant. Aujourd'hui, je suis tout le temps en mouvement et ça me fait du bien. À la limite, je ne comprends pas pourquoi je ne le faisais pas avant. On peut dire que le Standard est un peu un révélateur pour moi. Défensivement, on m'a inculqué ici des notions qui sont nécessaires pour rejoindre le plus haut niveau. Dans le foot actuel, celui qui ne défend pas, il n'a pas sa place. Il y a beaucoup de gens qui ont essayé de me le faire comprendre dans le passé. Au Standard, ils y sont arrivés. " Et puis il y a cette autre confession : " J'ai eu la chance et la lucidité, dès mon arrivée, de comprendre l'ADN et l'idée du club. Au Standard, les dirigeants, le staff et surtout les supporters préfèrent un tacle à une roulette. Cela ne me dérange pas du tout, pourtant Dieu sait que j'aime les gestes techniques (...) Voir le public se manifester à chaque récupération, ça te donne des ailes. " Anderlecht, Courtrai, Waasland Beveren, Gand, Malines, Mouscron : six matches consécutifs sans un seul but pour Ishak Belfodil. Et une seule passe décisive. Ça ne lui ressemble pas. Il a pris des critiques, même Jankovic s'y est collé. Si on analyse le timing, on a peut-être une explication. Ces matches suivent l'échec de son transfert anglais. Relation de cause à effet ? Mal-être sportif d'un gars mal dans la tête ? Il faut croire que non. Son ami / homme de confiance, Mohamed Al Faiech, se met au crachoir et explique le passage à vide de son poulain : " Sa baisse de forme était évidente et il ne niait pas l'évidence. Mais ça n'avait rien à voir avec Everton. Il avait vite refermé le dossier. Sa déception n'a duré que quelques heures, il était rapidement passé à autre chose. C'est un joueur professionnel qui a connu des hauts et des bas dans sa carrière, il sait parfaitement comment le football business fonctionne. " On a aussi évoqué, à l'époque, sa nouvelle réalité financière. Il ne touchait que 5.000 euros bruts par mois jusqu'en fin d'année - même si on ne peut pas résumer son salaire à cette somme, puisqu'il avait empoché une belle prime à la signature. Le Standard a alors levé l'option sur sa deuxième année de contrat et a méchamment revalorisé son salaire. A-t-il alors perdu la faim ? " Absolument pas ", dit son agent. Et si l'explication de sa baisse de forme, de son blues, de son spleen, était à chercher ailleurs ? Du côté de Georges Leekens par exemple ? Sélectionneur express des Fennecs algériens au moment de la Coupe d'Afrique au Gabon, juste avant le coup de mou de Belfodil. Pour que ce soit clair : Ishak Belfodil adore son pays. On tombe sur cette formule choc qu'il a mise sur les réseaux sociaux (il est actif sur Facebook, Twitter et Instragram) : " Être algérien, c'est plus qu'une fierté, c'est un HONNEUR ". Aussi ceci : " Joyeuse fête de l'indépendance à tous les Algériens ". Parfois, ses posts ont une connotation religieuse : " Ramadan mubarak à tous les musulmans " ou " Aïd mubarak à tous les musulmans du monde ". En clair, il souhaite un bon ramadan et une bonne fête du sacrifice. Et donc, Leekens peut lui permettre de disputer sa deuxième CAN après celle de 2015. C'est bien parti puisque Belfodil est dans la présélection, en décembre. On devine qu'il boit du petit lait parce qu'un an plus tôt exactement, alors qu'il était perdu aux Émirats, le président de la fédé l'avait descendu lors d'une conférence de presse. Ce Mohamed Raouraoua, ce n'est pas François De Keersmaecker ! Durant ce fameux point presse, il lâche : " Ishak Belfodil n'est plus sélectionnable aussi longtemps que sa nullité n'évolue pas (...) Cette sanction peut aller jusqu'en mars ou jusqu'en 2017, en fonction des avancées de son niveau footballistique. S'il le souhaite, nous pouvons lui mettre à disposition un entraîneur personnalisé qui lui apprendra les bases de ce sport. " Juste avant, le président et les membres du staff technique ont visionné des DVD de matches de Belfodil. Un journal algérien croit savoir que " certaines personnes sont ressorties de la salle de réunion dans un état physique inquiétant ". Donc, sa présélection pour le Gabon est déjà une belle revanche. Mais ça fait finalement plouf. Il ne figure plus dans la sélection définitive et Leekens se justifie en parlant vaguement d'un " problème mental " chez le joueur. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE" À Lyon, dès que tu es d'origine arabe et attaquant, on dit que tu es le nouveau Benzema. " - ISHAK BELFODIL