La semaine passée, dans le cadre de cette rubrique, je vous avais narré la difficulté, pour un journaliste, de savoir parfois ce qu'il pouvait retranscrire ou non. Sauf si, comme c'était le cas pour Juan Lozano (SFM n°3 p. 89), le joueur donnait vraiment son imprimatur pour tout ce qu'il avait raconté. A l'une ou l'autre reprise, j'ai été confronté à ce casse-tête. Parfois, j'ai été trop soft. Comme le jour où Gilbert Bodart, alors actif à Brescia, avait tiré à boulets rouches sur son ancien club, le ...

La semaine passée, dans le cadre de cette rubrique, je vous avais narré la difficulté, pour un journaliste, de savoir parfois ce qu'il pouvait retranscrire ou non. Sauf si, comme c'était le cas pour Juan Lozano (SFM n°3 p. 89), le joueur donnait vraiment son imprimatur pour tout ce qu'il avait raconté. A l'une ou l'autre reprise, j'ai été confronté à ce casse-tête. Parfois, j'ai été trop soft. Comme le jour où Gilbert Bodart, alors actif à Brescia, avait tiré à boulets rouches sur son ancien club, le Standard, et que je n'avais pas osé reproduire mot à mot ses propos. Ou encore cette fois où Kenneth Brylle, troisième choix à la pointe de l'attaque anderlechtoise derrière Erwin Vandenbergh et Alex Czerniatynski jadis, avait dit pis que pendre du coach, Paul Van Himst, pourtant vainqueur de la Coupe de l'UEFA 1983 avec le RSCA, et finaliste de la même épreuve l'année suivante. Une fois, je suis allé trop loin. C'était à l'occasion d'une interview avec Jean-JacquesMisséMissé, l'attaquant camerounais des Zèbres au beau milieu des années 90. Ceux-ci étaient alors drivés par un certain Georges Leekens, qui avait pris le relais de Robert Waseige à l'aube de la campagne 1994-95. Autant le Mage avait fait du bon boulot au Sporting Charleroi, autant son successeur éprouvait alors toutes les difficultés du monde à imposer sa griffe. Il y avait manifestement un malaise avec lui au Mambourg, mais dans tous les papiers avec les joueurs, ceux-ci prenaient un malin plaisir à tourner autour du pot, par peur de celui qu'ils appelaient en catimini l'affreux Jojo. Tous donc, sauf l'ami JJMM qui, à l'occasion d'un tête-à-tête avec moi, avait descendu en flammes l'homme et sa méthode. - Jet'ai tout raconté, tu en tires ce que tu veux m'avait-il dit au moment de se quitter. Résultat des courses : un article pas vraiment piqué des vers qui vaut à notre homme une amende de 10.000 francs, l'équivalent de 250 euros. - Je t'attends demain soir chez moi, à Andenne, j'ai des comptes à régler avec toi me dit-il après coup. Le lendemain, je m'exécute, en prenant soin de glisser un billet de 5.000 francs dans mon portefeuille, histoire de couper la poire en deux concernant l'amende. Car si j'avais fauté, lui aussi. En voyant mon billet, JJMM me dit : - Tu gardes ton argent, j'ai rien à redire sur l'article, c'était super. Mais je veux bien qu'on aille casser la graine ensemble et c'est toi qui paies. Inutile de préciser que l'on a bien mangé et bu ce soir-là. Mais pas vraiment à la santé de l'affreuxJojo... PAR BRUNO GOVERS