D ouglas Maicon. Une défense de fer, des montées d'avion, des buts d'attaquant, des sélections par poignées et une vingtaine de trophées, dont la dernière Ligue des Champions. Et pourtant, c'est d'abord son prénom qui retient l'attention : Douglas, comme un parfum d'Amérique WASP au pays du métissage. Le genre de sobriquet qui sent la réussite sociale et la culture physique, les années RonaldReagan et Rambo, Bret Easton Elliset Wall Street.
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D ouglas Maicon. Une défense de fer, des montées d'avion, des buts d'attaquant, des sélections par poignées et une vingtaine de trophées, dont la dernière Ligue des Champions. Et pourtant, c'est d'abord son prénom qui retient l'attention : Douglas, comme un parfum d'Amérique WASP au pays du métissage. Le genre de sobriquet qui sent la réussite sociale et la culture physique, les années RonaldReagan et Rambo, Bret Easton Elliset Wall Street. " Moi et mon mari, on était vraiment fans de cinéma. Quand je me suis retrouvée enceinte de jumeaux, on a donc décidé qu'on les prénommerait Michael Douglas et Marlon Brando, deux acteurs qu'on adorait. Et c'est ce qu'on a écrit sur le registre de l'état-civil de Novo Hamburgo ", confirme Dona Anisia, la mère. La faute sans doute à une prononciation approximative " Michael Douglas " devient " Maicon Douglas ". Mais comment fait-on pour assumer de porter un prénom qui renvoie directement à un type célèbre pour son acting électrique, son amour des psychotropes et sa dépendance au sexe ? Comme le montre sa réussite professionnelle, le joueur de l'Inter semble avoir appris à faire contre mauvaise fortune bon c£ur. Enfin, presque. " J'aime bien mon prénom, mais je ne le donnerais pas à mes enfants ", dit-il. Aujourd'hui, Maicon a un fils et une fille, qu'il a prénommés Felipe et Marcela. C'est bien la seule fois de sa vie qu'il aura fait quelque chose d'une manière différente de papa. Car si Maicon est Michael, Manoel Sisenando, son père, n'a rien à voir avec ce salaud de Kirk Douglas. Ancien défenseur professionnel lui-même, Manoel n'est pas du genre à se foutre de sa progéniture comme de sa première aventure hors mariage. En fait, il aurait même tendance à beaucoup aimer l'idée d'avoir le meilleur latéral droit du monde comme fils. " Je suis très heureux d'avoir vu l'un de mes jumeaux arriver à un tel niveau. Pour moi qui ai fait carrière pendant quinze ans dans des petits clubs régionaux avant de terminer sans un sou, c'est un grand motif de fierté ", avoue-t-il. Manoel est d'autant plus comblé qu'il y a mis du sien. Énormément de sien. Le 27 février 1981, en chemin vers la mairie - où il va déclarer les naissances -, le nouveau père fait une halte au stade de son équipe de Novo Hamburgo, ouvre les grilles de l'enceinte, et se rend sur la pelouse. Arrivé au rond central, il creuse un trou dans lequel il enterre les cordons ombilicaux de ses nouveau-nés. Puis, Manoel fait une prière au Très Haut pour que l'un d'entre eux au moins devienne plus tard un grand joueur de football. C'est aussi lui qui apprendra le goût du cuir à Maicon : " Tous les jours, en rentrant du boulot, j'étais crevé, mais j'emmenais mes fils taper dans le ballon ", puis pistonnera le petit auprès de Criciuma quand il reviendra à la maison à 17 ans la tête basse suite à son exclusion du centre de formation de Gremio Porto Alegre (" On m'a dit que je n'avais pas le physique "). Quiconque désire approcher Maicon aujourd'hui doit donc le savoir : il aura tôt ou tard affaire à Manoel. " Mon fils ne prend jamais la moindre décision sans me consulter ", crâne le daron. " J'ai donné mon avis à chaque transfert. Même quand il change de numéro de téléphone, je suis le premier à le savoir. "Ce que Manoel a surtout été le premier à savoir, c'est que son fils avait le potentiel pour devenir une star planétaire. À la seule condition de descendre d'un cran. C'était à la fin des années 90, à Criciuma. Papa entraînait, Maicon jouait milieu de terrain, tout le monde s'ennuyait gentiment. " Et puis pendant un match, notre arrière droit s'est blessé. Mon père m'a alors appelé pour me dire : - Remplace-le donc en position de latéral, je sais que tu peux le faire. Depuis, je n'ai plus bougé. Merci papa... " Manoel détaille un peu plus : " Je savais qu'il n'était pas assez habile pour jouer milieu de terrain. Alors je lui ai dit : -Tu vas jouer sur le côté, comme ça tu auras toujours le ballon face à toi. " Une idée de génie, et pourtant. Longtemps, les supporters et les entraîneurs ont trouvé Maicon un peu trop offensif pour occuper le poste d'arrière droit. Notamment à Cruzeiro, le club avec lequel il a percé au Brésil. " Ici, il prenait beaucoup de risques dans ses montées offensives. Parfois, ça a mal tourné et les supporters lui en ont voulu ", pointe Waldir Barbosa, directeur sportif du club de Belo Horizonte. À Monaco, son premier point de chute en Europe, Maicon n'est guère plus au point. Trop lâche question marquage et trop attiré par le but adverse pour s'adapter parfaitement au football frigo pratiqué en L1, le Brésilien patauge un peu. " Au début, il était comme beaucoup de latéraux brésiliens : en fait, c'était juste un ailier droit. Il a fallu faire son éducation tactique. On l'a même testé au milieu pour voir si ça ne fonctionnait pas davantage ", se souvient Jean Petit, alors entraîneur adjoint à Monaco. La vérité, c'est qu'avant de le recruter, Didier Deschamps, le coach en poste sur le Rocher à l'époque, ne l'avait jamais vu jouer. " Didier m'avait dit qu'il cherchait un arrière droit pour remplacer Ibarra ", raconte Jeannot Werth, l'agent responsable du transfert. Alors quand un de mes contacts brésiliens m'a dit qu'il était sur le point de signer Maicon à l'Espanyol Barcelone, j'ai sauté sur l'occasion. Avec Didier on a passé quelques coups de fil rapides au Brésil qui nous ont confirmé le niveau du joueur. Deschamps m'a dit : - Fonce. Maicon n'a jamais vu Barcelone, il a atterri à Monaco trois jours plus tard. " Deux saisons comme ci comme ça, et il quittait la Principauté sans avoir révolutionné le poste. C'est finalement en Italie, la patrie du tableau noir, de la rigueur tactique et de la couverture mutuelle, que Maicon deviendra véritablement défenseur, au point de passer en sélection devant son principal concurrent Dani Alves, le latéral bande d'arrêt d'urgence du Barça. Avec ces tarés de labeur que sont Roberto Mancini et José Mourinho comme coaches, ce n'était qu'une question de temps. " Pour schématiser : l'attaque, c'est le talent. Alors que la défense, c'est le travail. Il est donc plus facile d'apprendre à défendre qu'à attaquer. Quand Maicon a enfin compris ça, il avait tout compris ", détaille Francesco Guidolin, qui l'a entraîné à Monaco avant de le conseiller à l'Inter. Attaquer n'a en effet jamais posé le moindre problème à Maicon. Suffit pour s'en convaincre de jeter un coup d'£il sur ses stats de l'an dernier : quel autre arrière droit peut-il revendiquer six buts marqués dans le championnat le plus fermé de la planète ? Quel autre défenseur, d'ailleurs, a-t-il déjà marqué un but à la Juventus de GigiBuffon d'un fouetté de vingt mètres après un amorti de la cuisse et deux jongles farceurs ? Ce n'est pas Jean Petit qui trouvera à redire : " Maicon, c'est technique, physique, rapide, et désormais, tactique. Honnêtement, je ne vois pas comment on peut faire mieux. "" Il aurait mérité le Ballon d'Or ", s'enflammait même l'ancien sélectionneur Dunga il y a deux ans dans La Gazzetta dello Sport. " C'est un champion sans limite et un homme vrai qui serait capable de jouer même avec un pied cassé ! Je comprends pourquoi Mourinho l'adore, n'importe quel entraîneur tomberait amoureux d'un grand joueur comme lui ! " Leonardo Mondial 94 pour les phases offensives, Carlos Mozer époque machette marseillaise pour la besogne arrière : Douglas Maicon, c'est aujourd'hui la parfaite synthèse des deux facettes du défenseur brésilien. Ce qui tombe bien, après tout. Car Maicon est aussi équilibré et partageur dans le civil que sur le terrain. Côté pile, le latéral donne un peu de sa personne aux amateurs de Brésil éternel - boute-en-train, bruyant et rigolard. Côté face, un comportement de bon garçon, pour ne pas dire fils à papa. " C'était un mec solaire, toujours souriant, qui faisait des vannes et a parlé français rapidement. Ce que tu attends en général d'un Brésilien, quoi ", se remémore Petit. Fan de pagode (genre de samba) et de Bob Marley, Maicon est évidemment un homme de barbecue. " Ce n'est pas lui qui prépare la viande, mais qu'est-ce qu'il aime la bouffer ! ", rigole son père. Quand Douglas revient au Brésil, ça lui arrive d'organiser de grands churrascos sur la plage avec ses potes. Ils boivent des bières et jouent du pagode jusqu'à pas d'heure. " Les potes de Maicon ? En France, c'était l'Uruguayen Diego Perez, en compagnie de qui il a vécu à l'hôtel après leur arrivée commune en 2004. En Italie, ce sont plutôt ses compatriotes. " Quand Adriano était encore à Milan, Douglas allait souvent chez lui ", continue Manoel. " Il allait aussi chez Ronaldinho. Il passait parfois chez lui le soir prendre une petite bière, mais le plus souvent, c'était le matin qu'ils se rencontraient, pour le petit déj'. J'y suis allé une fois, c'était mémorable parce qu'on avait mangé de la farofa ( NDLR- recette à base de farine de manioc) avec des £ufs de cane. Les £ufs venaient de la ferme de Ronaldinho, il paraît qu'il élève ses canards lui-même. " Mais contrairement à ses amis de houblon, Maicon ne traîne pourtant aucune casserole. Ni de sexe, ni d'alcool. La seule fois où il a défrayé la chronique, c'était en décembre 2008. Chopé au petit matin par Mourinho en compagnie d'un Adriano particulièrement éméché, le défenseur s'en était sorti blanc comme neige. Le bénéfice de la (bonne) réputation, sans doute... " Ce n'est pas le plus gros fêtard de la terre. En fait, il aime bien rester chez lui. Je me souviens qu'il m'avait invité à l'anniversaire de sa fille. C'était très tranquille, peu de personnes et peu d'excès ", confirme le gardien Flavio Roma, qui l'a côtoyé à Monaco et le croise encore parfois à Milan, quand les deux joueurs vont chercher leurs filles respectives à l'école (" on habite le même quartier, un coin paisible "). Bon père de famille, bon coéquipier et bon fils de Dieu, aussi, même s'il a toujours poliment refusé les avances prosélytes de Lucio, son Athlète du Christ de coéquipier de l'Inter et de la Seleçao. Parce que Douglas n'a pas eu l'autorisation de papa ? PAR LOUIS GÉNOT, À RIO, ET STÉPHANE RÉGY Arrivé au rond central, le père de Maicon enterre le cordon ombilical des nouveau-nés. Puis, il prie... Quel défenseur a-t-il déjà marqué un but à Buffon d'un fouetté de vingt mètres après un amorti de la cuisse et deux jongles farceurs ?