16.000 personnes scandent son nom ! Justine Henin affronte la n°1 mondiale, Serena Williams en demi-finales de Roland-Garros en 2003. Ce jour-là, le public de la Porte d'Auteuil découvre une petite Belge de 1,67m et de 57 kg. Elle tient tête à la puissance physique de l'Américaine (1,75 m, 61 kg) qui reste sur quatre titres de suite en Grand Chelem, tous remportés face à sa s£ur aînée Venus (Roland Garros, Wimbledon et l'US Open en 2002, et l'Open d'Australie en 2003). " Je me souviens que les gens en avaient marre de la domination des s£urs Williams ", raconte un journaliste qui commentait le match pour une chaîne française. " C'est pourquoi le public parisien décida de soutenir la puce Henin face à l'ogre Williams ! "
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16.000 personnes scandent son nom ! Justine Henin affronte la n°1 mondiale, Serena Williams en demi-finales de Roland-Garros en 2003. Ce jour-là, le public de la Porte d'Auteuil découvre une petite Belge de 1,67m et de 57 kg. Elle tient tête à la puissance physique de l'Américaine (1,75 m, 61 kg) qui reste sur quatre titres de suite en Grand Chelem, tous remportés face à sa s£ur aînée Venus (Roland Garros, Wimbledon et l'US Open en 2002, et l'Open d'Australie en 2003). " Je me souviens que les gens en avaient marre de la domination des s£urs Williams ", raconte un journaliste qui commentait le match pour une chaîne française. " C'est pourquoi le public parisien décida de soutenir la puce Henin face à l'ogre Williams ! " Le premier set est remporté par la Belge 6-2, mais Serena répond dans le deuxième, 6-4. Dans la troisième manche, le public parisien, hostile à l'Américaine tout simplement parce qu' " elle gagnerait trop ", la hue à chaque point qu'elle remporte. La tension entre les deux joueuses grimpe de plusieurs degrés sur le central après un incident qui va faire basculer le match. Serena est au service dans le dernier set, Justine lui fait signe de la main pour lui dire qu'elle n'est pas prête. Serena met sa balle dans le filet et demande une confirmation à l'arbitre pour rejouer sa première balle. Le juge qui n'a rien vu demande à Justine Henin si, effectivement, elle n'était pas prête, laquelle répond qu'elle n'a fait aucun signe ! Stupéfaite, Serena ne s'en remettra pas. Elle commet une double faute sur sa deuxième balle avant de laisser filer le troisième set et de perdre le match, alors qu'elle menait 4-2. Malgré ce comportement assimilable à un acte d'antijeu, le public du central a applaudi la décision de l'arbitre et continue de soutenir Justine Henin durant tout le reste de la rencontre. Bouleversée par cette hostilité, Serena s'effondre en larmes lors de la conférence de presse d'après match, montrant que la machine à gagner américaine, qui n'avait pas perdu un seul match en Grand Chelem depuis un an, peut aussi être très émotive. En finale, Justine s'impose face à Kim Clijsters et remporte son premier titre en Grand Chelem. Quelques minutes après son triomphe sur le Central, la Coupe Suzanne Lenglen trône à côté d'elle dans la salle de conférence de presse. La Belge ne masque pas son immense bonheur : " Il s'agit d'une émotion énorme. C'est un tournoi qui me fait rêver depuis toujours. Et je viens de le gagner. Je ne suis pas sûre de me rendre vraiment compte de ce qui m'arrive... ". Injustement huée, Serena Williams aura bien du mal à digérer cette élimination. Quatre ans plus tard, l'Américaine n'a plus qu'une idée en tête, remporter Roland-Garros en battant en finale Justine Henin pour prendre sa revanche sur un titre que certains spectateurs estime encore " volé " par la Belge. " Henin est une fille qui se la joue très propre sur elle, mais je n'oublie pas que c'est une tricheuse qui a profité du public pour voler un titre de Roland-Garros à Serena Williams, c'est tout ce que j'ai à dire sur elle... ", déplore Philippe, qui vient de retirer ses places à Roland-Garros, deux semaines avant le début du tournoi. " Henin est sûrement très forte mentalement pour savoir utiliser des huées contestataires venues des tribunes, comme elle l'a fait ce jour-là ", conclut ce spectateur passionné. " On ne sait pas tout, il y a peut-être eu un précédent entre les deux joueuses et Justine voulait simplement rendre la monnaie de sa pièce à l'Américaine ", relativise Nicolas Pietrowski, coach français et ami de Carlos Rodriguez avec lequel il a partagé les deux semaines parisiennes du clan de la Wallonne, l'année dernière à Roland Garros. " Il n'y a jamais eu ce genre d'incident avec Justine sur d'autre match et puis, les Williams ont la réputation d'être exécrables sur le circuit, surtout Serena... C'est peut-être pour cela que le public français s'est mis du côté de Justine ", souligne cet entraîneur national français, en charge des jeunes Espoirs de la Fédération française de tennis. " J'ai plutôt le sentiment que Justine est la chouchoute du public à Paris, même quand elle joue face à une Française. Bien sûr, elle n'a pas l'exubérance de Gustavo Kuerten. Vous ne la verrez jamais dessiner un coeur sur le Central, mais elle a toujours des mots sympas pour le public, qui l'a toujours soutenu dans les moments difficiles ", souligne Pietrowski. " Le public de Roland Garros est à la fois capricieux et connaisseur. Il aime le spectacle, tout en étant plus extraverti que le public londonien. Justine possède un jeu tellement varié, c'est très agréable à regarder ". " Justine n'a pas de problème particulier avec le public français, elle est populaire partout ", explique Georges Goven, responsable du haut niveau féminin à la Fédération française de tennis et capitaine de l'équipe de France de Fed Cup. " Seulement, tous les joueurs et toutes les joueuses n'ont pas le même charisme face au public ". " Je pense que le public ressent et apprécie l'extraordinaire force morale de Justine Henin ", précise Stéphane Simian, ancien joueur français, aujourd'hui co-directeur des Internationaux de France. " Elle avait 14 ans la première fois que je l'ai vu jouer. J'avais été frappé par cette volonté d'aller toujours au bout d'elle-même. C'est la qualité des très grandes championnes. On la décrit parfois comme quelqu'un de trop fermé, mais ce n'est pas le cas. Il ne faut pas faire d'amalgame entre le comportement sur le court et en dehors. C'est normal que le public réclame du spectacle, mais on a souvent reproché à Pete Sampras de ne pas être assez démonstratif, et pourtant c'est un immense champion ! Roland Garros est le tournoi préféré de Justine, et je pense que l'évolution de son jeu peut aussi lui permettre de conquérir le public parisien cette année, surtout si elle gagne une quatrième fois ! ", conclut Simian. Parfois dissipé, souvent passionné, le public de Roland-Garros a plusieurs fois joué de vilains tours à ses champions au gré de leurs humeurs ou de leurs performances. Plus que tout, les spectateurs de la Porte d'Auteuil aiment peser sur le sort d'un match en chouchoutant ses favoris et en chahutant ses tête de turcs. Personne n'est épargné dans cet insolite jeu de rôle, et surtout pas les Français. Demandez à Henri Leconte, sifflé par le public du central après sa finale perdue face à Mats Wilander en 1988... Trois mois plus tard, le gaucher français est hué par le public de l'Open de Paris Bercy (c'est le même qu'à Roland) face à John McEnroe, tout surpris de ce soutien inattendu. Il faudra attendre la victoire de l'équipe de France en Coupe Davis face aux Etats-Unis en 1991 pour que la cicatrice commence à se résorber, à peine. Plus récemment, la n°1 française Amélie Mauresmo confiait son malaise de jouer à domicile devant le public parisien avant ses titres à l'Open d'Australie et à Wimbledon : " Me retrouver devant le public français expliquait en partie mes mauvais résultats ". Elle n'a jamais fait mieux qu'un quart de finale à Roland-Garros. Face à l'une de ses grandes rivales, les statistiques de Henin sont nettement plus flatteuses avec trois titres en sept participations. Steffi Graf a été rayée par le public parisien lorsqu'elle triomphait sur toutes les surfaces, sur tous les continents à partir de la fin des années 80, avec un Grand Chelem réalisé en 1988. Après plusieurs blessures, elle perd sa place de n°1 mondiale en 1997. Elle manque la moitié de la saison 1998, avant de s'offrir un glorieux retour en battant Martina Hingis en 1999. L'Allemande renversa le cours du match pour remporter la victoire en trois sets, 4-6, 7-5, 6-2 dans une ambiance indescriptible. Après avoir longtemps subi une indifférence polie, Graf devenait la chouchoute de ce même public, au point de déclarer après le match -Je me sens Française ! " Si elle n'a pas encore atteint la popularité de Graf en 1999, la Belge rassemble l'unanimité des suffrages auprès des techniciens du tennis français. " C'est d'abord une grande championne dotée de qualités physiques exceptionnelles ", souligne Georges Goven. " Elle n'est jamais gênée par une balle bombée sur son revers, ce qui est plus dérangeant sur un revers à une main que sur un coup droit. Elle a un jeu complet qu'elle n'hésite pas à faire évoluer. Je l'ai vu vouloir abréger l'échange au Masters de Madrid, alors qu'elle avait plus l'habitude de patienter en fond de court. Je me souviens aussi de son match face à Virginie Razzano à Miami, début avril. Virginie était revenue à un set partout après avoir perdu la première manche 6-2, mais elle menait 5-1 dans le troisième. Justine a été chercher le match en remportant le troisième set au tie-break. Cette volonté de refuser de perdre est une autre de ses qualités, tout en ayant cette humilité d'accepter qu'une fille puisse jouer mieux qu'elle... de temps en temps ". Sauf peut-être face à Mauresmo lors de la victoire de la Française à l'Open d'Australie en 2005. Henin abandonne dans le deuxième set alors qu'elle était menée 6-1, 2-0, se plaignant de problèmes gastriques, probablement causés par la prise trop importante d'anti-inflammatoires pour lutter contre des douleurs à l'épaule droite. Cet abandon provoqua de nombreuses controverses dans la presse anglo-saxonne et australienne, en particulier australienne. " Carlos Rodriguez, ne me parle plus depuis... ", déplore Goven. " Mais je crois qu'il a simplement mal interprété mes propos. Après le match, j'ai simplement dit qu'Amélie ressentait un peu de frustration, mais je ne mets pas en doute sa blessure ". Très sensible sur le sujet, la n°1 française, comme son entraîneur, Loïc Courteau ne veulent plus s'exprimer sur le sujet. " Cet abandon, plus ou moins volontaire, qui a terni ses relations avec Amélie explique aussi une certaine retenue du public français envers elle ", confirme Lionel Chamoulaud, journaliste à France Télévisions. " C'est vrai que Justine n'a pas encore la popularité de Monica Seles ou de Graf parce ce qu'il n'y a pas une passion particulière du public de Roland Garros autour d'elle. Il lui manque cette dimension affective vis-à-vis du grand public. Les problèmes conjugaux qu'elle a connus peuvent arriver à tout le monde. En décidant de ne pas en parler, je pense qu'elle a manqué une occasion de devenir plus humaine. Ce qui reste regrettable, c'est que si elle s'était mieux entendue avec Clijsters, qui est pourtant une fille adorable, la Belgique aurait pu remporter trois ou quatre fois la Fed Cup ! ", ajoute le commentateur qui couvre Roland-Garros pour la 19e édition consécutive cette année. " Sur le plan du jeu, c'est évidemment une grande championne qui ne lâche rien. Elle possède un tempérament extraordinaire, elle est déterminée, ambitieuse et orgueilleuse. Elle fait petite fille douce, mais c'est une tueuse sur le court ! Elle a aussi le plus beau revers du circuit féminin, avec celui d'Amélie. Un duel entre ces deux joueuses, c'est la finale rêvée. " " Justine, c'est une grande force de caractère et une très grande richesse tactique et technique. Aujourd'hui, elle est capable de faire tous les coups du tennis, du revers chopé à l'amorti, tout en effectuant des changements de rythme qui déstabilisent l'adversaire. Son revers coupé à une main lui permet de donner beaucoup de lift à la balle. C'est un jeu très adapté à la terre battue. C'est ce que je ressens quand je suis avec son équipe, c'est qu'ils sont là pour gagner, pas pour faire de la figuration ! ", précise l'entraîneur de la FFT, Pietrowski. " Ce qui m'a marqué, quand vous discutez avec Justine, c'est de constater que c'est quelqu'un de très simple. Quand elle gagne, il n'y a pas d'euphorie délirante, ils font juste un truc classique entre eux. Maintenant, ils savent dire stop quand certains journalistes se font un peu trop pressants ou qu'ils font circuler des rumeurs infondées sur sa vie privée. Carlos la protège beaucoup dès qu'elle est attaquée. Un peu comme le faisait Philippe Lucas avec Laure Manaudou. Carlos me parlait de certaines choses qui sont sorties dans les journaux belges par rapport au divorce de Justine... Je vous assure que ça le rendait malade ! Pas pour lui, mais surtout pour Justine, car s'il y a quelque chose que tous les deux détestent, c'est bien l'injustice ". De nouveau n°1 mondiale cette année, Henin conserve des ambitions très élevées, en dépit de son absence à l'Open d'Australie, premier tournoi du Grand Chelem de la saison. Victorieuse à Dubaï puis à Doha, la Belge échoue seulement en finale à Miami. Fin avril, elle débute sa saison sur terre battue par une victoire à Varsovie, puis est éliminée par Svetlana Kuznestova en demi-finales à Berlin. La Belge s'est ménagée deux semaines de récupération avant de reprendre la compétition à Roland-Garros, qui débute le dimanche 27 mai. " Ses faiblesses physiques, toutes relatives, sont parfaitement gérées. Elle ne fait que 13 ou 14 tournois par an. Dans ces tournois, soit elle gagne, soit elle est dans le dernier carré. Le plus impressionnant, c'est sa motivation pour continuer à gagner encore et encore. C'est une leçon de vie pour toutes les jeunes joueuses. Et quand je l'entends dire : - Je joue au tennis pour rentrer dans l'histoire, c'est grand ! ", avance encore Pietrowski. En cas de quatrième victoire, Henin ne serait plus qu'à trois longueurs du record de Chris Evert qui s'est imposée à sept reprises à Roland-Garros entre 1974 et 1986. Un objectif parfaitement réalisable pour la Rochefortoise qui fêtera ses 25 ans le 1er juin prochain, alors que Chris Evert a remporté son dernier titre sur la terre battue parisienne à 32 ans. Pietrowski : " Durant la finale de 2006 face à Kuznestova, Carlos me disait : - Elle joue pas bien, mais elle gagne. Même si elle n'a pas très bien joué, elle a gagné en deux sets, alors qu'est ce que ce sera quand elle jouera bien ! C'est une sacrée force de gagner des Grand Chelem sans être à son meilleur niveau mais elle le fait grâce à son état d'esprit et sa force mentale. Je suis frappé d'une chose, elle a tellement confiance en elle ". par sébastien binet-décamps / photos: reporters