Il paraît que les histoires d'amour naissent au printemps. Celle entre Pep Guardiola et Douglas Costa a sans doute vu le jour le 6 mai dernier, sur la pelouse du Camp Nou. Pourtant, le Brésilien n'était pas sur le terrain. Mais c'est sans doute là que Guardiola a compris qu'il ne pourrait plus vivre sans Douglas. Balayé 3-0 en fin de rencontre par un Barcelone stratosphérique, le Bayern n'avait réussi que trois dribbles en nonante minutes. Et le Barça ? 28. Un gouffre qui fait perdre une Ligue des Champions.
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Il paraît que les histoires d'amour naissent au printemps. Celle entre Pep Guardiola et Douglas Costa a sans doute vu le jour le 6 mai dernier, sur la pelouse du Camp Nou. Pourtant, le Brésilien n'était pas sur le terrain. Mais c'est sans doute là que Guardiola a compris qu'il ne pourrait plus vivre sans Douglas. Balayé 3-0 en fin de rencontre par un Barcelone stratosphérique, le Bayern n'avait réussi que trois dribbles en nonante minutes. Et le Barça ? 28. Un gouffre qui fait perdre une Ligue des Champions. Un fossé que le Rekordmeister tente de combler en déposant plus de trente millions d'euros sur la table du Shakhtar Donetsk pour s'offrir les services de Douglas Costa. La dernière fois que Pep avait dépensé autant d'argent en Ukraine, la proie s'appelait Dmytro Chygrynskiy. Un défenseur qui plaisait plus aux amateurs de Scrabble qu'aux fans de football. Mais Douglas, c'est autre chose. Le Brésilien se présente comme un dribbleur-né. Au sens propre : " Ma mère m'a toujours dit que déjà dans son ventre, j'essayais de jouer au football. En vérité, je ne sais rien faire d'autre. Je ne sais même pas comment on danse la samba ". Par contre, Douglas sait à merveille comment faire danser ses adversaires. Un don pour l'humiliation balle au pied presque irrespectueux, à en croire un Arjen Robben pourtant expert en la matière : " Il doit faire attention, ces gestes techniques sont beaux, mais ils appartiennent au cirque ", fustige le Néerlandais après une exécution signée Douglas sur le pauvre Julian Brandt lors du dernier Bayern - Leverkusen. Une roulette aérienne, tout simplement. Un geste stratosphérique réalisé avec une facilité écoeurante par celui qui avait déjà fait le tour de YouTube avec un enchaînement virgule - centre en coup du foulard voici quelques années. Douglas Costa est né au royaume du dribble. Trop doué pour rester anonyme, il débarque rapidement dans le club de Grêmio, qui lui ouvre les portes de la D1 brésilienne. Un championnat où son talent se sent vite à l'étroit. Qualifié de " meilleur jeune joueur d'Amérique du Sud " par Sir Alex Ferguson en personne, il manque l'opportunité d'un test à Manchester United à cause du président de Grêmio, qui considère son prodige " trop fort pour passer un test " et met sa tête à prix pour trois millions d'euros. Lille reste bloqué à 2,5 millions, le Shakhtar en claque tranquillement le double pour élargir sa colonie brésilienne. Sous les ordres de l'immense Mircea Lucescu, Douglas enchaîne cinq titres de champion d'Ukraine entre 2010 et 2014 et ajoute quelques coups d'éclat européens à sa carte de visite. En 2011, il humilie déjà l'AS Roma en huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Le capitaine du club de Donetsk, Darijo Srna, fait pleuvoir les compliments : " Je n'ai jamais vu quelqu'un jouer avec une telle légèreté. Il est du calibre de Messi. Sa vitesse balle au pied et sa technique ne sont pas de ce monde. Il est parfaitement capable d'effacer trois adversaires avec une grande facilité ". D'abord proche de Chelsea, c'est finalement en Bavière que le joueur atterrit au terme d'une Copa América terminée trop tôt sous les couleurs du Brésil , avec une élimination en quarts de finale. " Il ne pouvait plus progresser en Ukraine ", affirmera Lucescu, qui a souvent aligné son gaucher supersonique sur le flanc droit. Pep Guardiola, lui, a d'autres plans pour Douglas Costa. Débarqué à la Säbener Strasse pour pallier les blessures à répétition de Robben et Ribéry, le Brésilien s'installe dans le couloir gauche dès la Supercoupe d'Allemagne face à Wolfsburg. Malgré la défaite, il incendie son adversaire direct à coups de dribbles toniques et d'accélérations ravageuses ponctuées par des centres tendus et meurtriers. " Il possède un pouvoir d'accélération incroyable ", analyse son nouvel équipier Thomas Müller après la rencontre. " Et en plus, il est très fort avec le ballon au pied, c'est un très bon dribbleur ". Confirmation donnée contre Hambourg quelques jours plus tard, pour une victoire 5-0 du Bayern avec un but, des centres à la pelle et des sprints à répétition au tableau de chasse de Douglas Costa. Dennis Diekmeier, latéral du HSV et victime du jour, témoigne : " Je suis déjà quelqu'un d'assez rapide, mais lui c'est encore autre chose. C'est une fusée ". Une fusée qui sait se diriger. Parce qu'avec 3.8 dribbles par match depuis le coup d'envoi de la saison, Douglas est le meilleur dribbleur de Bundesliga à la mi-octobre. Et le deuxième meilleur passeur d'Europe, puisqu'il est l'un des pourvoyeurs favoris de l'insatiable Lewandowski. Le seul bémol du jeu gargantuesque de Douglas Costa, c'est qu'il marque peu. Jamais le Brésilien n'a terminé une saison " européenne " avec plus de sept réalisations au compteur. Mais est-ce vraiment important pour Pep Guardiola, dans ce Bayern où Lewandowski et Müller se régalent sur chaque ballon qui traîne dans le rectangle ? Le Catalan a fait de Douglas un ailier de débordement à l'ancienne, qui efface son vis-à-vis d'un dribble tranchant, explose en sortie de dribble pour faire la différence et dépose le ballon dans la surface. " Avec Douglas et Coman, notre style de jeu est meilleur. Nous sommes capables d'élargir le jeu et de passer sur les côtés. C'est pour cette raison que Lewandowski, Müller et Götze ont plus d'occasions ", analyse Guardiola. Pep ne demande pas à sa nouvelle recrue de marquer. Le boulot de Douglas, c'est de prendre des risques à chacune de ses prises de balle pour tenter de faire la différence. Une tâche dont il s'acquitte tellement bien que quelques mois après avoir débarqué dans l'ombre d'Arturo Vidal, il a presque fait oublier que le Chilien avait signé en Bavière. " Tous les entraîneurs du monde veulent un tel joueur ", affirme d'ailleurs Guardiola. " Il est jeune, il a encore besoin de temps. Mais à l'avenir, il peut devenir l'un des cinq meilleurs joueurs du monde ". Et même le meilleur ? " Non, lui il joue à Barcelone ". PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTO BELGAIMAGE" Il peut devenir l'un des 5 meilleurs joueurs du monde " PEP GUARDIOLA