Ça peut paraître bizarre mais Marc-André ter Stegen n'a encore que 26 ans. La saison passée, il a été champion avec le FC Barcelone et a gagné la Coupe d'Espagne, bien que dans cette épreuve, Jasper Cillessen ait occupé le but. Nous l'avons rencontré dans la capitale catalane avant qu'il ne rejoigne l'équipe nationale allemande.
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Ça peut paraître bizarre mais Marc-André ter Stegen n'a encore que 26 ans. La saison passée, il a été champion avec le FC Barcelone et a gagné la Coupe d'Espagne, bien que dans cette épreuve, Jasper Cillessen ait occupé le but. Nous l'avons rencontré dans la capitale catalane avant qu'il ne rejoigne l'équipe nationale allemande. Auparavant, le football allemand était athlétique et physique mais dénué de fantaisie. Le prototype actuel du footballeur allemand a de bons pieds. MARC-ANDRÉ TER STEGEN : Ouis mais en plus de cette classe individuelle, nous avons surtout une très bonne équipe et c'est crucial car beaucoup de sélections ont énormément de qualités individuelles. D'autres forment des blocs mais n'ont pas de fantaisie. L'Allemagne n'a peut-être pas de Lionel Messi. Non, nous n'en avons pas. (Rires) Mais nous nous connaissons les uns les autres. Je pense que depuis le début de l'ère Joachim Löw, nous avons toujours atteint les demi-finales. Ce n'est pourtant pas évident. Pep Guardiola a-t-il changé le football allemand ? TER STEGEN : Les avis divergent. Certains le trouvent génial, d'autres pensent qu'il l'est un peu trop... Mais peu de gens vivent le football aussi intensément. Je pense qu'il a placé son empreinte de ce point de vue, après ses trois saisons à Munich. D'accord, on rappelle qu'il n'a pas réussi à remporter la Ligue des Champions mais il a quand même amené l'équipe à un autre niveau. Tout le monde a tiré profit des trois saisons de Guardiola au Bayern. Pas seulement les joueurs qui ont travaillé avec lui mais aussi ceux de l'équipe nationale. Mais bon, le football allemand n'est pas le même qu'en Espagne ou au Portugal. Nous voulons donner l'impression que nous sommes les patrons, que nous contrôlons le match. Les Allemands sont ainsi faits : ils veulent toujours conserver le contrôle, tout planifier jusque dans les moindres détails, même si ce n'est pas toujours possible en football. Pourtant, c'est ce que Pep faisait au Bayern : il programmait tout et imposait son style de jeu. Joachim Löw travaille la transition. On l'a remarqué à la Coupe des Confédérations comme dans plusieurs matches de qualification pour le Mondial. Vous ne pensez donc pas qu'à la possession du ballon : vous voulez aussi exploiter les brèches le plus vite possible. TER STEGEN : Nous avons aligné une autre équipe à la Coupe des Confédérations. Nous n'aurions sans doute pas joué de la même façon avec l'équipe habituelle. Il faut adapter son système aux footballeurs dont on dispose. Nous alignions beaucoup de jeunes, comme Niklas Süle et Antonio Rüdiger. Et j'étais dans le but, ce qui m'a permis d'acquérir de l'expérience. La formation actuelle a de tout. Toni Kroos et Mesut Özil ont déjà évolué dans différents championnats. Beaucoup de jeunes ne disent plus qu'ils veulent jouer au Bayern. Avant, c'était le nec plus ultra. Tous les bons footballeurs allemands rejoignaient le Bayern. Ce n'est plus le cas. Prenez Emre Can, Leroy Sané, Julian Draxler... Le Bayern vient d'être champion pour la sixième fois d'affilée. Ce n'est pas inquiétant ? Ça pourrait nuire à la Bundesliga et même au Bayern, à long terme ? TER STEGEN : Je comprends ce que vous voulez dire. Ce n'est pas comme en Espagne. Barcelone est resté longtemps invaincu et pourtant, il a attendu longtemps le titre car l'Atlético a maintenu le suspense. La différence est très grande en Allemagne. On connaît pratiquement le champion en début de saison. L'Espagne a des valeurs établies comme Séville, l'Atlético, le Real et le Barça alors qu'en Allemagne, il y a le Bayern et puis le reste. D'accord, il y a le Borussia Dortmund mais l'année suivante, Mönchengladbach, Schalke 04, Leverkusen ou Francfort peuvent émerger. Ils se qualifient pour la Ligue des Champions mais leurs deux meilleurs joueurs signent au Bayern. Peut-on tempérer d'une façon ou d'une autre la suprématie du Bayern ? TER STEGEN : Le club est tout simplement bien géré. Le stade est remboursé, les finances sont en bonus et il peut acheter qui il veut. Ça complique la vie des autres. Vous ne donnez jamais l'impression de douter, dans le but du Barça. Vous êts vraiment à l'aise ? TER STEGEN : Oui, parce que je sais qui est devant moi. J'ai une confiance totale en mes défenseurs et c'est réciproque. Nous essayons de nous entraider. La différence entre le gardien du Barça et celui de Mönchengladbach réside sans doute dans le nombre d'interventions. Comment vivez-vous le fait de ne devoir intervenir que quelques fois par match ? TER STEGEN : Parfois même une seule fois ! Quand nous sommes bons et que nous dominons le match, il arrive que l'adversaire ne reçoive qu'une seule occasion mais une vraie. Mon objectif est toujours de ne pas encaisser de but. Le Barça d'Ernesto Valverde est plus stable en défense. TER STEGEN : Nous souffrions toujours à l'Athletic Bilbao quand Valverde l'entraînait. Ayant observé notre style de jeu de l'extérieur, il savait quels aspects nous devions travailler. La saison passée, nous avons essayé d'améliorer notre défense. Que veulent dire les gens quand ils vous dépeignent comme l'exemple du gardien moderne ? TER STEGEN : Ce qui rend un gardien moderne, c'est qu'il a un bon jeu de pieds, qu'il reste attentif derrière ses défenseurs et qu'il anticipe quand le ballon est dans leur dos. Depuis Victor Valdés, le Barça a toujours eu un gardien doté d'un bon jeu de pieds. Je ne suis pas comme lui et je ne le veux pas, même s'il était le gardien spectaculaire d'un Barça spectaculaire. Mais je sais ce dont je suis capable et pourquoi je suis ici. Si vous ne vouliez pas être comme Valdés, qui était votre modèle ? TER STEGEN : Il y a des gars comme Gigi Buffon, Iker Casillas... Vous avez vu Buffon cette saison ? Mais ils n'ont jamais été mes idoles car ils sont toujours actifs. Mon idole, c'était Oliver Kahn, pour son approche. De dix à seize ans, je l'ai adulé. J'adorais sa mentalité. Moi aussi, je veux transmettre à l'équipe la conviction qu'elle peut toujours gagner, même quand ça paraît difficile. Vous vous souvenez de votre premier match pour le Borussia Mönchengladbach ? TER STEGEN : C'était un derby contre le FC Cologne. Je ne l'oublierai jamais. Nous avons gagné et nous avons commencé à croire au maintien. À part ce club historique, qu'y a-t-il à Gladbach ? TER STEGEN : Toute ma famille y habite. J'en suis originaire et je suis toujours heureux d'y retourner. Je m'y sens chez moi. Mais je dois dire que ma femme et moi vivons depuis près de quatre ans à Barcelone et que nous nous y sentons aussi chez nous. Barcelone croule sous les touristes. Vous pensez que l'ambiance très locale qui règne dans le stade de Mönchengladbach s'estompe au Camp Nou ? TER STEGEN : Oui mais les supporters, même s'ils sont étrangers, nous encouragent de la même façon. D'ailleurs, on voit des plaques autrichiennes à Mönchengladbach et aussi des voitures immatriculées à neuf ou dix heures de là. Ça veut dire que le club est important. Qu'aimeriez-vous amener de la Bundesliga en Espagne ? TER STEGEN : Les stades... Il ne faut pas hésiter. Le Camp Nou va être rénové. TER STEGEN : Non, non, j'allais dire : pas les stades. Parce que le Camp Nou a une telle histoire... C'est spécial. Pour toutes les équipes qui s'y produisent et pour nous aussi. L'ambiance est impressionnante. L'Allemagne possède beaucoup de nouveaux stades ultra modernes grâce au Mondial 2006 mais les stades espagnols ont quelque chose de spécial. C'est pour ça que je suis content que le Camp Nou reste où il est et qu'on se contente de le rénover. Il faut conserver une arène aussi chargée d'histoire. Vous vous intéressez aux statistiques, par exemple au nombre de passes réussies ? TER STEGEN : Oui. Après un match, je peux vous dire exactement combien de passes j'ai ratées. Vous avez entamé votre carrière comme joueur de champ. Est-ce que ça vous a aidé à devenir un gardien moderne ? TER STEGEN : On n'y pense pas quand on a dix ou onze ans. Mais ça m'a quand même aidé. C'est devenu une qualité essentielle de nos jours, à Barcelone encore plus qu'ailleurs. Je ne serais pas ici si je n'avais pas un bon jeu de pieds. Vous êtes devenu gardien parce qu'un entraîneur vous a dit que vous couriez " bizarrement ". Comment réagit un gamin de dix ans à pareille remarque ? TER STEGEN : Je ne m'attendais pas à ça. Mon objectif était de marquer des buts. J'ai commencé à jouer contre la porte du garage. Mon frère était le gardien. Je fêtais intensément chaque but. Je ne sais pas ce que cet entraîneur trouvait de bizarre à mon style de course. À dix ans, on est en pleine croissance. Mais bon, j'ai pris place dans le but et je me suis bien amusé. Moins qu'en marquant des buts mais je pense que j'ai pris la bonne décision. Vous devez peut-être lui en être reconnaissant ? TER STEGEN : Certainement. Même si être gardien de but n'était pas mon rêve. Imaginez : vous êtes en finale du Mondial, le score est de 0-0. Vous êtes face à Messi, Suarez ou Neymar. Quel joueur êtes-vous le mieux en mesure de juger ? TER STEGEN : Aucune idée. Ney est dans un autre club, donc... C'est très difficile de défendre contre eux. Être gardien dans une équipe pareille est agréable. Je ne parle pas seulement de Neymar, Messi ou Suarez mais aussi d'Iniesta, Xavi, même Pedro, qui est très bon devant le but... On apprend avec chaque attaquant. C'est comme ça qu'on progresse.