Il y a 51 ans, le 2 mai 1962, au stade olympique... d'Amsterdam, un jeune homme de 20 ans inscrivait deux buts face au Real Madrid, offrant ainsi une dernière Coupe d'Europe des Champions au club lisboète. Son nom : Eusébio !
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Il y a 51 ans, le 2 mai 1962, au stade olympique... d'Amsterdam, un jeune homme de 20 ans inscrivait deux buts face au Real Madrid, offrant ainsi une dernière Coupe d'Europe des Champions au club lisboète. Son nom : Eusébio ! Entre-temps, Benfica a encore disputé cinq finales européennes, toutes perdues. La dernière date d'il y a 23 ans déjà. Et il a aussi perdu son statut de premier club national au profit du FC Porto, traversant au passage la plus grande crise financière de son histoire. Mais le club à l'écusson frappé d'un aigle semble avoir repris son vol. A l'heure qu'il est, il peut encore remporter trois trophées : le titre, la coupe du Portugal et, bien entendu, l'Europa League, même s'il ne part pas favori face à Chelsea. Pour bien comprendre le succès actuel, il faut revenir treize ans en arrière. En 1999-2000, le club est exsangue. Il est alors dirigé par un certain JoãoAntóniodeAraújoVale eAzevedo. Un avocat ripou qui sera condamné à cinq ans et demi de prison pour fraude. Son successeur, ManuelVilarinho, permet au club de récupérer la 2e place du championnat mais la situation financière reste catastrophique et, en 2003, il cède le témoin à LuisFelipeVieira. Issu d'Alverca, club filial de Benfica, celui-ci jouit de très peu de crédit. D'autant qu'il s'avère rapidement qu'il fut socio... du FC Porto. Mais l'homme a de la suite dans les idées et il débarque au bon moment. A l'occasion de l'Euro 2004, l'ancien EstádiodaLuz est remplacé par un magnifique écrin de 65.000 places. C'est également l'année du centenaire de Benfica et Vieira a une idée lumineuse : il entame un tour du monde pour partir à la rencontre de la diaspora portugaise. Six millions de Portugais vivent à l'étranger. La plupart d'entre eux ont quitté le pays dans les années 60, à l'époque où Benfica dominait le football de la tête et des épaules, et tous ont chez eux un vieux maillot ou une vieille écharpe aux couleurs du club. L'objectif de Vieira est de leur vendre 200.000 "kitssocio" à 55 €. Chaque kit comprend deux tickets, un bon pour une visite gratuite du stade et quelques gadgets. Au total, ils seront 70.000 à adhérer au programme, ce qui vaudra à Benfica de devenir le "plus grand club du monde" pour le Livre Guinness des Records. Cet apport d'argent frais permet à Vieira de monter une équipe dont l'objectif est de concurrencer immédiatement le FC Porto, tout frais champion d'Europe. Après avoir tenté, en vain, d'embrigader LuizFelipeScolari, Benfica se rabat sur Giovanni Trapattoni, qui lui ramène le titre national en 2005, après onze ans de jeûne. L'édifice reste toutefois fragile. Le club a misé sur des joueurs prêtés ou en fin de carrière et ne parvient pas à construire en profondeur. D'autant que les entraîneurs ne restent jamais plus d'un an. RonaldKoeman, FernandoSantos et JoséLuisCamacho succèdent ainsi sans grand succès à Trapattoni. L'arrivée de RuiCosta au sein de l'équipe dirigeante n'y change rien : son premier choix d'entraîneur, l'Espagnol QuiqueFlores, se solde par un fiasco total. En 2009, tout le monde sourit gentiment lorsque Benfica engage JorgeJesus, un entraîneur au palmarès vierge et dont le style ne cadre pas vraiment avec celui de la maison. Pourtant, Jesus va faire des miracles. Pour sa première année à la tête de l'équipe, il remporte le championnat, parvenant à faire courir des kilomètres à des joueurs comme JavierSaviola et même PabloAimar. Vieira en profite pour relancer l'opération kitssocios. Avec un nouveau succès puisque le club dépasse désormais la barre des 200.000 sympathisants. Aujourd'hui, Benfica est redevenu le club le plus sain du Portugal et la preuve qu'il a retrouvé un fameux crédit se retrouve dans l'emprunt obligataire de 45 millions d'euros lancé récemment : les titres mis sur le marché ont trouvé acquéreurs en une demi-journée et la demande a été plus de trois fois supérieure à l'offre. Autre indice qui ne trompe pas : depuis le début de l'année, l'action "Benfica" a gagné 117 % à la Bourse de Lisbonne. Le plus grand mérite de Jorge Jesus est d'avoir valorisé énormément d'éléments au cours des dernières années : Ramires, DavidLuiz, FábioCoentrão, AxelWitsel et JaviGarcia sont les exemples les plus marquants. " Et cette année, alors qu'on s'attendait à une saison difficile après les départs du Belge et de l'Espagnol au dernier jour du mercato, il a encore sorti des joueurs comme NemanjaMatic ou EnzoPerez, qui ne jouaient pratiquement pas l'an dernier ", dit HugoDanielSousa, rédacteur en chef de l'édition online du journal Publico et benfiquiste convaincu. La défaite subie par Benfica lors du match aller des demi-finales à Fenerbahçe était la première après 38 matches. C'était également la première fois de la saison que l'équipe entraînée par Jorge Jesus n'inscrivait pas au moins un but. Car Benfica, c'est avant tout une puissance offensive de feu. Le danger ne vient pas seulement de l'attaquant paraguayen Cardozo, qui tire au but dans toutes les positions parce qu'il est incapable de faire un autre usage du ballon. Lima, arrivé de Braga en début de saison, peut se montrer efficace tant comme deuxième attaquant qu'en pivot. Salvio n'a pas son pareil pour surgir de la deuxième ligne tandis que les centres de Gaitan sont terriblement efficaces. Dans l'entrejeu, le jeune Serbe Matic fait office de tour de contrôle tandis que Perez joue le rôle de médian infiltreur. L'Argentin Aimar est désormais confiné à un rôle de réserviste. La ligne arrière est plus friable et sa stabilité dépend énormément de la présence du Brésilien Luisão. En championnat, c'est quand celui-ci a été suspendu pour avoir heurté violemment un arbitre lors d'un match amical d'avant-saison que Benfica a perdu des plumes. A ses côtés, le jeune Garay est solide sur l'homme mais doit encore être dirigé. A droite, MaxiPereira combine rigueur sur l'homme et volonté à toute épreuve mais le point faible de l'équipe se situe sur le flanc gauche, où Benfica n'a jamais trouvé de successeur à Fábio Coentrão. Et lorsque Gaitan ne joue pas et est remplacé par le Hollandais OlaJohn, c'est toute l'équipe qui est déséquilibrée. PAR PATRICE SINTZEN - PHOTOS: IMAGEGLOBED'après le Livre Guinness des Records, Benfica est le plus grand club du monde.