Qu'est-ce qui vous a attiré à Amsterdam, lorsque vous avez débarqué à la mi-juillet ?
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Qu'est-ce qui vous a attiré à Amsterdam, lorsque vous avez débarqué à la mi-juillet ? DUSAN TADIC : Dans les discussions qui ont entouré mon transfert, on avait déjà insisté sur le fait que l'Ajax nourrissait de grandes ambitions. Le club voulait remporter un trophée, et faire bonne figure en Europe, en misant sur un mélange de talent et d'expérience. Durant mes premières semaines à l'Ajax, j'ai ressenti que l'on attendait beaucoup de Daley Blind et moi, mais cela ne me pose pas de problème. Cette attente était justifiée, car nous avons tous les deux évolué en Premier League où nous avons acquis beaucoup d'expérience ces dernières années. Avec les autres joueurs expérimentés, et tous ces talents, nous n'avons pas tardé à former un bon mélange. La qualification pour la Ligue des Champions a naturellement constitué un stimulant pour grandir. Beaucoup se posent encore la question : pourquoi avez-vous quitté la Premier League à l'apogée de votre carrière pour rejouer en Eredivisie ? TADIC : La réponse est très simple et porte un nom : Ajax. De tous temps, cela a été mon club favori. Dès le moment où mon agent m'a signalé que l'Ajax était l'un des clubs intéressés, enfin de saison dernière, tout est devenu très clair dans ma tête. Je lui ai dit : ce sera l'Ajax ou rien. J'ai reçu des propositions de toutes sortes de pays, mais je n'ai rien voulu entendre. D'autres arguments plaidaient aussi pour un retour aux Pays-Bas. Je voulais revenir dans ce pays où, pendant quatre ans, j'avais vécu heureux avec mon épouse. Cette période à Groningen, puis à Enschede, nous a apporté beaucoup de bonheur. C'était un beau pays pour vivre avec mes deux enfants. Et, après quatre ans en Premier League, je sentais que mon corps avait besoin d'une autre compétition. De ne plus continuer à jouer sans interruption, au coeur de l'hiver, pendant les fêtes. A la fin de la saison, j'étais complètement vidé. Ne me comprenez pas mal : jouer à Southampton et en Premier League, c'était magnifique, mais c'est très exigeant sur le plan physique. A plus forte raison pour un attaquant comme moi, qui recherche toujours des solutions footballistiques. Je savais ce que je pouvais attendre des Pays-Bas : le football à l'état pur, et c'est très important à mes yeux. En plus, il y avait la perspective de jouer la Ligue des Champions et de lutter pour le titre avec l'Ajax. Qu'est-ce qui rend la vie aux Pays-Bas aussi agréable ? TADIC : Les gens. Ils sont chaleureux, amicaux et détendus. Nous l'avons encore plus remarqué lorsque nous habitions en Angleterre. Là-bas, les gens sont plus froids, plus distants. Les Néerlandais sont ouverts, honnêtes, et cela me plaît. Tout est bien organisé, aussi. Les hôpitaux, les écoles, le trafic. Tout est structuré, et tout le monde est toujours prêt à vous aider. Je trouve qu'un étranger doit apprendre la langue du pays. Je n'avais pas totalement oublié le néerlandais et je m'y suis vite remis. Je comprends presque tout. Parler, c'est plus difficile. Mais tout le monde connaît l'anglais, nous n'avons aucune difficulté à nous faire comprendre. Je remarque également que les enfants sont heureux, ici. Mon fils Petur a cinq ans et va à l'école, ma fille Tara n'a que deux ans. Nous habitons à Amsterdam et nous avons tout à portée de main. Y compris un aéroport, ce qui permet à mes parents de venir régulièrement me rendre visite. Mes soeurs sont également déjà venues, avec leurs familles respectives. Voilà déjà huit ans que vous avez quitté la Serbie, mais les liens familiaux sont restés intacts ? TADIC : Ils ont toujours été très forts. Nous formons une vraie famille. J'ai une soeur qui a neuf ans de plus que moi, et une autre qui a sept ans de plus que moi. J'étais toujours leur petit frère. Je le suis toujours, mais avec le football, j'ai rapidement dû apprendre à voler de mes propres ailes. D'abord, avec l'aide de ma soeur. Nous avons grandi à Backa Topola, un petit village au nord de la Serbie. Je suis monté pour la première fois sur un terrain de football lorsque j'avais six ans. Je n'en suis, pour ainsi dire, jamais ressorti. Le FK Vojvodina Novi Sad s'est intéressé à moi lorsque j'avais 14 ans. Je ne pouvais pas faire la navette quotidiennement, je suis donc allé habiter chez ma soeur à Novi Sad. Elle s'est occupée de moi, mais j'ai aussi appris à me débrouiller seul dans une telle ville. Même au FC Groningen et au FC Twente, les entraîneurs continuent à parler de vous comme d'un joueur qui cherchait quotidiennement à s'améliorer. TADIC : Je trouve cela tout à fait normal. J'ai toujours été ainsi. Lorsque j'étais jeune et que je fréquentais le centre de formation du FK Vojvodina, j'étais quotidiennement en contact avec les plus grands talents de Serbie dans le vestiaire. Et ils étaient vraiment très bons. Mais on m'a rapidement dit que cela ne suffisait pas pour percer. Si je voulais devenir meilleur que les autres, je devais travailler. Alors que les autres joueurs de ma génération, qui savaient tout faire avec un ballon, sortaient en ville et buvaient de l'alcool, je passais mes journées à l'école et au football. J'ai terminé mes études, j'ai même encore fait une année de formation en Sport et Tourisme, mais je me suis vite rendu compte que c'était difficile à combiner. J'étais absorbé par le football. Je m'entraînais tous les jours avec l'équipe, mais après, je travaillais aussi individuellement, je m'attelais à devenir plus fort physiquement. En Serbie, ce n'était pas un luxe, c'était une nécessité. Là-bas, en championnat, un attaquant doit toujours se frotter à des défenseurs qui ne cherchent qu'à donner des coups et à vous intimider. J'ai vite compris que je devais être au top, physiquement, pour échapper aux tacles. C'est ainsi que j'ai continué à progresser en Serbie et que j'ai reçu la chance, aux Pays-Bas, de me bâtir une réputation à l'étranger. Votre éthique de travail est, aujourd'hui, également très appréciée à l'Ajax. TADIC : Tous les jours, je prends possession du gymnase, et après les entraînements, je reste toujours un peu plus longtemps sur le terrain pour travailler mes frappes. Mais seulement si l'état de mon corps me le permet. Aujourd'hui, avec l'expérience, j'ai appris à savoir ce dont mon corps a exactement besoin. Je veux terminer chaque journée avec un bon sentiment, celui d'avoir donné le maximum, mais cela ne signifie pas qu'il faut parcourir des kilomètres et des kilomètres, ou soulever des poids à longueur de journée. Il faut trouver le bon équilibre, sinon on s'expose à un risque de blessure. Il n'y a pas d'âge pour progresser. Même à 30 ans, c'est encore possible. J'essaie aussi de conseiller les jeunes joueurs. A l'Ajax, ils sont très réceptifs. Ils savent qu'ils ont du talent mais restent à l'écoute. Intéressons-nous à deux jeunes talents. Avec votre expérience, que pensez-vous de Matthijs de Ligt et de Frenkie de Jong ? TADIC : Frenkie et Matthijs sont amazing. Ils ont tellement de qualités. Ils savent tout faire avec un ballon, ils sont polyvalents également, très forts tactiquement et très intelligents. Il n'est pas nécessaire de les motiver, ils trouvent la motivation eux-mêmes. Je suis sûr qu'ils iront très loin. Hakim Ziyech vous a récemment adressé un beau compliment. Il sentait que quelque chose se passait entre vous, quelque chose qu'il n'avait jamais ressenti avec un autre joueur. TADIC : Hakim, haha... Magnifique. Pour moi, il est un footballeur dans toute sa pureté, un amateur au sens propre du terme. Mais ne vous méprenez pas, il travaille continuellement pour devenir encore meilleur. Avec Hakim, le courant est directement bien passé. Il suffisait d'un regard pour comprendre ce que l'autre allait faire. C'est toujours le cas aujourd'hui. Au FC Twente, j'avais la même relation avec Nacer Chadli. Lui aussi est un magnifique joueur. Je suis content que Hakim soit resté à l'Ajax et que nous pouvons chaque semaine jouer ensemble. Vous formez avec lui le cerveau créatif de l'équipe sur le plan offensif, et vous créez à peu près le même nombre d'occasions. Au niveau des buts, votre rendement est cependant supérieur. Que vous disent ces statistiques ? TADIC : Ce sont des chiffres, rien de plus. Le football n'est pas un sport individuel. Il ne faut pas accorder plus d'importance aux statistiques qu'elles ne le méritent. C'est bien lorsqu'elles sont positives, mais je n'y attache pas beaucoup d'importance si l'équipe ne gagne pas. Je veux réaliser des objectifs avec l'Ajax, aider les jeunes joueurs, être utile. C'est possible en marquant et en délivrant des assists, mais à d'autres moments, c'est également possible en coachant ses coéquipers, ou en libérant un autre joueur par une course. Ces actions-là ne se retrouvent pas dans les statistiques. Vous semblez être très social. Et la manière dont vous exprimez vos intentions font comprendre que vous êtes sincère. TADIC : J'ai toujours eu l'esprit d'équipe ancré en moi. Je me souviens qu'autrefois, mes amis me disaient toujours de tirer plus souvent moi-même, au lieu de toujours rechercher un partenaire mieux placé. Mais cela fait partie de mon jeu. A l'Ajax, je me sens très à l'aise sur ce plan. La manière de jouer, de s'entraîner : tout est basé sur le football. Les entraîneurs, les joueurs, les collaborateurs, les supporters... Il ne vous a pas fallu beaucoup de temps pour être apprécié à Amsterdam. TADIC : Tout commence par l'adaptation. Après, il faut rester soi-même. Je trouve que, lorsqu'on débarque quelque part, il faut respecter la culture du club et de l'entourage. Ne pas penser que c'est que vous qui avez raison, qu'il faut faire les choses ainsi et pas autrement. Il faut aussi comprendre son rôle. Je veux donner le maximum dans tous les clubs où je passe. On en revient à ce que nous avons évoqué précédemment : le corps doit être fit. On peut alors donner le meilleur de soi-même. Les prestations jouent aussi un rôle, bien sûr. A l'Ajax, tout se passe très bien. Avec beaucoup de joueurs aussi. Je peux imprimer ma griffe sur le jeu. Je sens l'interaction avec les supporters. Ils nous accompagnent massivement lors de chaque déplacement européen et nous encouragent. Comment se passe la collaboration entre les joueurs et l'entraîneur Erik ten Hag ? TADIC : Elle est très bonne. Il est très apprécié par les joueurs. Nous pouvons toujours aller le trouver, et c'est réciproque. Je discute souvent avec l'entraîneur, et lui-même discute souvent avec le groupe. C'est le cas depuis le jour où je suis arrivé à l'Ajax et c'est toujours resté ainsi. Les discussions ne sont jamais très longues, car le courant passe très facilement. L'entraîneur est très fort tactiquement et c'est très agréable de discuter football avec lui. Je trouve que les critiques émises à son encontre, en début de saison, n'étaient pas fondées. J'accepte les critiques. Mieux, elles sont inévitables dans un grand club comme l'Ajax. Lorsqu'on perd, c'est normal qu'on soit critiqué. Mais ces critiques doivent viser tout le monde, et pas seulement l'entraîneur. Nous sommes tous sur le même bateau. On pourra nous juger à la fin de la saison. Les compliments sont les bienvenus, j'apprécie la croissance de notre équipe, mais nous n'avons encore rien gagné. Que peut-on attendre de la deuxième partie de saison ? TADIC : Nous avons le PSV en point de mire, et le titre est l'objectif. Je ne peux pas accepter que l'Ajax n'ait plus été champion depuis autant d'années. Aux Pays-Bas, nous avons tout à perdre, mais en Europe, beaucoup à gagner. Difficile de dire jusqu'où nous pouvons aller en Ligue des Champions, mais aucun club n'apprécie de nous affronter. Pas même les plus grands. Nous avons fait forte impression, ces derniers mois, en Ligue des Champions, et nous sommes capables de beaucoup de choses. C'est bien. Et c'est exactement ce que j'attendais lorsque j'ai décidé de revenir aux Pays-Bas.