Lorsque les Diables Rouges reçurent la Bulgarie au stade Roi Baudouin le 7 septembre 2002, Thomas Buffel n'était pas sur la pelouse, ni même sur le banc. La veille, il avait participé à la victoire des Espoirs, 3-1, contre les jeunes Bulgares. Il avait d'emblée tapé dans l'£il du millier de spectateurs présents à Waregem et, surtout, du staff technique. C'était le début d'une formidable ascension. Aujourd'hui, à 22 ans, le sociétaire de Feyenoord est devenu pratiquement incontournable dans l'équipe d'Aimé Anthuenis. Un joueur de classe, tout le monde le reconnaît, à défaut d'être déjà un patron.
...

Lorsque les Diables Rouges reçurent la Bulgarie au stade Roi Baudouin le 7 septembre 2002, Thomas Buffel n'était pas sur la pelouse, ni même sur le banc. La veille, il avait participé à la victoire des Espoirs, 3-1, contre les jeunes Bulgares. Il avait d'emblée tapé dans l'£il du millier de spectateurs présents à Waregem et, surtout, du staff technique. C'était le début d'une formidable ascension. Aujourd'hui, à 22 ans, le sociétaire de Feyenoord est devenu pratiquement incontournable dans l'équipe d'Aimé Anthuenis. Un joueur de classe, tout le monde le reconnaît, à défaut d'être déjà un patron. ThomasBuffel : Bien sûr. A l'époque, je devais encore me contenter de l'effectif de Jean-François de Sart. D'une certaine manière, c'était normal. Je n'avais encore disputé que deux rencontres amicales avec Feyenoord, je ne pouvais pas prétendre d'emblée à une sélection chez les Diables Rouges. Certes, lorsque j'avais vu des jeunes joueurs comme Jonathan Blondel et Koen Daerden être repris pour le match amical en Pologne, en août, je m'étais mis à espérer. Mais je savais que, si je confirmais avec Feyenoord, mon tour viendrait. C'est effectivement ce qui s'est produit. Oui. Et ensuite, en Estonie. Sur papier, ce n'étaient pas les adversaires les plus prestigieux, mais la tâche des Diables Rouges n'en était pas aisée pour autant. C'étaient des formations défensives qui, sur un terrain assez étroit, n'offraient pas beaucoup d'espace. D'autres équipes nationales, comme la Bulgarie ou la Croatie, se sont également cassé les dents là-bas en essayant de forcer le verrou. Pour moi, ce n'était sans doute pas une mauvaise chose de débuter à Andorre. Sur un espace réduit, j'ai pu exprimer au mieux mes qualités. Les deux déplacements chez les petits ont valu six points aux Diables Rouges. A chaque fois sur le score étriqué de 0-1, mais c'était suffisant. Offensivement, tout nous a réussi là-bas. Malgré l'état du terrain, j'étais placé dans des conditions idéales. Devant moi, j'avais Wesley Sonck, très adroit ballon au pied, et Emile Mpenza, très athlétique. Deux joueurs complémentaires que j'ai pu approvisionner à profusion. Oui. Mais il fonctionne surtout lorsqu'on ne doit pas exercer de pression dans l'entrejeu. Lorsqu'on affronte une grande équipe, elle exploite directement le moindre de vos points faibles. A partir du moment où nous nous sommes retrouvés menés à la marque, nous aurions dû changer de dispositif et exercer une pression plus forte dans l'entrejeu, mais à 2-0 en deuxième mi-temps, il n'y avait plus de collectif. Il aurait fallu pouvoir procéder à quelques ajustements tactiques en cours de match. Malheureusement, l'équipe ne se connaît pas encore assez pour cela. Comparé à la situation que je vis à Feyenoord, il y a un monde de différence. Mais c'est aussi plus facile dans un club, où l'on se voit tous les jours, qu'au sein d'une équipe nationale où les joueurs se réunissent une fois par mois, dans le meilleur des cas. Il est important de se donner mutuellement des directives. Cela ne se produit pas encore assez chez les Diables Rouges. Autrefois, j'étais un garçon assez timide. Mais ici, aux Pays-Bas, j'ai appris à prendre la parole. J'hésite moins. De là à m'ériger d'ores et déjà en patron des Diables Rouges, il y a de la marge. A Andorre et en Estonie, Yves Vanderhaeghe avait beaucoup parlé. Il m'avait été très utile pour me guider dans mes premiers pas en équipe nationale. Mais, à Zagreb, il n'était plus là. Emile Mpenza n'était pas présent. Mbo a joué à droite, mais est souvent rentré dans le jeu. Ce n'est pas mauvais d'avoir quelques variantes tactiques, mais il faut que toutes les positions soient occupées. Si la Pologne ne fait pas véritablement partie du gratin européen, c'est tout de même une équipe solide. Les Diables Rouges ont un peu redoré leur blason ce soir-là. C'était leur premier match à Bruxelles depuis longtemps et ils se sont réconciliés avec leurs supporters. Personnellement, j'ai eu la chance d'inscrire un joli but. Mon premier avec l'équipe nationale. C'était aussi important, pour le public comme pour moi. Sinon, on aurait fini par prétendre : - ThomasBuffel adutalent, maisilnemarquepas !Pas de problème. Je n'ai connu aucun problème d'adaptation. Certes, on ne peut pas attendre d'ores et déjà que les automatismes soient aussi bien rôdés qu'avec mes partenaires de club à Feyenoord, mais cela viendra. Je me suis imposé davantage par mes prestations que par mon aisance vocale. Cela aussi pourrait évoluer. Je crois que, lorsqu'on démontre ses capacités sur le terrain, on est plus facilement accepté par le groupe. J'ai toujours été très technique. C'était déjà le cas au Cercle de Bruges. Je n'ai, tout compte fait, reçu que les deux dernières années de ma formation aux Pays-Bas. Je me suis, il est vrai, entraîné plus intensivement ici qu'en Belgique. Six séances hebdomadaires, au lieu de trois, cela fait une sacrée différence. L'accent, à Feyenoord, est davantage mis sur le travail individuel. Et le football pratiqué chez les jeunes fait la part plus belle à la créativité. Les entraîneurs sont aussi, dans la plupart des cas, d'anciens joueurs. Ils vous apprennent tous leurs petits trucs, cela m'a changé des maîtresd'école qui dispensaient les entraînements à Bruges. Le système scolaire néerlandais permet aussi de mieux combiner les études avec le sport de haut niveau. Aux Pays-Bas, j'ai développé ma personnalité et mon indépendance. J'ai quitté le cocon familial très jeune, cela m'a obligé à m'émanciper. Si l'on veut aller à l'EURO 2004, et j'en ai autant envie qu'un autre, il faudra éviter une nouvelle défaite à Sofia. Ce serait bien, mais ce n'est pas pour autant qu'il faudra se lancer à l'offensive, la fleur au fusil. Je ne serais d'ailleurs pas surpris si les Bulgares adoptaient, eux aussi, une position attentiste au départ. Une bonne occupation du terrain sera nécessaire. La suite dépendra du déroulement du match. Un partage ne serait pas un mauvais résultat. Nous recevrons ensuite la Croatie à Bruxelles et nos chances de terminer deuxième du groupe demeureraient intactes. Je crois que c'est surtout le stupide premier but qui a perturbé nos plans. D'aucuns ont prétendu que nous avions adopté un dispositif trop offensif à Zagreb. Personnellement, je ne partage pas cet avis. Car Bart Goor, finalement, évolua plus souvent à hauteur de la ligne médiane que dans le camp adverse. Avec Feyenoord, je joue de manière bien plus offensive. Mais, chez les Diables Rouges, il manque peut-être quelqu'un comme Bart Goor sur le flanc droit. En fait, à Feyenoord, nous jouons avec quatre attaquants. Je suis aussi entouré par deux ailiers très avancés, sur chaque flanc. Mais mon rôle demeure plus ou moins identique. Pierre van Hooijdonck n'est, certes, pas du tout le même style de joueur que Wesley Sonck ou Emile Mpenza, mes partenaires habituels en équipe nationale. Il n'y a pas de grand gabarit en pointe chez les Diables Rouges, à l'exception de Sandy Martens et de Cédric Roussel. Je n'ai jamais joué avec le Montois, mais je sens que ça pourrait très bien coller aussi. C'est un beau total. Pierre et moi, nous sommes très complémentaires : je dois tabler sur ma vitesse et mon agilité, il est plus puissant. Encore qu'il ne faille pas sous-estimer sa technique : il est capable de garder un ballon aux pieds. J'ai toujours eu le sens du but. La saison dernière, avec l'Excelsior en D2, j'avais déjà marqué à 15 reprises. Et je ne botte pas les penalties. Si je ne suis pas un véritable renard des surfaces, je ne suis pas maladroit en zone de conclusion non plus. En outre, j'offre aussi à d'autres la possibilité de marquer. C'est d'ailleurs l'une de mes principales qualités. Le jeu de tête n'est pas ma spécialité. J'essaye de l'améliorer, mais sans en faire une obsession. Je trouve qu'il faut surtout entretenir ses points forts, plutôt que s'acharner à travailler ses points faibles. Oui, mais cela s'est fait naturellement. L'an passé, j'avais acheté un home-trainer, mais je l'ai rarement utilisé. Autrefois, je m'entraînais beaucoup individuellement. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. L'un des domaines dans lesquels j'ai progressé est certainement la régularité. La saison dernière, à l'Excelsior, j'alternais souvent les hauts et les bas. Désormais, je réalise toujours des actions d'éclat et je n'ai plus autant de creux. Lorsque je ne brille pas individuellement, je parviens à me rendre utile à l'équipe d'une autre manière. Il y a eu, évidemment, le tour préliminaire à Fenerbahçe, là où tout a pratiquement commencé pour moi. La victoire à Newcastle, où j'ai disputé l'intégralité de la rencontre. Le match à domicile contre la Juventus, face à laquelle j'avais très bien joué. Ce furent plein de merveilleux souvenirs. La participation à la Ligue des Champions fut très importante pour mon développement. Dans le championnat des Pays-Bas, à l'exception des matches face au PSV et à l'Ajax, il est rare que l'on doive se surpasser. En Ligue des Champions, lorsqu'on évolue à un tel rythme, il est essentiel d'exécuter chaque geste à la perfection, d'éviter la moindre erreur et de conserver une organisation impeccable tout au long de la rencontre. Chaque détail est important. Il faut aussi essayer d'accomplir son boulot au service de l'équipe tout en gardant assez de fraîcheur pour demeurer décisif en zone de conclusion. Ce n'est pas évident. On parle d'un intérêt du Bayern Munich, mais il n'y a rien de concret. Personnellement, je ne suis pas du tout réfractaire à l'idée de rester à Feyenoord. Ce n'est pas le premier club venu. Je ne pense pas que, sportivement, il ait beaucoup à envier aux clubs allemands. On l'a vu lorsque nous avons affronté le Borussia Dortmund. Je me sens bien à Rotterdam. Et je dois encore mûrir, car après tout, ce n'est jamais que ma première saison complète au plus haut niveau. Pour l'instant, j'accorde la priorité à mon développement footballistique par rapport aux considérations financières. L'argent viendra de toute manière, si je confirme mon évolution. Assurément. Celle de mon éclosion. Daniel Devos, envoyé spécial à Rotterdam