Janvier 2019, Maison du Port d'Anvers. Aux côtés de Geert Bourgeois (alors ministre-président du gouvernement flamand) et de Bart De Wever (bourgmestre d'Anvers), Jim Ratcliffe annonce qu'INEOS va investir plus de trois milliards d'euros dans deux nouvelles usines à Lillo. Une information qui a même poussé des journalistes du Financial Times à venir en Belgique. Outre des raisons économiques, le milliardaire invoque l'émotion : " Ce projet nous permet de revenir à la maison ", dit-il.
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Janvier 2019, Maison du Port d'Anvers. Aux côtés de Geert Bourgeois (alors ministre-président du gouvernement flamand) et de Bart De Wever (bourgmestre d'Anvers), Jim Ratcliffe annonce qu'INEOS va investir plus de trois milliards d'euros dans deux nouvelles usines à Lillo. Une information qui a même poussé des journalistes du Financial Times à venir en Belgique. Outre des raisons économiques, le milliardaire invoque l'émotion : " Ce projet nous permet de revenir à la maison ", dit-il. Sa maison, c'est Anvers. Ou plutôt Zwijndrecht, où il avait acheté une vieille usine BP en 1998 pour y établir son premier siège. Vingt-deux ans plus tard, le groupe chimique INEOS brasse un chiffre d'affaires de 56 milliards d'euros, il a des usines dans plus de vingt pays et la firme emploie plus de deux mille personnes. Le Britannique, qui possède 60 % des actions, est devenu la troisième fortune de Grande-Bretagne. Selon la dernière Rich List du Sunday Times, il pèse plus de vingt milliards d'euros. Pas mal pour un fils d'ouvrier qui a grandi dans un logement social de la banlieue de Manchester. Un selfmade man pour qui le succès consiste à racheter des sections peu rentables de grands groupes et à les faire fructifier. Cela lui a valu son surnom, The Alchemist, qui est aussi le titre de son livre, The INEOS Story. Le fil rouge de l'histoire et de la vie de Ratcliffe, c'est de relever sans cesse des défis et de tout faire pour arriver à ses fins. Son mot favori, c'est : rigueur. Ce n'est pas un hasard si INEOS est la contraction d'Ineo (le mot latin qui signifie renouveau), Eos (le dieu grec de l'aurore) et Neos (un mot grec qui veut dire nouveau, novateur). Des défis, il en a relevé en tant qu'homme d'affaires mais aussi, depuis l'âge de 37 ans, en tant que sportif amateur. Il a déjà couru trente marathons, il a joué au football jusqu'à 60 ans puis, comme il avait trop mal au genou et qu'il s'était fracturé la hanche, il s'est consacré au vélo. Pas pour faire des petites balades tranquilles mais pour des sorties de cinq à six heures. Son leitmotiv : " Vivre le plus de jours inoubliables possible ". C'est pourquoi, en 2017, il a décidé d'ajouter le club de football de Lausanne Sport à son empire sportif. Il a également investi dans le challenge 1 : 59 du marathonien Eliud Kipchoge ainsi que dans l'équipe britannique de voile qui veut remporter l'America's Cup. Il a aussi racheté l'équipe cycliste Team Sky (désormais INEOS) et l'OGC Nice. Enfin, il sponsorise l'écurie Mercedes en Formule 1 (voir encadrés). Ratcliffe peut ainsi vivre sa active pour le sport de façon passive au premier rang : il a fait du vélo avec Chris Froome et Geraint Thomas, il a suivi l'étape du Tourmalet dans la voiture de Team INEOS, il a pris le car avec les joueurs de Nice pour se rendre au PSG, il a fait de la voile avec Ben Ainslie, il a été invité par Toto Wolff, le patron de Mercedes, à rouler sur la glace en Autriche... Des expériences impayables... sauf quand on y met le prix. " INEOS fait cinq à six milliards d'euros de bénéfices par an ", dit Ratcliffe. " Pourquoi ne pas investir cent millions d'euros dans le sport ? " Il n'investit cependant pas au petit bonheur la chance. Fidèle à sa philosophie d'alchimiste, il lance des projets ambitieux, qui permettent aux personnes qu'il soutient d'évoluer. Il veut marquer le sport de son empreinte, entrer dans l'histoire. Il s'intéresse notamment beaucoup au domaine de l'innovation et ce n'est pas un hasard puisqu'il est ingénieur de formation. C'est pour cela qu'il investit dans différents sports. Lorsqu'il a annoncé qu'il allait collaborer avec l'écurie Mercedes, il n'a pas parlé d'accord de sponsoring mais de partenariat. Le nouveau département des sciences appliquées de Mercedes-Benz Applied Science (MBAS) va permettre à des ingénieurs de l'écurie de Formule 1 de partager leur expertise avec d'autres projets de Ratcliffe. Dix-huit d'entre eux ont ainsi déjà collaboré à la construction du voilier qui prendra part à l'America's Cup en 2021. Les ingénieurs vont aussi optimiser l'aérodynamique des vélos d' Egan Bernal & Cie, notamment par le biais de tests dans le tunnel à vent ultra-moderne de Mercedes à Silverstone. L'équipe cycliste, pour sa part, va collaborer avec l'OGC Nice sur le plan des entraînements et de la diététique. Ce n'est pas un hasard si Chris Froome, qui vit à Monaco, a déjà assisté à plusieurs matches de Nice avec une écharpe autour du cou. Tout comme Patrick Vieira, l'entraîneur de Nice, il a aussi parrainé le challenge 1 : 59 d'Eliud Kipchoge. Dave Brailsford, le patron de l'équipe cycliste, était même le leader du projet impliquant le marathonien (voir encadrés). Ces investissements dans le domaine du sport ont cependant également un but purement commercial : celui d'élever la réputation d'INEOS, dont Ratcliffe a souvent dit qu'elle était " la plus grande entreprise dont le monde n'avait jamais entendu parler ". Le groupe chimique, qui joue également un rôle important dans le secteur du gaz de schiste, est en effet une entreprise business to business. Ses produits ne s'adressent donc pas aux consommateurs. Cette plus grande notoriété doit donner un coup de pouce à un nouveau projet de Ratcliffe, beaucoup plus cher et axé sur le consommateur : le développement du Grenadier 4x4, le successeur spirituel du Land Rover Defender, dans lequel il a déjà investi 1,2 milliard d'euros. Le Britannique copie notamment Red Bull qui, grâce au football, à la F1 et au sponsoring de sports extrêmes, est devenu une marque mondialement connue. Ses détracteurs disent que, s'il fait main basse sur le monde du sport, c'est aussi pour blanchir l'image d'une entreprise pétrochimique polluante puisque INEOS pratique le fracking (une méthode contestée d'extraction du gaz de schiste), ce qui lui a déjà valu et lui vaut encore de nombreuses critiques. Le 1er mai dernier, le lieu de la présentation de la nouvelle équipe cycliste INEOS dans le Yorkshire a même été tenu secret jusqu'au dernier moment, afin d'échapper aux protestations d'associations de défense de l'environnement. Les détracteurs d'INEOS lui reprochent aussi d'être un des plus grands producteurs de plastique d'Europe. Alors que le Team Sky avait disputé le Tour 2018 sous un maillot frappé d'une baleine et sur lequel on pouvait lire : Ocean Rescue, #passonplastic (dites non au plastique)... Ratcliffe nie catégoriquement vouloir faire du greenwashing. " C'est ridicule. Nous investissons même beaucoup dans des initiatives environnementales ", dit-il en ajoutant tout de même sans sourciller : " On ne peut pas vivre sans plastique, ça fait partie de la vie moderne. " Tout comme, désormais, INEOS fait partie du paysage sportif.